Le journal de recherche*

(1988)

Par Georges Lapassade**

 

A.   Ma lecture de ce livre

 

Dans un avertissement prŽliminaire, RenŽ Lourau (R.L.) rŽsume ce qui va suivre :

a) Ç Quand le journal de bord rŽvle les aspects les plus secrets du chercheur, il arrive qu'il attende trs longtemps l'accs ˆ l'existence Žditoriale È. Trois journaux de bord Ð ceux de Malinowski, Ferenczi, et Wittgenstein - vont illustrer cette premire proposition.

b) Ensuite, dans une seconde partie, les journaux de Gide (au Congo et au Tchad) et de Leiris (L'Afrique fant™me) seront regroupŽs parce que les deux auteurs y dŽnoncent les effets, et les mŽfaits, du colonialisme vers 1930.

c) Puis seront prŽsentŽs des journaux de recherche de M. Mead, G. Condominas, J. Favret-Saada, Ph. Bernoux, D. Motte, J.P. Goux qui Ç nous promnent du Pacifique au Vietman, du coeur de la campagne proche de Paris au vieux paysage industriel franais des frontires de l'est È.

d) La quatrime et dernire partie enfin va s'occuper des journaux des Femmes du Cerfi, d'Edgar Morin sur un livre en train de se faire, Lourau lui-mme va livrer en fin dÕouvrage un bout du journal du livre qu'il est en train d'Žcrire.

 

LÕinquiŽtante ŽtrangetŽ du hors-texte

Vient ensuite un  texte intitulŽ Ç L'inquiŽtante ŽtrangetŽ du hors-texte È qui sert d'introduction ˆ l'ensemble de l'ouvrage. L'auteur y propose en une note de bas de page une catŽgorisation des implications :

Ç  Les implications primaires comprennent :  a) le rapport ˆ l'objet d'Žtude;

b) le rapport ˆ l'institution, et d'abord ˆ l'institution de la recherche; c) le rapport ˆ la commande et au mandat social. È

Ç Le rapport ˆ l'exposŽ de la recherche et le rapport au paradigme de la recherche constituent (...) des implications secondaires parce que moins analysables par le chercheur (individuel ou collectif) dans le temps mme ou il produit un acte de recherche È (p. 15, note 1).

Cette thŽorie des implications constitue l'une des dimensions essentielles du livre comme l'indique d'ailleurs son sous-titre : Ç MatŽriaux d'une thŽorie de l'implication È. Une autre dimension, associŽe ˆ la prŽcŽdente, concerne la forme de la littŽrature diaristique. Ici l'auteur, prenant appui notamment sur certains travaux de GŽrard Genette, dŽveloppe la distinction entre le texte (T) et le hors-texte (HT), - le journal rentrant dans la catŽgorie du H.T.

Suit, dans les chapitres suivants, une sŽrie de notes de lecture Žcrites par R. L. entre 1982 et 1988 et concernant un certain nombre de journaux dits par lui de recherche.

 

Le journal de Malinowski[1] ouvre la sŽrie. Il est composŽ de deux tranches :

septembre 1914 ˆ aožt 1915 et octobre 1917 ˆ juillet 1918. Mais il ne sera finalement publiŽ, dans la traduction de Guterman, qu'en 1967! La traduction franaise, enfin, para”t en 1985, soit Ç 18 ans aprs la traduction anglaise, 43 ans aprs la mort de l'auteur, 67 ans aprs la fin de la rŽdaction È.

R.L. rappelle ensuite et dŽveloppe les Ç trois mŽrites les plus couramment

attribuŽs ˆ M. È: le terrain, l'observation participante et la mŽthode fonctionnaliste.

Puis il souligne l'esthŽtisme de M. : Ç a-t-on remarquŽ que M., sur son terrain, Žtait presque aussi obsŽdŽ par ses activitŽs de photographe que par ses activitŽs de diariste, car il tenait ˆ rapporter de belles photos? Et n'est-il pas Žgalement remarquable que de longs passages du Journal soient consacrŽs ˆ des descriptions de paysages, de ciels crŽpusculaires, d'effets  de couleurs (...) È.

Revenant ensuite ˆ la narratologie avec Genette, qui commente l'Ïuvre de

Proust, R.L. s'interroge sur Ç le problme des instances rŽelles ou imaginaires qui sont ˆ l'origine d'un texte È. Concernant Proust, il y a Ç 1) le narrateur : le personnage mondain, malade (...) qui raconte ses souvenirs (É) ; 2) l'auteur impliquŽ : le narrateur - Žcrivain, (É) racontant au lecteur ses difficultŽs et ses thŽories littŽraires ; 3) l'auteur Ç rŽel È : Marcel Proust (É)È

AppliquŽ ˆ M, cela permet de distinguer :

Ç1)le narrateur, l'ethnographe Žcrivant son journal de terrain ;

2) l'auteur impliquŽ, exposant dans son journal de recherche ses prŽoccupations d'ethnologue, de philosophe, d'Žcrivain ;

3) l'auteur Ç rŽel È, celui du journal intime. È

On voit, sur ces deux exemples - Proust et M. - en quoi on peut dire qu'un

auteur dŽcrit quelques unes de ses implications dÕauteur : lorsqu'il livre ses problmes d'Žcriture, notamment...

