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Djihâdisme, COP21 et imaginaire social

jeudi 19 novembre 2015, par René Barbier

"La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil" (René Char)

À la fin du mois de novembre début décembre 2015, des dizaines de chefs d’État et de gouvernement vont se réunir à Paris pour tenter de trouver un accord afin de limiter à 2° C le réchauffement climatique d’ici à la fin du XXIe siècle.

La réunion va se tenir dans une atmosphère de tension et de risque évidents depuis la barbarie de la tuerie du vendredi 13 décembre à Paris et à Saint-Denis.

Malgré le déploiement actuel sans précédent des forces de police, de gendarmerie et de soldats dans toute la France rien n’empêche qu’une peur ne gagne les populations civiles.

Les libertés publiques sont considérablement réduites par la mise en place du régime d’état d’urgence. Les risques psychosociaux également par la généralisation du port d’arme en privè de tous les policiers nationaux et municipaux.

Cette peur engendre la tendance à désigner une victime émissaire qui peut être un groupe humain ou un système symbolique comme une religion.
Il est clair que cette division haineuse possible entre des communautés différentes est la stratégie de Daech en France.
Cette stratégie nous la voyons et nous pouvons la nommer, donc la combattre.

Une autre stratégie existe aussi, indépendante de la première, mais sans doute complémentaire.

Il s’agit de celle des industries multinationales agroalimentaires ou pharmaceutiques comme également celle de groupes pétroliers d’ampleur internationale qui cherchent, par tous les moyens à limiter les possibilités de la COP 21 de trouver des solutions efficaces à la pollution et à la dégradation généralisées de notre planète.

Paradoxalement la première cherche à promouvoir la peur et la seconde à la réduire dans l’illusion de risques réels.
Les deux stratégies se conjuguent sans le savoir dans l’élaboration d’un imaginaire social commun.
Rappelons que l’imaginaire social suivant Cornelius Castoriadis est un magma de significations sociales inconscientes produit par une société au cours de son histoire sans qu’il se réduise à des représentations individuelles ou de groupes.

C’est à la production de cet imaginaire spécifique autour de la peur que nous assistons.

Dans le premier cas, l’islamisme radical joue à plein sur cette production pour monter deux communautés l’une contre l’autre, la musulmane et la chrétienne (ou républicaine), en vue de déclencher une guerre civile.

Dans le second cas la dénégation des risques écologiques soutenue par de pseudo-scientifiques à la solde des grands groupes pétroliers ou autres, constitue une action de lobbying explicite dans les médias et les couloirs des instances des organisations européennes de Bruxelles.

L’islamisme radical est, on le sait, financé en grande partie par les seconds, dans les pays du Golfe. Il le fut lors de sa constitution contemporaine par la décision du gouvernement des Etats-Unis après les attentats de septembre 2001 avec les présidents Bush, en inventant une théorie de la dissimulation d’armes de destructions massives par Sadam Hussein. Les nations européennes furent entraînées inconsidérément dans la guerre sous prétexte d’humanisme mais en réalité avant tout de défense d’intérêts privés (vente d’armes, achat de pétrole) qui cherchaient à préserver l’alliance avec la bourgeoisie compradore aristocratique dans ces pays.

Daech n’a que faire de l’écologie démocratique. C’est un totalitarisme comme en parle Hannah Arendt. Il veut enfermer l’ensemble du monde dans son univers lié à la pulsion de mort.

Les acteurs des multinationales agro-alimentaires et pétrolières fonctionnent également à la pulsion de mort. Sur ce point ils se rejoignent.

Avoir la lucidité de comprendre l’imaginaire social qui se joue à travers leurs jeux destructeurs est une nécessité à l’époque actuelle pour tous les citoyens libres du monde.