Existence et Òmtissage temporelÓ en ducation[1]
La problmatique du mtissage temporel pose, avant tout, que le temps vcu est ÒculturelÓ et dpend de ce fait d'un tat donn d'une socit, un moment de son histoire. Son tude relve dĠune analyse multirfrentielle prconise par Jacques Ardoino, mais au sens le plus large du terme, cĠest--dire dĠune Òapproche transversaleÓ du vcu temporel. Cette approche repose sur une vigilance phnomnologique et accepte de Òprter du sensÓ partir de multiples rfrentiels (les sciences anthropo-sociales certes, mais aussi les philosophies, les arts, les littratures et les approches spirituelles) oeuvrant pour rendre intelligibles et sensibles les situations de vie rencontres[2].
Sans lĠavnement de la civilisation occidentale, il nĠest pas certain que la question du ÒtempsÓ se soit prsente dĠune manire aussi dcisive[3] . Sans doute faudrait-il distinguer comme le fait le philosophe plusieurs niveaux de temps en allant du temps physique, lmentaire, au temps sotriologique dominante religieuse en passant par le temps de vie volutif, le temps psychologique propre lĠtre humain et au temps historique des socits[4] .
Le sentiment de vivre le temps qui passe semble prendre trois grandes orientations suivant les zones culturelles dans le monde.
- Il s'agit d'un Òtemps linaireÓ avec un commencement et une fin en Occident.
- D'un Òtemps cycliqueÓ dont l'origine est revcue sans cesse travers des mythes ancestraux en Orient et dans d'autres cultures lointaines[5] .
- Enfin d'un Òtemps spiralÓ qui conjugue la fois le temps linaire et fonctionnel et le temps cyclique notre poque post-moderne, bien que ces deux aspects du temps aient toujours coexist dans toutes les cultures.
Le Òtemps spiralÓ devient de plus en plus aujourd'hui un Òtemps mtissÓ, c'est--dire un temps qui porte l'empreinte de l'interculturalit de notre modernit, non sans problmes[6] .
1. L'Occident et le temps linaire
Il est difficile de ne pas caractriser le temps vcu en Occident par sa linarit, sa conventionnalit et sa fonctionnalit.
Par la notion de Òtemps vcuÓ j'entends un temps qui s'inscrit dans la vie affective et sociale du sujet. C'est avant tout un temps psychologique apprhend personnellement et conduisant des effets de sens dans la vie relationnelle. Pour un lycen une minute passe avec celle dont il est amoureux ÒvautÓ videmment bien des heures passes suivre des cours plus ou moins intressants.
- La linarit du temps occidental
En Occident le temps s'inscrit dans une trajectoire qui va du commencement du monde sa parousie. Le Christianisme a instaur un temps linaire qui a commenc il y a presque deux mille ans et qui finira au Jugement Dernier. Il y a avant et aprs la naissance du Christ. Le Òtemps socialÓ occidental est dlimit par cette origine. Toute naissance humaine s'y rfre explicitement par l'anne de naissance. Chaque destin est trac sur un vecteur temporel qui subit l'influence du Christianisme quand bien mme le sujet se veut incroyant : ÒLa promesse faite par le Christ de revenir eut pour effet dĠorienter les premires congrgations chrtiennes vers lĠavenir plus que vers le pass, dans lĠattente du retour en gloire. De la mme faon, les Juifs attendent la venue du Messie la fin des tempsÓ (Marie-Louise von Franz)[7] .
Les ftes traditionnelles rappellent tous cette linarit du temps chrtien, toujours historiquement situ (Nol 1939 n'est pas Nol 1991), tout en activant un temps cyclique par le rappel l'origine et au mystre divins de la temporalit (Nol, Pques et Pentecte). Ainsi mme le temps occidental ne saurait chapper l'influence cyclique du temps. Mais sa polarisation demeure la linarit, le caractre cyclique se scularisant de plus en plus en se banalisant et en perdant sa force symbolique. Sans doute faut-il faire des distinctions. Par exemple le temps musulman, tout en sĠinscrivant dans un temps occidental, celui des religions du Livre, reste compltement singulier. Si le temps occidental peut tre dfini comme ÒmesurÓ, ÒqualifiÓ et de ÒbouleversÓ, le temps ÒrfrentielÓ du Maghrbin est diffrent . Le pass pour un Maghrbin musulman nĠest pas le mme que pour un Occidental car il donne une plus grande importance la religion dans sa vie prive. Le temps islamique est plus valoris : cĠest un Òtemps mythique o la communaut musulmane est cense avoir incarne une sorte de perfection.Ó (Edgard Weber)[8] .
Le temps en Occident est d'abord une philosophie du temps qui se traduit par un discours et un rcit sur le temps[9] . La diffrence entre le temps grec et le temps dans la pense bantoue est considrable. : ÒAlors que la philosophie grecque a produit l'ide d'un temps abstrait, comme "nombre du mouvementÓ (Aristote), la pense bantoue offre l'ide d'un temps estampill par l'vnement .Ó[10]
Bien avant Aristote les premiers potes et dramaturges grecs (Homre, Hsiode etc) avaient pens le temps mais d'une manire prphilosophique ou non philosophique.
Avec Aristote Òle temps est le nombre du mouvement relativement l'avant et l'aprsÓ (Livre IV de La Physique). La distinction est opre entre le maintenant comme limite et le maintenant conu comme infime partie du temps.
Le mouvement n'est concevable qu'en fonction des structures ontologiques de l'tre et du non-tre, du devenir et de la privation, de l'acte et de la puissance.[11] Mais la conception scientifique du temps nous loignera de l'ontologie temporelle aristotlicienne.
Henri-Charles Puech a montr lĠopposition de la conception chrtienne dĠun temps orient et irrversible celle des Grecs pour qui le droulement du temps est cyclique et non rectiligne. Mais il remarque galement, dans ce cas, comment cette dernire approche rpond avant tout un Òidal dĠintelligibilitÓ qui voit dans le mouvement circulaire lĠexpression la plus parfaite de lĠimmobilit et de la permanence divines.[12]
Rflchissant sur lĠ Òart du tempsÓ, Jean-Louis Servan Schreiber affirme que Òle temps actuel, moderne, est unique, rythm et encombrÓ.[13]
Il est ÒuniqueÓ puisque toute la plante est synchrone et seuls changent les chiffres des heures suivant les fuseaux horaires. Il est ÒrythmÓ parce que nos habitudes sociales sont dictes par le temps institu depuis les horaires de travail jusquĠaux dparts calculs des trains. Il est ÒencombrÓ par la ncessaire croissance performante de productivit que nous impose la modernit dans un temps qui pourtant reste le mme.
La matrise du temps conu linairement passe par le regard culpabilis sur la montre quartz qui reste pourtant une convention arbitraire du dcoupage de la vie. Elle va de pair avec la fuite toujours prsente de la fin radicale de lĠtre humain, avec son vieillissement et sa mort inluctables, particulirement mise en lumire a contrario par la publicit commerciale.
- Conventionnalit du temps occidental.
Le dcoupage du temps suivant une progression
horlogre en 24 heures et calendaire en mois et annes est une pure cration
culturelle, donc relative, qui
devient cependant quasiment ÒnaturelleÓ par son caractre dĠuniversalit dans
toutes les socits industrialises. LĠobsession de lĠ Òheure justeÓ nous fige
dans un mode de vie sans impvu. LĠHorloge parlante de Paris enregistre prs de
400000 appels par jour ! Jacque Attali a relat dans son Histoire du temps lĠvolution instrumentale de la mesure du temps en
Occident. Depuis le temps rgi par les dieux et un temps mesur par le jeu de
lĠombre (cadran solaire) et lĠcoulement de lĠeau (clepsydre) en allant vers
les Òmcaniques du tempsÓ (horloges et chronomtres, instruments lectroniques)
au fil de histoire moderne[14]
. On cherche Ògagner du tempsÓ mais pourquoi faire ? : ÒDans tous les
grands pays industriels, lĠvolution est identique celle de lĠAngleterre :
les journes sĠencombrent dĠobjets, la tlvision envahit presque toute
lĠesprance de vie supplmentaire.Ó (J.
Attali, p.268)
LĠEcole, plus que toute autre institution, est prisonnire de cette force institue du temps. Gaston Mialaret dans son trait de Pdagogie gnrale consacre tout un chapitre au Òtemps scolaireÓ.[15] Malgr toutes les tudes, souvent contradictoires sur le rythme scolaire, les dcideurs nĠont jamais russi tablir une organisation du temps en accord avec lĠhorloge biologique de lĠenfant. CĠest du ct des Òcoles paralllesÓ quĠon a parfois essay dĠquilibrer le temps dĠtude, le temps de repos et le temps dĠexpression artistique ou corporelle (par exemple lĠinsistance sur ce problme dans la pdagogie de Rudolph Steiner)[16] . G. Mialaret rappelle une tude de H. Gleizes qui dcrit minutieusement la journe puisante dĠun enfant de classe dfavorise (p.336-337). LĠ Òemploi du tempsÓ est le matre-mot de lĠcole. On sait quĠau niveau des lyces il faisait la fiert de Napolon. Comme le signale G. Mialaret la rflexion sur lĠemploi du temps nĠa pas t entreprise jusquĠau milieu du XXe sicle. Si elle sĠintresse au point de vue des lves, cĠest avant tout pour viter les pertes de temps, les dplacements entre classes ou btiments aussi bien des lves que des enseignants. On a lĠimpression que le ÒmatrielÓ lĠemporte trs largement sur le ÒspirituelÓ dans ce type de rflexion. Le Òprojet-programmatiqueÓ englue quand il ne fait pas disparatre tout Òprojet-viseÓ, cĠest dire un questionnement en terme de ÒsensÓ, pour reprendre les termes de J. Ardoino. G. Mialaret crit, aprs avoir soulign les tudes sur la fatigue et lĠattention de lĠenfant : ÒCes rsultats remettent en cause lĠ Òunit horaireÓ choisie par la plupart des constructeurs dĠemploi du temps.Ó (p.340). Malgr de nombreuses recherches ces dernires annes sur la question de lĠemploi du temps, notamment par les quipes de lĠI.N.R.P.,[17] lĠordre des choses est encore loin de pouvoir changer.
La question reste pose, une poque o tant dĠenfants arrivent au collge avec des manques vidents de savoir lmentaire qui vont dĠailleurs peut-tre sĠaccrotre au fil des annes de scolarit sĠils ne sont pas dans les Òbonnes filiresÓ : quoi sert lĠcole ?[18] Michel Lobrot y rpond en 1986 dans la mme ligne critique que vingt ans auparavant, en 1966 lors de la parution de son livre sur la pdagogie institutionnelle.