M. parle aussi de ses problmes sexuels chez les Trobriandais, - et l'on sait que sur ce point notamment, le Journal de M. a ŽtŽ censurŽ par sa seconde femme...

On retiendra enfin le long passage concernant la dŽcouverte du Ç scoop È de la

Kula telle que la prŽsente le Journal : Ç dŽcouverte hŽsitante... È.

 

Ferenczi, ou Ç l'implication contre l'institution È[2].

Un problme essentiel : Ç En cherchant ˆ exprimer dans la situation de la cure psychanalytique les implications de l'analyste, Ferenczi ne mne-t-il pas un combat anti-institutionnel, contre l'institutionnalisation d'un dispositif fondŽ sur la dissymŽtrie, sur la sŽparation, bien qu'il s'agisse, dans la cure, de deux inconscients devant communiquer le plus possible (...) È.

F. a tenu son journal clinique principalement en 1932 et il est mort en 1933. La premire entrŽe, sur Ç l'insensibilitŽ de l'analyste È fait suite ˆ un Žchange de lettres avec Freud en dŽcembre 1931. La dernire entrŽe est dŽterminŽe Ç en grande partie par la secousse de la dernire entrevue avec Freud È.

Parmi les grands thmes de ce Journal, R.L. choisit Ç le fil conducteur de l'analyse mutuelle È, dans laquelle le psychanalyste verbalise son contre-transfert pour en faire part ˆ l'analysant. Mais F. s'interroge aussi sur les possiblitŽs et les limites de cette analyse mutuelle. En la pratiquant, il a peur de gagner moins d'argent (Ç et si la patiente se mlait  de lui rŽclamer paiement pour l'analyse mutuelle? È). Il y a encore Ç l'inquiŽtude quant ˆ la lŽgitimitŽ de l'analyse mutuelle È, que R.L. compare ˆ Ç l'obsession de l'immersion dans le terrain chez certains ethnologues È.

 

L'Žcriture sinistre de Ludwig Wittgenstein[3] : Ç Face ˆ l'Žcriture de la main

droite, l'Žcriture de la main gauche, l'Žcriture sinistre, refoulŽe dans le hors-texte ou le nŽant, dans l'inexistence littŽraire È.

R.L. lit des fragments de ce journal en catalan, dans la revue Saber, qui les publie ˆ l'automne 1985. Ils ont ŽchappŽ ˆ la destruction voulue par W. Ils vont du 9 aožt 1914 au 19 aožt 1916, pour le journal secret (page de gauche), et du 22 aožt 1914 au 10 janvier 1917 pour le journal philosophique (page de droite). Ce sont ses carnets de guerre. On les dŽcouvre une premire fois en 1952, une seconde fois en 1981, et la publication commence enfin en 1985...

Conclusion : les Ç croquemorts È ont tout fait pour maquiller le texte de W,

le dŽfigurer, mais lui Ç ne s'est pas tu È. Il s'est Ç servi de ses deux Ç mains È pour parler, pour Žcrire et aussi pour se procurer une jouissance dite solitaire, jouissance que certains assimilent ˆ celle que donne la tenue d'un journal, voire toute sorte d'Žcriture. È.

 

Les carnets de route d'AndrŽ Gide voyageant en Afrique[4]

Au Congo, Gide est Ç chargŽ de mission È. Il va enquter notamment sur la

situation des travailleurs africains en systme colonial. Ds son arrivŽe, il s'intŽresse ˆ la question de la construction du chemin de fer de Brazzaville ˆ Pointe-Noire, assiste ensuite au spectacle d'un rite de possession et Ç rŽflŽchit immŽdiatement, note R.L., sur les difficultŽs que prŽsente l'observation de la transe quand l'observteur est observŽ et mme agressŽ È.

Il mne un travail d'observation sur Ç les compagnies qui exploitent le

caoutchouc et... les Africains È.

RetournŽ ˆ Paris, il se prŽoccupe de la forme qu'il lui faudra donner aux

matŽriaux amassŽs au cours de l'enqute africaine, et il en fait mention dans son journal habituel.

R.L. insiste surtout sur le travail diaristique de Gide et termine par un long dŽveloppement sur le travail diaristique en gŽnŽral. Car Ç seul le journal (...) permet lÕexposŽ et l'analyse de la contradiction (...). Car il est le texte o, tout naturellement, s'engouffre pour l'auteur et dans la collaboration auteur-lecteur, l'analyse des implications de tout chercheur diariste comme de tout diariste chercheur. È.

 

Michel Leiris et L'Afrique fant™me[5]

En 1931, Leiris Ç est passŽ du surrŽalisme ˆ la psychanalyse et se pose encore (!) le problme de l'entrŽe dans la vie (...) È. C'est d'ailleurs son psychanalyste qui lui conseille de partir en Afrique avec la mission Griaule (Dakar-Djibouti). Au cours de cette mission, Leiris Žcrit tous les jours ses carnets de route, qui sont , R.L. y insiste, un journal de recherche et non un simple Ç journal intime È (mais l'intimitŽ y a aussi sa part, que Leiris souligne dans sa courte prŽface ˆ l'Ždition originale).

