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De le sagesse (suite, 8)

Mort et renaissance dans la reliance éducative

samedi 3 juillet 2004, par René Barbier

Tout éducateur sait bien que la relation éducative est animée par un rythme où alternent mort et renaissance. Même si le pédagogue est centré sur la transmission du savoir stricto sensu, personne n’échappe à l’interrogation sur la relativité des savoirs même bien affirmés. Sans tomber dans un relativisme culturel des savoirs trop extrême, il convient de s’interroger sur des évidences qui ont caché des méconnaissances tragiques. Pour ne citer qu’un seul exemple, l’ablation chirurgicale des amygdales était courante dans les années soixante dès que nous avions des angines à répétition. On vient de reconnaître dans les années quatre-vingt dix que les amygdales jouent un rôle considérable dans l’équilibre émotionnel d’une personne (Joseph LeDoux, 1992, 1993).

Le propre de l’éducation c’est de mettre en doute ce qui va de soi. A commencer par le savoir, le savoir-faire et la savoir-être inculqués sans discussion. Je fonde ici mon argumentation sur une longue pratique pédagogique comme parent, formateur d’adultes et enseignant universitaire. Une méditation réflexive sur l’oeuvre de Krishnamurti (1985) depuis trente ans alimente le sens de mes propos. Il s’agit de mettre au jour ce que je nomme l’autoformation existentielle comme valeur-clé de l’éducation.

Qu’est-ce que se former du point de vue existentiel ?

Se former, c’est apprendre à mourir à son passé et à son avenir, apprendre à mourir au savoir et au savoir-faire déjà-là .

Se former, c’est apprendre à naître et découvrir un "savoir-être" en création permanente qui n’est plus - justement - un"savoir" mais une "connaissance" ; se former c’est apprendre à être dans un présent instantané qui tient compte de toute la complexité de l’existence. Cette réflexion forme la trame de ce que je nomme "l’autoformation existentielle".