On peut rflchir une autre organisation du temps et du cursus scolaire, beaucoup plus adapte la ralit humaine et sociale de lĠenfant, notamment dans les zones rurales des pays en voie de dveloppement [19]
La Òformation en alternanceÓ cole/entreprise (une semaine en sminaire, trois semaines en usine), si prise aujourdĠhui dans tous les milieux, y compris malheureusement parmi les chercheurs en Sciences de lĠEducation, nĠest-elle pas le plus bel exemple dĠune logique institutionnelle alinante sous son aspect premire vue ÒouvertÓ la vie et lĠinnovation pdagogique ? Tout se passe comme si les salaris (cadres dĠentreprise, travailleurs sociaux etc.) ne devaient plus avoir lĠoccasion de ÒrompreÓ, mme provisoirement pour quelques mois, avec la Òculture dĠentrepriseÓ dont on connat la violence symbolique. Il sĠagit de ne pas ÒlcherÓ le salari dans un autre milieu de rflexion, en particulier lĠUniversit considre comme dangereusement critique. DĠailleurs une stratgie complmentaire, sĠappuyant sur des Òappts conomiquesÓ, consiste infiltrer lĠesprit universitaire du caractre inluctable et presque hgmonique de lĠesprit dĠentreprise (comptition, rentabilit, rationalit, risques et profits). LĠUniversit se laisse faire sans broncher, faute de moyens matriels suffisants de la part des Gouvernants, eux-mmes soumis lĠemprise idologique. Sans doute ce point de vue est-il un peu abrupt. Je ne mconnais pas lĠapport de la pratique au sein de lĠentreprise pour des formations trs techniques ou pour une premire connaissance du monde du travail. Mais quĠon veuille en faire le principe de toute formation et surtout de toute ducation, en particulier en sciences humaines, me semble un point de vue purement idologique et politique. Je prfre beaucoup plus une rupture, une Òmise en jachreÓ (Masud Khan) de quelques mois (dans le cas du D.U.F.A. de lĠuniversit Paris VIII, 6 mois) qui permet de faire le bilan professionnel et existentiel, en termes positifs et ngatifs, sur des annes de pratiques professionnelles.
- La fonctionnalit du temps occidental.
ÒLe temps cĠest de lĠargent !Ó Toute la fonctionnalit et le dcoupage du temps en Occident sont clairs par cette maxime. Nous sommes dtermins par lĠinstitution du Òtemps industrielÓ. LĠanalyse de cette institutionnalisation dans les grandes usines de la Nouvelle-Angleterre aux dbuts du XIXe sicle montre comment les entrepreneurs ont imposs aux ouvrires issues de rgions rurales les horaires et la discipline de travail, non sans provoquer des formes dĠadaptation et de rsistance.[20] Les ruraux doivent galement faire face au temps. Mais leur temps vcu est constitu autrement, suivant les impratifs du cycle des saisons.[21]
Comme les missionnaires catholiques ou protestants ont, en leur temps, compris quĠil fallait dtruire les cadres sociaux de rprage existentiel (notamment les pratiques magico-religieuses et la structure traditionnelle de la ÒmaisonÓ communautaire des indignes) pour russir leur violence symbolique, les entrepreneurs du sicle pionnier du Capitalisme devaient fixer les ruraux dans lĠusine en les infodant un emploi du temps industriel loin de leur habitus primaire. A bien considrer lĠtude de M. Debouzy, nous ne sommes pas loin des pratiques codifes dans lĠ Òinstitution totaleÓ dcrite plus tard par Erving Goffman dans son clvre ouvrage Asiles.[22]
Par exemple lĠusage systmatique de la cloche pour appeler les ouvrires au travail et dont le son les poursuit jusque dans les pensionnats o elles logent pour rythmer leur repas et leur sommeil.
Mais la cloche devient vite un objet de haine chez les ouvrires. Le ressentiment sĠexprime dans nombre de pomes, de chansons ou de rcits. Les amendes pleuvent pour cause dĠabsentisme ou de retard.
A une poque, la ntre, o certains ne trouveraient pas innommable de rtablir le travail de nuit pour les femmes, il faut vraiment rappeler quĠau XIXe sicle, en pleine jungle industrielle, le plus insupportable pour les ouvrires semblaient tre la suppression partielle de lĠopposition jour/nuit et lĠadaptation au temps artificiel de lĠusine. Travailler sous la lueur des lampes tait une atteinte leurs croyances religieuses dĠorigine biblique. Plusieurs mouvements de protestation eurent lieu cet gard. Pourtant lĠusine finissait par modeler les attitudes. LĠhabitus se constituait imperceptiblement et on voyait bientt les ouvrires arriver la porte de lĠusine avant lĠheure, malgr les remarques critiques des journaux ouvriers. AujourdĠhui nous avons hrit, sans nous en apercevoir, de cette introjection de la normativit dominante de la socit industrielle capitaliste. Les sociologues nomment cette inculcation inconsciente dĠun schme de pense, de perception et dĠaction : une violence symbolique[23] .
2. LĠOrient et le caractre cyclique du temps
Le terme ÒOrientÓ est pris ici au sens large, sans mconnatre les diffrences, voire les oppositions qui peuvent exister entre des visions du monde que nous situons si facilement ailleurs dĠune faon homogne et illusoire[24] .
Malgr tout, nous pouvons considrer par le terme de Òtemps orientalÓ une comprhension du temps vcu qui inclut plusieurs dimensions : un rapport la nature, une relation au mythe du commencement et du recommencement, une relation un espace psychique qui peut tre hors du temps.
- Le rapport la nature
La tradition orientale chinoise et japonaise implique un rapport au temps en liaison avec le sens de la nature. Le temps des Chinois se reflte dans leur langage et dans leur faon dĠagir. Ils ont dvelopp un sens empirique du temps dĠune extrme subtilit. Claude Larre parle ce propos de Òla saveur du tempsÓ chez les Chinois.[25] Les arts, la posie refltent cette manire de savourer le temps : ÒLa sensibilit des Chinois tant entirement immerge dans les tats de la Nature, les nuances fugitives, les moments dĠquilibre les plus exquis affleuraient partout dans la vie (...) On savait apprcier la qualit du temps comme on faisait le th, du papier, de la soie, des mille commodits de lĠexistence. Le temps venait, passait, revenait, le temps de la branche de prunier, de la tige de bambou, de la feuille dĠrable, de la ramure du pin, le temps du cri aigre de lĠoie grise, du chant sucr du loriot, de lĠappel de la caille.Ó (p.44). Le caractre Che voque le temps en gnral. CĠest un tat de conscience, une dure qualitative, polysmique, trs lie avec la perception des saisons. Une grande varit de mots composs avec Che permettait de nuancer le rapport de lĠhomme au monde de la temporalit. Ainsi notre notion moderne de temps sĠappelle Che Kien.
Les Chinois pensent quĠil faut accorder galement une certaine attention cette notion de temps divis en espaces de temps, introduisant ainsi une notion quantitative.
La conception du temps en Chine est inscrite dans une philosophie de la vie partir de lĠindistinction primordiale du Chaos initial. Temps et commencement commencent en mme temps et finissent en mme temps.
LĠaspect du Yin dans le Yang et du Yang dans le Yin caractrisent
respectivement le commencement et la fin[26]
. La notion de temps se confond avec celle de lĠalternance du Yin et du Yang comme
Marcel Granet lĠa bien montr.[27]
LĠintrt des Chinois pour le sentiment de lĠinstant ne les a pas empchs de devenir des historiographes prestigieux de lĠvolution de leur civilisation. Chez eux le temps continu est celui de lĠhistoire. Dans lĠancienne Chine lĠhistoriographe et lĠastronome ont des fonctions voisines.[28]
- La pense mythique et le temps
La pense orientale est mythique[29] . Elle pose la question du Commencement et de la fin des choses. Pour les Chinois au dessus du temps qui commence et finit et dont le commencement et la fin sont dtermins par la qualit individuelle de la vie, il y a ce qui nĠa ni commencement ni fin, dont tout provient et vers quoi tout retourne : le Tao. LĠhistoriographie qui remonte 40 sicles demeure lgendaire et mythique pour ses parties les plus anciennes.
Le
temps dans la philosophie de lĠInde
CĠest peut-tre lĠInde qui a produit une pense mythique des plus volues concernant le temps. Dans la pense traditionnelle de lĠInde lĠexistence de lĠunivers et de lĠhistoire humaine et cosmique, est sous lĠemprise de deux forces suprieures : kla (le temps) et karman (lĠacte). Le temps est tout la fois le fruit dĠune action rituelle, lĠexpression dĠun pouvoir cosmique, anime par un principe absolu (le destin) et rgie par le pouvoir de Dieu, moins que Òle vase au dessus du tempsÓ se soit bris en dĠinnombrables morceaux ou que le temps ne soit quĠune illusion cosmique.[30]
Le temps du sacrifice
Dans lĠInde vdique le temps nat avec le rite sacrificiel et cĠest par le sacrifice quĠil est dtruit. Le temps est li au culte. CĠest le purusha, lĠhomme cosmique dans le Rig Veda et Prajpati dans les Brhmanas qui est immol lĠorigine afin que le monde soit. Le sacrifice dans un deuxime acte accomplit le mouvement en sens inverse et reconstitue le Seigneur des tres. La symbolique de la Roue cosmique permet dĠimaginer ce processus.
Le temps du pouvoir cosmique
Ce processus temporel est dĠailleurs conu comme un pouvoir cosmique. Le temps apparat alors comme Òcrateur du crateurÓ, Prajpati et qui est Brahman lui-mme. Le clbre Mahbhrata exprimera plus tard, dĠune manire plus populaire, une conception du temps en tant que Destin insurmontable. Le Temps est divin, il est la cause de tout. Il cre et il dtruit, inexorablement. LĠinfluence bouddhiste semble dterminante dans cette vision du monde. En effet lĠAtharva Veda parlait par contre dĠun Òvase plein qui est plac au dessus du tempsÓ car Brahman a deux formes : temps et atemporalit selon la Maitri Upanishad.
Le temps est pouvoir de Dieu : il mrit (cuit) tous les tres dans le grand Soi - ce en quoi le temps mme est cuit : celui qui le sait connat le Veda.
Le temps et lĠaction
Bien que certaines coles philosophiques aient ni lĠexistence dĠun temps indpendant de lĠaction, en gnral, le temps est li lĠacte (Karman). Karman est dĠabord lĠacte puis le rsidu de lĠacte qui produit des rsultats bons ou mauvais et qui survit la personne et finalement la loi qui rgit la rtribution des actes et le rseau de correspondances entre les karmas des tants. Le temps a besoin du karman qui est comme la qualit intrieure du temps. DĠautre part sans le temps le karman ne pourrait pas se raliser. Mme le Òlibr vivantÓ (jivanmukta) qui a brl tous ses karmas et qui vit en quelque sorte en dehors du temps continue a consumer tous les rsidus du karman subtile dont son corps est la condensation. LĠInde a vcu son pass dĠune faon quasi-mythique : ÒCe qui en Occident remplit la fonction de lĠhistoire est ce quĠen Inde lĠOccidental appellera un mytheÓ ( Panikkar, p.88)
Le temps est incorpor et intrioris
Les Veda cherchaient la continuit du temps par lĠacte cultuel du sacrifice. Les Upanishads commencent douter de la permanence de cet acte et de cette dure. Ils ne subordonnent plus lĠimmortalit lĠaccomplissement du rite. Ce nĠest plus lĠextrieur, dans le culte ou le cosmos, que se trouve la continuit mais lĠintrieur de lĠhomme, dans le Soi, lĠatman. La continuit cosmique sera retrouve par la dynamique du souffle de vie, le prana.Prana est dĠune part le principe de vie et lĠaspect individuel (adhytma) du vent cosmique (vyu) infatigable et omniprsent.Le Pranayama devient un exercice de contrle de la respiration permettant un dveloppement spirituel pour surmonter la mort.