R.L. utilise trois autres prŽfaces pour cerner le projet de Leiris du point de vue, toujours, de la question de l'implication. Dans l'une d'elles, Leiris Žcrit notamment que c'est Ç en portant la subjectivitŽ ˆ son comble quÕon atteint l'objectivitŽ È.

Il donne ˆ lire Ç les implications de la science et du chercheur sur le terrain (...). L'implication dans l'objet, que bien des ethnographes ont notŽe soit en passant, soit de faon plus insistante, est trs bien ŽvoquŽe dans L'Afrique fant™me : ˆ la fois dans les descriptions de pillages systŽmatiques, dans les reconstitutions de cŽrŽmonies sacrificielles pour la photo ou le cinŽma, ou encore (parmi bien d'autres situations) ˆ la

faveur des transformations des sentiments de participation ressentis par l'ethnographe dans son observation participante È.

Une dernire citation: Ç Nous voyons, dit Maurice Blanchot ˆ propos du

journal de l'oeuvre en cours, pourquoi l'Žcrivain ne peut tenir que le journal de l'oeuvre qu'il n'Žcrit pas ( Le livre ˆ venir, p. 229) È.

Commentaire de R.L. : Ç le journal d'un livre qu'on n'Žcrit pas est journal

d'une recherche que l'on mne jusqu'au bout d'elle-mme et de soi-mme È.

 

Le Ç Journal È ˆ feed-back de Margaret Mead[6]

Ç Margaret Mead Ç n'est pas une diariste Ç au sens strict du terme È (É) . Bien

qu'elle nous livre aussi des bouts de journal, elle est avant tout une Žpistolire. Mais ses lettres ont ceci de particulier qu'elles sont en rŽalitŽ du journal de terrain destinŽ ˆ tre lu (...) È Ç Aux alentours de la cinquantaine, Margaret publie beaucoup de rŽflexions

sur le travail de terrain (...) È Enfin, elle a publiŽ aussi une autobiographie (trd. fr : Du givre sur les ronces : autobiographie, Paris, Seuil, 1977) .

R.L. s'occupe longuement de la premire enqute Ç de terrain È de M. Mead

auprs des adolescentes de Samoa en 1925 et il utilise pour en parler l'ouvrage critique de Derek Freeman, ainsi que l'article, lui aussi critique, de Panoff dans Raison prŽsente (1984). Mais dŽjˆ, au dŽbut des annŽes 70, des adolescents de Samoa avaient dŽclarŽ ˆ l'ethnologue Eleanor Gerber que Ç les informateurs de Mead lui avaient racontŽ des mensonges, histoire de se payer sa tte È.

Conclusion de R.L. : Ç De deux choses l'une : ou Margaret n'a rien compris ˆ

Samoa, ou bien Samoa a beaucoup changŽ en quelques dizaines d'annŽes È. Mais de plus, et surtout, il s'avre que lors de cette premire recherche, Margaret n'a pas pratiquŽ lÕobservation participante telle que Malinowski l'avait dŽfinie trois ans plus t™t. En effet, elle n'a pas Ç vŽcu dans le village È (comme elle fera plus tard) et elle a reu les adolescentes de Samoa dans un dispensaire colonial.

R.L. Žvoque les circonstances dans lesquelles Margaret est devenue, ˆ 23 ans, anthropologue (la profession Žtant alors fort peu dŽveloppŽe), montre comment elle a Ç choisi È  son premier terrain, notamment pour rŽpondre ˆ l'une des questions formulŽes par Boas dans une lettre: Ç L'objet est la rŽvolte adolescente : est-elle seulement un phŽnomne des sociŽtŽs modernes? È

Suivent des considŽrations sur lÕenqute ˆ Manus, chez les SŽpik ( en Nouvelle-GuinŽe). Et Ç ds le deuxime terrain, l'observation participante prend tournure. L'habitation de Margaret devient Ç une maison indigne, remplie de tabous È È. Sont ŽvoquŽs aussi les mariages successifs de Margaret. On voit ici, plus

nettement peut-tre que dans d'autres chapitres, comment R.L. travaille, Žcrit : ces chapitres s'inscrivent dans le genre Ç note de lecture È de telle sorte que commenter son livre revient ˆ produire des notes de lecture sur des notes de lecture (lesquelles peuvent elles mmes concerner parfois, mais rarement, des notes de lectures des chercheurs ŽtudiŽsÉ).

R.L. Žvoque l'interruption des Žtudes exotiques pendant la pŽriode de la Deuxime guerre mondiale, quand Margaret est mobilisŽe par des Ç Žtudes de caractre national È. Puis il revient aux terrains exotiques de Margaret, toujours ˆ partir de la lecture de ses Lettres.

