Existence et ÒmŽtissage temporelÓ en Žducation[1]

 

La  problŽmatique du mŽtissage temporel pose, avant tout,  que le temps vŽcu est ÒculturelÓ et dŽpend de ce fait d'un Žtat donnŽ d'une sociŽtŽ, ˆ un moment de son histoire. Son Žtude relve  dĠune analyse multirŽfŽrentielle prŽconisŽe par Jacques Ardoino, mais au sens le plus large du terme, cĠest-ˆ-dire dĠune Òapproche transversaleÓ du vŽcu temporel. Cette approche repose sur une vigilance phŽnomŽnologique et accepte de ÒprŽter du sensÓ ˆ partir de multiples rŽfŽrentiels (les sciences anthropo-sociales certes, mais aussi les philosophies, les arts, les littŽratures et les approches spirituelles) oeuvrant pour rendre intelligibles et sensibles les situations de vie rencontrŽes[2].

Sans lĠavnement de la civilisation occidentale, il nĠest pas certain que la question du ÒtempsÓ  se soit prŽsentŽe dĠune manire aussi dŽcisive[3] . Sans doute faudrait-il distinguer comme le fait le philosophe plusieurs niveaux de temps en allant du temps physique, ŽlŽmentaire, au temps sotŽriologique ˆ dominante religieuse en passant par le temps de vie Žvolutif, le temps psychologique propre ˆ lĠtre humain et au temps historique des sociŽtŽs[4] .

Le sentiment de vivre le temps qui passe  semble prendre trois grandes orientations suivant les zones culturelles dans le monde.

- Il s'agit d'un Òtemps linŽaireÓ avec un commencement et une fin en Occident.

- D'un Òtemps cycliqueÓ dont l'origine est revŽcue sans cesse ˆ travers des mythes ancestraux en Orient et dans d'autres cultures lointaines[5] .

- Enfin d'un Òtemps spiralŽÓ qui conjugue ˆ la fois le temps linŽaire et fonctionnel et le temps cyclique ˆ notre Žpoque post-moderne, bien que ces deux aspects du temps aient toujours coexistŽ dans toutes les cultures.

Le Òtemps spiralŽÓ devient de plus en plus aujourd'hui un Òtemps mŽtissŽÓ, c'est-ˆ-dire un temps qui porte l'empreinte de l'interculturalitŽ de notre modernitŽ, non sans problmes[6] .

1. L'Occident et le temps linŽaire

Il est difficile de ne pas caractŽriser le temps vŽcu en Occident par sa linŽaritŽ, sa conventionnalitŽ et sa fonctionnalitŽ.

Par la notion de Òtemps vŽcuÓ j'entends un temps qui s'inscrit dans la vie affective et sociale du sujet. C'est avant tout un temps psychologique apprŽhendŽ personnellement et conduisant ˆ des effets de sens dans la vie relationnelle. Pour un lycŽen une minute passŽe avec celle dont il est amoureux ÒvautÓ Žvidemment bien des heures passŽes ˆ suivre des  cours plus ou moins intŽressants.

- La linŽaritŽ du temps occidental

En Occident le temps s'inscrit dans une trajectoire qui va du commencement du monde ˆ sa parousie. Le Christianisme a instaurŽ un temps linŽaire qui a commencŽ il y a presque deux mille ans et qui finira au Jugement Dernier. Il y a avant et aprs la naissance du Christ. Le Òtemps socialÓ occidental est dŽlimitŽ par cette origine. Toute naissance humaine s'y rŽfre explicitement par l'annŽe de naissance. Chaque destin est tracŽ sur un vecteur temporel qui subit l'influence du Christianisme quand bien mme le sujet se veut incroyant : ÒLa promesse faite par le Christ de revenir eut pour effet dĠorienter les premires congrŽgations chrŽtiennes vers lĠavenir plus que vers le passŽ, dans lĠattente du retour en gloire. De la mme faon, les Juifs attendent la venue du Messie ˆ la fin des tempsÓ (Marie-Louise von Franz)[7] .

Les ftes traditionnelles rappellent ˆ tous cette linŽaritŽ du temps chrŽtien, toujours historiquement situŽ (No‘l 1939 n'est pas No‘l 1991),  tout en activant un temps cyclique par le rappel ˆ l'origine et au mystre divins de la temporalitŽ (No‘l, P‰ques et Pentec™te). Ainsi mme le temps occidental ne saurait Žchapper ˆ l'influence cyclique du temps. Mais sa polarisation demeure la linŽaritŽ, le caractre cyclique se sŽcularisant de plus en plus en se banalisant et en perdant sa force symbolique. Sans doute faut-il faire des distinctions. Par exemple le temps musulman, tout en sĠinscrivant dans un temps occidental, celui des religions du Livre, reste compltement singulier. Si le temps occidental peut tre dŽfini comme  ÒmesurŽÓ, ÒqualifiŽÓ et de ÒbouleversŽÓ, le temps ÒrŽfŽrentielÓ du MaghrŽbin est diffŽrent . Le passŽ pour un MaghrŽbin musulman nĠest pas le mme que pour un Occidental car il donne une plus grande importance ˆ la religion dans sa vie privŽe. Le temps islamique est plus valorisŽ : cĠest un Òtemps mythique o la communautŽ musulmane est censŽe avoir incarnŽe une sorte de perfection.Ó (Edgard Weber)[8] .

Le temps en Occident est d'abord une philosophie du temps qui se traduit par un discours et un rŽcit sur le temps[9] . La diffŽrence entre le temps grec et le temps dans la pensŽe bantoue est considŽrable. : ÒAlors que la philosophie grecque a       produit l'idŽe d'un temps abstrait, comme "nombre du mouvementÓ (Aristote), la pensŽe bantoue offre l'idŽe d'un temps estampillŽ par l'ŽvŽnement[10]

Bien avant Aristote les premiers potes et dramaturges grecs (Homre, HŽsiode etc) avaient pensŽ le temps mais d'une manire prŽphilosophique ou non philosophique.

Avec Aristote Òle temps est le nombre du mouvement relativement ˆ l'avant et ˆ l'aprsÓ (Livre IV de La Physique). La distinction est opŽrŽe entre le maintenant comme limite et le maintenant conu comme infime partie du temps.

Le mouvement n'est concevable qu'en fonction des structures ontologiques de l'tre et du non-tre, du devenir et de la privation, de l'acte et de la puissance.[11] Mais la conception scientifique du temps nous  Žloignera de l'ontologie temporelle aristotŽlicienne.

Henri-Charles Puech a montrŽ lĠopposition de la conception chrŽtienne dĠun temps orientŽ et irrŽversible ˆ celle des Grecs pour qui le dŽroulement du temps est cyclique et non rectiligne. Mais il remarque Žgalement, dans ce cas, comment cette dernire approche rŽpond avant tout ˆ un ÒidŽal dĠintelligibilitŽÓ qui voit dans le mouvement circulaire lĠexpression la plus parfaite de lĠimmobilitŽ et de la permanence divines.[12]

RŽflŽchissant sur lĠ Òart du tempsÓ, Jean-Louis Servan Schreiber affirme que Òle temps actuel, moderne, est unique, rythmŽ et encombrŽÓ.[13]

Il est ÒuniqueÓ puisque toute la plante est synchrone et seuls changent les chiffres des heures suivant les fuseaux horaires. Il est ÒrythmŽÓ parce que nos habitudes sociales sont dictŽes par le temps instituŽ depuis les horaires de travail jusquĠaux dŽparts calculŽs des trains. Il est ÒencombrŽÓ par la nŽcessaire croissance performante de productivitŽ que nous impose la modernitŽ dans un temps qui pourtant reste le mme.

La ma”trise du temps conu linŽairement passe par le regard culpabilisŽ sur la montre ˆ quartz qui reste pourtant une convention arbitraire du dŽcoupage de la vie. Elle va de pair avec la fuite toujours prŽsente de la fin radicale de lĠtre humain, avec son vieillissement et sa mort inŽluctables, particulirement mise en lumire a contrario par la publicitŽ commerciale.

- ConventionnalitŽ du temps occidental.

Le dŽcoupage du temps suivant une progression horlogre en 24 heures et calendaire en mois et annŽes est une pure crŽation culturelle, donc relative,  qui devient cependant quasiment ÒnaturelleÓ par son caractre dĠuniversalitŽ dans toutes les sociŽtŽs industrialisŽes. LĠobsession de lĠ Òheure justeÓ nous fige dans un mode de vie sans impŽvu. LĠHorloge parlante de Paris enregistre prs de 400000 appels par jour ! Jacque Attali a relatŽ dans son Histoire du temps lĠŽvolution instrumentale de la mesure du temps en Occident. Depuis le temps rŽgi par les dieux et un temps mesurŽ par le jeu de lĠombre (cadran solaire) et lĠŽcoulement de lĠeau (clepsydre) en allant vers les ÒmŽcaniques du tempsÓ (horloges et chronomtres, instruments Žlectroniques) au fil de histoire moderne[14] . On cherche ˆ Ògagner du tempsÓ mais pourquoi faire ? : ÒDans tous les grands pays industriels, lĠŽvolution est identique ˆ celle de lĠAngleterre : les journŽes sĠencombrent dĠobjets, la tŽlŽvision envahit presque toute lĠespŽrance de vie supplŽmentaire.Ó (J. Attali, p.268)

LĠEcole, plus que toute autre institution, est prisonnire de cette force instituŽe du temps. Gaston Mialaret dans son traitŽ de PŽdagogie gŽnŽrale  consacre tout un chapitre au Òtemps scolaireÓ.[15] MalgrŽ toutes les Žtudes, souvent contradictoires sur le rythme scolaire, les dŽcideurs nĠont jamais rŽussi ˆ Žtablir une organisation du temps en accord avec  lĠhorloge biologique de lĠenfant. CĠest  du c™tŽ des Ҏcoles paralllesÓ quĠon a parfois essayŽ dĠŽquilibrer le temps dĠŽtude, le temps de repos et le temps dĠexpression artistique ou corporelle (par exemple lĠinsistance sur ce problme dans la pŽdagogie de Rudolph Steiner)[16] . G. Mialaret rappelle une Žtude de H. Gleizes qui dŽcrit minutieusement la journŽe Žpuisante dĠun enfant de classe dŽfavorisŽe (p.336-337). LĠ Òemploi du tempsÓ est le ma”tre-mot de lĠŽcole. On sait quĠau niveau des lycŽes il faisait la fiertŽ de NapolŽon. Comme le signale G. Mialaret la rŽflexion sur lĠemploi du temps nĠa pas ŽtŽ entreprise jusquĠau milieu du XXe sicle. Si elle sĠintŽresse au point de vue des Žlves, cĠest avant tout pour Žviter les pertes de temps, les dŽplacements entre classes ou b‰timents aussi bien des Žlves que des enseignants. On a lĠimpression que le ÒmatŽrielÓ lĠemporte trs largement sur le ÒspirituelÓ dans ce type de rŽflexion. Le Òprojet-programmatiqueÓ englue quand il ne fait pas dispara”tre tout Òprojet-visŽeÓ, cĠest ˆ dire un questionnement en terme de ÒsensÓ, pour reprendre les termes de J. Ardoino.  G. Mialaret Žcrit, aprs avoir soulignŽ les Žtudes sur la fatigue et lĠattention de lĠenfant : ÒCes rŽsultats remettent en cause lĠ ÒunitŽ horaireÓ choisie par la plupart des constructeurs dĠemploi du temps.Ó (p.340). MalgrŽ de nombreuses recherches ces dernires annŽes sur la question de lĠemploi du temps, notamment par les Žquipes de lĠI.N.R.P.,[17]  lĠordre des choses est encore loin de pouvoir changer.

La question reste posŽe, ˆ une Žpoque o tant dĠenfants arrivent au collge avec des manques Žvidents de savoir ŽlŽmentaire qui vont dĠailleurs peut-tre sĠaccro”tre au fil des annŽes de scolaritŽ sĠils ne sont pas dans les Òbonnes filiresÓ : ˆ quoi sert lĠŽcole ?[18] Michel Lobrot y rŽpond  en 1986 dans la mme ligne critique que vingt ans auparavant, en 1966 lors de la parution de son livre sur la pŽdagogie institutionnelle.

