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Synthèse d’un Colloque sur Krishnamurti

jeudi 13 octobre 2011, par René Barbier

Il y a de cela 16 ans, en 1995, j’organisais une rencontre universitaire à l’université Paris 8 pour le centième anniversaire de la naissance de Jiddu Krishnamurti. En France les événements de ce type consacrés à cet important éducateur ne se sont comptés que sur les doigts d’une seule main, et encore !

Aujourd’hui, Krishnamurti possède un rayon complet à la FNAC et est cité même chez des philosophes renommés comme André Comte-Sponville. Madame Giusi Lumaré vient de soutenir une thèse sur la spiritualité laïque en Italie sous ma direction dans laquelle la pensée de Krishnamurti est centrale (octobre 2011).

C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de rééditer cette introduction et cette synthèse de la manifestation intellectuelle. Les internautes intéressés pourront trouver sur le site de CRISE et sur celui du GREK, la plupart des interventions proposées durant ce colloque
http://www.barbier-rd.nom.fr/accueilCRISE2.html. Pour le GREK http://www.barbier-rd.nom.fr/GREK98.html

Discours d’ouverture et synthèse du symposium "Krishnamurti et l’éducation à la fin du XXème siècle" 29-30 mai 1995, université Paris 8 (Vincennes à Saint-Denis), CRISE

par René Barbier, Directeur du département des Sciences de l’éducation.
(voir l’ensemble du colloque sur CALAMEO en format e-book)

Juin 1996

Lundi 29 mai à l’amphi X

9 h accueil des participants

9 h 30 à 10 h

présentation du symposium et de l’Association culturelle Krishnamurti

René Barbier

Jean-Michel Maroger

10 h à 11 h

conférence d’ouverture

Krishnamurti et l’éducation à la fin

du XXème siècle

Yvon Achard

11 h à 12 h

Krishnamurti, la violence et l’éducation

Louis Nduwumwami

déjeuner libre * de 12 h à 13 h 30

L’après-midi

13 h 30 à 14 h 30

Krishnamurti et la vision pénétrante

Gabriel Sala

14 h 30 à 15 h 30

Krishnamurti et l’esprit de comparaison

René Barbier

pause

16 h à 17 h

Krishnamurti et le conseil

Alexandre Lhotellier

17 h à 19 h

présentation du film

Challenge of Change d’Evelyne Blau

discuté et animé par Yvon Achard

Mardi 3O mai à l’amphi X

9 h 30 à 10 h 30

Krishnamurti et Carl Rogers

André de Peretti

10 h 30 à 11 h 30

Krishnamurti et l’éducation créatrice

Arno Stern

pause

12 h à 13 h

Les écoles et la pédagogie dans la ligne de Krishnamurti

Pascal Duval

Gisèle Balleys

déjeuner libre * de 13 h à 14 h 30

L’après-midi

14 h 30 à 15 h 30

Krishnamurti et la pensée logique

Jean-Louis Dewez

15 h 30 à 16 h 30

Krishnamurti et l’âme amérindienne

Pascal Galvani

17 h à 18 h

synthèse du symposium

par René Barbier

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Chers Collègues,

Je suis heureux et fier, non pour moi-même mais pour la communauté intellectuelle des Sciences de l’éducation et particulièrement pour notre université, d’ouvrir aujourd’hui ce symposium international consacré à Krishnamurti et l’éducation à la fin du XX ème siècle.

Je suis heureux parce que l’enseignement de Krishnamurti, qui s’étale sur plus de soixante dix ans, en plein XX ème siècle, représente à mes yeux un des plus précieux apports de ce qu’on l’on peut appeler "le sens de l’éducation" pour l’homme d’aujourd’hui. Cet enseignement s’inscrit dans une philosophie de l’éducation dont nous avons besoin de toute urgence, tant est grande la méconnaissance de ce qu’est la liberté dans le domaine de la connaissance de soi et du monde. A l’esprit sectaire, aux impérialismes des croyances et à l’adhésion irrationnelle à tous les gourous, Krishnamurti répond catégoriquement non ! Rien ne saurait être valable en suivant ces chemins de tous les disciples, de tous les fanatismes, de tous les intégrismes. La vérité est un pays sans chemin et elle ne donne pas la croyance mais la compréhension.

Je suis fier pour mon université qui reste en cela d’avant-garde, de nous avoir permis de parler autour de Krishnamurti à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance en mai 1895. Peu d’universités en Europe ne l’ont fait à ma connaissance, alors que Krishnamurti est à l’éducation ce qu’est Freud à la psychologie. On évalue la plénitude d’une civilisation à la reconnaissance qu’elle accorde aux êtres qui ont porté un peu plus loin son espoir et l’ élucidation qu’elle peut avoir d’elle même. Krishnamurti nous rappelle sans cesse que cette élucidation passe d’abord par celle de l’être humain dans sa singularité. Nous en aurons des exemples nombreux au cours des conférences qui vont suivre.