La formation que je veux analyser ici est celle de l’autoformation. Elle doit être distinguée d’emblée d’une autre optique que j’appelle hétéroformation. Cette dernière est principalement le fait d’entrer en formation dans des institutions spécialisées (écoles, universités, centres d’apprentissage etc.) qui ont pour fonction d’inculquer un corpus théorique et pratique déjà constitué et qu’il s’agit de reproduire et de s’approprier. En général notre formation passe surtout par le truchement de cette hétéroformation. Elle est essentiellement une formation "diurne" (G. Pineau, Marie-Michèle, 1983) relativement codée, instituée, légitimée, et fait l’objet d’un partage, voire d’un clivage, entre les classes sociales, en fonction de l’héritage culturel et social reçu dans notre enfance. L’autoformation est beaucoup plus liée à notre propre devenir. Certes elle est en relation également avec une hétéroformation diurne sur laquelle elle s’articule volontiers, mais sans jamais s’y enfermer. L’autoformation est beaucoup plus du registre d’une formation "nocturne" - pour reprendre encore la distinction de G. Pineau. La formation "nocturne" est celle dans laquelle nous entrons souvent sans nous en apercevoir, dans des espaces et des temps qui ne sont pas institués spécifiquement comme devant être formatifs. C’est une formation instersticielle qui apparaît dans les marges de nos occupations éducatives légitimes. Ainsi, l’étudiant sortant de son université et allant discuter de tout et de rien avec des amis dans un café, comme le faisait le groupe de jeunes poètes autour de Jean Lescure, avec Gaston Bachelard, après les cours, participe à ce type de formation "nocturne". De même, le lycéen qui entre en conflit avec son entourage et en subit les à-coups affectifs mais également les enrichissements personnels en matière d’autonomisation, fait l’épreuve de cette formation "nocturne". Ce type de formation est de loin le plus important en quantité et en qualité, dans notre propre devenir existentiel. Mais parmi les éléments de cette formation, je qualifierai d’ "autoformation existentielle" ceux qui se rapportent plus explicitement aux grandes questions que l’homme se pose sur le sens de la vie. Ces questions ont fait l’objet de nombreux débats depuis le début de l’histoire de la pensée, mais elles restent toujours ouvertes et circonscrites en formulations symboliques et mythiques. Qu’est-ce que naître ? vivre ? aimer ? jouer ? travailler ? souffrir ? vieillir ? mourir ? Qu’est-ce que croire en un Absolu (Dieu, l’Histoire, etc) ? communiquer ? Qu’est-ce que le "je" et le "tu" (pour reprendre les expressions du philosophe Martin Buber) ? Qu’est-ce que "la société" ? Je fais l’hypothèse que personne ne nous forme à répondre à ces questions, mais que nous nous formons nous-même à la non-réponse où à la réponse dubitative. Ainsi l’écrivain Christian Bobin, dans son Éloge du rien (1990), est ramené à son enfance scolaire devant une demande d’un texte pour une revue. Que répondre, en effet, à la question : "qu’est ce qui donne du sens à votre vie ?". Il demande alors de supprimer le mot sens et la question devient "qu’est-ce qui vous donne votre vie ?". "La réponse cette fois-ci est aisée : tout. Tout ce qui n’est pas moi et m’éclaire. Tout ce que j’ignore et que j’attends... Ne rien attendre - sinon l’inattendu." (pp. 17-18). Une hétéroformation trop instituée dans ce domaine conduit presque toujours à une attitude personnelle normative ou, au contraire, réactionnellement contradictoire. La recherche du sens de la vie ne saurait résulter d’une éducation directive non questionnée.
Je n’emploie pas le terme d’ "autodidaxie" qui a fait l’objet de nombreux travaux de recherche. Christian Verrier a montré, dans une thèse récente, son intérêt heuristique (1997). Je préfère le terme d’autoformation. La notion d’autodidaxie me semble être trop connotée par une idée de projet éducatif, de programme qu’on se donne, d’espace et de temps ou de moyens appropriés. Même la définition proposée par la Québecoise Nicole A. Tremblay dans sa thèse sur l’ "autodidaxie" (1986), me paraît marquée par cette orientation fonctionnelle. Pour elle le projet autodidactique est une série d’épisodes interreliés durant lesquels la principale motivation de l’individu est d’acquérir des connaissances ou des habiletés ou de changer des attitudes. Ceci exige un effort délibéré et constant afin de satisfaire les besoins qu’il a lui-même identifiés et le but qu’il poursuit. Pour cela, il assume l’entière responsabilité du choix des contenus, des ressources et de la gestion de son projet ou peu s’en faut. Il y parvient hors des institutions éducatives ou sans agent éducatif. Pour moi, l’autoformation existentielle est plus aléatoire, plus "errante", moins soumise à un projet programmatique, plus ouverte sur l’improvisation dans l’acquisition des connaissances. Elle est, en quelque sorte, beaucoup plus engagée dans un projet libertaire de développement personnel, ce qui n’exclut pas, le cas échéant, l’effort persévérant et la rigueur d’un programme ponctuel, voire le passage, toujours éphémère, par une institution de formation spécifique. Elle est liée à ce que Zeno Bianu nomme l’ "insoumission de l’esprit" en parlant de la vie

Se former, c’est apprendre à mourir

La formulation est audacieuse, évidemment impossible ! mais à bien la considérer, n’est-elle pas d’une remarquable pertinence ? Les sciences contemporaines (de la vie, comme de l’astrophysique ou de la physique quantique) nous démontrent qu’à chaque instant quelque chose meurt, disparaît, dans ce qui était jusque là sous une forme déterminée, même si, d’un point de vue énergétique, rien ne se perd et rien ne se crée. Les sciences humaines nous ont appris, au XXe siècle, que "mêmes les civilisations sont mortelles" comme l’affirmait je crois assez tristement Paul Valéry. Se former, dans ce cas, n’est-ce pas se confronter à ce Principe de Réalité ultime ? Toutes les grandes civilisations n’ont pas répondu de la même façon à cette interpellation. La plupart ont cherché à fournir des lots de consolation plus ou moins subtile. Un regard rétrospectif sur l’histoire de la philosophie occidentale par rapport à la mort, nous permet d’évaluer à la fois le courage et l’intelligence de la fuite de nos penseurs depuis l’Antiquité sur ce problème insoluble (J. Choron, 1969). En vérité, toutes les cultures tentent d’insérer la mort dans un réseau symbolique et mythique qui émousse le tranchant de son omniprésence (pensons au "Livre des morts tibétains", au "livre des morts égyptiens", à la théorie hindoue de "l’Eternel Retour", à la croyance chrétienne de la résurrection des morts etc). Quelques unes, cependant, frôlent d’un peu plus près la radicalité du mourir (Bouddhisme Zen, Taoïsme originel, Stoïcisme grec, Marxisme non religieux, Existentialisme heideggerien et sartrien, Psychanalyse lacanienne). Jean Mouttapa (1996) a raison de nous mettre en garde contre une synthèse trop rapide des religions à ce sujet et contre des "oublis" historiques dérangeants. Sans tout rejeter a priori, la mode du "Nouvel Age", aux États-Unis, est trop souvent un moyen de refuser de vivre humainement, en fonction de sa propre culture, par le truchement de quelques détours fallacieux du côté des réincarnations orientales. Mais le culte des anges chez nous n’est pas mieux. Comment dans ces conditions assumer la formule "se former, c’est apprendre à mourir" ? Sans nier que le fond de la question reste le "savoir mourir" totalement en tant qu’entité biologique, affective, intellectuelle, culturelle, sociale et spirituelle, je cantonnerai mon analyse dans la dimension du "savoir mourir à son passé et à son avenir" en autoformation existentielle.