Dans une postface, Ç elle dŽvoile nŽanmoins des implications par rapport ˆ l'objet, par rapport ˆ l'institution de recherche, par rapport ˆ la commande

 

Condominas au Vietnam[7]

         Condominas a ŽtŽ sŽlectionnŽ par RenŽ Lourau parce quÕil utilise deux techniques dÕanalyse des implications : le journal de terrain puis lÕautobiographie. Premire Žtude de terrain : automne 48-hiver 49 : Sar Luk. En 1957, il publie le journal de ce sŽjour sous le titre : Nous avons mangŽ la fort. En 1965, il livre une sorte dÕautobiographie : LÕexotique est quotidien (mi-mono/ mi autobio-graphie) qui contient aussi des fragments de journal. Ç Le contenu du journal est marquŽ par une trs forte volontŽ Ç implicationnelle È. La technique de lÕobservation participante sÕy reflte ˆ chaque instant. È Donc, ici implication Žquivaut ˆ observation participante !

Cette observation participante consiste en :

- la collaboration aux activitŽs agricoles,

- des repas pris en commun (de tripes ˆ la merde de buffle),

- elle commence donc avec le corps, machine ˆ perception,

Elle comprend aussi des entretiens continuels dans la langue locale, loin de toutes techniques dÕentretien.

Les implications de G. C. sont :

a) sa nationalitŽ franaise et le fait quÕil soit un mŽtis nŽ au Vietnam dÕune femme mŽtisse et dÕun franais b) le fait quÕil est lˆ deux ans aprs la proclamation formelle de lÕindŽpendance du Vietnam), c) son mode dÕinsertion dans la sociŽtŽ (nationalitŽ, sexe, ‰ge РcÕest un jeune homme).

A la page 140, se pose la question, trop rarement ŽvoquŽe en analyse institutionnelle, du lien entre observation et intervention, du glissement entre le statut de lÕobservateur et celui de lÕintervenant. Le rapport entre observation et intervention se trouve notamment dans le fait que lÕobservateur affecte lÕobjet observŽ et rŽciproquement. Les interventions, au sens le plus actif, sont aussi des dispositifs dÕobservation.

Condominas intervient dans certains conflits. Par exemple ˆ propos dÕun inceste, il dŽfend la femme coupable : Ç CÕest alors que jÕintervins È[8]. Autres exemples dÕinterventions : pour Žviter la mort de quelquÕun et contre lÕexploitation des coolies dans les plantations.

 

J. Favret-Saada (et J. Contreras) ˆ propos du Bocage[9]

Dans lÕintroduction de ce texte de R. L., on sent combien le genre dÕŽcriture dont relvent tous les chapitres (sauf Ç LÕinquiŽtante intimitŽ du hors-texte È) est la note de lecture. Exemple de ce genre Ç compte rendu È ou Ç note critique È, ˆ propos de Les mots, la mort, les sorts : Ç CÕest un livre de facture assez classique È.

CÕest dÕailleurs, semble-tÕil , la principale activitŽ dÕŽcriture de R.L. entre 1981 et 1988, pŽriode dans laquelle il ne publie pas : il lit des journaux et carnets Ç de recherche È, prend des notes sur cette lecture et va finalement en retenir quelques uns (pas tous) avec lesquels il fait un livre. Le livre que voici est un ensemble de notes de lecture concernant toutes des Ç journaux È (Ç de recherche È au sens largeÉ) que Lourau lit pendant ces annŽes-lˆ.

En signalant que le journal de recherche de J. Favret-Saada, Corps pour corps a ŽtŽ publiŽ dix ans aprs la fin du travail de terrain, R.L. note au passage la diffŽrence entre le Ç journal de terrain È tenu pendant le travail de terrain et le Ç journal de recherche È, ce dernier est rŽdigŽ non sur le terrain mais ˆ la table de travail o sÕŽcrit aussi la recherche.

Mais alors pourquoi le titre gŽnŽral : Le journal de recherche quand plusieurs journaux (Leiris etcÉ) ont ŽtŽ Žcrits sur le terrain lˆ-bas, au jour le jour ? Le journal de J. Favret-Saada pose la question : Ç QuÕest-ce quÕune recherche sur le terrain? È et y rŽpond page par page, avec le quotidien du chercheur etcÉ Avec Ç la prŽoccupation dÕinventer une nouvelle mŽthode, un nouveau regard pour les sciences sociales. È

 

P. Bernoux, Daniel Motte et J. Saglio[10]

Il sÕagit dÕune enqute chez Berliet et chez Ugine Kuhlman (dans la rŽgion de Lyon), une des rares enqutes en sociologie du travail par observation participante. Cette mŽthode nÕa pas ŽtŽ retenue par lÕinstitution de la sociologie (du travail) et donc nÕa donnŽ lieu quÕˆ quelques illustrations plut™t rares ! (Bien quÕil y ait eu aussi, de Daniel MothŽ (Jacques Gautrat) Le journal dÕun ouvrier, 1959.)