Les Upanishads cherchent ce qui est au-del du pass et du futur. Elles cherchent lĠinfinitude (bhman) et la plnitude (prnam) quĠelles trouvent symbolises davantage dans lĠespace que dans le temps. A partir de cette poque, le temps - succession et dure - est dvaloris ainsi que lĠunivers de lĠacte et la fin du processus, cĠest la doctrine du cycle des existences (samsra) qui entrane une conception ngative du temps.Les coles philosophiques tendent nier toute valeur relle au temps. On voit apparatre un dpassement du temps par des pratiques yoguiques de cessation des tats mentaux inscrits dans lĠinstantan : Òles coles spirituelles, partir des Upanishads et du bouddhisme, prennent lĠinstant, kshana, comme point dĠappui pour le Òsaut dans lĠintemporelÓÓ(R. Pannikar, 1975, p.84). Le temps est vide de ralit. Le yoguin nĠaccepte que lĠinstant prsent, sans pass ni avenir.LĠinstant est qualifi de vibration de la conscience. Il est lĠternel prsent qui seul donne plnitude et flicit.Il dbouche sur une attitude mditative.
Le cas exceptionnel et contemporain de Jiddu
Krishnamurti
Krishnamurti fut une figure exceptionnelle au XXe sicle de ce que jĠentends prsentement par cette Òpense orientaleÓ lie lĠinstantanit, dgage du tout dogmatisme religieux et centre sur lĠattitude mditative. Il la vivait depuis son enfance, longueur de journe, sans faire le moindre effort[31] . Pour Krishnamurti :
Òil est un sacr qui ne provient pas de la pense, ou d'un sentiment qu'elle aurait ressuscit. La pense ne peut ni le reconnatre, ni l'utiliser. Elle ne peut non plus le formuler. Mais ce sacr existe, qui n'a jamais t effleur par le symbole ou la parole. Il n'est pas communicable. Il est un fait"[32]
La pense fait partie du temps, donc de la naissance et de la mort, comme le dsir. La mditation nous entrane vers la non-pense, l'absence de toute reprsentation, le vide de l'esprit et s'ouvre sur un prsent toujours neuf, au del du temps et de l'espace.
Ò La mditation est cette attention qui comporte une conscience globale et sans choix du mouvement de toute chose...Et dans cette attention tout s'est calm, immobilis, aussi bien les tours et dtours de la conscience que le temps d'hier se poursuivant dans l'espace de demain. Il est, dans cette immobilit, un mouvement non mesurable, non comparable ; mouvement sans tre, c'est l'essence de la flicit, de la mort et de la vie.Ó ( 1988, p.97).
Seule la mditation nous permet de voir sans faire d'exprience tout en voyant toujours pour la premire fois ce que nous avons regard dj des dizaines de fois. Car la mditation comme Òl'aigle dans son vol ne laisse aucune trace derrire lui, l'encontre du savantÓ[33] . C'est une attention de lcher-prise qui saisit le mouvement et la cration dans son devenir incessant, fait de structurations/destructurations, d'instant en instant de commencement en commencement. Elle est mouvement dans l'immobilit . Dans l'attention totale de la mditation, il n'y a ni connaissance, ni recognition, ni le souvenir de ce qui a eu lieu. Etre prsent au monde dans la mditation, c'est laisser sa sensibilit s'ouvrir tous azimuts dans la rencontre avec le rel. On ne redira jamais assez, dans notre re de ÒbarbarieÓ, quel point la sensibilit - notamment esthtique - est morcele, casse, bafoue, annihile mme ou rendue grotesque sous couvert de sentimentalisme, par une technologisation et une rationalisation ÒscientifiqueÓ gnralises de notre socit ( Michel Henry )[34] .
La mditation est la vigilance mme, le contraire de l'esprit lthargique. Elle est intensit dans la tranquillit, mouvement dans l'inconnu. Disparition de celui qui mdite. Elle est comprhension immdiate et bouleversante, clair destructeur qui ne s'apprivoise pas. Elle dbouche sur l'intelligence qui n'a rien voir avec la pense. L'intelligence est vision globale et immdiate de la vie dans ses diverses manifestations. Sous la diversit des formes vitales, l'intelligence peroit la reliance totale de celles-ci : ÒL'intelligence est la conscience sensitive de la totalit de la vie; la vie avec ses problmes, ses contradictions, ses peines et ses joies.Ó (1988, p.148).
Mme Socrate a t surpris dans un tat que nous pouvons qualifier de mditation au sens entendu ici. Marie-Magdeleine Davy en parle dans son livre sur la connaissance de soi : Socrate restant un jour et une nuit, sans manger, sans parler, debout, ailleurs[35] .
LĠInde, le temps
et lĠHistoire
Il ne faut jamais oublier que lĠInde, contrairement lĠOccident, vit encore largement dans sa tradition. Elle ne peut tout--fait avoir conscience dĠtre Òdans lĠHistoireÓ et surtout de Òvivre lĠHistoireÓ.
Karman et la dimension historique de lĠhomme
Pour lĠInde le sujet de karman ne peut tre que Dieu.Karman est dĠabord lĠacte puis le rsidu de lĠacte qui produit des rsultats bons ou mauvais et qui survit la personne. Finalement il sĠagit de la loi, comme causalit universelle, qui rgit la rtribution des actes et le rseau des correspondances entre les karmas et les tants. Elle reflte moins une historicit extrieure, une explication des vnements, quĠune historicit intrieure subtile et invisible. Le temps sera ncessaire tant quĠil y aura du karman dans le monde. Ce dernier est la qualit intrieure du temps. Par ailleurs, le karman ne pourrait pas se raliser sans le temps. Il devrait rester lĠtat latent et il nĠy aurait pas de dlivrance qui suppose la consumation de tous les karmas, comme le propose la figure exemplaire du Òlibr vivantÓ (le jvanmukta) qui vit en dehors du temps. Le karman inscrit le temps lĠintrieur des tres : leur pass dtermine leur prsent et leur futur. Leurs actions ne sont jamais perdues ou sans rpercusssion.
Le poids du mythe
LĠInde vit son pass beaucoup plus par ses mythes que par lĠinterprtation de son histoire en tant que souvenirs des vnements passs. Il y a comme une sorte dĠinversion de sens par rapport lĠOccident. Ce qui en Inde est conu comme mythe est appel Histoire en Occident. Les personnages et les vnements historiques importants sont retraduits en terme mythique.Les grands leaders politiques comme Gandhi ou Vinoba Bhave ont trouv leur source dĠinspiration dans la spiritualit de lĠaction de la Gita.Pour eux lĠhistoire nĠest pas une fin en soi mais un accomplssement dĠune destine pour laquelle il faut sĠengager totalement et avec dtachement.
CĠest travers cette vision mythique que le temps cosmique, lĠchelle humaine, est mesur par la notion de yuga dont 4yuga forment un Ògrand geÓ (mahyuga). Les yuga rvlent une conception historique qui conoit lĠge dĠor au dbut de la cration, avec une dgnrescence progressive jusquĠau quatrime yuga. Nous avons ainsi le satyayuga (ge dĠor et de vrit de 4000 ans), le tretayuga de 3000 ans, le dvparayuga de 2000 ans et le kaliyuga de 1000 ans dans lequel nous sommes.Entre chaque yuga il faut ajouter les temps dĠaurore et de crpuscule au dbut et la fin dĠun yuga. Selon certaines conceptions, un mahayuga dure ainsi 12000 ans et la destruction cosmique sĠopre la fin dĠun cycle.Mille mahayuga constituent un kalpa, cĠest--dire un jour (ou une nuit) de Brahm, le crateur. Au-del du temps il y a le Brahman indiffrenci.
3. Influences
ducatives
Le temps apparat en Inde, en fin de compte, comme reli et comme instantan. Le temps reli permet aux personnes de laisser le mythe revivre dans leur existence quotidienne par le truchement de la connaissance rituelle. Le temps instantan est ressenti par les effets des pratiques de respiration dans le yoga.
Les philosophes de lĠducation en Inde reprennent lĠensemble de cette vision du monde pour proposer une thique et une praxologie ducatives, avec un sens de la tolrance et du mtissage culturel qui nous tonne[36] .
Cette conception philosophique du temps oriental est peut-tre plus moderne quĠon ne le pense. CĠest en tout cas lĠopinion dĠune indianiste contemporaine yougoslave, Rada Ivekovic, dans sa comparaison de la pense indienne avec des philosophes occidentaux comme Gilles Deleuze, Franois Lyotard, Luce Irigaray, Michel Serres ou Kostas Axelos[37] .
Un certain nombre de traits caractristiques apparaissent :
- Le sens du
dveloppement de la personne et de la socit
Il sĠagit dĠune conception intgre du dveloppement qui inclut le dveloppement conomique mais galement le dveloppement artistique et celui de la personne totale[38] . Les penseurs conomistes nĠhsitent pas inclure la question des valeurs dans leurs propositions, comme V.K.R.V. Rao par exemple qui parle, partir de la pense de Gandhi, dĠun Òmodle thique de la vie conomiqueÓ[39] .
- Le sens de lĠexprience
On comprendra facilement que dans la vision du monde en Orient, lĠ ÒexprienceÓ joue un rle essentiel. les sens de la curiosit, du merveilleux, de lĠexemplarit suggestive, de la sincrit sont proposs tant du point de vue de lĠlve que du professeur.LĠexemple de lĠenseignement du Bouddha est valoris cet gard[40] . On peut souligner la valeur de lĠ ÒattenteÓ dĠun enseignement et dĠun matre de qualit, notamment dans le perspective dĠune connaissance passant par lĠinitiation[41]. LĠexprience transcendantale du Satori bouddhique est reconnue. Toujours on insiste sur la dveloppement exprientiel, vigoureux et rigoureux, du corps dans lĠensemble de lĠducation de la personne.
- Le sens des mthodes actives en pdagogie et du travail de groupe
Des groupes peuvent tre constitus en fonction de sujets dpendant de la comptence de divers enseignants, ou en fonction du rythme des lves. Ce travail de goupe sĠaccompagne de relation individuelle de conseil et dĠaide. LĠducation est centre sur la personne[42] . Il faut signaler que dans les coles qui sĠinspirent de la philosophie de Krishnamurti, un groupe-classe peut tre constitu pour quelques lves seulement si cela parat ncessaire dĠun point de vue pdagogique.Il est vrai que nul enseignement de va plus en profondeur, dans le sens dĠune authentique connaissance ducative, que celui de Krishnamurti[43] . Le sens du silence est reconnu dans la philosophie orientale[44] . Les ducateurs authentiques savent bien que lĠtude approfondie implique une zone de calme extrieur et intrieur. Un lieu propice la rflexion sans tre pour autant une tour dĠivoire. CĠest ainsi que fut pens le Centre Krishnamurti pour adultes Brockwood Park, en Grande Bretagne, dans les annes rcentes[45] .