Savoir-mourir à son passé

Nous sommes des êtres emprisonnés dans les rets de notre passé, qui sont également ceux de nos parents, grands-parents et générations précédentes. Il suffit d’écouter cinq minutes une discussion libre pour s’apercevoir à quel point nous reproduisons des idées, des valeurs, des préjugés et des stéréotypes qui nous ont constitués dans notre enfance et que nous n’avons jamais remis en question. La sociologie française de l’éducation avec Pierre Bourdieu, notamment, a éclairé le dispositif sociologique qui nous conduit à reproduire ainsi des schèmes d’attitude et de comportements : c’est par l’habitus primaire puis secondaire que nous devenons, sans nous en apercevoir, les agents de la reproduction de l’ordre social et culturel. De même, la psychanalyse qui se refuse à devenir adaptative à un ordre immuable, met en relief les éléments de répétition inconsciente qui fixent nos scénarii de vie quotidienne dans une logique d’aliénation imperturbable. La conjonction de l’écoute sociologique de l’habitus et de l’écoute psychanalytique permet de mieux comprendre les raisons pour lesquelles nous n’arrivons pas à sortir de notre passé. Mon optique pour reconnaître l’influence du passé et pour s’en dégager est en prise avec le caractère irréductible de la pensée symbolique et mythique, dans une ligne théorique où Mircea Eliade et Carl Gustav Jung sont passés maîtres. On ne saurait se dégager que de ce qu’on a pu exprimer et reconnaître émotionnellement. C’est pourquoi tout travail d’élucidation s’appuie sur l’expression de sentiments et de fantasmes, de rêves et de lapsus ou d’actes manqués, comme de créations ludiques, écrites, verbales ou non-verbales. On reproche, à la sagesse radicale de Krishnamurti, sa ferme proposition de méditer pour "se libérer du connu", sans fournir les dispositifs techniques aux Occidentaux. Nous le comprenons, malgré tout, lorsque que nous replaçons son silence dans sa vision pénétrante du monde. Prajnanpad, également dans l’esprit de la sagesse de la non-dualité, mais sensibilisé à une écoute psychanalytique plus proche de nous, nous permet d’entrer plus habituellement dans la remise en cause de notre passé. Le Mouvement de Psychologie Humaniste et son prolongement dans les groupes dits du "Nouvel Age" depuis une vingtaine d’années, contribuent à leur manière très diversifiée, et parfois un peu sophistiquée et charlatanesque, à ce travail de libération du sujet humain à l’égard de son passé. L’autoformation existentielle passe par ce mourir à son passé après en avoir repéré les tenants et les aboutissants, les émotions cachées, les dérives dans le présent. Ce faisant, le sujet entre un peu plus dans la réalité, c’est-à-dire dans ce qui est, indépendamment de toute rationalisation ou fantasmatisation. Travail sans cesse inachevé et toujours imparfait, mourir à son passé demande une persévérance à toute épreuve, des rencontres et des occasions toujours problématiques. Mourir à son passé, c’est voir de près le système des conditionnements dans lequel nous sommes emprisonnés. Krishnamurti précisera : voir sereinement sans analyser. La seule façon de vivre une autre forme d’intelligence que celle qui fit florès à partir des années soixante avec l’idéologie du Quotient Intellectuel (Q.I.), c’est d’entrer pleinement dans l’émotion. Alors s’ouvre à nous le vécu des "intelligences multiples" (Howard Gardner, 1996) et de cette "intelligence émotionnelle" décrite par les chercheurs contemporains, dès les années quatre-vingt dix (Daniel Goleman, 1997). Les sociologues devraient graver, au fronton de leur bureau, cet aphorisme de René Char : "Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému".