Il ne s’agit aucunement dans ce symposium d’un panégyrique de Krishnamurti. Il était contre tout éloge et contre toute dévotion. Par contre il recommandait le doute primordial et l’expérientialité personnelle dans l’acte de connaissance.

Nous avons choisi de "retentir", au sens Bachelardien, à l’éducation selon Krishnamurti à partir de nos conceptions éducatives issues des sciences de l’homme et de la société, de la philosophie et de l’art. C’est une discussion qu’il n’aurait sans doute pas négligée car il aimait s’entretenir avec des chercheurs de toutes disciplines.

D’emblée ce matin nous aborderons la thématique centrale de Krishnamurti avec Messieurs Yvon Achard et Louis Nduwumwami qui ont, tous les deux, écrits des ouvrages clés pour saisir la vision du monde de Krishnamurti dans son rapport au langage et à l’éducation.

Cet après midi nous nous centrerons sur la dimension plus psychologique de l’approche de Krishnamurti avec Messieurs Gabriel Sala, Alexandre Lhotellier et moi-même.

A 17 heures nous pourrons visionner un film de Madame Évelyne Blau sur la vie de Krishnamurti et en discuter.

Demain matin, c’est la dimension relationnelle et créatrice, en rapport avec la pédagogie concrète dans les écoles placées sous son obédience, qui sera explorée par Madame et Messieurs Gisèle Balleys, Pascal Duval, André de Peretti et Arno Stern.

Mardi après midi nous revisiterons la vision du monde de Krishnamurti en la confrontant à la pensée logique d’un côté et à l’âme des indiens d’Amérique de l’autre avec Messieurs Jean-Louis Dewez et Pascal Galvani.

Nous terminerons ce symposium par une brève synthèse des lignes de force extraites des conférences et des discussions qui se dérouleront à la suite de chacune d’entre elles avec la salle, puisque nous ne concevons pas ce symposium sans une certaine interactivité avec tous ceux qui nous ont fait l’honneur d’y participer. Je vous remercie de votre attention et je passe tout de suite la parole à Monsieur Jean-Michel Maroger qui va vous présenter le Centre culturel Krishnamurti de Paris, lieu d’informations et de connaissance de l’oeuvre de Krishnamurti, avant d’entendre la conférence d’ouverture prononcée par monsieur Yvon Achard. Merci.

La synthèse du Symposium

Je vais avoir la redoutable tâche de tenter une synthèse de ce symposium, que j’ai trouvé pour ma part très intéressant.

Peut être puis-je commencer, en disant pourquoi le groupe de recherche sur l’enseignement de Krishnamurti, que je dirige dans cette université, et moi même, avons eu le désir, en fin de compte, de réaliser ce symposium. D’abord, parce que effectivement, on avait constaté qu’il n’y avait pratiquement aucune manifestation académique, en tous cas sur le plan universitaire, pour célébrer le centième anniversaire de la naissance de Krishnamurti. Pour nous qui sommes passionnés, au bon sens du mot, par l’enseignement de Krishnamurti, c’était inadmissible.

Personnellement deux raisons fondamentales m’ont donné envie de réaliser ce symposium.

La première c’est que depuis plusieurs années, maintenant plus de huit ans, j’anime un séminaire semestriel sur Krishnamurti dans cette université au département des sciences de l’éducation, et j’ai pu me rendre compte, au fil des années, à quel point cet enseignement est absolument essentiel pour les étudiants, plus ou moins jeunes, qui fréquentent cette université. A quel point ils sont souvent questionnés par cet enseignement, et questionnés dans le meilleur sens du terme. J’ai vraiment le sentiment, dans ce cas, de faire oeuvre d’éducateur en donnant cet enseignement. Quand je dis que je le donne, je devrais dire plutôt que nous marchons ensemble avec les étudiants, puisqu’il ne s’agit pas d’un enseignement magistral, mais d’un travail de collaboration, de coparticipation, qui nous permet d’explorer l’oeuvre de Krishnamurti, c’est à dire d’abord les textes de Krishnamurti, en fonction de notre expérience personnelle et de l’interaction, l’échange, le partage de cette expérience à la lumière de ce que nous propose Krishnamurti. Donc première raison, cette unité d’enseignement sur Krishnamurti.

La deuxième raison, je la situerai par rapport à deux aphorismes du poète argentin Antonio Porchia, peut être à la lumière de mes pratiques intellectuelles et personnelles.

Le premier aphorisme est celui-ci : " Lorsque le superficiel me fatigue, il me fatigue tant, que pour me reposer j’ai besoin d’un abîme", et c’est donc, l’ouverture à l’abîme que j’ai voulu proposer, en réalisant ce symposium.