- Le sens du
dveloppement spirituel de la personne
On ne trouvera pas de philosophie de lĠducation en Inde qui ne sĠappuie, dĠune manire ou dĠune autre, sur cette finalit de lĠducation. LĠensemble de la publication sur Òle bon professeur et le bon lveÓ reflte largement ce projet-vise. Pour une ducation centre sur ce que jĠai nomm lĠ Òautorisation notiqueÓ[46] - sĠautoriser (par lĠautre) devenir et se crer comme tre dveloppant un Òveil de lĠintelligenceÓ (du coeur et de lĠintuition affective) dans une perspective holistique - le rapport dĠautorit/obissance est inscrit dans la temporalit et destin tre dpass. Il dpend dĠun choix rciproque, un peu comme dans la cure analytique. LĠ ÒautoritÓ nĠest pas la dictature et lĠ ÒobissanceÓ nĠest pas la soumission. CĠest une marque dĠestime et de reconnaissance rciproques. Cette relation ducative exprime un sens ontologique des valeurs que lĠenseignement occidental de masse semble avoir perdu. Est-ce la raison pour laquelle notre culture philosophique a proprement rejet tout ce qui venait de lĠInde, comme lĠa montr Roger-Pol Droit[47] ? Certes, chez nous il sĠagit dĠapprendre un savoir lacis, plus ou moins fonctionnel et abstrait, ou troitement professionnel. En Inde, depuis lĠorigine, lĠducation est, avant tout, spirituelle en vue de la ÒlibrationÓ des conditionnements[48] . Malgr tout le Ògap culturelÓ nĠest pas aussi large que nous pouvons le croire premire vue. DĠune part parce que lĠInde doit se mtisser avec le type de reprsentation technologique du monde propre lĠOccident. DĠautre part parce que tous nos grands ducateurs en Europe nĠont jamais laiss de ct le dveloppement psychologique et spirituel de la personne, quelle que soit, par ailleurs, leur conception du monde.
En Afrique.
Mais cĠest encore plus, peut-tre, en Afrique que cette pense mythique lie au temps sĠest dveloppe[49] . Elle y acquiert un statut mtaphysique dans la pense Bantu par exemple par la distinction de quatre catgories dĠtre : lĠEtre-dĠintelligence (lĠHomme) ; lĠEtre-sans-intelligence (la Chose) ; lĠEtre-localisateur (Lieu-Temps) et lĠEtre-modal (Accidentalit ou modification de lĠEtre).[50] Dans la philosophie Bantu lĠexplosion initiale donnant naissance au Cosmos lui a imprim le Òmouvement existentielÓ, principe actif de son expansion, qui correspond pour chaque existant particulier une Òtrajectoire existentielleÓ. CĠest Òle mouvement existentiel qui commande les phnomnes de gnration, de corruption, dĠaugmentation et de diminution, dĠaltration, dĠaction et de passionÓ (A. Kagame, p.111). Au mouvement existentiel sĠoppose lĠEternit, attribut fondamental du Pr-existant, non compris dans le genre ÒmouvementÓ mais nanmoins Òexister relÓ, vritable Òtre-lÓ qui nĠa pas surgi et qui totalise dans lĠactualit toute la dure. Le Temps est lĠentit mtrique du mouvement existentiel et son essence ne peut tre recherche ni dans le pass ni dans le futur mais dans le prsent. Dans la culture Bantu le temps est une entit indiffrente aussi longtemps quĠun fait concret ne vient pas pour ÒlĠestampillerÓ. Ce qui ne veut pas dire que le pass est sans importance, bien au contraire, puisquĠil fonde le prsent des existants, en relation troite avec les anctres. Par contre le futur ne pouvant tre ÒmarquÓ par des vnements connaissables, reste incertain temporellement. La culture Bantu limite lĠanne (12 mois) la sriation du temps, en distinguant lĠinstant, le jour, le mois, les saisons et lĠanne, mais galement Òles temps anciensÓ et une rflexion sur la direction globale du temps : le temps ÒspiraleÓ conu comme cycle ouvert. La dimension mythique sĠexprime en particulier par le biais dĠune prsence symbolique des anctres dans la vie quotidienne des Ngro-Africains, comme en tmoignent nombre de mythes, de lgendes et contes de ces rgions[51] . Par rapport la logique cartsienne, elle est lĠexpression dĠune Òlogique magiqueÓ qui est Òun systme de pense complet en lui-mme mais dĠun genre diffrentÓ (A. Kagame, p.131).
- Un rapport un autre espace psychique hors du temps.
La pense ÒorientaleÓ insiste sur une relation au monde o le vide mditatif joue un rle considrable. Il est particulirement difficile pour un penseur occidental de comprendre cet tat dĠtre.[52] Pour lĠOriental il sĠagit de percevoir lĠinstantanit du prsent. Le Chinois par exemple vit Òune intensit de vie et un besoin instinctif de ralisme dans lĠaperception et le comportement qui valorisent intensment le prsent. Le pass se confond avec le dpass, parce que la vie est un flux, que lĠUnivers est en mouvement, que lĠacte est une marche, que la conduite est une voie parcourir. De mme, le futur est ce qui vientÓ (C. Larre, op. cit., p.53).
CĠest travers lĠexpression potique du Haiku que Chinois et Japonais (pomes Zen) vont faire ressentir leur tat dĠesprit, saisissant dĠun seul trait lĠenvol de lĠinstant dans le mystre des choses, des tres et des situations[53] . La voie du haiku est celle de lĠÓinstant-ellipseÓ suivant la formule que nous avons adopte rcemment Alexandre Lhotellier et moi-mme[54] . Le haiku, dĠorigine chinoise et largement dvelopp au Japon, est un petit pome de trois vers et de 17 syllabes incluant traditionnellement une allusion saisonnire. On parle son propos de Òsaisissement de lĠmotionÓ, dĠ Òherbier vivant de vrits immuablesÓ ou encore de Òqute de lĠclairÓ. Pour les potes orientaux il sĠagissait de noter spontanment et intuitivement un regard port sur le monde fugace et phmre pour en saisir lĠessence instantane. Ainsi de ce haiku clbre de Ryto, sur le silence partag entre les tres humains et les choses dans une sorte dĠcologie ontologique :
Ils sont sans parole
lĠhte lĠinvit
et le chrysanthme blanc
Le haiku vise exprimer la mditation non rflchie, la vision pntrante des choses et des tres. Il constitue une sorte de Òpense-mandalaÓ pour reprendre lĠexpression de Ken Wilber dans Òles trois yeux de la connaissanceÓ[55] .
3. Le temps
contemporain comme Òtemps mtissÓ.
La problmatique contemporaine du temps sĠinscrit dans une rflexion globale en anthropologie culturelle de lĠducation[56] . Nombre de problmes interculturels contemporains rsultent dĠune mconnaissance de la diversit et de la spcificit des cultures dĠorigine qui sĠentremlent dans notre modernit, comme de leur altration inluctable au sein dĠune culture dominante[57] . A une poque o nous trouvons dans notre systme scolaire prs dĠun million dĠenfants dĠorigine trangre[58] , et que les Òbanlieues flambentÓ, il est temps de se proccuper dĠune formation aux questions ducatives que soulve cet tat de fait. Nombre dĠ enseignants, de travailleurs sociaux, de formateurs et de cadres de tous niveaux, dont certains se retrouvent galement plongs subitement et souvent sans prparation dans un bain culturel tranger, la rclament ouvertement[59] .
Sans doute le Òchoc des culturesÓ[60] nĠest pas lĠunique cause de lĠincomprhension mutuelle dans une socit donne. Tout le monde sait bien que le facteur conomique et politique joue un rle de premire importance. Mais les anthropologues qui sĠintressent la rencontre interculturelle, sans nier ce facteur, insistent pour faire reconnatre la complexit imaginaire et symbolique dĠune prsence de visions du monde parfois trs antagonistes. Le facteur ÒtempsÓ intervient dĠailleurs largement dans la ralit existentielle de lĠinsertion de lĠtranger issue dĠune culture temps cyclique dans une culture domine par une conception linaire du temps: ÓLĠexprience du migrant est celle du passage dĠune culture une autre, dĠune notion dominante du temps par une autre...Comme toute expression dĠune certaine dfinition de la ralit et du dsirable, les aspects temporels peuvent signifier lĠappartenance une communaut de valeurs, voire lĠaspiration une telle appartenance.Ó[61]
CĠest du ct de ces confrontations de Òvisions du mondeÓ, et de leur dstructuration/restructuration conflictuelle dans notre modernit, que devrait oeuvrer une Òanthropologie culturelle de lĠducationÓ, dans lĠespoir dĠune meilleure comprhension rciproque de chaque culture en contact. Loin des anathmes de ceux qui veulent rester frileusement et chauvinement aveugles sur lĠvolution incontournable de la socit moderne, lĠanalyse de la dialectique Ouverture/Fermeture dans la rencontre interculturelle, avec ses phases possibles dĠaltration[62] sans ngativit , contrairement lĠtymologie du mot dont on doit suspecter lĠethnocentrisme, et dĠinterfrence qui sĠouvre sur une culture ÒneuveÓ et indterminable a priori, pour ce qui est de lĠinstance de lĠouverture. Mais galement de filtrage de la culture dominante par rapport tout autre sous-culture et de clture relative en courte priode, pour ce qui est de lĠinstance de fermeture , sans luder les risques toujours prsents, dans lĠun et lĠautre cas, dĠclatement (la culture dominante Òvole en clatsÓ) ou de soudure culturels (la culture se ptrifie), pourrait servir de modle dĠaction et dĠinterprtation pour une telle anthropologie culturelle de lĠducation.
Ouverture
(clatement)
Interfrence
Altration
++++++++++++++
Filtrage
Clture
(soudure)
Fermeture
LĠOccident est un accident, comme le proclamait en son temps un Roger Garaudy[63] . Gardons-nous de penser et de faire que cet ÒaccidentÓ ne devienne une catastrophe, non seulement pour les autres peuples mais galement pour un Occident lui-mme qui refuserait dĠintgrer en son sein les valeurs profondes et les philosophies traditionnelles des ÒautresÓ, parfois mconnues dĠeux-mmes dĠailleurs, suscitant sans cesse une interrogation sur le fait dĠtre un tre humain.
Une anthropologie culturelle de lĠducation aurait donc prsenter les enjeux dĠune telle problmatique.
DĠabord en exposant les visions du monde spcifiques des cultures ÒautresÓ[64] , intgres aux processus de socialisation ducative, sans les dnaturer par des interprtations a priori.