Savoir-mourir à son avenir

Il ne suffit pas de savoir-mourir à son passé pour vivre ce qui est, il faut encore savoir-mourir à son avenir. Tâche presqu’impossible, ou pour le mieux paradoxale. En effet, l’être humain peut être défini avant tout comme un être vivant dont la trame symbolique de l’existence est, sans cesse, alimentée par un fond imaginaire. C’est le penseur Cornelius Castoriadis (1975) qui a sans doute élaboré cette problématique avec le maximum de pertinence. Si l’homme projette ses désirs dans un avenir meilleur, c’est qu’il est doté d’une "imagination radicale" ou capacité fondamentale d’évoquer, d’inventer, une toute première image à partir de rien. C’est parce que les hommes "voulaient la lune", comme le stigmatisait le dicton populaire pour limiter les désirs, que nous avons inventé les fusées spatiales et que des pas humains sont maintenant gravés sur le sol lunaire. Mais, comme le propose également C. Castoriadis, la société elle-même développe dans son historicité un "imaginaire social" doté de cette capacité de création permanente. Cet imaginaire social comme magma de significations imaginaires socio-historiques traversant les individus, les groupes sociaux et les organisations, s’inscrit dans des institutions qui, peu à peu, en fixent le caractère essentiellement mouvant et instituant. Si cette capacité d’imagination radicale au niveau individuel et si cette capacité d’imaginaire social existent, comme je le crois personnellement (Barbier, 1997), comment peut-on penser le "savoir-mourir à son avenir" ? Nous ne pouvons faire autrement que d’imaginer notre futur, tant individuellement que socialement. Il y a comme une impossibilité à éliminer cet imaginaire sans tuer la dynamique de l’être qui le porte. La notion "d’apathie" stoïcienne me semble aller dans ce sens d’une destruction psychique. Or, toute destruction psychique qui n’est pas compensée par une création n’est pas de l’ordre de la sagesse. Le "projet", comme élément vital de l’imagination radicale ou de l’imaginaire social, ne saurait être effacé dans une perspective d’autoformation existentielle qui affirme, cependant, le "savoir-mourir à son avenir". Pensée paradoxale qui maintient deux éléments contradictoires et inconciliables dans une même structure. Il faut dès lors imaginer le "projet", non comme projection linéaire sur un avenir problématique, dont le "programme" devient vite la seule réalité visible, mais plutôt comme une formation permanente et instantanée dotée d’un certain sens ( direction, cohérence et sensorialité). Le sens n’est pas donné a priori, il est beaucoup plus construit par le sujet en interaction et reconnu a posteriori. Le projet est un marqueur de sens. Le "projet-visée", cher à Jacques Ardoino (1984) dans cette perspective, n’est pas une vaste fresque frangée d’incertitude que l’homme dessine sur le monde des phénomènes après en avoir établi le schème dans sa tête. Le "projet-visée" est le jet continu de l’imaginaire dans sa radicalité, qui prend corps en s’inscrivant dans une réalité humaine où il trouve son sens interrelationnel, d’instant en instant, de reformulations en reformulations. Si l’autoformation existentielle passe par le savoir-mourir à son avenir, c’est que tout autre conception du projet-visée aboutit, par sa nécessaire programmation, à la cimentation dans le système défini une fois pour toutes. Dans ce cas l’institution totale n’est pas loin, avec son cortège d’idéologies rationalisantes et d’ombres gardiennes menaçantes. On sait le nombre de militants qui sont ainsi devenus des militaires de leur organisation. Un militant qui oublie que son organisation est destinée à disparaître est déjà dans la ligne de l’aliénation. Utiliser son imagination radicale et bâtir son avenir, c’est monter une à une les marches du présent tout en construisant, du même coup, l’escalier imprévu. Ce qui est dans le fond de l’imaginaire, alimentant le projet-visée, c’est la possibilité vivante de construire l’escalier et l’image même d’un escalier avant que les hommes en aient fabriqué un, avant qu’il soit une partie du "réel". Image poétique, qui ne dit jamais ce qui est d’avance mais qui détermine les contours dans l’acte même de la création. Le projet est moins "visée" que "visant" un retour incessant à sa source imaginaire. Ce qui s’en inscrit dans la réalité ne sont jamais que des retombées soumises à la finitude prochaine et aux injonctions de l’univers culturel arbitraire qui l’accueille. Ce que l’on nomme "réalisation" est cela même : l’espace d’un manque inéluctable, d’un irréductible "décalage". Savoir-mourir à son avenir constitue l’assomption de ce manque radical jusqu’à cette zone d’immobilité tranquille où le silence est une onde de compassion.