Le deuxième aphorisme s’énonce ainsi : "Ne découvre pas, il se pourrait qu’il n’y ait rien, et rien ne se peut recouvrir".

Voilà les deux raisons, qui m’ont donné envie, et qui nous ont donné envie dans la mesure, où nous partagions un peu cette attitude, de réaliser ce symposium, alors comment faire la synthèse d’un symposium, aussi riche par les interventions des uns et des autres ?

Je vais essayer de la réaliser en deux parties, d’une manière assez improvisée, parce que je dois dire que je n’ai pas eu beaucoup le temps d’y réfléchir.

Une première partie propose une approche diachronique de ce symposium, dans le déroulement les choses, dans l’ordre des successivités.

Ensuite dans une seconde partie, j’essayerai de dire quelques mots, d’un point de vue synchronique, pour essayer de dégager des éléments un peu plus structuraux, en réfléchissant sur ce qu’on a pu glaner dans les échanges.

Si je reprends donc ce symposium dans son historicité, et à condition de partir du début de ce symposium, parce que en fait je pourrais faire remonter les origines bien avant sur le plan universitaire, évaluer les difficultés qu’on a pu avoir

Mais commençons à réfléchir à partir de lundi matin 29 juin 1995. J’ai l’impression que ce lundi matin, nous avons commencé sur la question peut-être d’un faux dilemme de l’approche de Krishnamurti. Je veux dire par là, que l’on peut voir Krishnamurti, de prime abord, comme une pensée globalisante intéressante, nous questionnant, mais en restant à un certain niveau de synthèse. On peut avoir l’impression que c’est une pensée mystique, pour d’autres que nous, qui sommes plongés dans le réel. D’un côté une vision globale, de l’autre la triste réalité de la souffrance, des hécatombes, de cette "pyramide des martyrs (qui ) obsède la terre" comme dit René Char. Mais je dis bien que c’est un faux dilemme.

il ne s’agit pas de cela, car ce que nous ont présenté à la fois Yvon. Achard et Louis Nduwumwami, c’est plutôt la complémentarité des approches à partir de la vision du monde de Krishnamurti.

Yvon.Achard nous a brossé une vaste fresque de l’histoire de la vie en fin de compte de Krishnamurti, depuis sa naissance, dans un certain milieu, jusqu’à sa mort, en nous montrant à quel point il était à la fois pris par tout un ensemble de conditionnements, qui peut-être ne l’ ont jamais affecté, mais également, comment à un certain moment, il a pu s’en sortir, il a pu dire non, et trouver sa propre voie, qui était comme il le rappelait, un pays sans chemin. Il a beaucoup insisté sur un certain nombre de thèmes clés en fin de compte. Lorsqu’on approche la biographie de Krishnamurti, par exemple, le thème de la folie semble très présent. On a l’impression parfois qu’il va ailleurs, et comment comprendre cet ailleurs ? C’est une question posée dans cette histoire de vie .

Y. Achard nous a rappelé aussi l’esprit nomade, la curiosité incessante de J. Krishnamurti, la révolte que je préfère appeler refus, la souffrance, non pas en tant que souffrance parce qu’il faudrait souffrir, mais parce que tout simplement elle fait partie de la réalité de la vie.

Mais également Y Achard, nous a parlé de la foi, qui n’est pas la croyance, il a montré comment cette foi s’incarnait dans la vie à travers la compréhension sans passer par l’idéologie. Il nous a également parlé de la question du rêve. Il a beaucoup insisté sur les dimensions poétiques de Krishnamurti, en nous lisant quelques textes remarquables, et il a terminé sur qui est essentiel, sans doute, dans la vision éducative de Krishnamurti : l’éducateur doit être en situation d’éducation permanente.

En parlant de la mort de Krishnamurti il a montré comment un être humain peut aborder cette question ultime, et comment il peut s’en aller, en ne laissant aucune trace "le vol de l’aigle ne laisse pas de trace" dit Krishnamurti

Louis Nduwumwami, avec toute son implication personnelle, nous a parlé de son pays, le Burundi, et de ce qu’il s’y passe actuellement. Il a mis l’accent sur nos conditionnements. Il a rappelé comment nos conditionnements, certes, viennent de nous, et sont nous mêmes d’une certaine façon, mais sont également suscités par un certain nombre de rapports sociaux, un certain nombre d’intérêts qui existent et qui nous dépassent.

II a rappelé que les abominations existantes au Rwanda, au Burundi - il aurait pu parler d’autres régions de l’Afrique, et d’autres régions du monde - sont suscitées par des intérêts très précis en vérité, des nations, des groupes, des fractions de classes sociales, et comment en fin de compte, cela engendre des êtres de haine par des divisions systématiques, par une façon de sortir du lot des petits chefs, en les assimilant secondairement aux dominateurs, que sont les puissances coloniales, pour entraîner les uns et les autres dans des conflits ethniques, qui pourtant n’existaient pas, ou existaient si peu, avant l’impact et les effets de la colonisation.