On peut rŽflŽchir ˆ une autre organisation du temps et du cursus scolaire, beaucoup plus adaptŽe ˆ la rŽalitŽ humaine et sociale de lĠenfant, notamment dans les zones rurales des pays en voie de dŽveloppement [19]

La Òformation en alternanceÓ Žcole/entreprise (une semaine en sŽminaire, trois semaines en usine), si prisŽe aujourdĠhui dans tous les milieux, y compris malheureusement parmi les chercheurs en Sciences de lĠEducation,  nĠest-elle pas le plus bel exemple dĠune logique institutionnelle aliŽnante sous son aspect ˆ premire vue ÒouvertÓ ˆ la vie et ˆ lĠinnovation pŽdagogique ? Tout se passe comme si les salariŽs (cadres dĠentreprise, travailleurs sociaux etc.) ne devaient plus avoir lĠoccasion de ÒrompreÓ, mme provisoirement pour quelques mois, avec la Òculture dĠentrepriseÓ dont on conna”t la violence symbolique. Il sĠagit de ne pas Òl‰cherÓ le salariŽ dans un autre milieu de rŽflexion, en particulier ˆ lĠUniversitŽ considŽrŽe comme dangereusement critique. DĠailleurs une stratŽgie complŽmentaire, sĠappuyant sur des Òapp‰ts ŽconomiquesÓ,  consiste ˆ infiltrer lĠesprit universitaire du caractre inŽluctable et presque hŽgŽmonique de lĠesprit dĠentreprise (compŽtition, rentabilitŽ, rationalitŽ, risques et profits). LĠUniversitŽ se laisse  faire sans broncher, faute de moyens matŽriels suffisants de la part des Gouvernants, eux-mmes soumis ˆ lĠemprise idŽologique. Sans doute ce point de vue est-il un peu abrupt. Je ne mŽconnais pas lĠapport de la pratique au sein de lĠentreprise pour des formations trs techniques ou pour une premire connaissance du monde du travail. Mais quĠon veuille en faire le principe de toute formation et surtout de toute Žducation, en particulier en sciences humaines,  me semble un point de vue purement idŽologique et politique. Je prŽfre beaucoup plus une rupture, une Òmise en jachreÓ (Masud Khan) de quelques mois (dans le cas du D.U.F.A. de lĠuniversitŽ Paris VIII, 6 mois) qui permet de faire le bilan professionnel et existentiel, en termes positifs et nŽgatifs, sur des annŽes de pratiques professionnelles.

- La fonctionnalitŽ du temps occidental.

ÒLe temps cĠest de lĠargent !Ó Toute la fonctionnalitŽ et le dŽcoupage du temps en Occident sont ŽclairŽs par cette maxime. Nous sommes dŽterminŽs par lĠinstitution du Òtemps industrielÓ. LĠanalyse de cette institutionnalisation dans les grandes usines de la Nouvelle-Angleterre aux dŽbuts du XIXe sicle montre comment les entrepreneurs ont imposŽs aux ouvrires issues de rŽgions rurales les horaires et la discipline de travail, non sans provoquer des formes dĠadaptation et de rŽsistance.[20] Les ruraux  doivent  Žgalement faire face au temps. Mais leur temps vŽcu est constituŽ autrement, suivant les impŽratifs du cycle des saisons.[21]

Comme les missionnaires catholiques ou protestants ont, en leur temps, compris quĠil fallait dŽtruire les cadres sociaux de rŽpŽrage existentiel (notamment les pratiques magico-religieuses et la structure traditionnelle de la ÒmaisonÓ communautaire des indignes) pour rŽussir leur violence symbolique, les entrepreneurs du sicle pionnier du Capitalisme devaient fixer les ruraux dans lĠusine en les infŽodant ˆ un emploi du temps industriel loin de leur habitus primaire. A bien considŽrer lĠŽtude de M. Debouzy, nous ne sommes pas loin des pratiques codifŽes dans lĠ Òinstitution totaleÓ dŽcrite plus tard par Erving Goffman dans son cŽlvre ouvrage Asiles.[22]

Par exemple lĠusage systŽmatique de la cloche pour appeler les ouvrires au travail et dont le son les poursuit jusque dans les pensionnats o elles logent pour rythmer leur repas et leur sommeil.

Mais la cloche devient vite un objet de haine chez les ouvrires. Le ressentiment sĠexprime dans nombre de pomes, de chansons ou de rŽcits. Les amendes pleuvent pour cause dĠabsentŽisme ou de retard.

A une Žpoque, la n™tre, o certains ne trouveraient pas innommable de rŽtablir le travail de nuit pour les femmes, il faut vraiment rappeler quĠau XIXe sicle, en pleine jungle industrielle,  le plus insupportable pour les ouvrires semblaient tre la suppression partielle de lĠopposition jour/nuit et lĠadaptation au temps artificiel de lĠusine. Travailler sous la lueur des lampes Žtait une atteinte ˆ leurs croyances religieuses dĠorigine biblique. Plusieurs mouvements de protestation eurent lieu ˆ cet Žgard. Pourtant lĠusine finissait par modeler les attitudes. LĠhabitus se constituait imperceptiblement et on voyait bient™t les ouvrires arriver ˆ la porte de lĠusine avant lĠheure, malgrŽ les remarques critiques des journaux ouvriers. AujourdĠhui nous avons hŽritŽ, sans nous en apercevoir,  de cette introjection de la normativitŽ dominante de la sociŽtŽ industrielle capitaliste.  Les sociologues nomment cette inculcation inconsciente dĠun schŽme de pensŽe, de perception et dĠaction : une violence symbolique[23] .

2. LĠOrient et le caractre cyclique du temps

Le terme ÒOrientÓ est pris ici au sens large, sans mŽconna”tre les diffŽrences, voire les oppositions qui peuvent exister entre des visions du monde que nous situons si facilement ailleurs dĠune faon homogne et illusoire[24] .

MalgrŽ tout, nous pouvons considŽrer par le terme de Òtemps orientalÓ une comprŽhension du temps vŽcu qui  inclut plusieurs dimensions : un rapport ˆ la nature, une relation au mythe du commencement et du recommencement, une relation ˆ un espace psychique qui peut tre hors du temps.

- Le rapport ˆ la nature

La tradition orientale chinoise et japonaise implique un rapport au temps en liaison  avec le sens de la nature. Le temps des Chinois se reflte dans leur langage et dans leur faon dĠagir. Ils ont dŽveloppŽ un sens empirique du temps dĠune extrme subtilitŽ. Claude Larre parle ˆ ce propos de Òla saveur du tempsÓ chez les Chinois.[25] Les arts, la poŽsie refltent cette manire de savourer le temps : ÒLa sensibilitŽ des Chinois Žtant entirement immergŽe dans les Žtats de la Nature, les nuances fugitives, les moments dĠŽquilibre les plus exquis affleuraient partout dans la vie (...) On savait apprŽcier la qualitŽ du temps comme on faisait le thŽ, du papier, de la soie, des mille commoditŽs de lĠexistence. Le temps venait, passait, revenait, le temps de la branche de prunier, de la tige de bambou, de la feuille dĠŽrable, de la ramure du pin, le temps du cri aigre de lĠoie grise, du chant sucrŽ du loriot, de lĠappel de la caille.Ó (p.44). Le caractre Che  Žvoque le temps en gŽnŽral. CĠest un Žtat de conscience, une durŽe qualitative, polysŽmique, trs liŽe avec la perception des saisons. Une grande variŽtŽ de mots composŽs avec Che  permettait de nuancer le rapport de lĠhomme au monde de la temporalitŽ. Ainsi notre notion moderne de temps sĠappelle  Che Kien.

Les  Chinois pensent quĠil faut accorder Žgalement une certaine attention ˆ cette notion de temps divisŽ en espaces de temps, introduisant ainsi une notion quantitative.

La conception du  temps en Chine est inscrite  dans une philosophie de la vie ˆ partir de lĠindistinction primordiale du Chaos initial. Temps et commencement commencent en mme temps et finissent en mme temps.

LĠaspect du Yin  dans le Yang  et du Yang dans le Yin  caractŽrisent respectivement le commencement et la fin[26] . La notion de temps se confond avec celle de lĠalternance du Yin  et du Yang  comme Marcel Granet lĠa bien montrŽ.[27]

LĠintŽrt des Chinois pour le sentiment de lĠinstant ne les a pas empchŽs de devenir des historiographes prestigieux de lĠŽvolution de leur civilisation. Chez eux le temps continu est celui de lĠhistoire. Dans lĠancienne Chine lĠhistoriographe et lĠastronome ont des fonctions voisines.[28]

- La pensŽe mythique et le temps

La  pensŽe  orientale est  mythique[29] . Elle   pose    la       question        du Commencement et de la fin des choses. Pour les Chinois au dessus du temps qui commence et finit et dont le commencement et la fin sont dŽterminŽs par la qualitŽ individuelle de la vie, il y a ce qui nĠa ni commencement ni fin, dont tout provient et vers quoi tout retourne : le Tao. LĠhistoriographie qui remonte ˆ 40 sicles demeure lŽgendaire et mythique pour ses parties les plus anciennes.

 Le temps dans la philosophie de lĠInde

CĠest peut-tre lĠInde qui a produit une pensŽe mythique des plus ŽvoluŽes concernant le temps. Dans la pensŽe traditionnelle de lĠInde lĠexistence de lĠunivers et de lĠhistoire humaine et cosmique, est sous lĠemprise de deux forces supŽrieures : k‰la (le temps) et karman (lĠacte). Le temps est tout ˆ la fois le fruit dĠune action rituelle, lĠexpression dĠun pouvoir cosmique, animŽe par un principe absolu (le destin) et rŽgie par le pouvoir de Dieu, ˆ moins que Òle vase au dessus du tempsÓ se soit brisŽ en dĠinnombrables morceaux ou que le temps ne soit quĠune illusion cosmique.[30]

Le temps du sacrifice

Dans lĠInde vŽdique le temps na”t avec le rite sacrificiel et cĠest par le sacrifice quĠil est dŽtruit. Le temps est liŽ au culte. CĠest le purusha, lĠhomme cosmique dans le Rig Veda et Praj‰pati dans les Br‰hmanas qui est immolŽ ˆ lĠorigine afin que le monde soit. Le sacrifice dans un deuxime acte accomplit le mouvement en sens inverse et reconstitue le Seigneur des tres. La symbolique de la Roue cosmique permet dĠimaginer ce processus.

Le temps du pouvoir cosmique

 Ce processus temporel est dĠailleurs conu comme un pouvoir cosmique. Le temps appara”t alors comme ÒcrŽateur du crŽateurÓ, Praj‰pati et qui est Brahman  lui-mme. Le cŽlbre Mah‰bh‰rata exprimera plus tard, dĠune manire plus populaire, une conception du temps en tant que Destin insurmontable. Le Temps est divin, il est la cause de tout. Il crŽe et il dŽtruit, inexorablement. LĠinfluence bouddhiste semble dŽterminante dans cette vision du monde. En effet lĠAtharva Veda parlait par contre dĠun Òvase plein qui est placŽ au dessus du tempsÓ car Brahman a deux formes : temps et atemporalitŽ selon la Maitri Upanishad.

Le temps est pouvoir de Dieu : il mžrit (cuit) tous les tres dans le grand Soi - ce en quoi le temps mme est cuit : celui qui le sait conna”t le Veda.

