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Décès du poète Serge Wellens samedi 10 avril 2010 J'apprends la mort de Serge Wellens le dimanche 31 janvier 2010. J'en suis profondément attristé. C'était un ami dont j'ai toujours conservé la présence dans ma mémoire depuis les années soixante où je l'ai fréquenté assidûment. Je l'avais perdu de vue depuis longtemps mais je savais qu'il habitait avec sa femme Annie vers La Rochelle. Je me promettais cette année d'aller lui rendre visite. Trop tard... Je sais qu'il avait retrouvé la foi de son enfance. Moi je l'ai connu libertaire. Je relis ses premiers recueils avec une grande amitié. Je reste avec son souvenir d'homme de justice, de liberté et d'amour Adieu mon ami, mon frère, mon premier mentor en poésie dans ta librairie de la rue du Surmelin à Paris 20e En 2009, Serge Wellens nous donnait quelques éléments de son histoire de vie : MARGES ET INTERLIGNES Paul Valéry, paraît-il, se plaignait de son impuissance à s'empêcher d'écrire. A-t-il vraiment tenté, en pure perte, de rompre avec une pratique quotidienne de l'écriture ou bien cette consternation plus ou moins feinte n'est-elle qu'une coquetterie d'écrivain célèbre ? Pour ma part, n'étant pas, et Dieu merci, un écrivain célèbre, je n'ai pas à m'imposer cette discipline inhumaine qui ramenait chaque matin l'auteur de la Jeune Parque à sa table de travail, et pas davantage à soigner l'élégance de formules médiatiques : j'écris peu et seulement par pulsions, quand je ne puis faire autrement. Pendant des jours, des nuits, souvent des semaines et parfois des mois, l'idée d'un poème me prend en otage et se creuse au gré de mots inattendus que je mâche délicieusement et que je répète à voix haute car j'en aime la musique et je la crois nécessaire au langage de la poésie. C'est ainsi que se construit le poème : les mots s'enchaînent, s'encagent et, comme le disait un surréaliste, font l'amour. Quand je ne puis plus rien ajouter à leur ensemble ni rien en soustraire, je déclare le poème achevé. Je le livre d'un trait au « vide-papier » que la blancheur ne défend plus (mille excuses, cher Stéphane) avec la joie ineffable d'en avoir terminé. Ce travail (mais oui) n'est rien d'autre qu'une méditation. Il en a la lenteur, l'ouverture au mystère, le respect du hasard. Les poèmes se dirigent d'eux-mêmes vers des thèmes qui me tiennent à coeur et qui jamais ne s'éloignent de ma vie quotidienne. J'ai écrit Santé des ruines tandis que je parcourais à pied la Haute-Provence (celle des villages abandonnés, pas celle des piscines). J'ai écrit La Pâque dispersée qui témoigne de ma rencontre avec l'hypothèse de Dieu, Les résidents à propos d'insectes qui me hantaient. Mon prochain recueil n'est rien d'autre qu'une exploration méticuleuse de la vieillesse. On voit par là que je n'ai aucune imagination, que ma poésie est le contraire d'une évasion vers un Ailleurs mythique et non moins le contraire d'un jeu ésotérique. Je suis allé tard à l'école. Mes parents étaient artistes de cirque, c'est un métier qui les emmenait souvent au loin et il n'était pas simple de me scolariser. C'est ma mère qui m'a appris à lire. La passion qu'elle mettait à dévorer les oeuvres d'auteurs aujourd'hui bien oubliés était contagieuse. A son image, je suis très vite devenu un lecteur boulimique. Je lui dois d'avoir découvert mes premiers poètes, Jean Aicard, Maurice Bouchor, quelques autres dont les noms, depuis belle lurette, ne figurent plus dans aucune anthologie. Je devais avoir une douzaine d'années quand je me suis aventuré dans les allées royales du XVIIème siècle. L'instituteur qui me faisait la classe rassemblait parfois trois ou quatre heureux élus pour leur faire entendre des scènes interprétées par des acteurs de la Comédie Française. Nous étions fascinés par les disques tournant sur un phonographe que notre maître traitait avec mille précautions. Les égards que l'on doit à un objet de culte... Seul, dans ma chambre, je jouais Le Cid ou Phèdre devant la glace de l'armoire, les yeux pleins de larmes et prêtant à chaque personnage une voix que je croyais crédible. Le vers qui s'envolait des lèvres de Chimène, La moitié de ma vie a mis l'autre au tombeau me remplissait à le dire sur tous les tons, d'une joie presque physique. J'ai quitté l'école au plus tôt – je m'y ennuyais – pour entrer comme apprenti vendeur dans une librairie proche de Notre-Dame. Quel bonheur c'était de marcher des heures le long de la Seine en un temps où Paris n'était pas encore la proie de l'automobile. J'étais habité par une rage de lire dévorante. Au comble de l'émotion, je découvrais les surréalistes qui proclamaient la poésie indispensable à la vie et les poètes de l'Ecole de Rochefort pour qui c'était une évidence absolue... Cadou était mort récemment, Bouhier, Rousselot, Manoll, Bérimont se rassemblaient autour de son souvenir. Pieusement. J'étais loin d'imaginer qu'un jour je me lierai d'amitié avec chacun d'eux et que cette amitié m'accompagnerait toute ma vie jusqu'à leur mort et bien au-delà... J'écrivais alors de courts poèmes visiblement marqués par l'influence d'Eluard et de Prévert que Bouhier publia dans sa collection des Cahiers de Rochefort. J'y suis en excellente compagnie : Guillevic, Follain, Joë Bousquet, Alain Borne, Ribemont-Dessaignes. On en éprouverait à moins quelque vertige. Je n'ai pas pour autant, je n'ai jamais eu le sentiment ni, d'ailleurs, le désir d'être un écrivain. Cocteau fait dire à Orphée que le poète est un écrivain qui n'écrit pas. Autrement dit que le poète n'a pas besoin d'écrire pour être poète. Et c'est en cela que la poésie ne saurait être un métier : on n'en vit pas mais sans elle nous mourons. Voilà. J'ai 81 ans. L'âge d'interroger mon rétroviseur avant qu'il ne s'embue. J'y vois un parcours jalonné de rencontres capitales. Celle de Jean Rousselot fut sans doute la plus lumineuse. Je lui dois de savoir que la poésie est une morale exigeante et fraternelle, un art de pauvre qui ne mène à rien qu'à une plus redoutable connaissance de soi-même. Serge Wellens – 4 avril 2009 (page web : http://www.larochellivre.org/IMG/pdf/Marges_et_interlignes_Serge_Wellens.pdf) Pour sa poésie : Voir la page WEB http://memoireduvent.canalblog.com/archives/2007/06/24/5405250.html René Barbier VOIR EN LIGNE : Poèmes de Serge Wellens | ||
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