Je crois que c’est important et que c’était fort à propos que Louis puisse parler ainsi lorsqu’on parle de Krishnamurti, car ces conditionnements ne sont pas seulement dans nos têtes mais également au coeur des structures sociales dans lesquelles nous sommes partie prenante, dans lesquelles, et avec lesquelles nous interagissons, et s’il en a parlé c’est aussi, pour montrer à quel point que nous avons à faire un travail de lucidité.

La lucidité certes de nous dégager de la violence, en regardant notre propre violence, de regarder la guerre non pas en proclamant la paix, ce que jamais Krishnamurti n’a fait, mais en regardant en nous mêmes les effets de la guerre, les effets de la violence, en demeurant lucides sur nous mêmes d’abord, mais sans exclure pour autant une certaine analyse de ce qui se passe dans la vie sociale collective, dans les rapports sociaux et politiques. Sur ce plan j’aime beaucoup ce que disait Jacques Ardoino dans un de ses livres, en parlant de la relation étroite entre éducation et politique

Le lundi après-midi nous avons peut-être tenté un approfondissement de la dimension psychologique, ou de certaines dimensions psychologiques chez Krishnamurti.

Avec Gabriel Sala nous avons ouvert les portes d’un rapprochement et d’une certaine connivence avec d’autres formes d’approches de la réalité, autour du voir et du savoir, en se référant notamment à l’étymologie.

Avec le voir nous avons travaillé à ce moment là autour de l’image et du masque. Gabriel a beaucoup développé cet exemple du masque et des masques, qui débouchent sur l’interrogation de l’initiation chamanique, et sur la problématique du double, et sans doute avec cette problématique du double, sur une inquiétante étrangeté dont a pu parler Sigmund Freud.

Car Krishnamurti n’a-t-il pas traversé les masques jusqu’à en épuiser toutes les apparences et toutes les apparitions ?

Les questions sur la dimension éducative liés à la névrose ont été débattues ensuite.

Lorsqu’on a interrogé la salle nous avons essayé de savoir s’il y avait une certaine profondeur ou des niveaux de profondeur de l’éveil. On n’en aura jamais fini, effectivement, de discuter à ce propos. Y a-t-il des profondeurs de l’éveil ? ou l’éveil est-il d’emblée quelque chose qui existe et qui nous fait changer de régions dans une perspective subitiste et non gradualiste de la vie spirituelle.

J’ai moi même développé ensuite une interrogation sur le refus de Krishnamurti de tout esprit de comparaison, en rappelant l’attitude paradoxale à notre époque ou le sens commun et les recherches de pointe en sciences anthroposociales, nous rappellent sans cesse l’importance de l’esprit de comparaison, et notamment nos comparaisons sociales, dans la constitution notamment du concept de soi.

J’ai cherché à montrer qu’on ne pouvait pas comprendre l’attitude de Krishnamurti sans envisager, sans essayer de repérer, l’économie générale de sa vision du monde, et en dégageant un axe ontologique, de deux autres axes dont on a l’habitude lorsqu’on parle de comparaison : un axe hiérarchique et un axe temporel.

Avec Alexandre Lhotellier nous sommes rentrés, dans une expression intense et métaphorique, largement métaphorique qui nous a replongé dans une certaine atmosphère poétique, une expression intense qui visait à comprendre ce que veut dire tenir conseil, avec ses trois dimensions essentielles, pour A. Lhotellier, la dimension relationnelle, la dimension existentielle, et la dimension spirituelle.

A. Lhotellier a montré que tenir conseil relève d’ une philosophie du temps qui est la reconnaissance de l’instant de la rencontre. Dans le tenir conseil ; le conseil s’ouvre sur la sagesse dans la contingence de l’unique dit-il, et débouche sur une éthique de la parole germinative ou il s’agit - comme disent les Canadiens - de triper, c’est à dire de rechercher à la fois soi et l’autre, avec intensité et spontanéité. Le conseil dans sa dimension spirituelle dont, peut-être, nous n’osons pas suffisamment parler, comme Alexandre l’a fait remarquer, n’est pas une infusion dans une communion fusionnelle, selon sa belle expression. Le spirituel c’est la quête de sens par excellence. C’est donc quelque chose qui est propre à l’humain. Oserons nous travailler explicitement sur le plan spirituel, en sortant enfin de l’implicite, en osant parler de cette dimension d’intériorité sans tomber pour autant dans les dogmatismes religieux habituels ? Le spirituel comme le rappelle encore A. Lhotellier, n’est pas un jeu psy, mais un enjeux existentiel radical.

