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Le ciel, la terre et la personne

vendredi 12 août 2016, par René Barbier

Le ciel, la terre et la Personne

Depuis 50 ans, je suis influencé par les sagesses chinoises.
Les deux premières sagesses en Chine sont le taoïsme et le confucianisme. Le bouddhisme Chan est venu plus tard.
Dans ces sagesses, s’articulent trois éléments essentiels. Le ciel, la terre et l’Homme.

Je reprends cette classification dans la présente réflexion.
Je ne prétends pas que ce que je vais dire représente vraiment la sagesse chinoise. C’est plutôt ma façon de la comprendre en fonction de mon insertion dans la culture française.
Ces éléments me parlent pour un équilibre radical du devenir humain.

1- Le ciel

Le ciel n’est pas à comprendre avec la représentation idéalisée du christianisme. Le ciel ici, en fonction de la tradition chinoise, représente ce dans quoi toute vie est englobée.

Il pourrait être comparé au Kosmos des anciens Grecs.
Il signifie pour moi avant tout ce que je nomme le Réel-Monde. Je l’envisage imaginairement comme une énergie fondamentale susceptible de se matérialiser tout en restant parfaitement d’une origine, d’une fin et d’une nature inconnues.

Je traduis actuellement cette conception par la formule d’Einstein à laquelle j’ajoute un point d’interrogation : E=MC2 ?
Rien ne nous empêche de croire qu’un jour la vitesse de la lumière ne sera plus un absolu. Et surtout on sait maintenant avec la démonstration d’Alain Aspect du laboratoire d’Orsay, dans les années 80, que deux particules semblent être reliées quelle que soit leur distance. Reliées par quoi et comment ? Tout cela demeure un mystère.

Il nous concerne puisque nous en faisons partie. Nous sommes constitués dans notre corps et nos pensées par le ciel qui n’a ni commencement ni fin. Il est au-delà de l’espace et du temps. Il est surtout impossible à concevoir pour nous.

Nous pouvons ressentir par intuition que nous appartenons à ce Réel-Monde. Mais nous ne pouvons le nommer, toute nomination est restrictive et incomplète par rapport à sa profondeur.
Il agence notre vie individuelle et nos vie collectives. Il ne faut pas l’envisager comme une substance mais plutôt comme un champ dynamique de relations. Création et disparition permanente de formes éphémères qui se donnent à voir pour un temps.

Il n’est pas l’expression d’un dieu créateur. Sa transcendance est intramondaine dans notre univers de sens. Elle surgit de notre recherche intérieure. Nous pouvons toujours par le langage tenter de l’exprimer. Le philosophe le souhaite par l’intermédiaire des concepts. Mais c’est sans doute par la méditation sans objet que nous approchons ce qu’on pourrait appeler sa nature. Ce type de méditation est la forme la plus subtile de ce qu’on appelle aujourd’hui la pleine conscience. Des auteurs comme Krishnamurti ou comme Eckhart Tolle expriment cette réalité. L’attention vigilante est l’exercice spirituel qui ouvre la possibilité de comprendre le ciel conçu de cette façon.

2- la terre

C’est ce que nous avons sous nos pieds. Sans elle pas de stabilité. Notre espace-terre s’inscrit pour chacun dans un champ déterminé. Nous sommes de tel pays, de telle région, de telle ville, de telles quartier, voire de telle maison.
Sans elle, nous ne pouvons pas nous nommer. Notre identification passe par la reconnaissance de notre place sur la terre, et dans un premier temps sur un coin de terre.

Il nous faudra beaucoup de réflexion et de méditation pour nous dégager de ce territoire réduit. Certains, et ils sont nombreux, ne le pourront jamais et resteront des nationalistes, des défenseurs de pré-carré, des porte-drapeaux qui ne permettent pas la compréhension de l’être humain dans sa totalité.
Mais la Terre comme planète fait partie du ciel. Tout être humain un peu conscient le sait et s’interroge. La Terre fait partie du système solaire, qui lui-même fait partie de notre galaxie, qui elle-même fait partie de milliards de galaxies, le tout en mouvement permanent vers le Rien déjà là depuis toujours.

Assis sous notre pied, la terre nous dit quelque chose de l’infini que nous portons.

La Terre ainsi comprend le ciel et le ciel comprend la Terre.
Vivre sur Terre, c’est nécessairement penser le ciel. Penser le ciel, c’est nécessairement penser l’immanence terrestre.

3- la personne

C’est le rôle de la personne de concevoir et de vivre cet entre-deux, entre le ciel et la Terre.

La personne n’est pas simplement l’individu enfermé dans son ipséité. La personne est l’être humain réalisé comme masque déconstruit.
Contrairement à la mythologie chrétienne, la personne n’est pas l’expression d’une création divine déchue et responsable. Elle est cet individu qui reconnaît sa place dans l’entre-deux.

Une place de reliaison. Ni complètement le ciel, ni complètement la terre.
Mais sans la personne, ciel et terre n’auraient aucune consistance symbolique.
C’est la personne qui fait naître le ciel comme la terre à partir d’un imaginaire, pour le faire voir et entendre sur le plan symbolique.

Scientifique, philosophe, artiste et poète, expriment par leur langage spécifique, cette nécessité expressive.

La personne comme entre deux, est avant tout relation.
Elle est moins une substance qu’un flux.

Sous cet angle, la personne est cet individu inséré complètement dans le cours du monde de telle sorte que chez lui, il n’y a plus personne à nommer.
Pourtant, dans son regard du côté de la terre, la personne a le sens de la naissance et de la mort. Elle est portée par le tragique.

Du côté du ciel, elle a le sens de l’infini et de l’éternité.

La personne est ainsi à la fois champ de reliance et forme distinguée en tant qu’élément spécifique. Elle n’échappe pas au désespoir de toutes destinées en voie de finitude, et, en même temps, à la béatitude de tout être qui s’immerge dans la totalité dynamique de l’univers.

La personne est cet être qui porte la mort à bout de bras et qui s’envole avec elle comme par l’effet d’une montgolfière.