Le temps et lĠaction

Bien que certaines Žcoles philosophiques aient niŽ lĠexistence dĠun temps indŽpendant de lĠaction, en gŽnŽral, le temps est liŽ ˆ lĠacte (Karman). Karman est dĠabord lĠacte puis le rŽsidu de lĠacte qui produit des rŽsultats bons ou mauvais et qui survit ˆ la personne et finalement la loi qui rŽgit la rŽtribution des actes et le rŽseau de correspondances entre les karmas  des Žtants. Le temps a besoin du karman qui est comme la qualitŽ intŽrieure du temps. DĠautre part sans le temps le karman ne pourrait pas se rŽaliser. Mme le ÒlibŽrŽ vivantÓ (jivanmukta) qui a bržlŽ tous ses karmas et qui vit en quelque sorte en dehors du temps continue a consumer tous les rŽsidus du karman subtile dont son corps est la condensation. LĠInde a vŽcu son passŽ dĠune faon quasi-mythique : ÒCe qui en Occident remplit la fonction de lĠhistoire est ce quĠen Inde lĠOccidental appellera un mytheÓ ( Panikkar, p.88)

Le temps est incorporŽ et intŽriorisŽ

Les Veda cherchaient la continuitŽ du temps par lĠacte cultuel du sacrifice. Les Upanishads commencent ˆ douter de la permanence de cet acte et de cette durŽe. Ils  ne subordonnent plus lĠimmortalitŽ ˆ lĠaccomplissement du rite. Ce nĠest plus ˆ lĠextŽrieur, dans le culte ou le cosmos, que se trouve la continuitŽ mais ˆ lĠintŽrieur de lĠhomme, dans le Soi, lĠatman. La continuitŽ cosmique sera retrouvŽe par la dynamique du souffle de vie, le prana.Prana est dĠune part le principe de vie et lĠaspect individuel (adhy‰tma) du vent cosmique (v‰yu) infatigable et omniprŽsent.Le Pranayama devient un exercice de contr™le de la respiration permettant un dŽveloppement spirituel pour surmonter la mort.

Les Upanishads cherchent ce qui est au-delˆ du passŽ et du futur. Elles cherchent lĠinfinitude (bhžman) et la plŽnitude (pžrnam) quĠelles trouvent symbolisŽes davantage dans lĠespace que dans le temps. A partir de cette Žpoque, le temps - succession et durŽe - est dŽvalorisŽ ainsi que lĠunivers de lĠacte et ˆ la fin du processus, cĠest la doctrine du cycle des existences (sams‰ra) qui entra”ne une conception nŽgative du temps.Les Žcoles philosophiques tendent ˆ nier toute valeur rŽelle au temps. On voit appara”tre un dŽpassement du temps par des pratiques yoguiques de cessation des Žtats mentaux inscrits dans lĠinstantanŽ : Òles Žcoles spirituelles, ˆ partir des Upanishads et du bouddhisme, prennent lĠinstant, kshana, comme point dĠappui pour le Òsaut dans lĠintemporelÓÓ(R. Pannikar, 1975, p.84). Le temps est vide de rŽalitŽ. Le yoguin nĠaccepte que lĠinstant prŽsent, sans passŽ ni avenir.LĠinstant est qualifiŽ de vibration de la conscience. Il est lĠŽternel prŽsent qui seul donne plŽnitude et fŽlicitŽ.Il dŽbouche sur une attitude mŽditative.

Le cas exceptionnel et contemporain de Jiddu Krishnamurti

Krishnamurti fut une figure exceptionnelle au XXe sicle de ce que jĠentends prŽsentement par cette ÒpensŽe orientaleÓ liŽe ˆ lĠinstantanŽitŽ, dŽgagŽe du tout dogmatisme religieux et centrŽe sur lĠattitude mŽditative. Il la vivait depuis son enfance, ˆ longueur de journŽe, sans faire le moindre effort[31] . Pour Krishnamurti :

Òil est un sacrŽ qui ne provient pas de la pensŽe, ou d'un sentiment qu'elle aurait ressuscitŽ. La pensŽe ne peut ni le reconna”tre, ni l'utiliser. Elle ne peut non plus le formuler. Mais ce sacrŽ existe, qui n'a jamais ŽtŽ effleurŽ par le symbole ou la parole. Il n'est pas communicable. Il est un fait"[32] 

La pensŽe fait partie du temps, donc de la naissance et de la mort, comme le dŽsir. La mŽditation nous entra”ne vers la non-pensŽe, l'absence de toute reprŽsentation, le vide de l'esprit et s'ouvre sur un prŽsent toujours neuf, au delˆ du temps et de l'espace.

Ò La mŽditation est cette attention qui comporte une conscience globale et sans choix du mouvement de toute chose...Et dans cette attention tout s'est calmŽ, immobilisŽ, aussi bien les tours et dŽtours de la conscience que le temps d'hier se poursuivant dans l'espace de demain. Il est, dans cette immobilitŽ, un mouvement non mesurable, non  comparable ; mouvement sans tre, c'est l'essence de la fŽlicitŽ, de la mort et de la vie.Ó ( 1988, p.97).

Seule la mŽditation nous permet de voir sans faire d'expŽrience tout en voyant toujours pour la premire fois ce que nous avons regardŽ dŽjˆ des dizaines de fois. Car la mŽditation comme Òl'aigle dans son vol ne laisse aucune trace derrire lui, ˆ l'encontre du savantÓ[33] . C'est une attention de l‰cher-prise qui saisit le mouvement et la crŽation dans son devenir incessant, fait de structurations/destructurations, d'instant en instant de commencement en commencement.  Elle est mouvement dans l'immobilitŽ . Dans l'attention totale de la mŽditation, il n'y a ni connaissance, ni recognition, ni le souvenir de ce qui a eu lieu.  Etre prŽsent au monde dans la mŽditation, c'est laisser sa sensibilitŽ s'ouvrir tous azimuts dans la rencontre avec le rŽel. On ne redira jamais assez, dans notre re de ÒbarbarieÓ, ˆ quel point la sensibilitŽ - notamment esthŽtique - est morcelŽe, cassŽe, bafouŽe, annihilŽe mme ou rendue grotesque sous couvert de sentimentalisme, par une technologisation et une rationalisation ÒscientifiqueÓ gŽnŽralisŽes de notre sociŽtŽ ( Michel Henry )[34] .

 La mŽditation est la vigilance mme, le contraire de l'esprit lŽthargique. Elle est intensitŽ dans la tranquillitŽ, mouvement dans l'inconnu. Disparition de celui qui mŽdite. Elle est comprŽhension immŽdiate et bouleversante, Žclair destructeur qui ne s'apprivoise pas. Elle dŽbouche sur l'intelligence qui n'a rien ˆ voir avec la pensŽe. L'intelligence est vision globale et immŽdiate de la vie dans ses diverses manifestations. Sous la diversitŽ des formes vitales, l'intelligence peroit la reliance totale de celles-ci : ÒL'intelligence est la conscience sensitive de la totalitŽ de la vie; la vie avec ses problmes, ses contradictions, ses peines et ses joies.Ó (1988, p.148).

Mme Socrate a ŽtŽ surpris dans un Žtat que nous pouvons qualifier de mŽditation au sens entendu ici. Marie-Magdeleine Davy en parle dans son livre sur la connaissance de soi : Socrate restant un jour et une nuit, sans manger, sans parler, debout, ailleurs[35] .

LĠInde, le temps et lĠHistoire

Il ne faut jamais oublier que lĠInde, contrairement ˆ lĠOccident, vit encore largement dans sa tradition. Elle ne peut tout-ˆ-fait avoir conscience dĠtre Òdans lĠHistoireÓ et surtout de Òvivre lĠHistoireÓ.

Karman et la dimension historique de lĠhomme

Pour lĠInde le sujet de karman ne peut tre que Dieu.Karman est dĠabord lĠacte puis le rŽsidu de lĠacte qui produit des rŽsultats bons ou mauvais et qui survit ˆ la personne. Finalement il sĠagit de la loi, comme causalitŽ universelle,  qui rŽgit la rŽtribution des actes et le rŽseau des correspondances entre les karmas et les Žtants. Elle reflte moins une historicitŽ extŽrieure, une explication des ŽvŽnements, quĠune historicitŽ intŽrieure subtile et invisible. Le temps sera nŽcessaire tant quĠil y aura du karman dans le monde. Ce dernier est la qualitŽ intŽrieure du temps. Par ailleurs, le karman ne pourrait pas se rŽaliser sans le temps. Il devrait rester ˆ lĠŽtat latent et il nĠy aurait pas de dŽlivrance qui suppose la consumation de tous les karmas, comme le propose la figure exemplaire du ÒlibŽrŽ vivantÓ (le j”vanmukta) qui vit en dehors du temps. Le karman inscrit le temps ˆ lĠintŽrieur des tres : leur passŽ dŽtermine leur prŽsent et leur futur. Leurs actions ne sont jamais perdues ou sans rŽpercusssion.

Le poids du mythe

LĠInde vit son passŽ beaucoup plus par ses mythes que par lĠinterprŽtation de son histoire en tant que souvenirs des ŽvŽnements passŽs. Il y a comme une sorte dĠinversion de sens par rapport ˆ lĠOccident. Ce qui en Inde est conu comme mythe est appelŽ Histoire en Occident. Les personnages et les ŽvŽnements historiques importants sont retraduits en terme mythique.Les grands leaders politiques comme Gandhi ou Vinoba Bhave ont trouvŽ leur source dĠinspiration dans la spiritualitŽ de lĠaction de la Gita.Pour eux lĠhistoire nĠest pas une fin en soi mais un accomplssement dĠune destinŽe pour laquelle il faut sĠengager totalement et avec dŽtachement.

CĠest ˆ travers cette vision mythique que le temps cosmique, ˆ lĠŽchelle humaine,  est mesurŽ par la notion de yuga  dont 4yuga forment un Ògrand ‰geÓ (mah‰yuga). Les yuga rŽvlent une conception historique qui conoit lĠ‰ge dĠor au dŽbut de la crŽation, avec une dŽgŽnŽrescence progressive jusquĠau quatrime yuga. Nous avons ainsi le satyayuga (‰ge dĠor et de vŽritŽ de 4000 ans), le tretayuga de 3000 ans, le dv‰parayuga de 2000 ans et le kaliyuga de 1000 ans dans lequel nous sommes.Entre chaque yuga il faut ajouter les temps dĠaurore et de crŽpuscule au dŽbut et ˆ la fin dĠun yuga. Selon certaines conceptions, un mahayuga  dure ainsi 12000 ans et la destruction cosmique sĠopre ˆ la fin dĠun cycle.Mille mahayuga  constituent un kalpa, cĠest-ˆ-dire un jour (ou une nuit) de Brahm‰, le crŽateur. Au-delˆ du temps il y a le Brahman  indiffŽrenciŽ.

3. Influences Žducatives

Le temps appara”t en Inde, en fin de compte, comme reliŽ et comme instantanŽ. Le temps reliŽ permet aux personnes de laisser le mythe revivre dans leur existence quotidienne par le truchement de la connaissance rituelle. Le temps instantanŽ est ressenti par les effets des pratiques de respiration dans le yoga.

Les philosophes de lĠŽducation en Inde reprennent lĠensemble de cette vision du monde pour proposer une Žthique et une praxŽologie Žducatives, avec un sens de la tolŽrance et du mŽtissage culturel qui nous Žtonne[36] .

Cette conception philosophique du temps oriental est peut-tre plus moderne quĠon ne le pense. CĠest en tout cas lĠopinion dĠune indianiste contemporaine yougoslave, Rada Ivekovic, dans sa comparaison de la pensŽe indienne avec des philosophes occidentaux comme Gilles Deleuze, Franois Lyotard, Luce Irigaray, Michel Serres  ou Kostas Axelos[37] .

Un certain nombre de traits caractŽristiques apparaissent :

- Le sens du dŽveloppement de la personne et de la sociŽtŽ

Il sĠagit dĠune conception intŽgrŽe du dŽveloppement qui inclut le dŽveloppement Žconomique mais Žgalement le dŽveloppement artistique et celui de la personne totale[38] . Les penseurs Žconomistes nĠhŽsitent pas ˆ inclure la question des valeurs dans leurs propositions, comme V.K.R.V. Rao par exemple qui parle, ˆ partir de la pensŽe de Gandhi,  dĠun Òmodle Žthique de la vie ŽconomiqueÓ[39] .

- Le sens de lĠexpŽrience

On comprendra facilement que dans la vision du monde en Orient, lĠ ÒexpŽrienceÓ joue un r™le essentiel. les sens de la curiositŽ, du merveilleux, de lĠexemplaritŽ suggestive, de la sincŽritŽ sont proposŽs tant du point de vue de lĠŽlve que du professeur.LĠexemple de lĠenseignement du Bouddha est valorisŽ ˆ cet Žgard[40] . On peut souligner la valeur de lĠ ÒattenteÓ dĠun enseignement et dĠun ma”tre de qualitŽ, notamment dans le perspective dĠune connaissance passant par lĠinitiation[41]. LĠexpŽrience transcendantale du Satori bouddhique est reconnue. Toujours on insiste sur la dŽveloppement expŽrientiel, vigoureux et rigoureux, du corps dans lĠensemble de lĠŽducation de la personne.