Mourir au savoir et au savoir-faire

C’est la conséquence sur le plan cognitif des réflexions précédentes. Le savoir acquis, non négligeable certes, n’est jamais un moyen d’accéder à la connaissance de soi. Il enferme dans des assurances d’autant plus fermes qu’elles sont portées par des arguments d’autorité.
J’ai eu plusieurs fois à vivre la fin de vie d’une personne aimée. Mon savoir dans ce domaine, résultat d’une élaboration théorique et d’une expérientialité directe, ne m’est jamais d’aucun secours face à l’imprévu d’une mort nouvelle. C’est toujours à recommencer. Personne ne peut me faire comprendre a priori le bouleversement de mon être lorsqu’une personne aimée meurt dans mes bras en cinq minutes. Je dois faire face à la réalité et accepter de frôler la folie. Mon savoir anthropologique ou psychanalytique est sans importance à ce moment. Plus tard, sans doute, m’en servirai-je pour rationaliser mon comportement, nuancer mes émotions. Pour l’heure je suis sans dessus-dessous, en proie à une émotion terrible à vivre. La "maîtrise de soi", si chère aux philosophes, doit être revue à cet égard. Car c’est par l’émergence de cette émotion même que je peux me connaître un peu plus et avancer vers un point d’être plus serein. Par l’expérience de cette mort présente je m’arrime à l’infini de la vie. Toute mort est un non-sens pour le non-croyant. Cependant, c’est au coeur de ce non-sens radical, qu’aucune raison ni aucune image ne viennent recouvrir, que je trouve un sens qui est création ontologique.
C’est la signification d’un aphorisme involontaire créé par ma fille âgée alors de quatre ans au bord de la mer, en Bretagne. L’océan s’était retiré très loin sur la plage et ma fille de s’étonner : "Regarde papa, il n’y a plus d’eau dans la mer". Je fus immédiatement saisi par une sorte d’insight, de compréhension métaphysique de ces propos émerveillés d’une enfant devant le dynamisme de la nature. Ce fait remonte à vingt ans mais cet aphorisme m’est revenu souvent devant les corps sans vie de mes proches : une voix me disait "regarde, il n’y a plus de vie dans la Vie". Oui je constatais la mort dans sa radicalité : un corps, quelques minutes avant encore chaud et une personne pleine de projet ; maintenant un cadavre et une personne disparue à tout jamais. Une personne que je ne reverrai jamais plus comme dit Jankélévitch. Une personne qui, cependant, ne me quittera pas, resplendissante dans sa présence symbolique au coeur des mille et un reflets de la Vie même. Je suis ainsi peuplé de présences invisibles que je rends visibles dans le miroir d’une feuille morte, d’une vague sur la plage, d’un rire d’enfant ou du cri d’un supplicié. Il ne s’agit pas de réincarnation ni de ressurection dans l’éphémère. Sans doute, ce qui vient appartient beaucoup plus au registre mythopoétique d’une attention à ce qui est. Simplement une présence totale au monde de la relation naturelle et sociale.

Se former, c’est apprendre à naître

Se former c’est également mourir au "savoir-être" car le "savoir" est toujours du "déjà-connu" et l’ "être" est un processus de naissances instantanées. Il s’agit, en vérité, de connaissance de soi.

Naître ! a-t-on jamais réfléchi à ce mystère insondable ? "Qu’est-ce que naître - interroge Bernard This - est-ce sortir du ventre maternel ? On peut respirer à l’air libre et n’être pas encore né ? eh oui ! le cordon ombilical fut tranché, mais l’enfant est resté dans l’orbe, dans le monde du désir maternel, si le "Nom du Père" n’est pas venu se dire entre l’enfant et sa mère pour interdire la confusion originelle" (1978, pp.167-168).

Apprendre à naître dans l’autoformation existentielle constitue une oeuvre de longue haleine. C’est d’abord revenir sur son passé et savoir en faire le deuil, sans en perdre pour autant ce qui nous constitue, mais c’est surtout apprendre à vivre d’une façon permanente trois dimensions essentielles de la naissance : l’entrée dans la parole humaine, l’irruption dans un monde totalement inconnu et l’inéluctable relation à l’autre.