Mardi matin

C’est André de Peretti qui a ouvert les débats, à partir d’un ensemble qui avait des rapports un peu plus essentiellement avec la relation éducative.

André de Peretti a rappelé le réseau de connivences entre Krishnamurti et Carl Rogers. Je dis bien réseau de connivence et non pas comparaison. Il ne s’agissait pas d’une comparaison - on ne compare pas Krishnamurti à quiconque - de même que si on le suit on ne devrait comparer aucun être humain à un autre être humain. Connivence sur quoi ? sur plusieurs points, sur les problèmes de la traduction par exemple ; comment faire pour essayer de repérer, de comprendre ce que disent l’un et l’autre, puisqu’ils parlent la plupart du temps en anglais ?

Sur le plan de l’autoréférence, on sait que l’un et l’autre font peu de références et s’en tiennent en général à des choses qu’ils connaissent très particulièrement.

Sur le plan de la liberté, et le refus d’être étiqueter.

Sur le plan d’une méfiance à l’égard de toute forme idéologique et d’une sorte d’hypostase de l’inconscient.

Sur le plan du danger d’entrer dans une conceptualisation outrancière, dans un règne omnipotent de la pensée, notamment de la pensée discursive, de la pensée abstraite.

Une recherche de l’allégement comme l’a dit André de Peretti, c’est à dire de se dégager de la surcomplication, dont malheureusement nous avons souvent l’habitude, nous autres, intellectuels.

L’insistance sur l’attention, mais une attention qui justement est une remise en cause de toute forme de défensivité. J’ai particulièrement apprécié l’image du colibri, qui est en fait une anecdote, mais qui a été effectivement reprise un peu sous forme métaphorique par André de Peretti.

En fin de compte la connivence également entre l’humour et le sourire chez l’un et chez l’autre, l’émergence d’une conscience subtile, de quelque chose d’ordre ineffable, mais pourtant présent, qui domine dans l’existence concrète de l’un et de l’autre, et qui faisait que lorsqu’on les rencontrait, on était parait-il, parce que je ne les ai pas rencontrés personnellement, complètement touché par cette rencontre.

En fin de compte, il s’agit pour l’un et l’autre d’une ouverture au paradoxe et d’une prudence à l’égard de tout esprit de fermeture .

Arno Stern de son côté, a rappelé que le livre de Krishnamurti de l’éducation avait été fondateur pour lui, à tel point qu’il en avait acheté tout le stock pour le distribuer à ses amis.

Il nous a parlé de quelque chose d’essentiel même si, en tant que fondateur d’école, il a parfois des propos assez fermes. Il nous a parlé d’un lieu, qu’il appelle le lieu clos, où il a créé un espace qui est le domaine de la liberté, de la liberté d’expression, l’espace des formulations, comme il les appelle, parce que c’est un cadre symbolique. C’est une question fondamentale pour un pédagogue, pour un éducateur.

Faut-il ou non créer un cadre symbolique pour qu’un être humain puisse avoir confiance, et ainsi s’exprimer dans sa radicalité, dans son étrangeté, dans son altérité, c’est une question que je n’ai pas encore complètement tranchée. En tout cas A. Stern l’a tranchée comme Freud l’avait résolue dans son espace analytique ; il a créé ce lieu qui n’est pas un refuge comme il le dit, mais qui est un lieu protégé.

A. Stern parle d’une part d’une mémoire organique absolument archaïque qu’il s’agit de retrouver. Il nous rappelle d’autre part que la table, la palette qui siège au milieu de ce cadre symbolique est le lieu de la rencontre, là où il y a de l’échange, même si l’animateur n’est pas l’artiste, n’est pas le moniteur, n’est pas le maître en arts plastiques. Il est tout simplement le garant de ce cadre symbolique. Il est là pour servir essentiellement, pour déplacer les punaises comme il l’affirmait.

J’ai beaucoup apprécié cette communication, sans doute parce qu’elle nous fait réfléchir sur cette idée de formulation. Pour moi c’est une question : suis-je capable en tant qu’universitaire et malgré dirai-je l’université ou plus exactement dans le cadre même de l’université, de faire en sorte que des étudiants puissent s’exprimer sur le plan d’une formulation ? On sait que A. Stern a créé ce lieu parce que d’après lui il permet réellement l’expression de la formulation. Je transpose dans mon univers universitaire : lorsque je fais une U.V sur Krishnamurti est-ce que les étudiants arrivent plus ou moins à atteindre ce lieu où il peuvent formuler leurs expressions ?

A. Stern nous a longuement parlé du dessin d’enfant, en remettant les pendules à l’heure, en disant à quel point la recherche en sciences humaines, dans ce domaine, était souvent à côté de la plaque, était parfois du bavardage.