- Le sens des mŽthodes actives en pŽdagogie et du travail de groupe

Des groupes peuvent tre constituŽs en fonction de sujets dŽpendant de la compŽtence de divers enseignants, ou en fonction du rythme des Žlves. Ce travail de goupe sĠaccompagne de relation individuelle de conseil et dĠaide. LĠŽducation est centrŽe sur la personne[42] . Il faut signaler que dans les Žcoles qui sĠinspirent de la philosophie de Krishnamurti, un groupe-classe peut tre constituŽ pour quelques Žlves seulement si cela para”t nŽcessaire dĠun point de vue pŽdagogique.Il est vrai que nul enseignement de va plus en profondeur, dans le sens dĠune authentique connaissance Žducative,  que celui de Krishnamurti[43] . Le sens du silence est reconnu dans la philosophie orientale[44] . Les Žducateurs authentiques savent bien que lĠŽtude approfondie implique une zone de calme extŽrieur et intŽrieur. Un lieu propice ˆ la rŽflexion sans tre pour autant une tour dĠivoire. CĠest ainsi que fut pensŽ le Centre Krishnamurti pour adultes ˆ Brockwood Park, en Grande Bretagne, dans les annŽes rŽcentes[45] .

- Le sens du dŽveloppement spirituel de la personne

On ne trouvera pas de philosophie de lĠŽducation en Inde qui ne sĠappuie, dĠune manire ou dĠune autre, sur cette finalitŽ de lĠŽducation. LĠensemble de la publication sur Òle bon professeur et le bon ŽlveÓ reflte largement ce projet-visŽe. Pour une Žducation centrŽe sur ce que jĠai nommŽ lĠ Òautorisation noŽtiqueÓ[46]  - sĠautoriser (par lĠautre) ˆ devenir et ˆ se crŽer comme tre dŽveloppant un Ҏveil de lĠintelligenceÓ (du coeur et de lĠintuition affective) dans une perspective holistique - le rapport dĠautoritŽ/obŽissance est inscrit dans la temporalitŽ et destinŽ ˆ tre dŽpassŽ. Il dŽpend dĠun choix rŽciproque, un peu comme dans la cure analytique. LĠ ÒautoritŽÓ nĠest pas la dictature et lĠ ÒobŽissanceÓ nĠest pas la soumission. CĠest une marque dĠestime et de reconnaissance rŽciproques. Cette relation Žducative exprime un sens ontologique des valeurs que lĠenseignement occidental de masse semble avoir perdu. Est-ce la raison pour laquelle notre culture philosophique a proprement rejetŽ tout ce qui venait de lĠInde, comme lĠa montrŽ Roger-Pol Droit[47]  ? Certes, chez nous il sĠagit dĠapprendre un savoir la•cisŽ, plus ou moins fonctionnel et abstrait, ou Žtroitement professionnel. En Inde, depuis lĠorigine, lĠŽducation est, avant tout, spirituelle en vue de la ÒlibŽrationÓ des conditionnements[48] . MalgrŽ tout le Ògap culturelÓ nĠest pas aussi large que nous pouvons le croire ˆ premire vue. DĠune part parce que lĠInde doit se mŽtisser avec le type de reprŽsentation technologique du monde propre ˆ lĠOccident. DĠautre part parce que tous nos grands Žducateurs en Europe nĠont jamais laissŽ de c™tŽ le dŽveloppement psychologique et spirituel de la personne, quelle que soit, par ailleurs, leur conception du monde.

En Afrique.

Mais cĠest encore plus, peut-tre, en Afrique que cette pensŽe mythique liŽe au temps sĠest dŽveloppŽe[49] . Elle y acquiert un statut mŽtaphysique dans la pensŽe Bantu par exemple par la distinction de quatre catŽgories dĠtre : lĠEtre-dĠintelligence (lĠHomme) ;  lĠEtre-sans-intelligence (la Chose) ; lĠEtre-localisateur (Lieu-Temps) et lĠEtre-modal (AccidentalitŽ ou modification de lĠEtre).[50] Dans la philosophie Bantu lĠexplosion initiale donnant naissance au Cosmos lui a imprimŽ le Òmouvement existentielÓ, principe actif de son expansion, qui correspond pour chaque existant particulier ˆ une Òtrajectoire existentielleÓ. CĠest Òle mouvement existentiel qui commande les phŽnomnes de gŽnŽration, de corruption, dĠaugmentation et de diminution, dĠaltŽration, dĠaction et de passionÓ (A. Kagame, p.111). Au mouvement existentiel sĠoppose lĠEternitŽ, attribut fondamental du PrŽ-existant, non compris dans le genre ÒmouvementÓ mais nŽanmoins Òexister rŽelÓ, vŽritable Ґtre-lˆÓ qui nĠa pas surgi et qui totalise dans lĠactualitŽ toute la durŽe. Le Temps est lĠentitŽ mŽtrique du mouvement existentiel et son essence ne peut tre recherchŽe ni dans le passŽ ni dans le futur mais dans le prŽsent. Dans la culture Bantu le temps est une entitŽ indiffŽrente aussi longtemps quĠun fait concret ne vient pas pour ÒlĠestampillerÓ. Ce qui ne veut pas dire que le passŽ est sans importance, bien au contraire, puisquĠil fonde le prŽsent des existants, en relation Žtroite avec les anctres. Par contre le futur ne pouvant tre ÒmarquŽÓ par des ŽvŽnements connaissables, reste incertain temporellement. La culture Bantu limite ˆ lĠannŽe (12 mois) la sŽriation du temps, en distinguant lĠinstant, le jour, le mois, les saisons et lĠannŽe, mais Žgalement Òles temps anciensÓ et une rŽflexion sur la direction globale du temps : le temps ÒspiraleÓ conu comme cycle ouvert. La dimension mythique sĠexprime en particulier par le biais dĠune prŽsence symbolique des anctres dans la vie quotidienne des NŽgro-Africains, comme en tŽmoignent nombre de mythes, de lŽgendes et contes de ces rŽgions[51] . Par rapport ˆ la logique cartŽsienne, elle est lĠexpression dĠune Òlogique magiqueÓ qui est Òun systme de pensŽe complet en lui-mme mais dĠun genre diffŽrentÓ (A. Kagame, p.131).

- Un rapport ˆ un autre espace psychique hors du temps.

La pensŽe ÒorientaleÓ insiste sur une relation au monde o le vide mŽditatif joue un r™le considŽrable. Il est particulirement difficile pour un penseur occidental de comprendre cet Žtat dĠtre.[52] Pour lĠOriental il sĠagit de percevoir lĠinstantanŽitŽ du prŽsent. Le Chinois par exemple vit Òune intensitŽ de vie et un besoin instinctif de rŽalisme dans lĠaperception et le comportement qui valorisent intensŽment le prŽsent. Le passŽ se confond avec le dŽpassŽ, parce que la vie est un flux, que lĠUnivers est en mouvement, que lĠacte est une marche, que la conduite est une voie ˆ parcourir. De mme, le futur est ce qui vientÓ (C. Larre, op. cit., p.53).

CĠest ˆ travers lĠexpression poŽtique du Haiku que Chinois et Japonais (pomes Zen) vont  faire ressentir leur Žtat dĠesprit, saisissant dĠun seul trait lĠenvol de lĠinstant dans le mystre des choses, des tres et des situations[53] . La voie du haiku est celle de lĠÓinstant-ellipseÓ suivant la formule que nous avons adoptŽe rŽcemment  Alexandre Lhotellier et  moi-mme[54] . Le haiku, dĠorigine chinoise et largement dŽveloppŽ au Japon,  est un petit pome de trois vers et de 17 syllabes incluant traditionnellement une allusion saisonnire. On parle ˆ son propos de Òsaisissement de lĠŽmotionÓ, dĠ Òherbier vivant de vŽritŽs immuablesÓ ou encore de Òqute de lĠŽclairÓ. Pour les potes orientaux il sĠagissait de noter spontanŽment et intuitivement un regard portŽ sur le monde fugace et ŽphŽmre pour en saisir lĠessence instantanŽe. Ainsi de ce haiku cŽlbre de Ry™to, sur le silence partagŽ entre les tres humains et les choses dans une sorte dĠŽcologie ontologique :

Ils sont sans parole

lĠh™te lĠinvitŽ

et le chrysanthme blanc

 

Le haiku vise ˆ exprimer la mŽditation non rŽflŽchie, la vision pŽnŽtrante des choses et des tres. Il constitue une sorte de ÒpensŽe-mandalaÓ pour reprendre lĠexpression de Ken Wilber dans Òles trois yeux de la connaissanceÓ[55] .

3. Le temps contemporain comme Òtemps mŽtissŽÓ.

La problŽmatique contemporaine du temps sĠinscrit dans une rŽflexion globale en anthropologie culturelle de lĠŽducation[56] . Nombre de problmes interculturels contemporains rŽsultent dĠune mŽconnaissance de la diversitŽ et de la spŽcificitŽ des cultures dĠorigine qui sĠentremlent dans notre modernitŽ, comme de leur altŽration inŽluctable au sein dĠune culture dominante[57] . A une Žpoque o nous trouvons dans notre systme scolaire prs dĠun million dĠenfants dĠorigine Žtrangre[58] , et que les Òbanlieues flambentÓ, il est temps de  se prŽoccuper dĠune formation  aux questions Žducatives que soulve cet Žtat de fait.  Nombre dĠ enseignants, de travailleurs sociaux, de formateurs et de cadres de tous niveaux, dont certains se retrouvent Žgalement plongŽs subitement et souvent sans prŽparation dans un bain culturel Žtranger, la rŽclament ouvertement[59] .

Sans doute le Òchoc des culturesÓ[60]  nĠest pas lĠunique cause de lĠincomprŽhension mutuelle dans une sociŽtŽ donnŽe. Tout le monde sait bien que le facteur Žconomique et politique joue un r™le de premire importance. Mais les anthropologues qui sĠintŽressent ˆ la rencontre interculturelle, sans nier ce facteur, insistent pour faire reconna”tre la complexitŽ imaginaire et symbolique dĠune prŽsence de visions du monde parfois trs antagonistes. Le facteur ÒtempsÓ intervient dĠailleurs largement dans la rŽalitŽ existentielle de lĠinsertion de lĠŽtranger issue dĠune culture ˆ temps cyclique dans une culture dominŽe par une conception linŽaire du temps: ÓLĠexpŽrience du migrant est celle du passage dĠune culture ˆ une autre, dĠune notion dominante du temps par une autre...Comme toute expression dĠune certaine dŽfinition de la rŽalitŽ et du dŽsirable, les aspects temporels peuvent signifier lĠappartenance ˆ une communautŽ de valeurs, voire lĠaspiration ˆ une telle appartenance[61]

CĠest du c™tŽ de ces confrontations de Òvisions du mondeÓ, et de leur dŽstructuration/restructuration conflictuelle dans notre modernitŽ, que devrait oeuvrer une Òanthropologie culturelle de lĠŽducationÓ, dans lĠespoir dĠune meilleure comprŽhension rŽciproque de chaque culture en contact. Loin des anathmes de ceux qui veulent rester frileusement et chauvinement aveugles sur lĠŽvolution incontournable de la sociŽtŽ moderne, lĠanalyse de la dialectique Ouverture/Fermeture dans la rencontre interculturelle, avec ses phases possibles dĠaltŽration[62]  sans nŽgativitŽ , contrairement ˆ lĠŽtymologie du mot dont on doit suspecter lĠethnocentrisme, et dĠinterfŽrence qui sĠouvre sur une culture ÒneuveÓ et indŽterminable a priori, pour ce qui est de lĠinstance de lĠouverture. Mais Žgalement de filtrage de la culture dominante par rapport ˆ tout autre sous-culture et de cl™ture relative en courte pŽriode, pour ce qui est de lĠinstance de fermeture , sans Žluder les risques toujours prŽsents, dans lĠun et lĠautre cas,  Žclatement (la culture dominante Òvole en ŽclatsÓ) ou de soudure culturels (la culture se pŽtrifie), pourrait servir de modle dĠaction et dĠinterprŽtation  pour une telle anthropologie culturelle de lĠŽducation.

