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Un jour, une danse, ou de l’intime

vendredi 17 mai 2013, par René Barbier

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à Brindille

Il y a des moments dans la vie où, tout à coup, la rencontre nous saute au visage.
Le plus énigmatique de ce que je suis passe dans un autre visage et la réciproque est semblable.

Rencontre de deux êtres humains, mais aussi entre deux vivants, un vivant et un paysage, une personne et une oeuvre

L’intime de déroule d’être en être, d’espace en espace, de symbole en symbole.

Tout se joue dans l’entre deux. Une dialogique qui est plus qu’une dialectique.

L’autre devient moi-même et je suis au coeur de son être. Mais qui est "je" et qui est l’"autre" à cet instant ensoleillé ? Peut-on nommer une substance, un "être" lorsque seule vit la relation qui s’écoule comme une huile douce ?

Elle et moi nous échangeons nos vies le temps d’un regard, d’un geste furtif, d’un sourire à peine esquissé. Pourtant un espace-temps inconnu surgit à ce juste moment. Un parfum d’existence, un continuum de présence partagée. Nous ne sommes plus d’ici (terre de soucis), nous ne sommes plus d’ailleurs (terre d’espérance) : nous sommes entre-nous pour un entre-tien dans une effervescence tranquille. Tout devient et rien n’arrive. Seule l’éclatante joie de la présence qui signe notre éternité dans l’affirmation de notre être mortel.

Le philosophe qui consent à se pencher sur cette épreuve de réalité découvre des pans de la réalité inconnus à sa mémoire.

L’esthète fait la véritable connaissance d’une oeuvre picturale au point d’en pleurer en silence. Sur une montagne par l’oeuvre, au dessus des nuages, il contemple peut-être son abîme intérieur ?

Le mélomane entre pour la première fois de sa vie dans la messe en ut mineur de Mozart et s’approfondit.

Le poète trouve soudainement l’image qui jamais ne vint éclore sur ses lèvres et surgit dans l’Ouvert de Rainer-Maria Rilke.

Magie de la rencontre impromptue, jamais recherchée, jamais conservée, simplement vécue dans l’intensité d’une existence reconquise l’espace d’une éclaircie joyeuse.

Ecoutez ce passage poétique lié à ce moment de vérité vécu récemment


Mozart - Grande Messe en ut mineur - Harnoncourt

François Jullien, De l’intime. loin du bruyant amour, Paris, Grasset, 2013, 250 pages

Illustration : "double", dessin électronique, René Barbier, 2013

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