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La colère

mardi 14 mars 2017, par René Barbier

Qui ne connaît pas la colère un jour ou l’autre ? Celle qui vient d’une frustration ou encore d’une injustice et que l’on estime impossible à assumer.
Une envie de violence monte alors dans la gorge par la parole ou dans les poings.
La colère peut-elle être froide et apparemment sans violence ?
Il s’agit d’une illusion liée au refoulement ou à la répression pulsionnelle.
La colère demeure là, tapie dans le miroir des sens.
Elle réapparaîtra soudain avec une violence accrue, comme on le voit chez les citoyens de pays qui pratiquent la non-violence d’Etat.
La colère est inhérente à la condition humaine dans la mesure où voulant persévérer dans son être l’individu se trouve toujours face à des impossibilités.
L’obstacle est alors combattu, anéanti, rejeté ou dénié.
La colère surgira toujours si la jouissance est refusée à l’individu ou à ses proches. Lorsque les croyances collectives emprisonnent l’individu, ce dernier peut aller jusqu’à risquer sa propre vie au nom du nationalisme ou de la religion.
Certaines valeurs deviennent alors absolues et annihilent toutes les autres.
La vérité qui est lucidité radicale passe à la trappe.
Avec la colère l’individu se donne une plus grande importance.
Il est celui qui réagit, qui ne se laisse pas faire, qui justifie qu’il est au monde.
Il présente toujours de bonnes raisons pour exprimer sa violence.
La colère entretenue collectivement s’ouvre sur l’hostilité à l’égard des autres et à la guerre entre les peuples.
Les causes en sont toujours masquées ou opaques. L’Histoire plus tard en révélera peut-être la vérité par le jeu dissimulé des intérêts de puissances et de clans parties prenantes.
Mais peut-il y avoir une guerre juste ? Une colère qui ne serait pas à évincer ?
Le concept de guerre juste n’a pas d’autres réalités que son idée fausse.
Jamais une guerre n’est susceptible d’être juste. Jamais la colère avec sa violence ne permet de comprendre ses causes.
Mais la non violence qui est prônée est souvent elle-même une simple poudre aux yeux de l’idéologie.
Vivre la non violence radicale implique un changement total d’identité.
On va de l’identité blindée vers une identité volatile.
L’Identité blindée est celle qui nous est inculquée par l’éducation et par les injonctions sociales diverses. L’ identité volatile surgit lorsque l’individu est devenu une personne complètement inscrite dans le cours des choses., dans le grand jeu monde.
Le sage tend à être de cette nature. Qu’est devenue sa colère ?
Le Christ ne s’est-il pas mis en colère devant les marchands du temple ?
Gandhi n’a-t-il pas transformé ou sublimé sa colère dans la non-violence et la désobéissance civile ?
Shri Aurobindo s’est extrait de la violence révolutionnaire en prison pour devenir le sage de La Vie Divine.
Etty Hillsum n’a jamais touché les confins de la haine même dans les pires atrocités concentrationnaires.

Le sage n’élimine jamais le désir. Il en prend conscience d’une manière non intellectuelle.
Ouvert à la disponibilité à l’égard de ce qui advient, ses frustrations sont réduites à la portion congrue.
Lorsque l’hostilité ou la colère surviennent il les sent et les voit monter dans son être.
Cela suffit souvent à les faire disparaître car il prend conscience qu’il n’y a pas de différence entre lui et sa colère.

Ce n’est pas avec un sentiment de colère qu’il refuse l’injustice mais par l’émergence de l’amour.
L’amour n’a pas de contraire comme l’affirmait très justement Krishnamurti. La colère de la haine n’a rien à voir, même a contrario, avec l’amour.
L’amour est l’espace-temps transfiguré dans le coeur. Ouverture à jamais neuve et jamais fermeture. L’amour dissout l’esprit du guerrier dans la reliance. Le nationalisme dans l’ignorance. Dans le désir il trace un sillon fertile.
Dès qu’autrui commence à "m’échauffer les oreilles" ne devrait-on pas se dire que cet autrui n’est qu’une autre face de moi-même et sourire ?