 

Ouverture

                                                               (Žclatement)

InterfŽrence

AltŽration

++++++++++++++

Filtrage

Cl™ture

                                                                     (soudure)

Fermeture

 

LĠOccident est un accident, comme le proclamait en son temps un Roger Garaudy[63] . Gardons-nous de penser et de faire que cet ÒaccidentÓ ne devienne une catastrophe, non seulement pour les autres peuples mais Žgalement pour un Occident lui-mme qui refuserait dĠintŽgrer en son sein les valeurs profondes et les philosophies traditionnelles des ÒautresÓ, parfois mŽconnues dĠeux-mmes dĠailleurs,  suscitant sans cesse une interrogation sur le fait dĠtre un tre humain.

Une anthropologie culturelle de lĠŽducation aurait donc ˆ prŽsenter les enjeux dĠune telle problŽmatique.

DĠabord en exposant les visions du monde spŽcifiques des cultures ÒautresÓ[64] , intŽgrŽes aux processus de socialisation Žducative,  sans les dŽnaturer par des interprŽtations  a priori.

En prŽsentant les questions Žpineuses que posent ces visions du monde Žducatives dans leur confrontation ˆ notre vision du monde occidentale, notamment par le biais de lĠŽcole.

Ensuite, en rŽflŽchissant sur les Žvolutions possibles, en fonction du modle dialectique Ouverture/Fermeture, dĠune rencontre interculturelle rŽaliste, tant sur les points de vue des cursus ˆ dŽvelopper que des mŽthodes pŽdagogiques ˆ mettre en place.

En tout Žtat de cause, une anthropologie culturelle de lĠŽducation aurait lĠŽminente fonction sociale de contribuer ˆ dŽvelopper un esprit critique non partisan, et de lutter contre toutes les formes plus ou moins subtiles dĠintŽgrisme culturel, quĠelles viennent  dĠun ÒOrientÓ fanatisŽ ou dĠun ÒOccidentÓ auto-satisfait[65] .

Il est probable que le ÒdialogueÓ nŽcessairement conflictuel reflŽtant un Òchoc des culturesÓ se fera sur la question du temps liŽ dĠailleurs ˆ lĠespace de vie[66] . Il a commencŽ  ˆ se jouer durement au Japon depuis la fin de la dernire guerre. LĠamŽricanisation du mode de vie et son occidentalisation conduisent les japonais du Òsabre et du chrysanthmeÓ[67]  vers dĠautres habitus marquŽs par le diktat de lĠhorloge, le confinement de lĠespace de vie urbaine et lĠesprit de sŽcuritŽ nŽcessaire ˆ lĠre de lĠordinateur. Le rapport solidaire aux personnes ‰gŽes, nagure insŽrŽes dans une vie communautaire reflŽtant lĠimportance du culte des anctres, se rel‰che obligatoirement et devient problŽmatique[68] . Avec notre technologie nous avons exportŽ lˆ-bas notre Òfoule solitaireÓ qui sĠexprime maintenant dans les relations schizophrŽniques des joueurs de ÒpatchinkoÓ avec leurs billes et leur machine. Les relations ˆ la fois temporelles et spatiales ˆ un art de vivre qualitativement qui animent encore les jardins zen de Kyoto ressemblent fort aux ÒrŽservesÓ indiennes des Etats-Unis dĠAmŽrique photographiŽes par les touristes ou mimŽes dans la Òculture DisneyÓ bient™t aux portes de Paris.

Mais paradoxalement lĠ Òesprit zenÓ et le sens aigu de la nature du shinto•sme ont gagnŽ lĠOccident. DĠabord chez les artistes et les intellectuels qui ont compris tout ce que pouvait leur apporter cette manire diffŽrente dĠtre au monde, et de plus en plus parmi les cadres de nos industries qui doivent se coltiner  la concurrence asiatique, souvent dŽconcertante. La Ògestion du tempsÓ tient compte dĠun autre regard sur lĠespace-temps, au moins dans les stages de formation au management pour les entreprises de Òtroisime typeÓ ou dans les entreprises qui dŽveloppent des compŽtences de Òtroisime dimensionÓ (Simone Aubrun, Roselyne Orofiamma)[69] . Comme je lĠai fait remarquer,  Jean-Louis Servan Schreiber parle de ÒlĠart du tempsÓ. Voire mme on sĠintŽresse au dŽveloppement de lĠ ÒintuitionÓ en insistant sur les capacitŽs des cadres dĠaujourdĠhui ˆ vivre dĠune faon ÒmŽditativeÓ (au sens oriental du terme)[70] . Le sens du ÒsilenceÓ appara”t comme positif dans lĠacte mme de manager[71] . ÒApprendre autrementÓ (Olivier Clouzot, Anne Bloch)[72]  veut dire de plus en plus et de mieux en mieux apprendre en sĠinspirant dĠautres cultures .

Sans doute sĠagit-il dans cette relative acculturation ˆ ÒlĠesprit zenÓ dĠun emprunt destinŽ ˆ une meilleure ÒperformanceÓ, dĠune ÒexcellenceÓ dont on conna”t le ÒcožtÓ (Vincent de Gaulejac). Il ne modifie pas radicalement lĠorientation philosophique de lĠOccident. Je ne crois pas pourtant quĠil soit nŽgligeable, ni sans influence ˆ long terme sur un changement plus en profondeur des mentalitŽs. DŽjˆ nous rencontrons dans des rŽseaux informels des personnes et des groupes qui ont modifiŽ leur rapport au temps, ˆ lĠespace et plus gŽnŽralement ˆ un genre de vie liŽ ˆ la culture spectaculaire, ŽmiettŽe et centrŽe sur le pouvoir dĠargent de lĠOccident. Ces rŽseaux parfois se regroupent pour le temps dĠune rencontre ou dĠune festivitŽ, non sans extravagance et dŽrapage en terme de ÒNouvel AgeÓ gadgŽtisŽ. Mais ne jetons pas le bŽbŽ avec lĠeau du bain au nom dĠune ÒpuretŽÓ ŽpistŽmologique et critique qui ne veut pas dire son nom. Laissons-nous porter par lĠimaginaire social crŽateur : quelque chose de lĠordre dĠune ÒinterfŽrence culturelleÓ est en train de na”tre sous nos yeux, qui prŽsente des retombŽes dans le domaine Žducatif[73] . Dans une vue dĠenvergure, Michel Maffesoli parle dĠune Òtransfiguration du politiqueÓ en analysant la culture du sentiment dont la vivacitŽ des Žmotions et le dŽsir de lĠinutile sont les deux composantes essentielles[74] .

DĠautres penseurs tentent dĠŽvaluer le sens de ces ÒrŽvolutions dans la vie quotidienneÓ. Ils nĠont pas nŽcessairement une vue fermŽe : ÒLes annŽes 80 ont aussi ŽtŽ imprŽvisibles et innovatrices ˆ bien dĠautres Žgards. Ceux qui se sont fatiguŽs des vieux cultes et ont fui loin dĠeux ne sont pas nŽcessairement tombŽs dans les bras de faux gourous ou dans de nouveaux cultes tout aussi dogmatiques. Dans les cas les plus heureux, ils ont contribuŽs ˆ introduire dans notre culture de profondes traditions spirituelles qui, dans le passŽ, nous Žtaient presque totalement inconnues : le yoga, le tantrisme, le tao, le zen, le soufisme, la kabbale, la gnose, les expŽriences du mysticisme chrŽtien...Derrire la diversitŽ et la pluralitŽ de ces traditions, nous avons dŽcouvert un cadre cosmologique commun : une image de lĠunivers prŽsentant celui-ci comme un tissu (tantra veut prŽcisŽment dire tissu, comme complexus) fait dĠune multiplicitŽ de fils, de processus, de forces, de polaritŽs, de temps,  qui concourent ˆ son Žvolution, et une image de la vie de lĠhomme dans cet univers la prŽsentant comme une danse crŽatrice qui se conjugue continuellement avec ces fils et engendre continuellement de nouveaux mondes.[75] Ó

Pour lĠŽmergence dĠun temps ÒmŽtissŽÓ

Le temps vŽcu peut-il se barioler comme un Òmanteau d'ArlequinÓ au sens de Michel Serres[76]  ? Pouvons-nous rŽellement vivre Òentre deux tempsÓ ? ou au carrefour de deux temps, non sans une certaine paradoxalitŽ[77]  ?

Des personnes trs concrtes l'ont dŽjˆ vŽcu : ainsi de J. Krishnamurti, d'origine indienne, d'esprit mŽditatif et nŽanmoins formŽ ˆ l'Occidental par la SociŽtŽ thŽosophique qui l'avait pris en charge ds son plus jeune ‰ge. Aussi bien ˆ son aise pour rester en mŽditation pendant plusieurs jours que pour rŽparer un moteur dĠautomobile. Ainsi de Sw‰mi Prajnanpad, professeur de physique ˆ l'UniversitŽ en Inde et sage reconnu dans son pays, ÒgourouÓ d'Arnaud Desjardins selon la Tradition mais Žgalement thŽrapeute empruntant ˆ la psychanalyse freudienne. Ainsi de  Sw‰mi Vivekadanda formŽ lui aussi ˆ la manire occidentale et qui exaspŽrait son ma”tre Ramakrishna par son criticisme systŽmatique jusquĠau moment ou ce dernier lui f”t conna”tre lĠillumination en appliquant soudainement son pied nu sur sa poitrine.

Et chez nous faut-il parler d'Alan Watts, dĠAbraham Maslow[78] , de Thomas Merton, voire de Gregory Bateson qui mourut dans une communautŽ zen ? Mais peut-tre aussi tout simplement de lĠanthropologue Gilbert Durand dans sa maison des environs dĠAnnecy o - dit-il -Óje nĠai pas la tŽlŽvisionÓ[79] . Plus largement de tous ceux qui savent sĠarrter, au moins pour un temps de rŽflexion, de jouer le jeu de lĠactivisme dont notre mode de socialitŽ est habituel. Prendre le temps de sĠarrter de ÒparlerÓ, rien de plus difficile pour un intellectuel ! Et pourtant entre le ÒtropÓ de parole de lĠOccidental et le Òpas assezÓ de parole de lĠOriental, le Òparler justeÓ du sage zen est encore ˆ dŽcouvrir chez nous : ÒSi vos raisons ne sont pas excellentes, que vos intentions visent la mŽdisance, ou le dŽsir de sŽduire, ou de vous vanter, ou dĠautres buts non louables, alors il vaut mieux vous taire ou vous interrompreÓ (T. Deshimaru, op. cit., p.34)

Quel est le Òtemps mŽtissŽÓ pour un Occidental d'aujourd'hui ? Peut-on l'imaginer avec un peu de rŽalisme, au moins en guise dĠune hypothse de recherche en anthropologie culturelle de lĠŽducation ˆ dominante existentielle ?

Il sĠagit  dĠune expŽrience vŽcue[80]  :

- DĠun temps prenant appui sur une philosophie de la vie ouverte aux cultures ÒautresÓ, souvent lointaines, notamment orientales. Une culture empruntant au sens Žcologique d'un chef indien comme Seattle rŽpondant aux Blancs colonisateurs cherchant ˆ confisquer les terres de sa tribu[81] , ou sĠinspirant dĠune Žthique proche de celle proposŽe par Michel Serres[82] . Il sĠagit donc dĠun temps de ÒrŽsistanceÓ ˆ lĠhŽgŽmonie impŽrialiste dĠ un Òmonde de lĠentrepriseÓ ˆ la temporalitŽ rŽgie par des objectifs trop ŽloignŽs du dŽveloppement du Potentiel Humain.

- DĠun temps qui s'enracine dans l'instant (approche orientale, mais Žgalement et ™ combien bachelardienne[83] ) sans perdre le sens critique dĠun devenir de l'histoire des sociŽtŽs (approche occidentale). DĠun temps situŽ ˆ ce carrefour o lĠŽternitŽ et lĠinstant se croisent et flambent[84] . DĠun temps qui refuse de tomber dans un SacrŽ instituŽ religieusement, recouvrant sans cesse lĠangoissant ÒChaos/Ab”me/Sans-FondÓ du rŽel (CornŽlius Castoriadis)[85] .