Les trois auteurs de Trois ateliers dÕOS, Žcrivent : Ç Pendant toute la

 durŽe de lÕobservation (É), les chercheurs ont notŽ leurs observations constituant ainsi des journaux quotidiens dÕobservation. È R.L. cite un passage de Motte : Ç sur lÕimplication de lÕobservateur participant È. Et cet autre, dans Trois ateliers : Ç Loin dÕappara”tre comme un obstacle diriminant, lÕimplication de lÕenquteur a donc ŽtŽ recherchŽe. È

R.L. Žcrit page 160 : Ç Bien que les journaux ne soient pas, ˆ mon avis, essentiellement liŽs ˆ la mŽthode de lÕobservation participante, Bernoux, Motte et Saglio ont raison de souligner son adŽquation ˆ ce genre dÕinvestigation. È

 

J.P Goux dans le paysage industriel [11]

Ici, pas dÕobservation participante  puisque lÕenqute porte sur le passŽ dÕune rŽgion industrielle. Ce journal, qui a ŽtŽ tenu par lÕenquteur pendant un mois et demi est de 60 pages servant dÕouverture ˆ un livre de 450 pages.

DÕaprs R.L., Ç Le Journal se prŽsente comme une technique de recherche ˆ usage strictement personnel, dans la tradition du carnet de route prŽconisŽ par Mauss. È

Goux Žcrit : Ç Comment oserai-je dire ˆ quiconque ce qui mÕagresse ici et me violente ? È

Et encore : Ç  Oserai-je Žcrire de telles na•vetŽs si ce journal devait tre lu ? È

Finalement, J.Goux publie son journal comme si cÕŽtait un faux ! R.L. note ensuite Ç Autres angoisses (de Goux), portantcette fois sur le livre ˆ Žcrire, le livre en train de se faire ou de ne pas se faireÉ È HŽsitations quant ˆ la nature de lÕexposŽ final : Žcrire un livre dans les dŽlais ou bien un vŽritable roman ˆ laisser mžrir ?

Goux va remettre un rapport dÕenqute au commanditaire. Est-ce sur la base du journal ? Ç Je lÕignore. È Žcrit R.L.

 

Les femmes du C.E.R.F.I., sans les hommes[12]

Dans la revue Recherches, le C.E.R.F.I. expŽrimente une Žcriture parallle ˆ lÕŽcriture des rapports rŽpondant ˆ des commandes ministŽrielles. Ces publications de la revue visent ˆ dire Ç comment se fait la recherche È. Le texte que R.L. analyse est dŽterminŽ par un travail sur la gŽnŽalogie des Žquipements collectifs. Langage qui nous para”t aujourdÕhui trs ambigu et de ce fait presque illisible, tant le discours est torturŽ par deux motivations en rŽalitŽ contradictoires : rŽpondre ˆ des commandes Žtatiques, donc Ç se salir les mains È et maintenir haut et fort le fanion gauchiste ou post-gauchiste (nous sommes en 73)

LÕintervention de tuteurs, ˆ savoir FŽlix Guattari (directeur de C.E.R.F.I.), Gilles Deleuze et Michel Foucault, les Ç trois grosses ttes È, tous des hommes, qui se meuvent avec aisance (sinon entire bonne foi et clartŽ !) contribue ˆ renforcer cette impression permanente de clair-obscur.

Le texte que R.L. analyse nÕest pas un journal de recherche, au sens classique concernant cette forme de diarisme. Ici se mlent, dans ce climat aujourdÕhui oubliŽ de lÕaprs soixante huit, les analyses du Ç rapport libidinal È du chercheur ˆ lÕobjet (lÕhistoire, le marxisme) et de son activitŽ (travail en groupe, problmes de lÕŽthique militante, etc.)

Cette prŽsentation du numŽro est Ç zigzaguante È, cÕest le produit dÕune Ç toupie folle È qui tourne pendant trois mois (octobre ˆ dŽcembre 72)

Les militants trotskistes, marxistes, anarchistes, sont invitŽs ˆ lire ici le texte journal car Ç il renvoie È ˆ la mort du marxisme. Et dŽveloppe le postulat anti-marxiste selon lequel Ç toute pratique militante est dÕabord libidinale. È CÕest le temps de lÕanti-Îdipe, de lÕŽconomie libidinale et du numŽro de Recherches en prŽparation ˆ la mme pŽriode : Ç Trois milliard de pervers È.

R.L. rŽsume, chapitre par chapitre, les Ç interventions militantes È qui jalonnent lÕŽtude sur les Žquipements du pouvoir. Il souligne enfin quÕici, au C.E.R.F.I., la technique diariste est utilisŽe exclusivement par les femmes, ce qui en dit long sur les rŽsistances ˆ lÕanalyse de lÕimplication du cotŽ des hommes.

 

Edgar Morin : le livre quÕon Žcrit[13]

         R.L. commence par une revue de quelques ouvrages de E.M., de type autobiographique et diaristique comme Autocritique, Le vif du sujet, Journal de Californie

Au moment o Morin Žcrit ce Journal dÕun livre se faisant et qui portera le titre Pour sortir du vingtime sicle, R.L. tient (entre octobre 80 et janvier 81) le journal dÕun ouvrage en prŽparation quÕil va publiŽ sous le titre Le lapsus des intellectuels.