Entrer dans la parole

Dans toute naissance humaine, le cri du nouveau-né est "primal" (Arthur Janov). Sans ce cri, l’enfant ne saurait vivre puisqu’il exprime émotionnellement l’entrée de l’air dans les poumons. Ainsi le petit de l’homme est avant tout un "être-qui-crie", comme l’exprime le magnifique tableau de Munch (le cri), un être chez lequel l’émotion est inhérente à la survie et au monde des significations. A partir de ce moment, le cri signifiera pour l’homme une émotion intense, de plaisir, de souffrance. Apprivoiser son cri - ce cri originel - c’est l’essence même de la culture. Certains psychothérapeutes ne s’y sont pas trompés. Par l’entrée dans le champ symbolique (et par le truchement de la fonction paternelle), l’enfant va métamorphoser ce cri en révoltes, en poèmes, en discours rationalisants, en romans, en projets. Au fond de chaque grande oeuvre, il y a ce cri des origines, qui indique le passage d’un monde à l’autre. Toute sa vie l’homme cherchera à "entrer dans sa parole", c’est-à-dire à tenter de sublimer totalement le bouleversement ontologique subi à la naissance. Tentative à jamais inachevée, excepté dans cet imaginaire leurrant de ce que Georges Lapassade nomme "l’adulte étalon" dans sa thèse sur l’entrée dans la vie (1969). Trouver sa voix , c’est fonder sa voie, "cheminer vers soi" comme l’écrit Christine Josso (1991). Entre la parole reconnue et son cheminement il y a un rapport de simultanéité et de réciprocité. Jamais mieux que dans la parole poétique, nous ressentons cet accord intrinsèque entre deux univers. On ne peut dissocier l’oeuvre poétique et l’existentialité d’un poète contemporain (songeons à René Char ou à Pierre Réverdy). Apprendre à naître devient alors la modulation infinie et permanente de cette symbolique du cri. Une reconnaissance, dans sa vie quotidienne, de cette trace qui nous permet de devenir un "parlêtre" comme disait Jacques Lacan.

Découvrir un monde inconnu

La naissance représente également l’irruption soudaine dans un monde inconnu. Songeons à ce prodigieux changement qui s’opère à cet instant. Tout l’environnement est bouleversé. Tout devient autre, le plus souvent dans la violence, pourtant non nécessaire. Il a fallu des années avant que les médecins commencent à penser que l’enfant n’était pas un être insensible aux conditions mêmes de la naissance. Des pionniers comme Frédéric Leboyer, Michel Odent, Bernard This, etc., ont défriché la voie vers "la naissance sans violence". Notre problématique d’autoformation existentielle à affaire avec ce moment exceptionnel de la naissance. Se former, dans cette optique, c’est apprendre à émerger dans de nouveaux mondes de sensations, d’ émotions, de pensées, de valeurs, de symboles. Ne plus avoir peur de changer de système de référence et d’appartenance. S’ouvrir à l’Autre radicalement dans sa dimension d’inconnaissable. Ne plus subir le changement mais accepter ce qui vient comme étant le différent intégral. Cet état d’esprit constitue le fondement même de la sécurité ontologique : une confiance dans la vie imprévisible jusqu’au tout dernier moment du mourir, comme l’ont manifesté Françoise Dolto, Gregory Bateson ou Jacob Lévi Moréno, d’une manière admirable, à l’ultime moment. On imagine facilement ce que cette disposition fondamentale d’ouverture peut avoir comme conséquence dans le domaine éducatif. Un rapide coup d’oeil lucide sur l’état des lieux de formation nous apprendra, tout aussi facilement, à quel point nous sommes loin de cette reconnaissance pourtant nécessaire dans l’autoformation existentielle.