- DĠun temps qui sait  ÒjouerÓ, par contre,   avec les mythes et les symboles sociaux qui le portent et le font vivre dans et  par le langage[86] .

- DĠun temps qui se refuse ˆ tre simplement abstrait, conventionnel et fonctionnel mais qui s'incorpore, se met ˆ exister en faisant exister l'tre humain qui se manifeste en lui et ˆ travers lui.

- DĠun temps qui assume pleinement la nostalgie en butte ˆ lĠirrŽversible  comme lĠ a pleinement rŽflŽchi Vladimir JankŽlŽvitch[87]

- DĠun temps qui accepte d'tre interrogŽ sur le Òhors-tempsÓ de la mŽditation pour mieux tre situŽ dans sa rŽalitŽ relative[88] .

- DĠun temps qui sĠouvre sur une ÒimmobilitŽ tranquilleÓ (Tchouang Tseu) faite ˆ la fois de rŽceptivitŽ intŽgrale et dĠactivitŽ pertinente que lĠon peut nommer Ҏcoute sensibleÓ du monde[89] .

 

 

 

 



[1] cette partie a ŽtŽ dŽjˆ proposŽe en partie dans ma communication au colloque de lĠAFIRSE sur le temps en Žducation et en formation, Lyon, 28-30 mai 1992, Actes publiŽs en mars 1993, 473 p., pp. 263-294 et reprise sous lĠangle de la philosophie indienne dans ma communication au colloque de lĠAFIRSE de mai 1993 ˆ Caen, sur le temps Žgalement.

[2] Nous avons eu lĠoccasion de dŽbattre vigoureusement et amicalement de la confrontation de paradigmes,et de lĠouverture ˆ  lĠapproche orientale et mytho-poŽtique du sens de la vie, cet ÒOrient de lĠespritÓ dont parlait dŽjˆ Paul ValŽry dans ÒRegards sur le monde actuelÓ (Gallimard/IdŽes, p.200-201)  ˆ mon sens nŽcessaire ˆ lĠheure actuelle en Sciences de lĠEducation, avec J. Ardoino,  Guy Berger ,  Christine Josso, Gaston Pineau et GeorgesVigarello, dans mon Habilitation ˆ diriger des recherches, LĠApproche Transversale, sensibilisation ˆ lĠŽcoute mytho-poŽtique en Žducation, UniversitŽ  Paris VIII, fŽvrier 1992, 619 pages, 2  tomes + dossier de publications.

[3] Serge Moscovici note que Òsi lĠon regarde ce qui sĠest passŽ depuis un sicle, on observe que la civilisation occidentale est vraiment la premire civilisation du temps, cĠest-ˆ-dire la premire civilisation o le temps joue un r™le dŽterminant, notamment comme mesure des choses.Ó  LĠespace, le temps et le social, in ouv. coll., LĠespace et le temps aujourdĠhui, Paris, Seuil, 1983, p.262

[4] Jean Ladrire, Temps et devenir, Presses Universitaires de Louvain-La-Neuve, 1984

[5] RenŽ Houde dŽveloppe, dĠune manire plus existentielle,  la thŽorie des Òtemps de la vieÓ qui correspondent ˆ diffŽrents Òcycles de vieÓ ÒLes temps de la vie. Le dŽveloppement psychosocial de lĠadulte selon la perspective du cycle de vieÓ, QuŽbec, GaŽtan Morin, 1986, 308 p.

[6] ÒLes lŽgendaires fleuves du temps qui guidaient une reprŽsentation rectiligne de lĠHistoire fusionnent en un ocŽan immense de possibles. LĠhistoire ŽvŽnementielle, avec ses lumineuses successions de causes et dĠeffets, explose : dĠinnombrables Žtudes thŽmatiques tentent de reconstituer, facette par facette, un prisme infini. Ce qui est perdu, ˆ tout jamais semble-t-il, cĠest ce qui maintenait le tout ensemble, le continuum.Ó Ayam Wassef, Žloge du quartz, in Le Courrier de lĠUNESCO, regards sur le temps, avril 1991, p.33

[7] Marie-Louise von Franz, Le temps, le fleuve et la roue, Paris, Chne, 1978, 96 p., p. 8

[8] Edgard Weber, Maghreb arabe et Occident franais. Jalons pour une (re)connaissance interculturelle, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, Publisud, 1989, 403 p., ch. septime : ÒLe tempsÓ, p.259.

[9] Paul Ricoeur, Temps et rŽcit, T.I,II,III Seuil, (en poche) voir notamment la confrontation entre Saint Augustin et Aristote que soulve P. Ricoeur dans le livre III, Òle temps racontŽÓ, pp 19 ss. (1985). P. Ricoeur souligne que le temps de lĠ‰me et du prŽsent  dĠAugustin doit sĠallier au temps de la Physique et de lĠinstant  dĠAristote dans toute thŽorie narrative liŽe au problme du temps. Plus loin il confronte les positions du temps intuitif de Husserl avec celles du temps invisible de Kant (pp. 37 ss). Il en dŽduit que ces deux  thses, prises ˆ la lettre et sans mŽdiation, conduisent ˆ une impasse (p.87) car lĠapproche phŽnomŽnologique et lĠapproche transcendantale se renvoient lĠune ˆ lĠautre rŽciproquement mais dĠune manire paradoxale.

[10] Paul Ricoeur, introduction ˆ ÒLes cultures et le tempsÓ, Paris,  Payot/Unesco, 1975,  p.32

[11] Les dŽveloppements dans l'article de G.E.R.Lloyd, in Les cultures et le temps, op.cit.,  p.159 ss

[12] H.C. Puech, En qute de la gnose, vol 1 : la gnose et le temps, ch.1, Paris, Gallimard, 1977

[13] Jean-Louis Servan-Schreiber, lĠart du temps, le secret des hautes performances, Marabout, 1991 (1983), p.23

[14] Jacques Attali, Histoires du temps, Paris, Fayard, 1982, 333 p.

[15] Gaston Mialaret, PŽdagogie gŽnŽrale, Paris, PUF, 1991, 595 p., pp.329-345

[16] Il en va de mme dans les Ecoles fondŽes par des sages de lĠInde comme Krishnamurti ou Aurobindo: cf Gabriel Monod Herzen, Jacqueline Benezech, LĠŽcole du libre progrs, de lĠAshram de Sri Aurobindo ˆ PondichŽry, Paris, Plon, 1972, 214 p., qui a instaurŽ trois salles de ÒsilenceÓ pour la mŽditation ou la lecture et qui insiste sur la fonction dĠexpression crŽatrice dans le dŽveloppent de lĠtre humain. Sur Jiddu Krishnamurti cf. Louis Nduwumwami, Krishnamurti et lĠŽducation, Paris, Editions du Rocher, 1991, 549 p. , notamment la deuxime partie, et Robert Linssen, Education crŽatrice, Bruxelles, Etre Libre, 1984. (sur les Žcoles dans la ligne de Krishnamurti)

[17] A. Husti, lĠorganisation du temps ˆ lĠŽcole, Paris, INRP, coll. rapports de recherches, nĦ1, 1983

[18] Michel Lobrot, ˆ quoi sert lĠŽcole, Paris, Psy-Žnergie, 1986, 186 p. La pŽdagogie institutionnelle, Paris, Gauthier-Villars, 1966

[19] Comme ce programme inspirŽ de la philosophie de Gandhi, dŽcrit par Pierre Bovet et citŽ dans PŽdagogie GŽnŽrale  de G. Mialaret, p.218-219. MalgrŽ le trs grand intŽrt de son livre, je regrette que G. Mialaret ne nous ait pas donnŽ dĠautres objets aussi signifiants de discussion extraits dĠune faon dĠtre et de transmettre les connaissances dans les cultures ÒautresÓ puisquĠil sĠagissait de pŽdagogie ÒgŽnŽraleÓ. Il est temps de redonner une place primordiale ˆ une Òanthropologie culturelle de lĠŽducationÓ !

[20] Marianne Debouzy, Temps et sociŽtŽ. Aspects du temps industriel aux Etats-Unis au dŽbut du XIXe sicle, Paris, Cahiers internationaux de sociologie, CNRS, Vol LXVII, 1979, pp. 197-220

[21] Lucien Demonio, La quadrature du cycle. Logique et contraintes du temps en milieu rural, Paris, Cahiers internationaux de sociologie, op. cit., pp.221-236

[22] Erving Goffman, Asiles. Etudes sur la condition sociale des malades mentaux, Paris, Les Žditions de Minuit, 1968 Sur ce thme des Òinstitutions totalesÓ voir Žgalement Louis Pinto, ch. 1 :expŽrience vŽcue et exigence scientifique dĠobjectivitŽ, in Patrick Champagne, RŽmi Lenoir, Dominique MerlliŽ, Louis Pinto, Initiation ˆ la pratique sociologique, Paris, Dunod, 1989, 238 p.,

[23] Pierre Bourdieu, (avec Lo•c J.D. Wacquant), RŽponses, Paris, Seuil, 1992, 270 p., pp.116-149

[24] Ainsi les Aztques croyaient en un temps linŽaire. Celui-ci commena avec la lutte que se livrrent les quatre Tezcatlipocas pour devenir le  soleil. LĠhistoire est divisŽe en cinq soleils et nous vivons la pŽriode qui se terminera par une catastrophe mondiale.

[25] Claude Larre, Aperception empirique du temps et conception de lĠhistoire dans la pensŽe chinoise, Les cultures et le temps, Paris, Payot/Unesco, 1975, pp. 43-71

[26] Anne Cheng, Un Yin, un Yang, telle est la Voie : les origines cosmologiques du parallŽlisme dans la pensŽe chinoise, Extrme-Orient, Extrme-Occident, ParallŽlisme et appariement des choses, nĦ 11, UniversitŽ Paris VIII, 1989, pp.35-43

[27] Marcel Granet, La pensŽe chinoise, Paris, Albin Michel, 1934 (cf.Livre de poche)

[28] Edgar Ascher, Chronopoisis ou la suite dĠun essai de mettre en Žvidence les origines et les consŽquences du temps newtonien, in Sur lĠamŽnagement du temps, essais de chronogŽnie, coll, Paris, MŽdiations/Gonthier, pp.109-124, 1981

[29] Je veux parler ici dĠun ÒOrientÓ au sens large car je ne doute pas que les peuples amŽrindiens soient Žgalement largement dĠune imagination mytho-poŽtique dŽbordante. Cf Benjamin Perret, Anthologie des mythes, lŽgendes et contes populaires dĠAmŽrique, Paris, Albin Michel, 1989 (1960), 410 p. B. Perret y Žcrit une phrase trs actuelle : ÒLa religion sĠŽvanouit, mais le mythe poŽtique nĠen demeure pas moins nŽcessaire, ŽpurŽ de son contenu religieuxÓ (p.26)

[30] Raimundo Panikkar, Temps et histoire dans la tradition de lĠInde, in Les cultures et le temps, op.cit., pp.73-101. LĠauteur distingue 13 acceptions du mot ÒtempsÓ dans la langue de son pays (pp.90-91)

[31] RenŽ Barbier, Krishnamurti ; une approche radicale pour la recherche contemporaine en Žducation, Pratiques de formation/Analyses, le devenir du sujet en formation, lĠinfluence des cultures ÒautresÓ quĠoccidentales, op. cit., pp. 193-226. Je donne chaque annŽe un cours semestriel sur les rapports entre Krishnamurti et lĠŽducation ˆ lĠUniversitŽ Paris 8.

[32] Jiddu Krishnamurti, Carnets, Monaco, Editions du Rocher, 1988, 388 pages,  p.24.

[33] Jiddu Krishnamurti, Le Vol de lĠaigle, Neuchatel, Suisse, Delachaux et NietslŽ, 243 p., 1971,  p.6

[34] Michel Henry, La Barbarie, Paris, Grasset, 1987, 248 p. Voir RenŽ Barbier, lĠŽcoute sensible en approche transversale, dans le numŽro double ˆ para”tre de Pratiques de Formation/Analyses, 1Ħ semestre 1993, la multirŽfŽrentialitŽ en formation, UniversitŽ Paris 8, Formation Permanente.