En prsentant les questions pineuses que posent ces visions du monde ducatives dans leur confrontation notre vision du monde occidentale, notamment par le biais de lĠcole.
Ensuite, en rflchissant sur les volutions possibles, en fonction du modle dialectique Ouverture/Fermeture, dĠune rencontre interculturelle raliste, tant sur les points de vue des cursus dvelopper que des mthodes pdagogiques mettre en place.
En tout tat de cause, une anthropologie culturelle de lĠducation aurait lĠminente fonction sociale de contribuer dvelopper un esprit critique non partisan, et de lutter contre toutes les formes plus ou moins subtiles dĠintgrisme culturel, quĠelles viennent dĠun ÒOrientÓ fanatis ou dĠun ÒOccidentÓ auto-satisfait[65] .
Il est probable que le ÒdialogueÓ ncessairement conflictuel refltant un Òchoc des culturesÓ se fera sur la question du temps li dĠailleurs lĠespace de vie[66] . Il a commenc se jouer durement au Japon depuis la fin de la dernire guerre. LĠamricanisation du mode de vie et son occidentalisation conduisent les japonais du Òsabre et du chrysanthmeÓ[67] vers dĠautres habitus marqus par le diktat de lĠhorloge, le confinement de lĠespace de vie urbaine et lĠesprit de scurit ncessaire lĠre de lĠordinateur. Le rapport solidaire aux personnes ges, nagure insres dans une vie communautaire refltant lĠimportance du culte des anctres, se relche obligatoirement et devient problmatique[68] . Avec notre technologie nous avons export l-bas notre Òfoule solitaireÓ qui sĠexprime maintenant dans les relations schizophrniques des joueurs de ÒpatchinkoÓ avec leurs billes et leur machine. Les relations la fois temporelles et spatiales un art de vivre qualitativement qui animent encore les jardins zen de Kyoto ressemblent fort aux ÒrservesÓ indiennes des Etats-Unis dĠAmrique photographies par les touristes ou mimes dans la Òculture DisneyÓ bientt aux portes de Paris.
Mais paradoxalement lĠ Òesprit zenÓ et le sens aigu de la nature du shintosme ont gagn lĠOccident. DĠabord chez les artistes et les intellectuels qui ont compris tout ce que pouvait leur apporter cette manire diffrente dĠtre au monde, et de plus en plus parmi les cadres de nos industries qui doivent se coltiner la concurrence asiatique, souvent dconcertante. La Ògestion du tempsÓ tient compte dĠun autre regard sur lĠespace-temps, au moins dans les stages de formation au management pour les entreprises de Òtroisime typeÓ ou dans les entreprises qui dveloppent des comptences de Òtroisime dimensionÓ (Simone Aubrun, Roselyne Orofiamma)[69] . Comme je lĠai fait remarquer, Jean-Louis Servan Schreiber parle de ÒlĠart du tempsÓ. Voire mme on sĠintresse au dveloppement de lĠ ÒintuitionÓ en insistant sur les capacits des cadres dĠaujourdĠhui vivre dĠune faon ÒmditativeÓ (au sens oriental du terme)[70] . Le sens du ÒsilenceÓ apparat comme positif dans lĠacte mme de manager[71] . ÒApprendre autrementÓ (Olivier Clouzot, Anne Bloch)[72] veut dire de plus en plus et de mieux en mieux apprendre en sĠinspirant dĠautres cultures .
Sans doute sĠagit-il dans cette relative acculturation ÒlĠesprit zenÓ dĠun emprunt destin une meilleure ÒperformanceÓ, dĠune ÒexcellenceÓ dont on connat le ÒcotÓ (Vincent de Gaulejac). Il ne modifie pas radicalement lĠorientation philosophique de lĠOccident. Je ne crois pas pourtant quĠil soit ngligeable, ni sans influence long terme sur un changement plus en profondeur des mentalits. Dj nous rencontrons dans des rseaux informels des personnes et des groupes qui ont modifi leur rapport au temps, lĠespace et plus gnralement un genre de vie li la culture spectaculaire, miette et centre sur le pouvoir dĠargent de lĠOccident. Ces rseaux parfois se regroupent pour le temps dĠune rencontre ou dĠune festivit, non sans extravagance et drapage en terme de ÒNouvel AgeÓ gadgtis. Mais ne jetons pas le bb avec lĠeau du bain au nom dĠune ÒpuretÓ pistmologique et critique qui ne veut pas dire son nom. Laissons-nous porter par lĠimaginaire social crateur : quelque chose de lĠordre dĠune Òinterfrence culturelleÓ est en train de natre sous nos yeux, qui prsente des retombes dans le domaine ducatif[73] . Dans une vue dĠenvergure, Michel Maffesoli parle dĠune Òtransfiguration du politiqueÓ en analysant la culture du sentiment dont la vivacit des motions et le dsir de lĠinutile sont les deux composantes essentielles[74] .
DĠautres penseurs tentent dĠvaluer le sens de ces
Òrvolutions dans la vie quotidienneÓ. Ils nĠont pas ncessairement une vue
ferme : ÒLes annes 80 ont aussi t imprvisibles et innovatrices bien
dĠautres gards. Ceux qui se sont fatigus des vieux cultes et ont fui loin
dĠeux ne sont pas ncessairement tombs dans les bras de faux gourous ou dans
de nouveaux cultes tout aussi dogmatiques. Dans les cas les plus heureux, ils
ont contribus introduire dans notre culture de profondes traditions
spirituelles qui, dans le pass, nous taient presque totalement inconnues : le
yoga, le tantrisme, le tao, le zen, le soufisme, la kabbale, la gnose, les
expriences du mysticisme chrtien...Derrire la diversit et la pluralit de
ces traditions, nous avons dcouvert un cadre cosmologique commun : une image
de lĠunivers prsentant celui-ci comme un tissu (tantra veut prcisment dire
tissu, comme complexus) fait dĠune multiplicit de fils, de processus, de
forces, de polarits, de temps,
qui concourent son volution, et une image de la vie de lĠhomme dans
cet univers la prsentant comme une danse cratrice qui se conjugue
continuellement avec ces fils et engendre continuellement de nouveaux mondes.[75]
Ó
Pour lĠmergence dĠun temps ÒmtissÓ
Le temps vcu peut-il se barioler comme un Òmanteau d'ArlequinÓ au sens de Michel Serres[76] ? Pouvons-nous rellement vivre Òentre deux tempsÓ ? ou au carrefour de deux temps, non sans une certaine paradoxalit[77] ?
Des personnes trs concrtes l'ont dj vcu : ainsi de J. Krishnamurti, d'origine indienne, d'esprit mditatif et nanmoins form l'Occidental par la Socit thosophique qui l'avait pris en charge ds son plus jeune ge. Aussi bien son aise pour rester en mditation pendant plusieurs jours que pour rparer un moteur dĠautomobile. Ainsi de Swmi Prajnanpad, professeur de physique l'Universit en Inde et sage reconnu dans son pays, ÒgourouÓ d'Arnaud Desjardins selon la Tradition mais galement thrapeute empruntant la psychanalyse freudienne. Ainsi de Swmi Vivekadanda form lui aussi la manire occidentale et qui exasprait son matre Ramakrishna par son criticisme systmatique jusquĠau moment ou ce dernier lui ft connatre lĠillumination en appliquant soudainement son pied nu sur sa poitrine.
Et chez nous faut-il parler d'Alan Watts, dĠAbraham Maslow[78] , de Thomas Merton, voire de Gregory Bateson qui mourut dans une communaut zen ? Mais peut-tre aussi tout simplement de lĠanthropologue Gilbert Durand dans sa maison des environs dĠAnnecy o - dit-il -Óje nĠai pas la tlvisionÓ[79] . Plus largement de tous ceux qui savent sĠarrter, au moins pour un temps de rflexion, de jouer le jeu de lĠactivisme dont notre mode de socialit est habituel. Prendre le temps de sĠarrter de ÒparlerÓ, rien de plus difficile pour un intellectuel ! Et pourtant entre le ÒtropÓ de parole de lĠOccidental et le Òpas assezÓ de parole de lĠOriental, le Òparler justeÓ du sage zen est encore dcouvrir chez nous : ÒSi vos raisons ne sont pas excellentes, que vos intentions visent la mdisance, ou le dsir de sduire, ou de vous vanter, ou dĠautres buts non louables, alors il vaut mieux vous taire ou vous interrompreÓ (T. Deshimaru, op. cit., p.34)
Quel est le Òtemps mtissÓ pour un Occidental d'aujourd'hui ? Peut-on l'imaginer avec un peu de ralisme, au moins en guise dĠune hypothse de recherche en anthropologie culturelle de lĠducation dominante existentielle ?
Il sĠagit dĠune exprience vcue[80] :
- DĠun temps prenant appui sur une philosophie de la vie ouverte aux cultures ÒautresÓ, souvent lointaines, notamment orientales. Une culture empruntant au sens cologique d'un chef indien comme Seattle rpondant aux Blancs colonisateurs cherchant confisquer les terres de sa tribu[81] , ou sĠinspirant dĠune thique proche de celle propose par Michel Serres[82] . Il sĠagit donc dĠun temps de ÒrsistanceÓ lĠhgmonie imprialiste dĠ un Òmonde de lĠentrepriseÓ la temporalit rgie par des objectifs trop loigns du dveloppement du Potentiel Humain.
- DĠun temps qui s'enracine dans l'instant (approche orientale, mais galement et combien bachelardienne[83] ) sans perdre le sens critique dĠun devenir de l'histoire des socits (approche occidentale). DĠun temps situ ce carrefour o lĠternit et lĠinstant se croisent et flambent[84] . DĠun temps qui refuse de tomber dans un Sacr institu religieusement, recouvrant sans cesse lĠangoissant ÒChaos/Abme/Sans-FondÓ du rel (Cornlius Castoriadis)[85] .
- DĠun temps qui sait ÒjouerÓ, par contre, avec les mythes et les symboles sociaux qui le portent et le font vivre dans et par le langage[86] .
- DĠun temps qui se refuse tre simplement abstrait, conventionnel et fonctionnel mais qui s'incorpore, se met exister en faisant exister l'tre humain qui se manifeste en lui et travers lui.
- DĠun temps qui assume pleinement la nostalgie en butte lĠirrversible comme lĠ a pleinement rflchi Vladimir Janklvitch[87]
- DĠun temps qui accepte d'tre interrog sur le Òhors-tempsÓ de la mditation pour mieux tre situ dans sa ralit relative[88] .
- DĠun temps qui sĠouvre sur une Òimmobilit tranquilleÓ (Tchouang Tseu) faite la fois de rceptivit intgrale et dĠactivit pertinente que lĠon peut nommer Òcoute sensibleÓ du monde[89] .
[1] cette partie a t dj propose en partie dans ma
communication au colloque de lĠAFIRSE sur le temps en ducation et en
formation, Lyon, 28-30 mai 1992, Actes publis en mars 1993, 473 p., pp.