         Morin nÕa pas conu le Journal dÕun livre comme un journal intime mais comme un instrument de travail destinŽ ˆ la publication. Au passage, R.L. raconte comment, ayant utilisŽ, ˆ lÕuniversitŽ, dans un cours de ma”trise, ce livre de Morin, il provoqua une avalanche de rŽcits dÕŽtudiants sur les rapports de lÕŽcriture et de l Ždition sous forme dÕun flux dÕassociations libresÉ Ç SŽance de rve ŽveillŽ È

         Commence ensuite, comme toujours, la note de lecture : R.L. rŽsume le journal de Morin en le commentant : cÕest Ç le journal dÕune Ç course contre le montre È È, avec le harclement quasi-permanent de lÕŽditeur ( ou plus exactement de son reprŽsentant). Ç La course commence au dŽbut juillet 1980. È 

Puis le flou initial de lÕŽditeur se mue en certitude : Nathan est preneur  et Barreau, son reprŽsentant, exige dŽjˆ la quatrime de couverture.

Remise du manuscrit au premier dŽcembre mais Barreau suggre une remise en octobre si on veut vraiment sortir en janvier.

La commande de Barreau dŽclenche  le processus de ce journal. Ç DŽbut septembre, la pression de Barreau ne se rel‰che pas È: harclement toujours. CÕest une dimension essentielle de la relation Auteur-Editeur.

Septembre, le livre avance lentement. Dans le mme temps E.M. divorce, achte un appartement, nŽgocie des crŽdits, dŽmŽnage. Le 15 novembre 160 pages sont Žcrites. Il y  a aussi de nombreuses notations sur le Ç comment jÕŽcris ce livre È et sur les rapports ˆ lÕŽditeur, dont R.L. sÕest toujours occupŽ dans ses recherches  sur lÕimplication. Le rapport ˆ lÕinstitution Žditoriale a toujours ŽtŽ pour lui un problme central.

 

B . Comment RenŽ Lourau a-t-il produit ce livre ?

 

Quand R.L. a-t-il formŽ le projet d'Žcrire un livre sur le journal de recherche ? A-t'il un jour, ou a une pŽriode donnŽe, formŽ clairement ce projet en toute clartŽ, de telle sorte qu'il ne lui restait plus alors qu'ˆ se mettre au travail et ˆ rŽdiger les Žtudes - "les monos" - dont l'ensemble allait constituer l'ouvrage ?

On peut en douter, ˆ voir comment les choses se sont passŽes entre 1982 et 1988, - c'est le temps mis ˆ composer cet ouvrage et ˆ lire le journal de cette composition, - journal dont nous ne possŽdons que des fragments qui concernent la dernire phase d'Žcriture et d'organisaton dŽfinitive de l'ouvrage seulement (du 13 novembre 1986 au dimanche 9 aožt 1987) et qui sont publiŽs en fin dÕouvrage.

 

Dans l'un de ces fragments, rŽtrospectivement, R.L. semble fournir une indication importante : son intŽrt, depuis la rŽdaction et la soutenance de sa thse sur l'analyse institutionnelle, pour l'implication, l'a orientŽ vers la lecture des journaux d'anthropologues et d'une minoritŽ de sociologues, notamment. Restait alors ˆ choisir dans cette masse de matŽriaux.

 

Hors texte (1986) : premire version du journal de recherche

En 1986, quand il diffuse en nombre trs restreint (20 exemplaires, dont l'un est archivŽ au Laboratoire de recherches en analyse institutionnelle de Paris 8), une premire version de son livre de 88 (je dŽsignerai dŽsormais cette premire version par : HT 86 =Hors texte 86), il n'a pas encore vraiment choisi comme l'indique, p. 3, la note (+) qui accompagne la table des matires.

Il annonce en effet, dans cette note, qu'il y aura dans ce livre en prŽparation (H.T. 86), une seconde partie qui sera consacrŽe ˆ Ç d'autres formes de diarisme, des plus anciennes (journal de bord maritime, livre de raison, journal de voyage) aux plus rŽcentes (journal institutionnel expŽrimentŽ par RŽmi Hess, journal institutionnel collectif expŽrimentŽ par Patrick Boumard) ainsi que l'usage du journal dans la dŽmarche ethnomŽthodologique, de Castaneda ˆ Sam Combs et Georges Lapassade È.

Mais il n'a pas donnŽ suite ˆ ce projet.

 

1988 : deux nouvelles Žtudes

Par contre, en 1988 il ajoute aux "monos" (chapitres) de 1986 deux nouvelles Žtudes et deux seulement, l'une sur un journal de Wittgenstein, l'autre sur un journal de Ferenczi.

Nous avons, par les "fragments du journal de ce livre" qui figurent ˆ la fin de l'ouvrage dŽfinitif de 1988 (je le dŽsigne par : JR 88) des indications prŽcises sur la rŽdaction de la "mono" Wittgenstein". Je vais y revenir dans un instant.

Mais je voudrais d'abord relever quelques diffŽrences entre HT 86 et JR 88.