[35] Marie-Magdeleine Davy, La connaissance de soi, Paris, PUF,  1989, 5ĝŽd., p.35

[36] Je fonde mon argumentation sur des textes rŽcents publiŽs en Inde (en anglais), aimablement communiquŽs par Michel Debeauvais qui travaille actuellement sur ces questions de philosophie de lĠŽducation indienne, notamment : A Philosophy of the Role of the Contemporary Teacher, Indian Council of Philosophical Research, text by Kireet Joshi, Design by Niren Sengupta, New Delhi, 1988, 60 pages ; The Good Teacher and the Good Pupil, ouvr. coll. de recueil de textes tirŽs des VŽda, dĠAurobindo, de la Mre (ashram dĠAurobindo), de Ramakrishna et Vivekananda, de Tagore, de Nehru et dĠIndira Gandhi, de Premchand, mais Žgalement de Platon, de Molire, de Rousseau ou de Pestalozzi, du pote anglais Wordsworth, de Montessori, dĠHelen Keller et de Anne M. Sullivan, de B. Russel, de St. ExupŽry, dĠH. Hesse, de R. Bach, de Paulo Freire comme de textes zen ou soufi, Sri Aurobindo International Institute of Education Research, Auroville, 1988, 554 pages ; Sri Aurobindo and the Mother on Education, Sri Aurobindo Ashram, Pondicherry, 1990 (1956), 168 pages ; Sri Aurobindo and the Mother, by Kireet Joshi, Inde, The MotherĠs Institute of Research in association with Motilal Banarsidass Publishers Private Limited, Delhi, 1989, 295 pages ; The Veda and Indian Culture, an introductory Essay, by Kireet Joshi, Inde, Rashtriya Veda Vidya Pratishthan, New  Delhi, 1991, 115 pages ; The Gandhian Alternative to Western Socialism, by V.K.R.V. Rao, Inde, Bharatiya Vidya Bhavan, Chowpatty, Bombay-7, 1970, 81 pages

[37] Rada Ivekovic, Orients, critique de la raison post-moderne, Paris, No‘l Blandin, collection le Diwan occidental/oriental, 1992, 173 pages, notament pp.39 ˆ 59

[38] ÒA  progressive development of various parts of the being, physical, vital, rational, aesthetic, moral and spiritual, is a necessary condition of the integral growthÓ in A Philosophy of the Role of the Contemporary Teacher, opus citŽ, p.21

[39] V.K.R.V. Rao, opus citŽ, pp.7-9. Gaston Mialaret nous rappelle que lĠesprit de Gandhi inspire parfois des rŽformes Žducatives en Inde : PŽdagogie gŽnŽrale, Paris, PUF, 1991, 595 p., celle dŽcrite par Pierre Bovet et citŽe p.218-219.

[40] The Good Teacher and the Good Pupil, opus citŽ, p.90

[41] The Good Teacher and the Good Pupil, opus citŽ, pp. 188 sq : ÒA good teacher is not eager to give away his knowledge indiscriminately to anyone who simply declares that he wants to learn

[42] A Philosophy of the Role..., opus citŽ, pp.39-44

[43] Louis Nduwumwami,  Krishnamurti et lĠŽducation, Monaco, Editions du  Rocher, 1991, 549 pages, notamment pour les ҎcolesÓ nouvelles pp.393-458, Robert Linssen, Education crŽatrice, Bruxelles, Etre Libre, 1984. (sur les Žcoles dans la ligne de Krishnamurti)

[44] The Good Teacher and the Good Pupil, opus citŽ, ÒEven non-verbal communication can be used most effectively. Every good teacher knows that silence often says more than long discoursesÓ (p.147)

[45] Le Centre Krishnamurti, Brockwood Park, Bramdean, Hampshire, Grande-Bretagne SO24 OLQ, tel : 096279 748, la brochure dŽcrivant le Centre, avec un entretien de Krishnamurti,  est disponible en franais auprs de lĠAssociation Culturelle Krishnamurti France (Paris).

[46] RenŽ Barbier, LĠApproche Transversale, sensibilisation ˆ lĠŽcoute mytho-poŽtique en Žducation, Habilitation ˆ diriger des recherches, UniversitŽ Paris 8, 1992, 619 pages, 2 tomes

[47] Roger-Pol Droit, lĠOubli de lĠInde, Paris, PUF, 1989

[48]Ó The early Indian educational theory affirms that it is possible to transcend the limitations of sense-bound experience and reason-bound consciousness, and that the most fundamental object of education is to prepare the pupil to free himself from those limitations and attain that level of knowledge where he can dwell permanently in existent reality, in light and in immortalityÓ in The Good Teacher and the Good Pupil, opus citŽ, p. 31

[49] Honorat Aguessy, Ryhtmes ˆ contretemps, Le Courrier de lĠUNESCO, regards sur le temps, avril 1991, pp. 24-25 ; dans la mme publication voir sur la Chine Xiong Bingming, Innocence et mŽmoire, pp.20-23 et sur la culture islamique,Ahmad Hasnawi,  Intelligence multiple, pp. 26-28

[50] Alexis Kagame, Aperception empirique du temps et conception de lĠhistoire dans la pensŽe Bantu, in Les cultures et le temps, op. cit., pp 103-133

[51] Louis Vincent Thomas, RenŽ Luneau, La terre africaine et ses religions, Paris, Larousse UniversitŽ, 1975, 336 p., notamment tout le Livre 1. cf Žgalement Jacqueline Roumeguere-Eberhardt, totems et sociologie de lĠŽpistŽmologie africaine : base dĠune microhistoire, Cahiers du Laboratoire de sociologie de la connaissance, I, 1967, Anthropos, E.P.H.E.S.S., VIĦ section, pp197-206

[52] Cf ˆ ce sujet la dŽmonstration dans lĠentretien que nous avons rŽalisŽ, J. Ardoino, Florence Giust-Desprairies et moi-mme, avec CornŽlius Castoriadis, pour la revue Pratiques de Formation/Analyses, UniversitŽ Paris VIII, 1Ħ semestre 1992, nĦ sur la multirŽfŽrentialitŽ en Žducation coordonnŽ par J. Ardoino et R. Barbier (ˆ para”tre).

[53] Claude Roy, Le voleur de pomes. Chine, Paris, Mercure de France, 1991, 430 p.

[54] Lors de ma modeste co-animation dĠun module centrŽ sur Òla voie du haikuÓ en formation de formateurs (DUFA Paris VIII, 1992) dans laquelle A. Lhotellier, enseignant de psychologie ˆ lĠUniversitŽ de Nantes,  est passŽ ma”tre. cf A. Lhotellier, la voie du haiku dans la formation dĠadultes, Pratiques de formation/Analyses, le devenir du sujet en formation, lĠinfluence des cultures ÒautresÓ quĠoccidentales, Paris VIII, nĦ21-22, juin 1991, 233 p., pp.149-157

[55] Ken Wilber, Les trois yeux de la connaissance, la qute du nouveau paradigme, Monaco, Editions du Rocher, 1987

[56]cf.Gora Mbodj, Acculturation et enculturation en pŽdagogie : introduction ˆ lĠethnopŽdagogie, Les Dossiers de lĠEducation, UniversitŽ de Toulouse Le Mirail, Sciences de lĠEducation, nĦ1, dŽcembre 1982, pp.37-46 ;  Carmel  Camilleri, Anthropologie culturelle et Žducation, Paris, Delachaux & NiestlŽ/UNESCO, 1985, 162 p. ;  Le Thˆn Kho•, LĠŽducation : cultures et sociŽtŽs, Paris, Publications de la Sorbonne, 1991, 352 p. Pierre Erny, Ethnologie de lĠŽducation, Paris, PUF, 1981, 204 p.

[57] CĠest pourquoi lĠintroduction de la philsophie zen par Taisen  Deshimaru, quelles que soient les pures intentions de lĠauteur, ne pourra se dŽvelopper en Occident quĠen sĠaltŽrant, en se transformant tout en transformant la vision du monde et le mode dĠtre de lĠOccidental pratiquant la voie de Òla pensŽe par la non-pensŽeÓ (ÒhishiryoÓ) de Dogen. cf. Taisen Deshimaru, Zen et vie quotidienne. La pratique de la concentration, Paris, Albin Michel, coll. spiritualitŽs vivantes, 1985, 315 p. (rŽed poche 1988). Quelque chose dĠ ÒautreÓ en rŽsultera, dans lĠinterfŽrence culturelle, encore impensable ˆ lĠheure actuelle.

[58] Martine Valo, LĠŽcole au secours des banlieues, Le Monde de lĠŽducation, nĦ188, dŽcembre 1991, pp. 18-35, notamment la partie ÒimmigrŽs : lĠŽcole en ŽchecÓ pp.32-35

[59] Si jĠen juge par lĠintŽrt que suscite lĠexpŽrience pŽdagogique interculturelle de Micheline Flak, fondatrice du groupe de Recherche sur le Yoga en Education (R.Y.E.) cf M. Flak, Le yoga, trait dĠunion pŽdagogie dĠOrient, pŽdagogie dĠOccident, Pratiques de Formation/Analyses, Le devenir du sujet en formation, lĠinfluence des cultures ÒautresÓ quĠoccidentales, UniversitŽ Paris VIII, NĦ21-22, juin 1992, 233 p., pp. 97-106. Voir Žgalement le nĦ 73,  spŽcial, de Management France, Interculturel, CNOF, avril-juin 1990

[60] Carmel Camilleri, Margalit Cohen-Emerique, (s.dir), Chocs de cultures. Concepts et enjeux pratiques de lĠinterculturel, Paris, LĠHarmattan, 1989, 398 p.,

[61] R. Fibbi, Temps et migration, in La recherche interculturelle, textes rŽunis par J. Retschitzky, M. Bossel-Lagos, P. Dasen, T.1, Paris, LĠHarmattan, 1989, 317 p., pp 121-127, cit. p. 125

[62] La notion dĠ ÒaltŽrationÓ prise dans ce sens dĠune positivitŽ conflictuelle a ŽtŽ proposŽe, ˆ mon avis, en filigrane par J. Ardoino ds Education et Politique, Propos actuels sur lĠŽducation II, Paris, Gauthier-Villars, 1977. (ex. p.60 ss, p. 175)  Dans le chapitre Òvers la multirŽfŽrentialitŽÓ (1988) J. Ardoino Žcrit plus expIicitement le mot ÒaltŽrationÓ (in Perspectives de lĠanalyse institutionnelle, s.dir. A. Savoye, R. Hess, Paris, MŽridiens Kliencksieck, 1988). Contrairement ˆ bien dĠautres ouvrages en sciences humaines, Education et Politique  , livre-Somme et multirŽfŽrentiel en sciences de lĠŽducation reste indispensable car il nĠa rien perdu de sa valeur thŽorique et critique aprs  quinze ans dĠexistence. Mais  il  y  manque cependant Mircea Eliade, Henri Corbin, Gilbert Durand, Louis Massignon, Marie-Magdeleine Davy ou Pierre Vidal Naquet, cĠest-ˆ-dire quĠil reste bien ancrŽ dans la sphre de notre pensŽe occidentale, mme si lĠauteur la veut plus en rapport avec la complexitŽ dĠE. Morin et avec lĠimaginaire de Castoriadis quĠavec la logique purement aristotŽlicienne. Il est vrai que Krishnamurti, par contre, est citŽ deux  fois, assez longuement en notes, ce qui est exceptionnel dans la CitŽ savante ˆ lĠŽpoque.