L’inéluctable relation à autrui

Nous sommes dès l’origine, pour notre survie, complètement dépendants du rapport à l’autre. Certes, déjà cette liaison vitale existe dès la vie intra-utérine. Après tout, la mère peut dès les premières semaines, mettre fin à notre existence fragile. Elle peut même être conditionnée socialement à notre élimination, comme en Inde où les foetus de sexe féminin sont trop souvent avortés dès leur constatation à l’échographie. Mais au bout de quelques mois il n’en va plus de même. Le risque est trop grand pour la mère elle-même. Nous sommes bien accrochés à la vie par l’intermédiaire du ventre maternel. Nous dépendons d’elle comme elle dépend de nous. Mais au moment de la naissance, de nouveau nous voilà complètement dépendants d’autrui, de l’environnement. Que personne ne s’occupe de nous et nous mourrons inexorablement au bout de quelque temps. Ainsi nous apprenons que la relation à l’autre, la solidarité humaine, est un fait fondamental de notre survie. L’autoformation existentielle nous l’apprend à chaque instant de notre vie. Je me souviens de cette réflexion lors d’un voyage en avion un peu mouvementé du fait des circonstances atmosphériques. J’ai pensé alors que ma vie ne tenait qu’à toute une suite de gestes, de regards, de contrôles sur les organes de l’avion, depuis la construction de la carlingue, en passant par le moteur, la conduite vigilante de l’appareil par l’équipage et jusqu’à l’explication du fonctionnement du masque à oxygène par l’hôtesse de l’air. Cette conception de la solidarité originaire nous fait prendre conscience de l’unité du genre humain dans tous ses aspects économiques, sociaux, culturels, politiques. Unité dans la diversité mais unité d’abord avec sa nécessaire coopération internationale. Unité sans cesse mise à mal comme pour le génocide, la famine et l’épidémie de choléra au Rwanda. Les catastrophes écologiques ponctuelles et les destructions thermonucléaires de la dernière Guerre Mondiale nous obligent à penser notre monde en terme de solidarité collective liée à l’unité du genre humain. L’éducation débouche nécessairement sur l’écologie (Bertrand, Valois, Jutras, 1997). L’autoformation existentielle reconnaît ce facteur et l’intègre totalement dans son projet de vie, de commencement en commencement.

- Se former, c’est apprendre àvivre dans un présent instantané

Le terme final de l’autoformation existentielle se manifeste par une conscience vigilante que toute existence se situe dans une réalité présente qu’il s’agit de vivre dans toute sa complexité. Comme nous l’avons déjà vu, cela ne signifie pas qu’il n’y a aucun projet de vie mais que ce dernier se tisse au jour le jour. De même, le passé n’est pas refoulé mais intégré dans sa dimension structurante pour la personne.
Vivre dans le présent consiste à se dire lucidement : "voilà ce qui est, ici et maintenant", en distinguant dans ce qui nous émeut l’émotion du sentiment. L’émotion nous fait pleurer ou rire pour un rien, sans que nous sachions d’où vient ce flux d’affects. Nous ne sommes jamais en paix avec nous-mêmes, toujours surpris par l’émotion. Notre état psychique est en zigzag. Un jour nous sommes "bien" et le lendemain nous sommes "mal". Nous cherchons à travers ces vagues émotionnelles une stabilité qui fuit sans cesse. Le sentiment est une conscience affective de notre unité avec la réalité de nos perceptions. C’est une sorte de compréhension intuitivo-affective envers tout ce qui est, en particulier envers tout ce qui vit. Il faut parler véritablement de "postulat empathique" comme le propose Jacques Cosnier dans son étude sur les émotions (1994). En regardant le film de Claude Lanzmann "Shoah", je me sens moi-même un de ces enfants, un de ces vieillards qui marchent vers leur supplice sous les coups et les sarcasmes des bourreaux nazis. Dans la description de l’horreur de la situation dans telle chambre à gaz, je m’imagine immédiatement dans le lieu, avec les autres, dans le noir, la panique, l’effroyable. Je ressens complètement le sentiment de l’horrible, des larmes mêmes coulent sur mon visage et pourtant je reste parfaitement calme, comme je l’ai été au moment de la mort de mon père lorsque j’ai compris soudainement le sens profond de la relation symbolique avec un être aimé, au delà du temps et de l’espace. Le sentiment, c’est l’émotion relue et passée au tamis du symbolique, lorsque l’individu devient de plus en plus un être parlant avec soi-même, avec d’autres, avec le monde. Le sentiment le plus élaboré - l’amour ou la compassion - est la Voie d’accomplissement personnel par excellence dans toutes les grandes traditions spirituelles de l’humanité. Vivre dans le présent nous conduit à vivre selon cette voie essentielle. C’est "la voie du coeur" d’Arnaud Desjardins et des sagesses millénaires qui se déploie dans l’immobilité tranquille. J’ai nommé "écoute sensible" l’aptitude à vivre et écouter/observer au niveau de ce sentiment le plus haut (Barbier, 1997).


