René Barbier (LEC)
Mon voyage d'études, de rencontres et de conférences
entre le 10 octobre et le 27 octobre 2002 en Chine, successivement à
Shanghai, Pékin , Shanghai, est l'accomplissement d'une longue démarche
de relations interculturelles entre le département des Sciences
de l'éducation et notre laboratoire LEC, et plusieurs universités
chinoises parmi les plus prestigieuses à Pékin (Beijing)
et à Shanghai.
À Pékin, il s'agit de l'Université
Normal de Beijing et de l'Université Normale de la Capitale.
À Shanghai, de l'Université de l'Est de
la Chine et de son département d'éducation.
J'ai commencé à établir des relations
avec ces universités et avec mes collègues chinois des l'année
1997, par un voyage informel en Chine, à l'occasion d'un voyage
en Corée (Séoul) que j'effectuais à l'invitation d'une
grande université coréenne de Séoul (SookMyoung -
université des femmes).
Dès l'année 1998, nous réussissions,
en grande partie grâce à l'appui de notre collaborateur du
LEC en Chine, Bernard Bernandez qui sera la cheville ouvrière de
cette ouverture vers l'Empire du Milieu, à établir une convention
entre le département des Sciences de l'éducation
de Paris 8 et l'Université Normale de Beijing, sous l'égide
et l'appui finiancier des services du ministère des affaires étrangères
français. Cette convention, sur trois années, la première
en France en sciences de l'éducation, permet alors à plusieurs
professeurs chinois et français de venir réciproquement dans
leurs deux pays pour collaborer ensemble à un projet scientifique
et donner des conférences. Une possibilité de co-tutelle
de thèse est esquissée et un site internet (Marco-Polo) doit
être mis au point (ce qui sera fait par René Barbier dès
1999 : voir http://www.barbier-rd.nom.fr/)
Je suis parti trois fois en Chine dès 1998 (puis
en 2001 et 2002). Cet accord a permis à deux autres collègues
Alain Coulon et Dany-Robert Dufour de participer également à
notre action universitaire en Chine. C'est donc une des toutes premières
fois, et je crois la seule expérience de ce genre, que plusieurs
laboratoires ont pu collaborer ensemble par leurs chercheurs, dans notre
département de Sciences de l'éducation, puisque Alain Coulon
(parti 3 fois et Dany-Robert Dufour, une fois) appartiennent au laboratoire
ESCOL 2002.
Nous avons tissé, petit à petit, un réseau
de relations de confiance sans lequel rien ne peut être fait en Chine.
Ces relations de confiance réciproque nous ont conduit à
envisager à la fois une publication commune dans les deux langues
de 20 chapitres (dix rédigés par les chercheurs chinois et
dix par les chercheurs français) et un symposium de recherche en
France en novembre-décembre 2003, durant lequel une quinzaine de
professeurs chinois viendraient participer.
Cette année 2002, nous devions achever la réalisation
de notre convention interuniversitaire et mettre au point nos projets de
symposium et de publication. Nous attendions l'aide financière du
ministère des affaires étrangères, comme prévu.
De plus, Alain Coulon et moi-même étions invités officiellement
par l'Université Normale de Beijing (centième anniversaire
de sa création en 1902) à participer à une très
importante rencontre internationale d'éducation comparée,
mais principalement anglophone et asiatique, pour laquelle nous étions
les seuls français invités (avec Bernard Fernandez). Je devais
moi-même faire une communication lors de ce forum (voir celle-ci
en français, anglais et chinois sur le site Marco-Polo).
Le changement d'orientation gouvernementale lors des
élections de 2002 a entraîné, comme à l'accoutumée,
un "gel" des crédits attribués par le ministère des
affaires étrangères jusqu'à l'établissement
d'une nouvelle équipe. Nous attendions le "dégel" des crédits,
prévus vers juin pour nous décider à venir en Chine
et terminer notre convention. De fait, malgré la nouvelle équipe
gouvernementale, le gel de nos crédits à été
reconduit sine die, sans que nous puissions savoir la raison de cette décision.
