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Le Centre de soi-même

dimanche 26 mars 2017, par René Barbier

Depuis mon enfance je sens en moi un minuscule soleil qui ne demande qu’à se déployer.
Il est devenu plus conscient durant mon adolescence et les premiers pas de l’âge adulte.

Ce déploiement comme une graine qui appelle son arbre, m’a souvent évité de sombrer dans des dérives où me conduisait ma vie aventureuse.
Ce n’est que beaucoup plus tard qu’il est devenu plus élucidé, au contact avec les péripéties de la vie, avec ses souffrances et ses joies, ses attachements et ses pertes.

Ce qui se déploie ainsi en permanence, je le nomme le Centre, bien qu’il ne possède aucun nom.
Toute nomination est un mirage. Ce Centre au cœur de chaque être vivant est ressenti sans pouvoir être compris et encore moins expliqué. Il est Vide de plénitude. Le lieu des énergies de la matière et de la vie. Ce qui génère l’expression de tous nos gestes, nos pensées, nos images, nos affects. Affleurement du monde extérieur dans nos sensations et transpositions, interprétations par le jeu dynamique et complexe de nos neurones.
Ce centre pleinement reconnu est lieu de l’amour et de la compassion chez le vivant humain.

Une absolue incompréhension de ce qui s’est déployé depuis l’origine du vivant. Il ne peut être défini par aucun concept et il n’est ni substance ni non substance, ni être ni non-être. Une étrangeté radicale complètement singulière au fond de chaque être humain.

Pendant longtemps il n’apparaît que de façon imprévue et sporadique, par surprise bouleversante. Avec le temps il s’apaise et étend ses effets comme un grand lac tranquille.
Il est connaissance de soi, donc des autres et du monde. Il impose une vision de reliance avec tous les existants, sans séparation possible, mais non sans distinction relative.

Avant de devenir immobilité tranquille il émerge soudainement source jaillissante. Mais toujours la source demeure à l’embouchure. Même à la fin apparente d’une vie, le déploiement du Centre, rose rouge dans l’air du large, devient encore rose des sables, en voie vers d’autres déploiements minuscules et grandioses.

Dans cette dynamique de l’énergie l’être implié se découvre non-sujet déplié. Flux de forces multipliées, interactives, interdépendantes, sans cause et sans finalité. Le Centre fomente sans cesse la personne, cet individu tellement inséré dans le flux du monde qu’il n’y a plus personne à nommer.

Le Centre est le Rien mais le contraire du néant qui n’existe pas, comme le paradis ou l’enfer, mythes mensongers gardiens de la puissance accaparée. Il est Profondeur qui découvre dans l’imaginaire à la fois ses limites et son ouverture. Le Centre nous fait faire un saut quantique d’un niveau de réalité à un autre toujours neuf. Il improvise notre existence dans un présent instantané.

Pour lui passé et futur sont des fruits pourrissants ou des chrysalides qui attendent leur essor de papillon. L’être humain du Centre n’est coupable de rien mais responsable de tout. Il invente l’éthique singulière sous la morale collective.
L’action juste est la preuve de sa centralité comme la tendresse celle de sa vraie compréhension.
Le Centre de soi-même suscite nos interprétations et notre action permanentes dans notre monde. http://sousesprit.com/le-mensonge-dans-lequel-nous-vivons/


Illustration Souffle de lumière, 2002, de Madame Bang Hai Ja (voir ce magnifique recueil Les mille monts de lune. Poèmes de Corée, présentés par Charles Juliet, calligraphie de Bang Hai Ja, traduction Sunmi Kim, Les carnets du calligraphe, Albin Michel, 2003)