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APRES LA CÉRÉMONIE (pour Michel Debeauvais, alias Crancé sous la Résistance)

lundi 24 juin 2013, par René Barbier

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Gaston Mialaret (95 ans) et Guy Berger au CNAM lors de l’hommage à Michel Debeauvais

Une séance d’hommage

Le 15 juin, au CNAM, l’Association des Enseignants et des Chercheurs en Sciences de l’Éducation a organisé un hommage poignant et chaleureux à Michel Debeauvais, décédé en décembre 2012.

Comme beaucoup d’autres collègues, j’ai pris la parole avec émotion pour dire l’importance de cet intellectuel engagé que fut le créateur du département des Sciences de l’éducation de l’université Paris 8 où j’ai passé presque quarante ans de ma vie.

Ecoutez l’exposé

En souvenir, après l’incinération de Michel Debeauvais au Père Lachaise

Après la cérémonie j’ai raccompagné lentement mon vieux professeur et ami Jacques Ardoino vers son appartement à quelques centaines de mètres du Père Lachaise. À 85 ans, il était bien fatigué.

J’étais encore sous le coup de l’émotion après avoir entendu tous ces témoignages autour de la vie exceptionnelle de Michel Debeauvais.

Du temps où j’étais professeur en Sciences de l’éducation à l’université Paris 8, je ne connaissais pas tous ces détails de l’existence engagée de Michel Debeauvais.
Je savais que c’était un homme de gauche, un juste et un collègue d’une grande ouverture d’esprit. Un homme qui m’avait donné plusieurs livres en anglais autour de Shri Aurobindo parce qu’il savait que je m’intéressais à l’Inde et à la pensée asiatique.

Mais ces témoignages et la lecture du fascicule sur son histoire de vie m’ont renvoyé, tout à coup, dans la propre histoire de ma famille.

- Vers moi-même tout d’abord lorsque vers 16 ans encore lycéen, j’ai fait un pélerinage avec ma classe au camp de concentration de Buchenwald. Je me souviens de la minute de silence - une éclaircie dans ma conscience - qui m’a fait entrer pour toujours dans la conscience politique de construire avec d’autres un "vivre ensemble" digne de l’être humain réconcilié.

- De mon jeune beau-frère ; André Brier, fusillé à 23 ans dans les fossés du Mont-Valérien comme lieutenant FTP du Réseau Alsace-Lorraine.

- De ma soeur, sa toute jeune épouse et mère, devenue folle pendant six mois.

- De ma grand-mère marchande de quatre saisons arrêtée par les Nazis pour obliger ma tante, sa fille, du même réseau de résistance, à se livrer. Elle sera déportée, elle aussi, à Ravensbrück pendant plusieurs années et en réchappera par miracle.

Une plongée dans mon histoire familiale si présente et gravée dans ma mémoire alors que je n’avais à l’époque que quelques années.

Si je suis devenu sociologue et éducateur, poète aussi, c’est sans doute par l’effet de cet inconscient porté par l’injustice et la révolte, la nécessité de lutter pour ne jamais accepter l’écrasement de l’homme par l’homme quelle que soit l’idéologie en cours. Michel Debeauvais portait au pinacle ce sens de la vie. Je me souviens qu’il ne voulait rien savoir de mon envie de le faire venir en Chine lorsque j’avais réalisé une convention avec une grande université de Beijing dans les années quatre-vingt dix. Il refusait toute connivence, même lointaine par universitaires interposés, avec les politiciens chinois liés aux victimes de la place Tian’ anmen.

Adieu donc Michel. Sache que tous les matins, lorsque je ferai ma promenade méditative dans ce lieu ombragé près de chez moi, je penserai à toi et à ton existence responsable dans laquelle je reconnais également celles des hommes engagés de ta génération qui demeurent mes maîtres de vie : Stéphane Hessel, Edgar Morin, Gilbert Durand, René Char.

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