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"Le pont Mirabeau" dit par Serge Reggiani

vendredi 2 novembre 2012, par René Barbier

J’ai toujours aimé la voix chaude et le talent de Serge Reggiani (1922-2004) qui nous a quitté il y a déjà longtemps

Serge Reggiani fait partie comme Yves Montand de cette génération d’italiens immigrés en France dans la première moitié du siècle.

Issu d’une famille italienne modeste (son père était associé coiffeur, sa mère ouvrière) et antifasciste. En 1938 il reçoit le 1er prix de comédie avant de s’inscrire en 1939 au Conservatoire national d’art dramatique. Il eut cinq enfants.

Il était pour moi, depuis son rôle d’ouvrier dans "Casque d’or" (1952) avec la grande Simone Signoret, l’exemple d’un homme du peuple droit comme un peuplier. Sa vie ne fut pas exempte de dérives et de drames, notamment du côté de l’alcool.

En juillet 1980, son fils Stephan se suicide dans leur maison de Mougins. Ce décès marque pour le jeune homme de 33 ans la fin d’un parcours difficile. Serge Reggiani, violemment marqué par cet événement, va dès lors laisser un peu la chanson de côté. L’album qui sort cette année-là est encore consacré à ses pères, les poètes Jean Cocteau et Charles Baudelaire.

En 1989, sort un superbe album, "Reggiani 89", dans lequel chaque chanson fait le portrait d’un personnage célèbre pour lequel Serge Reggiani a une admiration particulière. Tous les textes sont signés par Claude Lemesle et évoquent des artistes du passé (Adèle Hugo, Camille Claudel, Molière), des artistes du XXème siècle qui ont traversé la vie de Reggiani (Pablo Picasso, Charlie Chaplin) ou des proches du chanteur, en particulier Noëlle Adam, compagne de Reggiani depuis une vingtaine d’années.

Deux ans plus tard, sort l’album "Reggiani 91". Reggiani, qui a arrêté la boisson suite à de très sérieux problèmes de santé, reprend goût à la vie après des années 80 difficiles.

Il se produit sur de nombreuses scènes : le Palais des Congrès, les Francofolies, l’Olympia. Il sort un album par an dont "70 balais", puis un tous les deux ans. Il exerce ses dons comme peintre et expose ses œuvres.

En 1991, son fils Simon, réalisateur, lui offre le premier rôle de son film "Soutien de famille". Serge Reggiani a transmis à ses enfants sa sensibilité et son talent puisque tous pratiquent un métier artistique. Carine est auteur-compositeur, Célia est musicienne, Simon est metteur en scène et Maria est monteuse.

Même son petit-fils, Nicolas, le fils de Stéphan, est devenu chanteur et reprend le répertoire de son père.

L’année de ses 80 ans, c’est toute une frange de la chanson française qui rend hommage à l’artiste à travers un disque qui paraît le 2 décembre 2002 : "Autour de Serge Reggiani". Des nomsaussi différents que Patrick Bruel, Bernard Lavilliers("La Java des bombes atomiques"),Magyd Cherfi de Zebda ("Le Déserteur"), Renaud ("Le Petit garçon"), Benabar, Sanseverino, Jane Birkin, le Belge Arno ou Enrico Macias ("Ma liberté")reprennent chacun un des titresdu chanteur. Cet album est réalisé par Jean-Pierre Mad

Serge Reggiani vécut jusqu’à 82 ans et fut pleinement reconnu de son vivant comme acteur et comme chanteur. Vous trouverez surle site "Spotify" que je recommande l’ensemble de ses chansons.

Il m’arrive souvent de m’arrêter sur la tombe du poète Guillaume Apollinaire au cimetière du Père-Lachaise lors de mes pérégrinations matinales. J’associe presque toujours le poète et le chanteur dans ma méditation.

image 327 x 448

Alors ce petit souvenir, un poème de Guillaume Apollinaire dit par le comédien qui aimait si fort la poésie.

Le Pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Et nos amours

Faut-il qu’il m’en souvienne

La joie venait toujours après la peine


Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face

Tandis que sous

Le pont de nos bras passe

Des éternels regards l’onde si lasse


Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante

L’amour s’en va

Comme la vie est lente

Et comme l’Espérance est violente


Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines

Ni temps passé

Ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine


Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

http://www.toutelapoesie.com/poemes/apollinaire/le_pont_mirabeau.htm

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