263-294 et reprise sous lĠangle de la philosophie indienne dans ma
communication au colloque de lĠAFIRSE de mai 1993 Caen, sur le temps
galement.
[2] Nous avons eu lĠoccasion de dbattre vigoureusement
et amicalement de la confrontation de paradigmes,et de lĠouverture
lĠapproche orientale et
mytho-potique du sens de la vie, cet ÒOrient de lĠespritÓ dont parlait dj
Paul Valry dans ÒRegards sur le monde actuelÓ (Gallimard/Ides, p.200-201) mon sens ncessaire lĠheure
actuelle en Sciences de lĠEducation, avec J. Ardoino, Guy Berger ,
Christine Josso, Gaston Pineau et GeorgesVigarello, dans mon
Habilitation diriger des recherches, LĠApproche Transversale,
sensibilisation lĠcoute mytho-potique en ducation, Universit
Paris VIII, fvrier 1992, 619 pages, 2 tomes + dossier de publications.
[3] Serge Moscovici note que Òsi lĠon regarde ce qui
sĠest pass depuis un sicle, on observe que la civilisation occidentale est
vraiment la premire civilisation du temps, cĠest--dire la premire
civilisation o le temps joue un rle dterminant, notamment comme mesure des
choses.Ó LĠespace, le temps et le social, in ouv. coll., LĠespace
et le temps aujourdĠhui, Paris,
Seuil, 1983, p.262
[4] Jean Ladrire, Temps et devenir, Presses Universitaires de Louvain-La-Neuve, 1984
[5] Ren Houde dveloppe, dĠune manire plus
existentielle, la thorie des
Òtemps de la vieÓ qui correspondent diffrents Òcycles de vieÓ ÒLes temps
de la vie. Le dveloppement psychosocial de lĠadulte selon la perspective du
cycle de vieÓ, Qubec, Gatan Morin,
1986, 308 p.
[6] ÒLes lgendaires fleuves du temps qui guidaient
une reprsentation rectiligne de lĠHistoire fusionnent en un ocan immense de
possibles. LĠhistoire vnementielle, avec ses lumineuses successions de causes
et dĠeffets, explose : dĠinnombrables tudes thmatiques tentent de
reconstituer, facette par facette, un prisme infini. Ce qui est perdu, tout
jamais semble-t-il, cĠest ce qui maintenait le tout ensemble, le continuum.Ó Ayam Wassef, loge du quartz, in Le Courrier de
lĠUNESCO, regards sur le temps, avril
1991, p.33
[7] Marie-Louise von Franz, Le temps, le fleuve et la
roue, Paris, Chne, 1978, 96 p., p. 8
[8] Edgard Weber, Maghreb arabe et Occident franais.
Jalons pour une (re)connaissance interculturelle, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail,
Publisud, 1989, 403 p., ch. septime : ÒLe tempsÓ, p.259.
[9] Paul Ricoeur, Temps et rcit, T.I,II,III Seuil, (en poche) voir notamment la
confrontation entre Saint Augustin et Aristote que soulve P. Ricoeur dans le
livre III, Òle temps racontÓ, pp
19 ss. (1985). P. Ricoeur souligne que le temps de lĠme et du prsent dĠAugustin
doit sĠallier au temps de la Physique et de lĠinstant dĠAristote
dans toute thorie narrative lie au problme du temps. Plus loin il confronte
les positions du temps intuitif de Husserl avec celles du temps invisible de
Kant (pp. 37 ss). Il en dduit que ces deux thses, prises la lettre et sans mdiation, conduisent
une impasse (p.87) car lĠapproche phnomnologique et lĠapproche
transcendantale se renvoient lĠune lĠautre rciproquement mais dĠune manire
paradoxale.
[10] Paul Ricoeur, introduction ÒLes cultures et le
tempsÓ, Paris, Payot/Unesco, 1975, p.32
[11] Les dveloppements dans l'article de G.E.R.Lloyd, in Les
cultures et le temps, op.cit., p.159 ss
[12] H.C. Puech, En qute de la gnose, vol 1 : la gnose et le temps, ch.1, Paris, Gallimard, 1977
[13] Jean-Louis Servan-Schreiber, lĠart du temps, le
secret des hautes performances,
Marabout, 1991 (1983), p.23
[14] Jacques Attali, Histoires du temps, Paris, Fayard, 1982, 333 p.
[15] Gaston Mialaret, Pdagogie gnrale, Paris, PUF, 1991, 595 p., pp.329-345
[16] Il en va de mme dans les Ecoles fondes par des
sages de lĠInde comme Krishnamurti ou Aurobindo: cf Gabriel Monod Herzen,
Jacqueline Benezech, LĠcole du libre progrs, de lĠAshram de Sri Aurobindo
Pondichry, Paris, Plon, 1972, 214
p., qui a instaur trois salles de ÒsilenceÓ pour la mditation ou la lecture
et qui insiste sur la fonction dĠexpression cratrice dans le dveloppent de
lĠtre humain. Sur Jiddu Krishnamurti cf. Louis Nduwumwami, Krishnamurti et
lĠducation, Paris, Editions du
Rocher, 1991, 549 p. , notamment la deuxime partie, et Robert Linssen, Education
cratrice, Bruxelles, Etre Libre,
1984. (sur les coles dans la ligne de Krishnamurti)
[17] A. Husti, lĠorganisation du temps lĠcole, Paris, INRP, coll. rapports de recherches, nĦ1, 1983
[18] Michel Lobrot, quoi sert lĠcole, Paris, Psy-nergie, 1986, 186 p. La pdagogie
institutionnelle, Paris, Gauthier-Villars,
1966
[19] Comme ce programme inspir de la philosophie de
Gandhi, dcrit par Pierre Bovet et cit dans Pdagogie Gnrale de G.
Mialaret, p.218-219. Malgr le trs grand intrt de son livre, je regrette que
G. Mialaret ne nous ait pas donn dĠautres objets aussi signifiants de
discussion extraits dĠune faon dĠtre et de transmettre les connaissances dans
les cultures ÒautresÓ puisquĠil sĠagissait de pdagogie ÒgnraleÓ. Il est
temps de redonner une place primordiale une Òanthropologie culturelle de
lĠducationÓ !
[20] Marianne Debouzy, Temps et socit. Aspects du temps
industriel aux Etats-Unis au dbut du XIXe
sicle, Paris, Cahiers internationaux de sociologie, CNRS, Vol LXVII, 1979, pp. 197-220
[21] Lucien Demonio, La quadrature du cycle. Logique et
contraintes du temps en milieu rural, Paris, Cahiers internationaux de
sociologie, op. cit., pp.221-236
[22] Erving Goffman, Asiles. Etudes sur la condition
sociale des malades mentaux, Paris,
Les ditions de Minuit, 1968 Sur ce thme des Òinstitutions totalesÓ voir
galement Louis Pinto, ch. 1 :exprience vcue et exigence scientifique
dĠobjectivit, in Patrick Champagne, Rmi Lenoir, Dominique Merlli, Louis
Pinto, Initiation la pratique sociologique, Paris, Dunod, 1989, 238 p.,
[23] Pierre Bourdieu, (avec Loc J.D. Wacquant), Rponses, Paris, Seuil, 1992, 270 p., pp.116-149
[24] Ainsi les Aztques croyaient en un temps linaire.
Celui-ci commena avec la lutte que se livrrent les quatre Tezcatlipocas pour
devenir le soleil. LĠhistoire est divise en cinq
soleils et nous vivons la priode qui se terminera par une catastrophe
mondiale.
[25] Claude Larre, Aperception empirique du temps et
conception de lĠhistoire dans la pense chinoise, Les cultures et le temps, Paris, Payot/Unesco, 1975, pp. 43-71
[26] Anne Cheng, Un Yin, un Yang, telle est la Voie : les
origines cosmologiques du paralllisme dans la pense chinoise, Extrme-Orient,
Extrme-Occident, Paralllisme et
appariement des choses, nĦ 11, Universit Paris VIII, 1989, pp.35-43
[27] Marcel Granet, La pense chinoise, Paris, Albin Michel, 1934 (cf.Livre de poche)
[28] Edgar Ascher, Chronopoisis ou la suite dĠun essai de
mettre en vidence les origines et les consquences du temps newtonien, in Sur
lĠamnagement du temps, essais de chronognie, coll, Paris, Mdiations/Gonthier, pp.109-124, 1981
[29] Je veux parler ici dĠun ÒOrientÓ au sens large car je
ne doute pas que les peuples amrindiens soient galement largement dĠune
imagination mytho-potique dbordante. Cf Benjamin Perret, Anthologie des
mythes, lgendes et contes populaires dĠAmrique, Paris, Albin Michel, 1989 (1960), 410 p. B. Perret y
crit une phrase trs actuelle : ÒLa religion sĠvanouit, mais le mythe
potique nĠen demeure pas moins ncessaire, pur de son contenu religieuxÓ (p.26)
[30] Raimundo Panikkar, Temps et histoire dans la
tradition de lĠInde, in Les cultures et le temps, op.cit., pp.73-101. LĠauteur distingue 13 acceptions
du mot ÒtempsÓ dans la langue de son pays (pp.90-91)
[31] Ren Barbier, Krishnamurti ; une approche radicale
pour la recherche contemporaine en ducation, Pratiques de
formation/Analyses, le devenir du
sujet en formation, lĠinfluence des cultures ÒautresÓ quĠoccidentales, op.
cit., pp. 193-226. Je donne chaque anne un cours semestriel sur les rapports
entre Krishnamurti et lĠducation lĠUniversit Paris 8.
[32] Jiddu Krishnamurti, Carnets, Monaco, Editions du Rocher, 1988, 388 pages, p.24.
[33] Jiddu Krishnamurti, Le Vol de lĠaigle, Neuchatel, Suisse, Delachaux et Nietsl, 243 p.,
1971, p.6
[34] Michel Henry, La Barbarie, Paris, Grasset, 1987, 248 p. Voir Ren Barbier,
lĠcoute sensible en approche transversale, dans le numro double paratre de
Pratiques de Formation/Analyses, 1Ħ
semestre 1993, la multirfrentialit en formation, Universit Paris 8,
Formation Permanente.