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KRISHNAMURTI Jiddu, (1985) , L’éveil de l’intelligence, Paris, Stock, Sur cet auteur voir Mary Lutyens, (1993), Vie et mort de Krsihnamurti, Amrita ; Louis Nduwumwami, (1991), Krishnamurti et l’éducation, Monaco, Éditions du Rocher. Voir aussi René Barbier (1997) et le Groupe de Recherche sur l’Enseignement de Krishnamurti que je dirige en Sciences de l’éducation à l’Université Paris 8 (http://www.barbier-rd.nom.fr)
LAPASSADE G., (1963), L’entrée dans la vie. Essai sur l’inachèvement de l’homme, Paris, UGE, 10/18, réédité chez Anthropos 1996.
LEBOYER F., (1975), Naissance sans violence, Paris, Seuil.
LeDOUX Joseph, Emotional Memory System in the Brain, in Behavioral and Brain Research , 58, 1993 ; Emotions Memory and the Brain, in Scientific American, juin 1994 ; Emotions and the Limbic System Concept in Concepts in neuroscience, 2, 1992
MOUTTAPA J. (1996), Dieu et la révolution du dialogue. L’ère des échanges entre les religions, Paris, Albin Michel.
PINEAU G., MARIE-MICHELE, (1983), Produire sa vie : autoformation et autobiographie, Paris, Edilig, et les Editions coopératives Albert Saint-Martin de Montréal.
SUMANGAL PRANASH, (1986), L’expérience de l’unité, dialogues avec Svami Prajnanpad, Paris, l’Originel.
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TREMBLAY N., (1986), Apprendre en situation d’autodidaxie, Presses Universiatiares de Montréal.
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Messages

  • Cher maître,
    Je suis étran-ger, et tr et ange = être+ange, cette association d’idées.
    Comment mourir face au projet politique, face aux calculs politiciens générés par des médias, qui véhicuent partout l’uniformité du discours de la haine et du mépris.
    Je commence à devenir plus étranger à cette France qu’on j’ai aimé.
    Et pourtant, je sais pertinemment que pendant les grandes crises toutes les sociétés cherchent toujours à trouver le coupable : l’être-ranger dans les cases des préjugués.
    Je sais aussi, par mon expérience, l’expérience de l’être tout seul dans une terre hostile : quand on a ni amis ni famille, ni patrie.
    Quand on espère d’être ailleurs, sans le grand silence du non sens de ce qui nous entourent de la glace et des blocs de solitudes.
    Apprendre quoi : que je suis seul et que je vais partir un jour.
    Que je vis avec une personne plutôt j’accompagne une personne triste et qui ne connaît pas le bonheur ou qu’on ne peut pas la rendre heureuse. Comme le démontre le roman "On achève bien les chevaux", à la fin du récit où l’amant tue sa maitresse, parce qu’il ne supporte pas sa souffrance et son désarroi face à ce monde de folie qui a besoin de sagesses.
    Apprendre ce chemin : qui est pour moi le traverser : de l’errance à la cohérence.
    Apprendre à dire les petites vérités face aux grands mensonges et les grandes vérités du discours d’une guerre juste ou d’une lutte anti , anti etc.
    Apprendre à saisir sa vérité là je crois réside l’essentiel.
    Faisant le point-virgule de quoi , d’un non projet des précarités et des insécurités instituées volontiers par les institutions pour maintenir les indiviuds à l’écart du vrai, pour leurs faire oublier l’esentiel : l’amour réel de l’autre qu’on ne connaît, qui nous a rien fait de mal, l’autre peut être qui nous aime, simplement parce qu’on est autre et le même à la fois.
    Cette 2005 marquée par les grisales, des brulûres, des pertes, mais aussi de moments de sourires, de rayons de soleil. et tous ça fait la vie mais aussi apprendre ce qu’est la vie sans soucis, sans défis, sans projets ou-est-ce du déjà vu ou du déjà entendu quelques parts et qu’on est piégé par les répétitions des choses de l’histoire, les choses du sens du non sens.
    dès fois, je me dis peut être qu’on vit à côté des choses, mais pas avec les choses, qu’on est avec des personnes. Mais chacun est dans sa case et son lot de solitude et du faire semblant.
    Je souhaite une bonne année et à très bientôt.
    Cordialement
    Nouari

    • être ange !!!Nous sommes des êtres sociaux:meuh...par la peur de commettre le sacrilège de la subverstion des pouvoirs de tous poils. Il est alors dans la logique de retourner par lacheté l’arme contre soi et se flageller à coup de perfectionnements individuels. Les élites dominantes n’ont pas de cette sorte d’état d’âme et pour cause, ils ne doivent bien souvent leur réussite qu’à la "résilience" forcenée qui les anime. C’est à cette condition que notre socièté malade récompense ceux pour qui la réussite est 1 question de vie ou de mort psychique pitoyable. Le chalenge des "prêt à tout". Quand on sait la masse d’opposants qu’il faut pour écarter quelques élites indigentes, nos démocraties sont bien malades et tantpis si je me trompe mais n’écartons pas l’idée d’une révolution salutaire.

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