D'abord quant au regroupement des chapitres :

 

- en 1986, comme on peut le lire dans l'un des fragments du journal de JR 88, l'ordre est "chronologique" : d'abord Malinowski, bien que la publication de son journal ait ŽtŽ tardive (Lourau, d'ailleurs, commente longuement les avatars de cette publication), puis Margaret Mead, Gide, Leiris, Condominas, Jeanne Favret-Saada et JosŽe Contreiras, Philippe Bernoux etDominique Motte, les femmes du CERFI et Edgar Morin,

- le tout est suivi d'un post-scriptum (qui ne sera pas reproduit dans JR 88),

- ˆ cette liste s'ajoutent en 1988, je l'ai dŽjˆ mentionnŽ, Wittgenstein et FŽrenczi.

Mais, de plus, la disposition des chapitres n'est plus seulement chronologique. Elle est en mme temps thŽmatique (dŽjˆ cependant, dans HT 86, il y avait aussi un dŽbut de regroupement par thmes : par exemple, sous  "III- Journal intime et de terrain" Žtaient regroupŽs Gide et Leiris ; ils resteront ensemble dans JR 88 mais sous le titre: "3. Le journal de voyage dŽnonce le colonialisme".

 

L'Žtude sur Wittgenstein

On lit dans le Fragment du 13 novembre 1986 reproduit dans JR 88 : "Reu et lu le Journal secret de W."

On peut relever ensuite les Žtapes suivantes du travail sur W.:

Ç Dimanche 16 novembre 1986. Un journal de recherche sur W? Pourquoi pas? È

Ç Vendredi 2 janvier 1987. Envie forte de me mettre ˆ Žcrire sur W. È

Ç Samedi 3 janvier. TravaillŽ un peu sur W. È

Ç 12 fŽvrier 1987. Autre problme : vais-je Žvacuer mon journal de recherche sur W., que j'ai dactylographiŽ et que je voulais substituer ˆ une mono sur W.? Maintenant que j'Žcris une petite mono sur W... È

Ç Si j'opte pour la sŽrie de monos sans rien aprs, je peux ˆ la rigueur terminer sur le journal de recherche de W., qui est aussi le journal de recherche sur le livre en train de se terminer.

Laisser ici dŽborder un peu ce que j'ai ŽvacuŽ!

Manire artificielle de placer une "conclusion", ou une "postface " ? Pourquoi pas? È

On retrouve ici un aspect constant de ces Fragments : ˆ savoir qu'ils donnent ˆ lire presque page aprs page les problmes que Lourau se pose en terminant la construction de son livre : faut-il ajouter une conclusion - et c'est ce qu'il va faire - ou une postface, - non, il n'y aura pas de postface.. etc.

Ç 12 fŽvrier 1987. Rien que la justification du plan : chronologique dans la premire version (...). Chronologique brisŽ dans la deuxime version, si je mets W. ˆ la fin... È

"Sans cesse je me dis, ou dis ˆ voix haute: "W. attendra". Avec regret et... dŽlectation ".

Lourau n'Žcrit pas sur W. de manire systŽmatique, jour aprs jour. Il a bien d'autres occupations (notamment ˆ l'universitŽ, mais aussi chez lui, avec la maladie et la mort de sa chienne Guili, etc, etc) et aussi d'autres textes en cours. C'est ainsi que ce mme 12 fŽvrier il note : Ç hier j'ai Žcrit un commencement de texte fou, sur le dŽsir, la bisexualitŽ, la sŽduction... È

Ç Lundi 16 fŽvrier 1987 (É)

Ç TerminŽ aujourd'hui la mono sur W. Pas trs satisfait. È

Ç Finalement pas de citation de LautrŽamont dans la mono W. È

Ç Le paratexte me travaille. Le travail des titres, comme l'a ŽtudiŽ mon Žtudiant de 3e cycle Joseph Bofill, comme l'Žtudie GŽrard Genette. È

Ç Je suis frustrŽ de ne pas pouvoir placer, de renvoyer ˆ l'Žventuel second volume (Actes manquŽs de la recherche), des titres de longs et lents chapitres: lÕinquiŽtante intimitŽ", "Pour une thŽorie gŽnŽrale de l'implication". È

Suit une dŽclaration essentielle :

Ç Pourtant je sais (Žcrit R.L. en soulignant le mot) que, tel quel, ce recueil forme un livre. È

Comment le sait-il? Et, plus prŽcisŽment : pourquoi n'avait-il pas jusqu'ici cette certitude, ˆ savoir que ces chapitres Žcrits au cours de sept annŽes (1981-88), mis ensemble, donnaient finalement ˆ l'ouvrage en cours de rŽdaction une "identitŽ" spŽcifique, telle qu'il n'Žtait plus nŽcessaire de continuer, qu'on pouvait renoncer ˆ certains chapitres (sur les journaux de Paris 8 par exemple). Ils auraient ŽtŽ de trop Žtant donnŽe la dŽfinition de l'ouvrage qui avait fini par Žmerger du travail accompli pour le constituer...

Un jour, donc, Lourau dŽcide que l'ouvrage est enfin achevŽ.