[35] Marie-Magdeleine Davy, La connaissance de soi, Paris, PUF,
1989, 5ĝd., p.35
[36] Je fonde mon argumentation sur des textes rcents
publis en Inde (en anglais), aimablement communiqus par Michel Debeauvais qui
travaille actuellement sur ces questions de philosophie de lĠducation
indienne, notamment : A Philosophy of the Role of the Contemporary Teacher, Indian Council of Philosophical Research, text by
Kireet Joshi, Design by Niren Sengupta, New Delhi, 1988, 60 pages ; The Good
Teacher and the Good Pupil, ouvr.
coll. de recueil de textes tirs des Vda, dĠAurobindo, de la Mre (ashram
dĠAurobindo), de Ramakrishna et Vivekananda, de Tagore, de Nehru et dĠIndira
Gandhi, de Premchand, mais galement de Platon, de Molire, de Rousseau ou de
Pestalozzi, du pote anglais Wordsworth, de Montessori, dĠHelen Keller et de
Anne M. Sullivan, de B. Russel, de St. Exupry, dĠH. Hesse, de R. Bach, de
Paulo Freire comme de textes zen ou soufi, Sri Aurobindo International
Institute of Education Research, Auroville, 1988, 554 pages ; Sri Aurobindo
and the Mother on Education, Sri
Aurobindo Ashram, Pondicherry, 1990 (1956), 168 pages ; Sri Aurobindo and
the Mother, by Kireet Joshi, Inde,
The MotherĠs Institute of Research in association with Motilal Banarsidass
Publishers Private Limited, Delhi, 1989, 295 pages ; The Veda and Indian
Culture, an introductory Essay, by
Kireet Joshi, Inde, Rashtriya Veda Vidya Pratishthan, New Delhi, 1991, 115 pages ; The
Gandhian Alternative to Western Socialism, by V.K.R.V. Rao, Inde, Bharatiya Vidya Bhavan, Chowpatty, Bombay-7,
1970, 81 pages
[37] Rada Ivekovic, Orients, critique de la raison
post-moderne, Paris, Nol Blandin,
collection le Diwan occidental/oriental, 1992, 173 pages, notament pp.39 59
[38] ÒA
progressive development of various parts of the being, physical, vital,
rational, aesthetic, moral and spiritual, is a necessary condition of the
integral growthÓ in A Philosophy of the Role of the Contemporary Teacher, opus cit, p.21
[39] V.K.R.V. Rao, opus cit, pp.7-9. Gaston Mialaret nous
rappelle que lĠesprit de Gandhi inspire parfois des rformes ducatives en Inde
: Pdagogie gnrale, Paris, PUF,
1991, 595 p., celle dcrite par Pierre Bovet et cite p.218-219.
[40] The Good Teacher and the Good Pupil, opus cit, p.90
[41] The Good Teacher and the Good Pupil, opus cit, pp. 188 sq : ÒA good teacher is not
eager to give away his knowledge indiscriminately to anyone who simply declares
that he wants to learn.Ó
[42] A Philosophy of the Role..., opus cit, pp.39-44
[43] Louis Nduwumwami, Krishnamurti et lĠducation, Monaco, Editions du
Rocher, 1991, 549 pages, notamment pour les ÒcolesÓ nouvelles
pp.393-458, Robert Linssen, Education cratrice, Bruxelles, Etre Libre, 1984. (sur les coles dans la
ligne de Krishnamurti)
[44] The Good Teacher and the Good Pupil, opus cit, ÒEven non-verbal communication can be
used most effectively. Every good teacher knows that silence often says more
than long discoursesÓ (p.147)
[45] Le Centre Krishnamurti, Brockwood Park, Bramdean, Hampshire, Grande-Bretagne
SO24 OLQ, tel : 096279 748, la brochure dcrivant le Centre, avec un entretien
de Krishnamurti, est disponible en
franais auprs de lĠAssociation Culturelle Krishnamurti France (Paris).
[46] Ren Barbier, LĠApproche Transversale,
sensibilisation lĠcoute mytho-potique en ducation, Habilitation diriger des recherches, Universit
Paris 8, 1992, 619 pages, 2 tomes
[47] Roger-Pol Droit, lĠOubli de lĠInde, Paris, PUF, 1989
[48]Ó The early Indian educational theory affirms that it is possible to
transcend the limitations of sense-bound experience and reason-bound
consciousness, and that the most fundamental object of education is to prepare
the pupil to free himself from those limitations and attain that level of
knowledge where he can dwell permanently in existent reality, in light and in immortalityÓ in The Good Teacher and the Good Pupil, opus cit,
p. 31
[49] Honorat Aguessy, Ryhtmes contretemps, Le
Courrier de lĠUNESCO, regards sur le
temps, avril 1991, pp. 24-25 ; dans la mme publication voir sur la Chine Xiong
Bingming, Innocence et mmoire, pp.20-23 et sur la culture islamique,Ahmad
Hasnawi, Intelligence multiple,
pp. 26-28
[50] Alexis Kagame, Aperception empirique du temps et
conception de lĠhistoire dans la pense Bantu, in Les cultures et le temps, op. cit., pp 103-133
[51] Louis Vincent Thomas, Ren Luneau, La terre
africaine et ses religions, Paris,
Larousse Universit, 1975, 336 p., notamment tout le Livre 1. cf galement
Jacqueline Roumeguere-Eberhardt, totems et sociologie de lĠpistmologie
africaine : base dĠune microhistoire, Cahiers du Laboratoire de sociologie
de la connaissance, I, 1967,
Anthropos, E.P.H.E.S.S., VIĦ section, pp197-206
[52] Cf ce sujet la dmonstration dans lĠentretien que
nous avons ralis, J. Ardoino, Florence Giust-Desprairies et moi-mme, avec
Cornlius Castoriadis, pour la revue Pratiques de Formation/Analyses, Universit Paris VIII, 1Ħ semestre 1992, nĦ sur la
multirfrentialit en ducation coordonn par J. Ardoino et R. Barbier (
paratre).
[53] Claude Roy, Le voleur de pomes. Chine, Paris, Mercure de France, 1991, 430 p.
[54] Lors de ma modeste co-animation dĠun module centr
sur Òla voie du haikuÓ en formation de formateurs (DUFA Paris VIII, 1992) dans
laquelle A. Lhotellier, enseignant de psychologie lĠUniversit de
Nantes, est pass matre. cf A.
Lhotellier, la voie du haiku dans la formation dĠadultes, Pratiques de
formation/Analyses, le devenir du
sujet en formation, lĠinfluence des cultures ÒautresÓ quĠoccidentales, Paris
VIII, nĦ21-22, juin 1991, 233 p., pp.149-157
[55] Ken Wilber, Les trois yeux de la connaissance, la
qute du nouveau paradigme, Monaco,
Editions du Rocher, 1987
[56]cf.Gora Mbodj, Acculturation et enculturation en
pdagogie : introduction lĠethnopdagogie, Les Dossiers de lĠEducation, Universit de Toulouse Le Mirail, Sciences de
lĠEducation, nĦ1, dcembre 1982, pp.37-46 ; Carmel
Camilleri, Anthropologie culturelle et ducation, Paris, Delachaux & Niestl/UNESCO, 1985, 162 p.
; Le Thn Kho, LĠducation :
cultures et socits, Paris,
Publications de la Sorbonne, 1991, 352 p. Pierre Erny, Ethnologie de
lĠducation, Paris, PUF, 1981, 204 p.
[57] CĠest pourquoi lĠintroduction de la philsophie zen
par Taisen Deshimaru, quelles que
soient les pures intentions de lĠauteur, ne pourra se dvelopper en Occident
quĠen sĠaltrant, en se transformant tout en transformant la vision du monde et
le mode dĠtre de lĠOccidental pratiquant la voie de Òla pense par la
non-penseÓ (ÒhishiryoÓ) de Dogen. cf. Taisen Deshimaru, Zen et vie
quotidienne. La pratique de la concentration, Paris, Albin Michel, coll. spiritualits vivantes, 1985, 315 p. (red
poche 1988). Quelque chose dĠ ÒautreÓ en rsultera, dans lĠinterfrence
culturelle, encore impensable lĠheure actuelle.
[58] Martine Valo, LĠcole au secours des banlieues, Le
Monde de lĠducation, nĦ188, dcembre
1991, pp. 18-35, notamment la partie Òimmigrs : lĠcole en checÓ pp.32-35
[59] Si jĠen juge par lĠintrt que suscite lĠexprience
pdagogique interculturelle de Micheline Flak, fondatrice du groupe de
Recherche sur le Yoga en Education (R.Y.E.) cf M. Flak, Le yoga, trait dĠunion
pdagogie dĠOrient, pdagogie dĠOccident, Pratiques de Formation/Analyses, Le devenir du sujet en formation, lĠinfluence des
cultures ÒautresÓ quĠoccidentales, Universit Paris VIII, NĦ21-22, juin 1992,
233 p., pp. 97-106. Voir galement le nĦ 73, spcial, de Management France, Interculturel, CNOF, avril-juin 1990
[60] Carmel Camilleri, Margalit Cohen-Emerique, (s.dir),
Chocs de cultures. Concepts et enjeux pratiques de lĠinterculturel, Paris, LĠHarmattan, 1989, 398 p.,
[61] R. Fibbi, Temps et migration, in La recherche
interculturelle, textes runis par J.
Retschitzky, M. Bossel-Lagos, P. Dasen, T.1, Paris, LĠHarmattan, 1989, 317 p.,
pp 121-127, cit. p. 125
[62] La notion dĠ ÒaltrationÓ prise dans ce sens dĠune
positivit conflictuelle a t propose, mon avis, en filigrane par J.
Ardoino ds Education et Politique, Propos actuels sur lĠducation II, Paris, Gauthier-Villars, 1977. (ex. p.60 ss, p.
175) Dans le chapitre Òvers la
multirfrentialitÓ (1988) J. Ardoino crit plus expIicitement le mot
ÒaltrationÓ (in Perspectives de lĠanalyse institutionnelle, s.dir. A. Savoye, R. Hess, Paris, Mridiens
Kliencksieck, 1988). Contrairement bien dĠautres ouvrages en sciences
humaines, Education et Politique
, livre-Somme et
multirfrentiel en sciences de lĠducation reste indispensable car il nĠa rien
perdu de sa valeur thorique et critique aprs quinze ans dĠexistence. Mais il y manque cependant Mircea Eliade, Henri
Corbin, Gilbert Durand, Louis Massignon, Marie-Magdeleine Davy ou Pierre Vidal
Naquet, cĠest--dire quĠil reste bien ancr dans la sphre de notre pense
occidentale, mme si lĠauteur la veut plus en rapport avec la complexit dĠE.
Morin et avec lĠimaginaire de Castoriadis quĠavec la logique purement
aristotlicienne. Il est vrai que Krishnamurti, par contre, est cit deux fois, assez longuement en notes, ce qui
est exceptionnel dans la Cit savante lĠpoque.
[63] Roger Garaudy, Pour un dialogue des civilisations, Paris, Denol, 1977, 233 p., ch.II
[64] La notion de culture ÒautreÓ a t prcise par
Jacqueline Roumegure-Eberhardt, in Le signe du dbut de Zimbabwe, facettes
dĠune sociologie de la connaissance,
Paris, Publisud, 1982, 202 p., ÒNous utilisons le terme ÒautreÓ -
population, socit, culture ÒautreÓ - de prfrence aux termes ÒprimitifsÓ,
ÒarchaqueÓ, Ònon-industrialisÓ, Òen voie de dveloppementÓ, tous termes
impropres comme le ntre dĠailleurs qui pourrait dnoter un flagrant
culturo-centrisme. Mais cĠest prcisment pour cela que nous lĠadoptons ici.
