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Des nouilles aux haricots noirs de Lee Hey-Jun

lundi 1er août 2016, par René Barbier

Ce film m’a ému.

Je connais bien l’âme coréenne et l’extrême détresse possible des habitants de ce pays. Je connais leur histoire tragique sous la domination de l’étranger pendant si longtemps. Le sentiment de Han si marqué encore chez les moins jeunes.

Je sais leur désir d’unité personnelle, humaine et nationale, notamment entre les deux Corées. J’ai bien analysé le jeu fourbe des grandes puissances et surtout des Etats-Unis depuis Bush dans le blocage à toute évolution à cet égard.

Des nouilles aux haricots noirs

jeudi 28 juillet à 23h50 (110 min)

ARTE+7

110 min

Film sur la solitude croisée de deux naufragés de la vie

On y retrouve toute la puissance du sentiment han coréen
L’expression intense mais sécrète de l’émotion, le sens pragmatique de la survie,

la rencontre impossible, l’extrême détresse, le rêve d’une autre vie et de l’attente, la marginalité, la peur, l’espoir désespéré, le jeu avec la mort et les virtualités modernes, les silences, le peu de mots pour communiquer, le sens ontologique de la nourriture.

DES NOUILLES AUX HARICOTS NOIRS

jeudi 28 juillet à 23h50 (110 min)

La rencontre improbable de deux naufragés de la vie en plein coeur de Séoul... D’abord prétexte à de nombreux gags et à des situations loufoques, le film se transforme peu à peu en une comédie romantique touchante et Incapable de rembourser un emprunt conséquent, un homme décide de mettre fin à ses jours en se jetant du haut d’un pont qui enjambe le fleuve Han. Mais M. Kim se manque et se réveille sur une petite île déserte... en plein Séoul. Un bout de terre qui semble impossible à quitter. Le naufragé tente alors tant bien que mal de survivre et de retrouver goût à la vie. À quelques centaines de mètres de cette île, une jeune femme vit cloîtrée dans sa chambre, volets fermés, depuis trois ans. Son passe-temps : photographier la lune. Un beau jour, son oeil tombe par hasard sur le naufragé. Elle l’observe pendant de nombreuses semaines et, malgré sa peur panique, réussit à s’évader de sa chambre pour le contacter au moyen d’une bouteille lancée dans le fleuve.

Entre rire et larmes

Quand le Robinson Crusoé coréen croise une hikikomori - du nom de ces jeunes vivant reclus chez leurs parents. Des nouilles aux haricots noirs est avant tout une rencontre invraisemblable, presque absurde, entre deux types de marginaux. L’un est exclu par la société, rejeté par sa compagne et grandement endetté ; l’autre s’est isolée et n’a pour seule réalité que la virtualité du Web. D’abord prétexte à de nombreux gags et à des situations loufoques, le film se transforme peu à peu en une comédie romantique touchante et maîtrisée, digne des standards sud-coréens.
* émotion, insolite, Corée du Sud, île déserte, rencontre

DÉTAILS

TÉLÉFILM
*
* Origine : ARTE F

* Pays : Corée du Sud

* Année : 2009

* Disponible en direct : oui

* Son : Stereo
* Image : HD, 16/9
* Version : VM
* Arte+7 : 28.07-05.08.2016
* Générique


Voir l’article, Le HAN : d’après une histoire d’une femme coréenne qui vient de mourir

"Le sentiment du han pourrait presque à lui seul symboliser le peuple coréen tant il imprègne avec profondeur la conscience populaire de ce pays. Han est un mot d’origine sino-coréenne ( :idea : à l’aide Myeong) qui est d’autant plus difficile à traduire tant que les langues orientales ont une capacité de rendre les émotions bien plus grandes que nos langues occidentales. On peut dire en simplifiant qu’il s’agit d’un mélange de regret, de rancoeur, d’amertume, et même de nostalgie que l’on ressent après des sacrifices ou des efforts non récompensés, des attentes déçues ou encore des rêves évanouis. Bien que le sentiment coréen du han présente des similitudes avec le spleen français popularisé par Baudelaire, il s’agit tout de même d’un sentiment d’une nature fondamentalement différente. Le han est un sentiment d’amertume qui n’est pas violent, et pas nécessairement l’expression du désespoir mais plutôt d’une douce révolte contre la fatalité et l’impuissance. Cette impression si naturellement ressentie en Corée s’exprime encore aujourd’hui dans l’art populaire, les chansons et le cinéma coréens. On retrouve aussi ce han chez les poêtes de Chosôn qui pleurent sur l’infortune de leur vie d’exil et dans la chanson traditionelle Arirang qui en est comme la quintessence. Ce sentiment typiquement coréen que l’on sent fusé dans chaque feuilleton télévisé, dans tous les soupirs des ajuma et l’air résigné mais digne des ajoshi, résume bien les vicissitudes du peuple coréen et son "pathos" unique. Le han est par conséquent un sentiment proprement historique.
On ne peut comprendre vraiment ce sentiment de han sans se pencher sur l’histoire particulièrement tragique de la Corée, une péninsule coincé entre le continent chinois et l’ile japonaise. Depuis sa fondation lointaine, la Corée a subi 934 invasions, mais les plus éprouvantes ont été celles du Japon dans l’histoire récente du pays. Ainsi, c’est au XIX ème siècle que ce sentiment du han prend véritablement racine dans l’âme coréenne. L’assassinat de la reine Ming par les services secrets japonais en 1895 est vécu par les coréenz comme le plus terrible des drames nationaux, car cette femme était adorée par son peuple. Cet assassinat est le prélude de la terrible annexion de la Corée par le Japon entre 1905 et 1945. Pendant ces 40 ans d’occupation japonaise le peuple coréen subi des sévices physiques et des humiliations morales horribles. Le Japon oblige la Corée à adopter la langue japonaise, à se convertir au shintoïsme et à adorer l’Empereur. Mais le pire réside certainement dans la prostitution forcée de nombreuses femmes coréennes au "service" des soldats japonais. Quand on connait le sens de l’honneur et la pudeur des femmes d’Asie, on imagine la profondeur du traumatisme engendré par une telle exaction. D’ailleurs, le han est un sentiment plus spécifiquement féminin que masculin, car dans l’histoire de la Corée, ce sont les femmes qui ont probablement le plus souffert. La très belle histoire de Chunyang, une jeune femme qui se sacrifie pour son père aveugle afin qu’il recouvre la vue est emblématique de ce sentiment de han plus typiquement féminin. Ce sentiment de han est certainement aussi pour beaucoup dans le génie artistique exceptionnel du peuple coréen, un peu comme s’il avait su sublimer sa mélancolie dans des créations absolument originales à l’image d’un cinéma qui n’arrête pas d’étonner ? "
Jean Luc Berlet

*Source : http://www.accordphilo.com/article-4679596.html