J'ai attendu jusqu'en septembre pour donner une réponse
à mes collègues chinois concernant notre venue en Chine.
Sans crédit, celle-ci devenait très problématique.
Mais, en même temps, du fait de notre invitation officielle de la
part de nos collègues chinois, pour cette célébration
tant attendue, notre université et ses enseignants risquaient, purement
et simplement, de "perdre la face" ce qui, aux yeux des Chinois, est particulièrement
désastreux. En fin de compte, Alain Coulon a décidé
de renoncer au voyage. Après réflexion, il m'a paru nécessaire
d'assumer jusqu'au bout la responsabilité que j'avais prise, en
tant que responsable de cette entreprise relationnelle avec la Chine. J'ai
décidé de participer à l'ensemble des manifestations
universitaires en Chine et de présenter ma communication. J'ai demandé
l'appui financier, pour la moitié des frais déjà engagés,
de notre laboratoire LEC (ce qui correspond à 30% du budget Bonus
Qualité Recherche attribué au LEC). L'autre moitié
a été pris sur mon budget personnel, comme je l'avais déjà
fait en 1997.
Je ne regrette pas cet investissement, en temps, en énergie
et en argent. J'ai pu, en effet, participer à un anniversaire glorieux
d'une grande université chinoise des plus anciennes de la capitale
et sauver la face des universitaires français. J'ai pu également
prendre des contacts très prometteurs et porteurs d'avenir pour
les jeunes enseignants de notre département, dans trois universités
chinoises à Pékin, et à Shanghai
À Pékin, j'ai pu donner les conférences
prévues lors du Forum international de l'Université Normale
de Beijing et à l'Université Normale de la Capitale, sous
l'égide du Professeur Xing Kechao, parfaitement bilingue franco-chinois
et titulaire d'une thèse en France. Bernard (résidant à
Shanghai) Fernandez et Sunmi Kim (de Corée), tous deux chercheurs
du LEC, ont également participé à cette rencontre
internationale. Le professeur Wang Xiao Hui (francophone) et les professeurs
Gu Mingyuan et Li Shoufu de l'Université Normale de Beijing ont
grandement favorisé mon séjour d'étude à Pékin,
l'université mettant une journée même, la voiture de
service avec chauffeur à ma disposition pour me permettre une visite
à la Grande Muraille.
J'ai multiplié les contacts à Pékin,
pour tenter de trouver de nouvelles sources de financement afin de continuer
notre collaboration scientifique en sciences de l'éducation avec
les universités chinoises, Ainsi, avec l'aide efficace de Bernard
Fernandez et d'amis français sur place, j'ai pu rencontrer Jean-Luc
Domenach, professeur à Sciences Politiques, qui vient d'ouvrir un
institut de recherche franco-chinois. Ce collègue nous a vivement
soutenu dans notre projet interculturel.
J'ai également pris contact avec Jean-Claude Thivolle,
chargé de mission pour la Maison des Sciences de l'homme Paris,
pour les rencontres universitaires franco-chinoises prévues dans
le cadre des deux années 2003-2004.. Je dois le revoir à
Paris prochainement ainsi que le représentant du ministère
de l'éducation nationale chargé des relations internationales
pour une aide éventuelle cr notre dossier semble l'intéresser
beaucoup. Nous prévoyons en effet la tenue d'un symposium de chercheurs
français et chinois de deux ou trois jours fin novembre, début
décembre, à l'université Paris 8, avec le concours
d'une quinzaine de professeurs chinois, sur le thème "Tradition
et modernité en éducation en France et en Chine : problèmes,
conflits et perspectives". Plusieurs collègues français interviendront
également et l'ensemble fera partie d'une publication commune en
Chine et en France, dans les deux langues.