Nous utilisons pour des raisons pistmologiques appliques la sociologie de
la connaissance afin de marquer quĠautrui est ÒautreÓ pour moi comme je suis
ÒautreÓ pour lui dans tout dialogue authentique voquant une rciprocit de
perspectives. Car nous pensons que ce nĠest que lorsque lĠon cessera de tenter
dĠassimiler autrui que lĠon est alors en mesure dĠengager de relations
permettant une comprhension de son gnie ÒautreÓ. Cette perspective est
essentielle pour le sociologue abordant des socits ayant un hritage ÒautreÓ
que celui de sa propre socit.Ó
(p.26). Voir aussi Pense et socit africaines. Essais sur une dialectique
de complmentarit antagoniste chez les Bantu du Sud-Est, Paris-La Haye, Mouton, 1963
[65] Je retrouve un peu de cette auto-satisfaction, teinte
dĠun certain doute culturel dbouchant parfois sur un sens tragique de la vie,
dans la thse dĠun jeune chercheur dĠorigine japonaise de la Rand Corporation,
Francis Fukuyama, qui nous fait rflchir depuis 1989, en proclamant la fin de
lĠHistoire avec lĠavnement hgmonique du principe de ÒdmocratieÓ au niveau
plantaire. cf Francis Fukuyama, La Fin de lĠhistoire et le dernier homme, Paris, Flammarion, 1992
[66] Comme lĠethnologie kabyle nous le rvle, avec son
organisation sociale o le temps du jour, vers lĠextrieur de la maison et
lĠassemble publique est rserve homme et le temps de la nuit, vers
lĠintrieur, de lĠintimit et de lĠducation des enfants est rserve la
femme cf Pierre Bourdieu, Esquisse dĠune thorie de la pratique, prcd de
trois tudes dĠethnologie kabyle,
Genve, Droz, 1972, 281 p., ch. la maison ou le monde renvers pp.45-69
[67] Jean Stoetzel, Jeunesse sans chrysanthme ni sabre, Paris, Plon/Unesco, 1954
[68] Comme le montrent des films (Òle voyage TokyoÓ) ou des romans (Òles annes du crpusculeÓ dĠAriyoshi Sawako, Paris, Stock, 1986, 265 p.)
[69] Simone Aubrun , Roselyne Orofiamma, Les
comptences de troisime dimension , ouverture professionnelle ?, Paris, C2F, CNAM, C2F, 1990
[70] Michel Giffard, Dveloppez votre intuition et
celle de votre quipe, Paris, E.S.F.,
coll. Formation Permanente et Sciences Humaines, 1992, , ch.2 la mditation.
[71] Karlfried Graf Drckheim, le grand psychothrapeute
transpersonnel, qui nĠhsitait pas
faire des sminaires spcialiss sur ce thme pour les cadres dans son centre
de Totesmnde en fort noire, a crit un livre clairant Òle Japon et la
culture du silenceÓ, Paris, Le
courrier du livre, 1985, 118 p. Il semble bien, dĠaprs le Professeur Misumi
que le Japon ait conserv une certaine forme de double ducation, la fois
moderne et traditionnelle si on en juge par lĠentretien quĠil a accord J.
Ardoino : ÒLa double ducation japonaiseÓ, intervew avec le Pr Misumi par J. Ardoino, Ie 3Ħ Millnaire, LĠimpasse ducative, nĦ11, 1984, pp. 52-54
[72] Olivier Clouzot, Anne Bloch, Apprendre autrement,
cls pour le dveloppement personnel,
Paris, Les ditions dĠorganisation, 1984, 309, p
[73] Sur ce point lĠensemble du NĦ de Pratiques de
formation/Analyses que jĠai
coordonn, Universit Paris VIII, 21-22, juin 1991, le devenir du sujet en
formation, lĠinfluence des cultures ÒautresÓ quĠoccidentales.
[74] Michel Maffesoli, La transfiguration du politique.
La tribalisation du monde, Paris,
Grasset, 1992, 308 p.
[75] Edgar Morin, Gianluca Bocchi, Mauro Ceruti, Un nouveau
commencement, Paris, Seuil, 1991, 217
p., cit de G.Bocchi et M. Ceruti p.121
[76] Michel Serres, Le Tiers-Instruit, Paris, Franois Bourin, 1991, 249 p., pp 12-17
[77] Je suis curieux de savoir ce que deviendront ces
petits Occidentaux qui ont t reconnus comme des rincarnations (tulkus) de
grands sages tibtains et duqus comme tels : ainsi du petit Osel Torres, n
Grenade en Espagne en 1985, recevant une ducation traditionnelle au Npal
puisquĠil est cens tre la rincarnation de Lama Yesh, mort en 1984. cf revue
Enfants dĠabord, NĦ 120, novembre
1987, p 20
[78] Plus que tout autre sans doute, lĠAmricain Abraham
Maslow a ds la fin des annes 60 prsent une Òpsychologie de lĠtreÓ dont
bien des parties sont trs proches dĠune autre faon (orientale) de voir la vie. Vers une Psychologie de
lĠtre, Paris, Fayard, 1989 (1972),
268 p., notamment son chapitre sur les Òpeak expriencesÓ, les expriences
paroxistiques, pp 81 ss
[79] Comme il nous lĠaffirmait la Dcade de
Cerisy-La-Salle qui lui tait consacre en juillet 1991
[80] La notion dĠexprientialit est trs importante en ducation comme le montre la
publication des Actes dĠun Colloque de 1989 ÒLa formation exprientielle des
adultesÓ coord. B. Courtois et G.
Pineau, dlgation la formation professionnelle, Paris, La Documentation
Franaise, 1992, 348 p.
[81] Chef Seattle, La fin de la vie et le dbut de la
survivance, rponse de Seattle en
1854 au gouvernement amricain qui lui proposait dĠabandonner sa terre aux
blancs et promettait une ÒrserveÓ pour le peuple indien, publi par
lĠassociation Greenpeace. La rponse commence par ces simples mots ÒComment
pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? lĠide nous
parat trange. Si nous ne possdons pas la fracheur de lĠair et le
miroitement de lĠeau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ?Ó Chacun sait que cette attitude exige une rflexion
sur la notion de temps ÒoccidentalÓ cf le programme du Mouvement cologique en
1981 : Ecologie, Le pouvoir de vivre,
Montargis, 1981, 296 p., la conqute du temps pp. 77-84.
[82] Michel Serres, Le contrat naturel, Paris, Flammarion, Champs, 1992 (1990 F. Bourin),
191 p.
[83] Gaston Bachelard, LĠintuition de lĠinstant, Paris, Stock, 1992 (1931), 153 p.ÓDs le seuil de
sa mditation - la mditation du temps est la tche prliminaire toute
mtaphysique - voil donc le philosophe devant lĠaffirmation que le temps se
prsente comme lĠinstant solitaire, comme la conscience dĠune solitude.Ó (p.13) crit Bachelard qui oppose dans son ouvrage
la philosophie de lĠinstant (et de lĠacte) de Roupnel la philosophie de la
dure (et de lĠaction) de Bergson. Dans cet ouvrage la dernire partie est
consacre Òinstant potique et instant mtaphysiqueÓ, suivi dĠun texte de
Jean Lescure Òintroduction la potique de BachelardÓ, un fleuron de la
rflexion en terme dĠ Òcoute potiqueÓ du monde. Bachelard qui savait si bien
Òprendre son tempsÓ pour faire la cuisine ses amis.
[84] Mais je partage la critique dĠEmmanuel Lvinas
propos de Bergson dont la notion dĠlan vital Òne tient pas compte de la mort, mais surtout tend vers
un panthisme impersonnaliste dans ce sens quĠil ne marque pas suffisamment la
crispation et lĠisolement de la subjectivit, moment inuctable de notre
dialectiqueÓ, Le temps et lĠautre, Paris, PUF, Quadrige, 1983 (1979 Fata Morgana), 92
p., cit. p.86-87
[85] Lorsque la psychologue clinicienne tente de comprendre lĠexistentialit du
temps comme souffrance familire et nigmatique dans le vcu de lĠennui, elle
en assume cette dimension dĠAbme silencieux et intime chez le sujet parlant cf
Michle Huguet, LĠennui ou la douleur du temps, Paris, Masson, 1987, 197 p.
[86] Jacqueline Barus-Michel, Pouvoir : mythe et
ralit, Paris, Klincksieck, 1992,
333 p. Dans son ouvrage J. Barus-Michel analyse la toute premire importance de
la fonction mythique de lĠesprit humain et de son influence dans la socit. On
ne peut penser les relations de pouvoir sans les relier au mythe.
De son ct Edgar Morin termine son quatrime tome de
La Mthode par une mditation sur lĠaube de lĠhumanit o ÒsĠest leve la
noosphre, avec le dploiement des mythes, des dieux, et le formidable
soulvement de ces tre a pouss, entrane Homo sapiens
des dlires, massacres, cruauts, adorations, extases, sublimits inconnues
dans le monde animal. Depuis cette aube nous vivons dans une fort de symboles
et nous ne pouvons en sortir.Ó La
Mthode, Les ides. Leur habitat, leur vie, leurs moeurs, leur organisation, Paris, Seuil, T.4, 1991, 262 p., cit p.241. Voir
aussi Georges Gusdorf, Mythe et mtaphysique, Paris, Flammarion, Champs, 1984, 366 p.
La dimension mythique et symbolique du temps travers
les civilisation t largement claire par Marie von Franz dans Le temps,
le fleuve et la roue, Paris, 1978,96
p.
[87] Vladimir Janklvitch, LĠirrversible et la
nostalgie, Paris, Flammarion, coll.
Champs, 1983, (1974), 392 p.. Avec sa rflexion sur Òla mortÓ, cet ouvrage de
Janklvitch est incontournable pour penser philosophiquement le vcu du temps
car pour lui, ÒlĠhomme est un irrversible incarnÓ (p.8) A
tous les passistes obtus il faut rappeler ces phrases du
philosophe Òle temps tire en
avant ceux qui tirent en sens inverse et font mine de revenir en arrire ; le
temps remet en marche ceux qui sĠarrtent ; le temps entrane les tranards (nolentes trahit !) qui, sans sĠarrter ni reculer,
ralentissent ; mais aussi il retient ceux qui pressent le pas.Ó (p.41) Seul lĠirrversible assum dbouche sur
lĠamour et lĠimprovisation cratrice. (pp. 243-250)
[88] Une psychologie qui ne prend pas en compte pleinement
et sans dnaturation ethnocentrique cette capacit de lĠtre humain de
ÒmditerÓ sans objet ne saurait tre totalement reconnue comme une psychologie
humaine authentique ayant valeur universelle : cĠest le cas de la psychanalyse freudienne. CĠest dĠailleurs
dans ce ÒmanqueÓ de la psychologie occidentale que sĠest engouffre, pour le
meilleur mais galement pour le pire, la mode des Ònouvelles thrapiesÓ.
[89] Ren Barbier, lĠcoute sensible en ducation, Pratiques
de Formation/Analyses, Universit
Paris VIII, juin 93, NĦ 25-26 sur lĠapproche multirfrentielle en Sciences de
lĠducation, coord. par J. Ardoino et R. Barbier.