[63] Roger Garaudy, Pour un dialogue des civilisations, Paris, Deno‘l, 1977, 233 p., ch.II

[64] La notion de culture ÒautreÓ a ŽtŽ prŽcisŽe par Jacqueline Roumegure-Eberhardt, in Le signe du dŽbut de Zimbabwe, facettes dĠune sociologie de la connaissance, Paris, Publisud, 1982, 202 p., ÒNous utilisons le terme ÒautreÓ - population, sociŽtŽ, culture ÒautreÓ - de prŽfŽrence aux termes ÒprimitifsÓ, Òarcha•queÓ, Ònon-industrialisŽÓ, Òen voie de dŽveloppementÓ, tous termes impropres comme le n™tre dĠailleurs qui pourrait dŽnoter un flagrant culturo-centrisme. Mais cĠest prŽcisŽment pour cela que nous lĠadoptons ici. Nous utilisons pour des raisons ŽpistŽmologiques appliquŽes ˆ la sociologie de la connaissance afin de marquer quĠautrui est ÒautreÓ pour moi comme je suis ÒautreÓ pour lui dans tout dialogue authentique Žvoquant une rŽciprocitŽ de perspectives. Car nous pensons que ce nĠest que lorsque lĠon cessera de tenter dĠassimiler autrui que lĠon est alors en mesure dĠengager de relations permettant une comprŽhension de son gŽnie ÒautreÓ. Cette perspective est essentielle pour le sociologue abordant des sociŽtŽs ayant un hŽritage ÒautreÓ que celui de sa propre sociŽtŽ.Ó (p.26). Voir aussi PensŽe et sociŽtŽ africaines. Essais sur une dialectique de complŽmentaritŽ antagoniste chez les Bantu du Sud-Est, Paris-La Haye, Mouton, 1963

[65] Je retrouve un peu de cette auto-satisfaction, teintŽe dĠun certain doute culturel dŽbouchant parfois sur un sens tragique de la vie, dans la thse dĠun jeune chercheur dĠorigine japonaise de la Rand Corporation, Francis Fukuyama, qui nous fait rŽflŽchir depuis 1989, en proclamant la fin de lĠHistoire avec lĠavnement hŽgŽmonique du principe de ÒdŽmocratieÓ au niveau planŽtaire. cf Francis Fukuyama, La Fin de lĠhistoire et le dernier homme, Paris, Flammarion, 1992

[66] Comme lĠethnologie kabyle nous le rŽvle, avec son organisation sociale o le temps du jour, vers lĠextŽrieur de la maison et lĠassemblŽe publique est rŽservŽe ˆ homme et le temps de la nuit, vers lĠintŽrieur, de lĠintimitŽ et de lĠŽducation des enfants est rŽservŽe ˆ la femme cf Pierre Bourdieu, Esquisse dĠune thŽorie de la pratique, prŽcŽdŽ de trois Žtudes dĠethnologie kabyle, Genve, Droz, 1972, 281 p., ch. la maison ou le monde renversŽ pp.45-69

[67] Jean Stoetzel, Jeunesse sans chrysanthme ni sabre, Paris, Plon/Unesco, 1954

[68] Comme le montrent des films (Òle voyage ˆ TokyoÓ) ou des romans (Òles annŽes du crŽpusculeÓ dĠAriyoshi Sawako, Paris, Stock, 1986, 265 p.)

[69] Simone Aubrun , Roselyne Orofiamma, Les compŽtences de troisime dimension , ouverture professionnelle ?, Paris, C2F, CNAM,  C2F, 1990

[70] Michel Giffard, DŽveloppez votre intuition et celle de votre Žquipe, Paris, E.S.F., coll. Formation Permanente et Sciences Humaines, 1992, , ch.2  la mŽditation.

[71] Karlfried Graf DŸrckheim, le grand psychothŽrapeute transpersonnel,  qui nĠhŽsitait pas ˆ faire des sŽminaires spŽcialisŽs sur ce thme pour les cadres dans son centre de TotesmŸnde en fort noire, a Žcrit un livre Žclairant Òle Japon et la culture du silenceÓ, Paris, Le courrier du livre, 1985, 118 p. Il semble bien, dĠaprs le Professeur Misumi que le Japon ait conservŽ une certaine forme de double Žducation, ˆ la fois moderne et traditionnelle si on en juge par lĠentretien quĠil a accordŽ ˆ J. Ardoino : ÒLa double Žducation japonaiseÓ, intervew  avec le Pr Misumi par J. Ardoino, Ie 3Ħ MillŽnaire, LĠimpasse Žducative, nĦ11, 1984, pp. 52-54

[72] Olivier Clouzot, Anne Bloch, Apprendre autrement, clŽs pour le dŽveloppement personnel, Paris, Les Žditions dĠorganisation, 1984, 309, p

[73] Sur ce point lĠensemble du NĦ de Pratiques de formation/Analyses que jĠai coordonnŽ, UniversitŽ Paris VIII, 21-22, juin 1991, le devenir du sujet en formation, lĠinfluence des cultures ÒautresÓ quĠoccidentales.

[74] Michel Maffesoli, La transfiguration du politique. La tribalisation du monde, Paris, Grasset, 1992, 308 p.

[75] Edgar Morin, Gianluca Bocchi, Mauro Ceruti, Un nouveau commencement, Paris, Seuil, 1991, 217 p., cit de G.Bocchi et M. Ceruti p.121

[76] Michel Serres, Le Tiers-Instruit, Paris, Franois Bourin, 1991, 249 p., pp 12-17

[77] Je suis curieux de savoir ce que deviendront ces petits Occidentaux qui ont ŽtŽ reconnus comme des rŽincarnations (tulkus) de grands sages tibŽtains et ŽduquŽs comme tels : ainsi du petit Osel Torres, nŽ ˆ Grenade en Espagne en 1985, recevant une Žducation traditionnelle au NŽpal puisquĠil est censŽ tre la rŽincarnation de Lama YeshŽ, mort en 1984. cf revue Enfants dĠabord, NĦ 120, novembre 1987, p 20

[78] Plus que tout autre sans doute, lĠAmŽricain Abraham Maslow a ds la fin des annŽes 60 prŽsentŽ une Òpsychologie de lĠtreÓ dont bien des parties sont trs proches dĠune autre faon (orientale) de voir  la vie. Vers une Psychologie de lĠtre, Paris, Fayard, 1989 (1972), 268 p., notamment son chapitre sur les Òpeak expŽriencesÓ, les expŽriences paroxistiques, pp 81 ss

[79] Comme il nous lĠaffirmait ˆ la DŽcade de Cerisy-La-Salle qui lui Žtait consacrŽe en juillet 1991

[80] La notion dĠexpŽrientialitŽ est trs importante en Žducation comme le montre la publication des Actes dĠun Colloque de 1989 ÒLa formation expŽrientielle des adultesÓ coord. B. Courtois et G. Pineau, dŽlŽgation ˆ la formation professionnelle, Paris, La Documentation Franaise, 1992, 348 p.

[81] Chef Seattle, La fin de la vie et le dŽbut de la survivance, rŽponse de Seattle en 1854 au gouvernement amŽricain qui lui proposait dĠabandonner sa terre aux blancs et promettait une ÒrŽserveÓ pour le peuple indien, publiŽ par lĠassociation Greenpeace. La rŽponse commence par ces simples mots ÒComment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? lĠidŽe nous para”t Žtrange. Si nous ne possŽdons pas la fra”cheur de lĠair et le miroitement de lĠeau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ?Ó Chacun sait que cette attitude exige une rŽflexion sur la notion de temps ÒoccidentalÓ cf le programme du Mouvement Žcologique en 1981 : Ecologie, Le pouvoir de vivre, Montargis, 1981, 296 p., la conqute du temps pp. 77-84.

[82] Michel Serres, Le contrat naturel, Paris, Flammarion, Champs, 1992 (1990 F. Bourin), 191 p.

[83] Gaston Bachelard, LĠintuition de lĠinstant, Paris, Stock, 1992 (1931), 153 p.ÓDs le seuil de sa mŽditation - la mŽditation du temps est la t‰che prŽliminaire ˆ toute mŽtaphysique - voilˆ donc le philosophe devant lĠaffirmation que le temps se prŽsente comme lĠinstant solitaire, comme la conscience dĠune solitude.Ó (p.13) Žcrit Bachelard qui oppose dans son ouvrage la philosophie de lĠinstant (et de lĠacte) de Roupnel ˆ la philosophie de la durŽe (et de lĠaction) de Bergson. Dans cet ouvrage la dernire partie est consacrŽe ˆ Òinstant poŽtique et instant mŽtaphysiqueÓ, suivi dĠun texte de Jean Lescure Òintroduction ˆ la poŽtique de BachelardÓ, un fleuron de la rŽflexion en terme dĠ Ҏcoute poŽtiqueÓ du monde. Bachelard qui savait si bien Òprendre son tempsÓ pour faire la cuisine ˆ ses amis.

[84] Mais je partage la critique dĠEmmanuel LŽvinas ˆ propos de Bergson dont la notion dĠŽlan vital  Òne tient pas compte de la mort, mais surtout tend vers un panthŽisme impersonnaliste dans ce sens quĠil ne marque pas suffisamment la crispation et lĠisolement de la subjectivitŽ, moment inŽuctable de notre dialectiqueÓ, Le temps et lĠautre, Paris, PUF, Quadrige, 1983 (1979 Fata Morgana), 92 p., cit. p.86-87

[85] Lorsque la psychologue clinicienne  tente de comprendre lĠexistentialitŽ du temps comme souffrance familire et Žnigmatique dans le vŽcu de lĠennui, elle en assume cette dimension dĠAb”me silencieux et intime chez le sujet parlant cf Michle Huguet, LĠennui ou la douleur du temps, Paris, Masson, 1987, 197 p.

[86] Jacqueline Barus-Michel, Pouvoir : mythe et rŽalitŽ, Paris, Klincksieck, 1992, 333 p. Dans son ouvrage J. Barus-Michel analyse la toute premire importance de la fonction mythique de lĠesprit humain et de son influence dans la sociŽtŽ. On ne peut penser les relations de pouvoir sans les relier au mythe.

De son c™tŽ Edgar Morin termine son quatrime tome de La MŽthode par une mŽditation sur lĠaube de lĠhumanitŽ o ÒsĠest levŽe la noosphre, avec le dŽploiement des mythes, des dieux, et le formidable soulvement de ces tre a poussŽ, entra”ne  Homo sapiens ˆ des dŽlires, massacres, cruautŽs, adorations, extases, sublimitŽs inconnues dans le monde animal. Depuis cette aube nous vivons dans une fort de symboles et nous ne pouvons en sortirLa MŽthode, Les idŽes. Leur habitat, leur vie, leurs moeurs, leur organisation, Paris, Seuil, T.4, 1991, 262 p., cit p.241. Voir aussi Georges Gusdorf, Mythe et mŽtaphysique, Paris, Flammarion, Champs, 1984,  366 p.

La dimension mythique et symbolique du temps ˆ travers les civilisation ˆ ŽtŽ largement ŽclairŽe par Marie von Franz dans Le temps, le fleuve et la roue, Paris, 1978,96 p.

[87] Vladimir JankŽlŽvitch, LĠirrŽversible et la nostalgie, Paris, Flammarion, coll. Champs, 1983, (1974), 392 p.. Avec sa rŽflexion sur Òla mortÓ, cet ouvrage de JankŽlŽvitch est incontournable pour penser philosophiquement le vŽcu du temps car pour lui, ÒlĠhomme est un irrŽversible incarnŽÓ (p.8) A  tous les passŽistes obtus il faut rappeler ces phrases du philosophe  Òle temps tire en avant ceux qui tirent en sens inverse et font mine de revenir en arrire ; le temps remet en marche ceux qui sĠarrtent ; le temps entra”ne les tra”nards (nolentes trahit !) qui, sans sĠarrter ni reculer, ralentissent ; mais aussi il retient ceux qui pressent le pas.Ó (p.41) Seul lĠirrŽversible assumŽ dŽbouche sur lĠamour et lĠimprovisation crŽatrice. (pp. 243-250)

[88] Une psychologie qui ne prend pas en compte pleinement et sans dŽnaturation ethnocentrique cette capacitŽ de lĠtre humain de ÒmŽditerÓ sans objet ne saurait tre totalement reconnue comme une psychologie humaine authentique ayant valeur universelle :  cĠest le cas de la psychanalyse freudienne. CĠest dĠailleurs dans ce ÒmanqueÓ de la psychologie occidentale que sĠest engouffrŽe, pour le meilleur mais Žgalement pour le pire, la mode des Ònouvelles thŽrapiesÓ.

[89] RenŽ Barbier, lĠŽcoute sensible en Žducation, Pratiques de Formation/Analyses, UniversitŽ Paris VIII, juin 93, NĦ 25-26 sur lĠapproche multirŽfŽrentielle en Sciences de lĠŽducation, coord. par J. Ardoino et R. Barbier.