À Shanghai, une rencontre très importante
a été effectuée avec les autorités de l'Université
de l'Est de la Chine et son département d'éducation (East
Normal University, National Institute of Curriculum and Instruction), en
vue de l'établissement d'un accord de co-tutelle de thèse.
Mme Wang Ling, francophone, qui enseigne déjà dans cette
université, s'est engagée à préparer sa thèse
en sciences de l'éducation sous la direction du professeur Li Quilong
, un collègue d'une grande ouverture d'esprit,pour l'Université
de l'Est de la Chine et de moi-même pour l'université
Paris 8.
Cette accord de co-tutelle de thèse constitue
pour nous, Français et Chinois, les prémisses d'une collaboration
de plus grande envergure, inaugurée par la conférence que
j'ai donnée dans cette université pour présenter les
orientations de recherche multiréférentielle en éducation.
Finalement, ce voyage d'étude en Chine aura été
particulièrement riche d'enseignements et de relations approfondies
et nouvelles. Les liens déjà existants ont été
renforcés à Pékin. De nouveaux liens ont été
créés à Shanghai avec des perspectives d'avenir non
négligeables. Les intérêts suscités par notre
action auprès des divers responsables français rencontrés
nous ont confortés dans nos projets interculturels avec la Chine.
Notre invitation à la grande rencontre internationale pour le centième
anniversaire de la création de l'Université Normale de Beijing
nous a permis de rencontrer de très nombreux collègues de
pays asiatiques (Corée, japon) et occidentaux (Canada, Australie,
Belgique, Grande Bretagne) en éducation comparée. Le Symposium
de chercheurs franco-chinois prévu pour la fin de l'année
2003 a des chances d'être une "première" universitaire dans
le domaine éducatif (L'Association Francophone en Éducation
Comparée AFEC, a inaugurée ce genre de manifestation par
son colloque de Pékin en 2001, auquel j'ai participé: Conférence
à Pékin (1er colloque sino-français de l'AFEC, novembre
2001) : L'enseignement universitaire en ligne : portée et limites
voir site Marco-Polo).
N'oublions pas que notre université Paris 8 a
été l'une des premières, il y a déjà
de nombreuses années, à instituer des relations suivies avec
le Chine, notamment en littérature, avec l'université de
Wuhan, et plus récemment avec la célèbre université
de Beida à Pékin. Mais en Sciences de l'éducation,
il s'agit d'une originalité dans notre université et, plus
généralement, dans la France entière, si j'en crois
mes sources actuelles.
Il suffit de venir une seule fois en Chine pour se rendre
compte que ce pays immense sera "les Etats-Unis du prochain siècle",
sur les plans économique, politique, technologique et culturel.
Son influence se répandra sur toute l'Asie. Les grandes écoles
d'ingénieurs et de commerce ne s'y trompent pas et ont déjà
établis des antennes dans les grandes villes de la Chine. La dernière
en date, l'ESSEC, a donné une conférence très
élogieuse à ce sujet fin octobre à Shanghai. Les Universités
sont un peu à la traîne. Près de 450000 étudiants
chinois sont déjà venus faire leurs études à
l'étranger ces dernières années. 25000 d'entre eux
partent chaque année. Un tiers revient s'installer en Chine. En
Sciences de l'éducation, le congrès de Bordeaux de l'Association
des Enseignants et Chercheurs en Science de l'Education de 1999, sur plusieurs
centaines de communications, ne proposait que trois d'entre elles consacrées
à l'Asie. Et encore, il s'agissait de communications rédigées
par moi-même et deux de mes doctorants ! Cette année, au forum
international dont j'ai parlé à Pékin, une étudiante
chinoise dirigée par Martine Abdallah-Pretceille à présenté
une communication. Je l'ai invitée à faire partie d'un groupe
d'étudiants asiatiques de troisième cycle que je constitue
dès cette année en Sciences de l'éducation.
Je suis certain que cette ouverture encore modeste n'en
restera pas là dans les années à venir.
Paris, le 28 octobre 2002