Pascal Duval, Gisèle Balleys ; Pierre-Yves, nous ont donné un aperçu ce que peut être justement l’inscription institutionnelle de l’approche de Krishnamurti, de la vision du monde de Krishnamurti dans des écoles .

Pascal Duval, parce que c’est un philosophe de formation, a brossé un peu un tableau de la philosophie éducative de Krishnamurti mais en l’inscrivant effectivement dans des lieux précis, dans des écoles, et en posant des questions qui restent des questions tout à fait essentielles pour le mouvement éducatif de Krishnamurti, c’est à dire qu’en est-il de la sensibilité dans le domaine de l’éducation ? comment cette sensibilité passe-t-elle dans les écoles ? comment réussit-on à concilier les inconciliables c’est à dire le changement de soi et les nécessités académiques ?

Le passage inéluctable actuellement par les examens, comment réussit-on à former des éducateurs, des professeurs, pour enseigner à travers ce paradoxe, ce qui n’est pas toujours facile ?

Je sais les querelles qui existent parfois dans les écoles, mais l’apport de Pierre-Yves, qui est à l’école de Krishnamurti de Brockwood, nous rassure un peu sur le fait qu’il y a là, au moins, une réalité institutionnelle. Il n’a pas envie de la critiquer. Il dit que ça existe, et que c’est très important, et j’ai tendance à penser comme lui

Gisèle Balleys par son expérience, mais aussi par ce qu’elle fait actuellement, puisqu’elle n’est plus à Brockwood, mais elle est toujours à Saanen, et par son expérience de Saanen et de Brockwood, nous a fait sentir, je dirai de l’intérieur, une vision du monde de Krishnamurti incarnée, et comment nous n’avons guère besoin d’attendre demain pour réaliser cette vision du monde dans nos pratiques pédagogiques de tous les jours.

Cet après-midi nous avons abordé d’autres dimensions, mais avec un certain esprit paradoxal, d’un côté une réflexion sur la pensée logique, la pensée abstraite, et de l’autre sur la pensée mythique des indiens d’Amérique. On peut dire, que là aussi, il s’agit bien d’une réflexion issue de la vision du monde de Krishnamurti.

Jean-Louis Dewez en décrivant précisément ce qui est une pensée logique, dans l’ordre des mathématiques en particulier, nous a montré que, quel que soit son raffinement cette pensée logique n’avait rien à nous dire sur le plan du sens de la vie. Elle pouvait être efficace ; elle pouvait être un jeu intellectuel fort brillant, mais d’une certaine façon sur le plan de ce qui nous importe essentiellement, elle ne pouvait rien pour nous. Jamais elle ne pouvait démontrer que dieu existe, et tant mieux sans doute. Jamais elle ne pouvait nous donner des clés de notre présence au monde. S’il a parlé de cette pensée logique en connaisseur, puisqu’il est professeur dans ce domaine au Conservatoire National des Arts et Métiers, ce n’était pas pour glorifier cette pensée mais pour la remettre à sa place, et dire que l’ère de l’informatique n’a de sens qu’en tant qu’instrument, et pas autrement.

Au contraire quand il a abordé l’essentiel, il est vite arrivé à la question du silence, à la question de la pensée négative chez Krishnamurti, qui n’est pas une pensée contre une affirmation, mais qui est une pensée de l’ordre d’un évidement, de l’ordre du travail du sculpteur face à son bloc de pierre, pour que peu à peu se dégage l’essentiel d’une forme.

L’éducation pour Krishnamurti, nous soutient ce logicien, c’est la connaissance de soi, et je crois que c’est très important de le rappeler, et de se remémorer que c’est justement un logicien, un expert dans ce domaine qui nous le souffle avec une certaine vigueur.

Pascal Galvani nous a dit avec beaucoup d’émotion, parce que c’est enraciné chez lui dans une existence concrète depuis ses plus jeunes années, ce que représentait la pensée des indiens d’Amérique . Comment cette pensée nous renvoyait à la question de l’imaginaire, mais non pas d’un imaginaire leurrant, d’un imaginaire d’illusions et fallacieux, mais d’un imaginaire riche de sens. Il a fait remarquer la signification profonde du symbole, lorsque ce dernier est porteur de toute sa richesse signifiante. La quête de vision de l’indien, c’est une certaine forme de réunification à la totalité de ce qui est et même si on peut dire parfois qu’il y a certaines idées animistes dans la tradition culturelle indienne, je suis persuadé, à la lecture de textes des indiens d’Amérique, qu’il s’agit bien d’une pensée de l’Un dans la plupart des textes et des dires des ancêtres, des vieux indiens, des vieux chefs, à travers les témoignages qui ont pu être recueillis par un certain nombre d’anthropologues.

