Cher René,
Je constate d'abord que moins tu me parles, plus tu m'envoies
des lettres ouvertes... Il me faut donc te répondre par une lettre
ouverte aussi -ce dont je m'excuse auprès des dizaines de lecteurs
que cela n'intéresserait pas.
Je me suis en effet proposé d'organiser une journée
à l'École Doctorale (le 25 janvier) sur le thème de
la subjectivation et de la dé-subjectivation (thème de l'ED
de l'année 2000-2001 : les identités). Pas au
nom des sciences de l'éducation qui n'existent pas comme telles
à l'ED, mais au nom de l'équipe de recherche dont je suis
responsable, "Paidéia" rattachée à "Escol 2000" (l'ED
est d'abord une réunion d'équipes de recherche). Ça
a été accepté. Laisse-moi te dire que je trouve un
peu gonflé, pour ne pas dire exorbitant, de me reprocher de ne pas
utiliser tes propres références pour organiser la journée
de notre équipe (et de celles ou
de ceux qui veulent bien s'y associer)!!! Si tu veux
utiliser tes références, qui en effet ne sont pas les mêmes
que les miennes, il te suffit
de proposer une journée à l'École
Doctorale, mais pour cela, il faudrait au moins que l'équipe dont
tu es responsable demande son adhésion à l'ED, ce qui suppose
quelques discussions avec le reste de la communauté scientifique
de la fac, qui est très intéressante.
Je te rappelle en outre que je ne suis pas le premier
en sciences de l'éducation à organiser une journée
à l'ED sur ce sur quoi on croit être compétent, Alain
Coulon l'avait fait il y a deux ans sur l'ethno-méthodologie, Antoine
Savoye aussi il y a un an sur l'histoire des sciences humaines. J'y étais,
et je peux te dire que le sujet oriental n'y était pas très
présent non plus, mais bizarrement
ça ne t'avait pas provoqué ta "disputationnerie"...
Bonne année quand même.
Dany.
PS1. Sur le fond, je croyais que tu connaissais mieux
mes travaux et que tu
n'aurais pas dit de telles approximations, voire contresens
sur les thèses
que j'essaie de construire en (ne) suivant (que) ma route
("tao", en
chinois).
Sur les deux points que tu soulèves, le sujet
oriental et la
multiréférentialité, je n'ai rien
à dire, ce ne sont pas mes objets de
travail.
PS. Merci de faire figurer ma réponse sur ton
site à la suite de ton texte.
Note de René Barbier
1. Il ne s'agit en rien d'une "lettre ouverte" (sinon
je l'aurais intitulée ainsi). Une "lettre ouverte" présente
un caractère "politique" qui ne m'intéresse pas. Je me borne
à réagir à une invitation adressée à
l'ensemble des enseignants de l'université, à une journée
d'étude de l'École Doctorale dont, jusqu'au 31 décembre
2000, relevait l'ensemble des laboratoires habilités à organiser
les DEA de Sciences de l'éducation (soit ESCOL et Laboratoire des
Sciences de l'éducation). Le Laboratoire Éducation et Cultures
(LEC) dont je fais partie, attend encore la réponse du ministère
(comme pour tous les autres laboratoires susceptibles d'accueillir les
étudiants de DEA) pour se déterminer dans son action en tant
que groupe de recherche au sein de l'université. À partir
du 1er janvier 2001, nous sommes, purement et simplement, dans un vide
juridique à cet égard.
2. Je ne demande pas à Dany-Robert Dufour d'utiliser
"mes propres références" puisque je dis justement que tout
intellectuel a le droit de développer son propre point de vue sur
un objet de connaissance. Je me borne à réfléchir
sur le sens de ce point de vue. Comme c'était le droit de Dany-Robert
Dufour de critiquer la théorie de la communication de Régis
Debray, en son temps dans "Le Débat", et d'en subir les foudres,
en retour.
Ma critique vise à tenter d'éclairer l'épistémologie
sous-jacente à une telle proposition. Je constate simplement que
D-R Dufour, qui est parti en Chine récemment dans le cadre d'une
convention-cadre entre le département des sciences de l'éducation
et l'Université Normale de Beijing, que j'ai largement et difficilement
contribué à mettre en place, ne semble pas être sensible,
au
moins dans cette présentation, à une autre manière
de poser les problèmes théoriques (qui est, effectivement,
de l'ordre de "mes références" en rapport avec la philosophie
chinoise de l'éducation). Ce faisant, il rejoint l'ensemble des
chercheurs en Sciences de l'éducation qui ignorent l'approche orientale
de la vie. Mais c'est son droit !
3. Ma critique à l'égard d'une absence
de toute référence à la multiréférentialité
ne touche pas seulement D-R Dufour mais toutes les approches disciplinaires
en sciences humaines et sociales. Elle est liée, justement, à
une autre manière de sentir le sens de la vie plus proche d'une
philosophie orientale et, surtout, d'une épistémologie du
métissage culturel.
4. Quand une présentation commence par "Éduquer,
c'est convertir une personne en sujet..." je peux penser légitimement
que les propos vont être en rapport avec le sens de l'éducation.
Ce n'est pas de la littérature ou de la philosophie générale.
Une telle présentation diffusée très largement sur
l'université, s'inscrit dans un pouvoir de "violence symbolique"
dont parle P.Bourdieu dans l'"Homo academicus", que Dany-Robert Dufour
le veuille ou non.
5. D-R Dufour ne répond pas au troisième
point de ma critique concernant le processus de légitimation scientifique
qui s'opère actuellement au niveau des instances de pouvoir de l'université.
Sans doute n'a-t-il pas, comme moi, l'esprit aussi aiguisé par l'analyse
institutionnelle de René Lourau, récemment décédé.
Peut-être considère-t-il que je me fais des idées...
procédé d'invalidation bien connu, dénoncé
naguère par Edgar Morin.
6. Enfin et surtout, ma réaction est celle d'un
intellectuel qui estime l'oeuvre de Dany-Robert Dufour, en particulier
ses études sur la démocratie, sur le point de vue du "maître
intellectuel" et sur les mystères de la trinité. Elle
n'est et ne sera jamais, en rien, dirigée contre sa personne.