Il dŽcid que telle sera son identitŽ, avec - seulement - l'ensemble des "monos" dont il vient de terminer la dernire (nous n'avons pas d'indications prŽcises sur cette"mono"-Ferenczi qui a elle aussi ŽtŽ Žcrite entre 1986 et 1987 comme semble l'indiquer, du moins, la comparaison entre HT 86 et JR88).

En outre, l'Žcrit sur "l'inquiŽtante intimitŽ" va finalement trouver place - la place d'une sorte d'introduction gŽnŽrale - dans l'ouvrage de 1988, mais pas le texte annoncŽ sous le titre "Pour une thŽorie gŽnŽrale de l'implication". O donc est passŽ ce texte ?

Le mercredi 25 fŽvrier 1987, Lourau se prŽoccupe de la couverture du livre, de ses Ç citations en tte de Malinowski È, et se plaint: Ç Personne avec qui discuter de tout a. Les rares personnes vaguement intŽressŽes me parlent de mon travail comme s'il s'agissait d'une fantaisie, d'une symphonie dodŽcaphonique pour la fanfare municipale de Rambouillet. È

 

Conclusion

Dans Implication/transduction, Lourau rapporte un propos d'Henri Lefebvre (dans un interview rŽalisŽe par Jean Duvignaud en 1959) :

Ç La forme de ce livre dŽconcertera sans doute plus d'un lecteur. De fait, je ne savais pas o j'allais en le commenant et si jamais un livre a suivi un chemin qui se construit soi-mme en avanant, c'est bien celui-lˆ. È

Lefebvre semble prŽsenter comme un peu exceptionnelle la gense de l'ouvrage dont il parle : pas d'idŽe claire, au dŽpart, de ce qu'il va dŽvelopper alors que pour une opinion assez courante, l'ouvrage qu'on Žcrit est probablement Žcrit ˆ partir d'un projet initial. Mais est-ce ainsi que cela se passe rŽellement? En rŽalitŽ, ceux qui Žcrivent et publient des livres fournissent parfois des indications permettant de dŽcrire la  construction chemin faisant dÕun livre en train de se faire...

C'est lˆ notamment, on vient de le voir, ce que nous proposent certains parmi les journaux dont Lourau a effectuŽ l'analyse ainsi que, surtout, son propre journal d'Žcriture...

Pour tenter d'Žtablir si c'Žtait chez lui une faon permanente de procŽder (mais il faudrait pouvoir disposer des nombreux journaux qu'il a tenus autour des livres qu'il prŽparait, et ces journaux, ˆ ce jour, ne sont pas publiŽs), - j'ai parcouru le journal d'Implication transduction publiŽ sous le titre Nipponites mirabilis. Et je n'y ai pas trouvŽ l'Žquivalent des Fragments de 1988.

On trouve, certes, dans Nipponites, beaucoup d'informations sur les rencontres de Lourau avec des chercheurs qui s'occupent, comme lui, de la transduction sur ses des lectures concernant ce mme problme, mais presque pas d'informations sur la manire dont il a construit son livre avec une succession de "variations", - problme que l'on pourrait formuler en termes de "textualisation" (j'emprunte ce terme ˆ  Robert Marty, que Lourau, toujours dans Nipponites, cite p. 142)...

Saint Denis, 9 aožt Ð 14 novembre 2001



[1]. Bronislaw Malinowski, Journal dÕethnographe, 1914, 1918, tr. Fr., Paris, Seuil, 1985.

 

[2].  Sandor Ferenczi, Journal clinique, tr. fr., Paris, Payot, 1985.

[3].  Ludwig Wittgenstein, Ç Diaris secrets È, Barcelone, Saber n¡5 et 6, 1985. Version originale (allemande) et tr. en catalan.

[4].  AndrŽ Gide, Voyage au Congo, (juillet 1925-fŽvrier 1926), Paris, Gallimard, 1927 ; Retour du Tchad, (fŽvrier 1926-mai 1926), Paris, Gallimard, 1928.

[5].  Michel Leiris, LÕAfrique fant™me, Paris, Gallimard, 1934.

[6]. Margaret Mead, Letters from the field, 1925-1975, 1977, tr.fr. Ecrits sur le vif, Paris, Deno‘l Gonthier, 1980.

[7]. Georges Condominas, Nous avons mangŽ la fort, Paris, Mercure de France, 1957.

[8]. Mme sÕil ne sÕagit pas dÕune intervention commandŽe mais dÕune intervention spontanŽe.

[9]. Jeanne Favret Saada et JosŽe Contrras, Corps pour corps, Enqute sur la sorcellerie dans le Bocage, Paris, Gallimard, 1981.

[10]. R.L. ne dispose que des journaux des deux premiers sociologues, communiquŽs par leurs auteurs. Ces journaux nÕont pas ŽtŽ publiŽs.

[11]. Jean-Paul Goux, MŽmoires de lÕenclave, Paris, Ed. Mazarine, 1986.

[12]. C.E.R.F.I., Ç Les Žquipements du pouvoir È, in Recherches, n¡13, 1973.

[13]. Edgar Morin, Journal dÕun livre, juillet 1980/avril 81, Paris, Inter Editions, 1981.