Pascal Galvani nous a rappelé la critique de Krishnamurti à l’égard des symboles et de l’imaginaire. Pour lui Krishnamurti critique essentiellement ce qui serait de l’ordre de la réification des symboles. Il a éclairé en évoquant des textes anciens de notre tradition philosophique, Paralcèse, Maître Eckhart, etc. Il a sans doute raison ; c’est aussi une interrogation que j’ai sur Krishnamurti concernant le symbole. C’est vrai, à le lire un peu superficiellement, on a l’impression parfois qu’il ne veut rien entendre du symbole. Mais si le symbole est ce que dit Pascal Galvani à propos des Indiens, ce n’est pas une représentation de quelque chose, mais une véritable présentation, quelque chose où le signifié est totalement présent dans le symbole. On peut se demander alors si cette pensée symbolique, qui n’est plus une pensée mais une approche symbolique de la réalité, ne touche pas la réalité au sein même de cette symbolique ? C’est une façon de voir que j’ai tendance à croire, enfin à accepter plus exactement à travers la connaissance que je peux avoir de la poésie, car pour moi la poésie n’est jamais une distance à l’égard d’un réel, mais au contraire la présentification du réel à travers et par l’image symbolique, l’image poétique. Voilà grosso modo une approche diachronique de ce symposium.

Examinons maintenant, plus brièvement, une approche plus synchronique, en distinguant trois points importants, des points clés me semble-t-il de toute activité d’éducation : la reproduction, la transmission et le changement

Sous l’angle de la reproduction, je crois qu’on a beaucoup insisté dans ce symposium sur les effets des conditionnements, les effets du déjà connu qui entraînent la violence et la peur, en utilisant la pensée, la toute puissance de la pensée, c’est à dire en n’acceptant pas que la pensée soit simplement instrumentale et fonctionnelle, mais en en faisantlareinede la condition humaine.

L’exemple du Burundi, là encore, est tout à fait présent, pour qu’on se dise à quel point ce mécanisme là de la reproduction est dangereux, catastrophique, et entraîne des milliers de morts. Dans la plupart des exposés il y a eu à chaque fois des rappels de ces conditionnements, de ces façons de reproduire la réalité sans en s’apercevoir

Le deuxième point concerne la transmission. Je dirai qu’il faut distinguer deux types de transmissions : avant le changement, et après le changement

La transmission n°1 : c’est la transmission qui va de pair avec la reproduction. C’est la transmission d’avant le changement. Dans ce type de transmission, et sous l’angle académique la plupart du temps c’est de cela dont il s’agit, tout est de l’ordre de la comparaison, de la compétition, du contrôle arbitraire par rapport à une évaluation (qui pose la question des valeurs et du sens), et on impose des tests, on donne des notes, on inscrit tout cela dans des ordinateurs. Tout cela nous rassure.

On transmet les savoirs dans un certain ordre, mais cette transmission ne fait que reproduire, elle n’invente rien. Elle ne permet pas aux étudiants de découvrir, la plupart du temps, quoi que ce soit. Ils se bornent à répéter ce qui a toujours été, et ce qui sera toujours, c’est à dire quelque chose d’enfermant, d’engluant, et ils échappent ainsi à ce qui est la vie dans son caractère imprévisible, spontané, dans son caractère de rupture et de bouleversement. Inutile de s’étonner à ce moment là, de tant d’échecs : échec de soi, échec social et échec scolaire.

Pour passer à la transmission n°2, il faut passer par le troisième terme, le changement.

Du côté du changement, c’est l’avènement de la connaissance de soi. Cet avènement c’est le processus de l’éducation tout simplement. ce sont les effets de l’éducation tel que l’entend Krishnamurti, une véritable rupture épistémique. C’est quelque chose d’autre, une autre vision du monde, un autre rapport au monde, quelque chose qui nous oblige à sortir du cadre comme on dit en créativité Alors quelque chose de l’ordre d’un changement s’opère réellement, et ce changement est d’abord et avant tout personnel.

C’est notre expérience et ce n’est pas une expérience qu’on a cherchée, c’est une expérience qui est arrivée, et cette expérience incommunicable, qui n’a rien à voir, et qui d’une certaine façon est sans importance pour quelqu’un d’autre, est complètement déterminante pour nous, pour notre façon de voir le monde, et donc de pratiquer et de donner du sens à ce monde.

Nos comportements et nos attitudes en sont complètement transformés, et notre fonction d’éducateur également. A partir de ce changement individuel, s’ouvre en même temps un changement social, puisque nous ne sommes qu’un champ de relations avec le monde naturel et social. Si quelque chose change dans ce champ de relations, c’est l’ensemble de la relation qui est changé, donc à un changement individuel correspond un changement social.

" Nous sommes le monde et le monde est nous" comme le répète Krishnamurti. Cette affirmation entraîne des questions sur la transmission en éducation, c’est à dire que transmettre ? et comment transmettre ?

D’abord se dégager du déjà connu, ou le remettre à sa place, même si on doit en parler. En tant que professeur d’anthropologie, il faut bien que je parle des principaux auteurs de l’anthropologie, mais je dois les revisiter pour montrer que, dans le fond l’anthropologie c’est la vie en acte de tout un chacun, qui ne connaît ni le passé dépassé, ni vraiment le présent réifié, et qui s’ouvre peut être sur un futur imprévisible.

La transmission n°2, c’est l’insistance sur l’instant, sur la dimension de l’ici et le maintenant, conçue empathiquement et largement dégagée par des psychologues comme Carl Rogers.

J’ai parfois un peu le sentiment que certains intellectuels contemporains remettent en question l’ " intuition de l’instant " comme dirait Gaston Bachelard, sans savoir de quoi ils parlent vraiment. C’est pourquoi il ne cessent de discourir sur cette "tarte à la crème" qu’on appelle le projet. Que veut dire avoir un projet si ce n’est entrer dans une illusion généralisée ?

Que veut dire proposer systématiquement des projets à des gens qui vivent dans des conditions infrahumaines, qui n’ont même pas de quoi survivre, et à qui on va raconter des histoires sur le projet. Je crois qu’ il faut discuter et critiquer cette notion à l’heure actuelle, même si en même temps, on ne saurait évacuer la notion de projet dans la mesure où l’être humain est un être imaginant, donc un être qui sans cesse anticipe sa vie.

La transmission n°2 s’appuie également sur la notion de solidarité et de coopération. Dès lors, on remet en question dans la transmission pédagogique tout ce qui de l’ordre de la compétition, de la notation, de la comparaison, pour inventer d’autres méthodes. La pédagogie active en a parlé depuis longtemps, mais qui parle de la pédagogie active ? qui parle de l’éducation nouvelle à l’heure actuelle, qui en a besoin ?.

Insistance sur la solidarité, et quand je dis solidarité, c’est une solidarité non seulement locale, mais également nationale et internationale, c’est également une certaine façon de se sentir un être humain avec d’autres êtres humains sur cette terre patrie dont parle Edgar Morin .

Sensibilité terme clé en vérité en éducation, qu’a-t-on à dire à un élève, à un étudiant, à un stagiaire, ou tout simplement à un autre être humain, si on ne part pas de cette sensibilité en acte. La plupart des étudiants vous écoutent bien volontiers, lorsque vous racontez des histoires intellectuelles, mais ils ne sont touchés, ils ne commencent à vivre que lorsque ces histoires intellectuelles passent par une expérience personnelle, qui est en quelque sorte, leur donne du corps. Lorsqu’ils sentent que ce champ conceptuel que vous développez, cette théorisation n’est pas abstraite, mais résulte directement d’une expérience personnelle, c’est à dire d’un contact avec la vie. Alors ils leur arrivent vous écouter vraiment, ils commencent à se dire : peut-être que l’intellect a du sens ? peut-être que l’intellect peut nous dire quelque chose, parce qu’il retrouve cet intellect dans un champ de totalité mouvante, dans un champ de totalité dynamique

La transmission n°2 s’appuie sur l’invention en fin de compte, sur la création, la création non pas au sens des techniques de créativité, mais au sein de la façon dont A. Stern en a parlé, et dont Krishnamurti nous la communique, car il a des pages exceptionnelles sur la création .

Voilà comment je vois la synthèse de ce symposium que j’ai trouvée personnellement très riche et très intéressante.

Je voudrais terminer en remerciant profondément tous ceux qui ont contribué à la réalisation de ce symposium .

D’abord, les conférenciers qui nous ont fait l’honneur de venir discuter avec nous, de proposer leurs réflexions à partir de cette connivence entre leurs intérêts de connaissances et la vision du monde de Krishnamurti

Ensuite je voudrais remercier les services de l’université, qui nous ont prêté cette salle, mais également, nous ont facilité un peu la tâche en ce qui concerne l’organisation de ce symposium, je pense à la formation permanente de Paris VIII, et le Département des Sciences de l’éducation

Je voudrais grandement remercier surtout le service audiovisuel de Paris VIII. Vous avez pu voir le travail tout à fait contraignant de nos camarades.

Je voudrais également remercier les étudiants de mon groupe de recherche sur l’enseignement de Krishnamurti, le G.R.E.K., qui ont organisé bénévolement ce symposium depuis déjà de nombreuses semaines.

Je terminerai en vous remerciant tous d’être venus et d’avoir participés réellement, parce que je crois qu’il y a eu de très nombreuses questions et j’ai un peu le sentiment que nous avons voyagé ensemble dans cette reconnaissance de la vision éducative de l’oeuvre de Krishnamurti.

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