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L’autorisation noétique

vers une spiritualité contemporaine

lundi 17 février 2003, par René Barbier


L’autorisation noétique. Par quels chemins parvient-on à la réalisation de soi

Madame Joëlle Macrez nous donne aujourd’hui à examiner une thèse intitulée "L’autorisation noétique. Par quels chemins parvient-on à la réalisation de soi". Il s’agit d’un document de 618 pages qui comprend un index nom, un index thème, une annexe, une importante bibliographie de 428 ouvrages et d’une trentaine d’articles de fond. Alimentée de nombreux schémas et de deux disquettes informatiques qui réunissent 365 pages de mises à plat des 19 entretiens réalisés pour soumettre la thèse à validation empirique. Le jury est composé outre du directeur de thèse, de Madame Christine Josso (Présidente, Université de Genève), De Messieurs Rémi Hess (université Paris 8), Michel Fromaget (Université de Caen), Michel Hulin (Université Paris 4), Gérard Lurol (Institut Catholique de Paris). A l’issue de la délibération, le jury a attribué la mention très honorable avec les félicitations du jury.

Mon propos, en tant qu’accompagnateur de cette recherche, n’est pas de critiquer la thèse mais d’en présenter les lignes de force signifiantes, les ressorts personnels, le contexte de production de savoir et les perspectives d’avenir. Inutile d’insister sur le travail considérable qui a été demandé pour venir à bout de cette thèse. Il est exceptionnel et je peux attester du sérieux extraordinaire qu’a manifesté Madame Joëlle Macrez durant toute la durée de sa recherche. Elle a systématiquement exploré d’innombrables ouvrages spécialisés dans divers domaines et a été rechercher, à chaque fois, ceux que je lui indiquais comme pouvant, éventuellement, la faire réfléchir.

J’ai connu Madame Joëlle Macrez, il y a quelques années, au moment de sa maîtrise en sciences de l’éducation. Elle a réussi la performance de terminer sa thèse dans les trois ans impartis tout en travaillant à temps complet comme secrétaire de recherche dans un laboratoire scientifique. Madame Joëlle Macrez possède une énergie stupéfiante qui m’a souvent étonné, mais elle en connaît également la face cachée, parfois déstructurante.

C’est une thèse que se veut multiréférentielle. Elle en présente donc les avantages et les inconvénients. Les avantages consistent à une ouverture peu commune dans l’exploration de la complexité du fait spirituel considéré comme une auto-formation singulière du sujet vers un "plus-être". De très nombreuses références théoriques éclairent un objet de recherche difficile et qui, de par sa nature, glisse entre les mains. Les inconvénients tiennent évidemment à la non- exhausitivité des références, à l’impossibilité de maîtriser scientifiquement toutes les disciplines convoquées.

Les chercheurs qui s’inscrivent dans le champ de la multiréférentialité, et j’en fais partie, n’ont pas un parti pris d’exhaustivité. Ils acceptent la lacune inhérente à leur mode d’investigation. Ils reconnaissent l’inachevé de toute recherche. Ils s’efforcent simplement d’être le plus rigoureux possible dans le regard qu’ils portent sur les êtres, choses et les situations, dans l’espoir de proposer du sens que les sujets de l’action humaine peuvent ou non s’approprier selon leur désir et leur intelligence. Ils ont surtout un goût particulier pour explorer l’activité humaine sous l’angle du processus plus que de la structure.

Je dois dire que depuis 1988 que j’ai l’honneur de faire partie de jury de thèses de doctorat, c’est peut-être la première fois que j’examine un travail de recherche aussi original, sérieux et impliqué.

C’est une recherche originale

Madame Joëlle Macrez nous offre une recherche, à ma connaissance exceptionnelle, en sciences de l’éducation. Je n’ai encore jamais vu une recherche portant sur un sujet aussi "délicat", pour ne pas dire plus, dans notre discipline. J’en ai pris la responsabilité, en tant que directeur de recherche, car j’aime poser des questions à toute mise en ordre épistémologique : ce que je ressens à l’heure actuelle dans les sciences humaines, derrière les controverses concernant le savoir et la pédagogie. Pour ma part, le risque est minime et j’en ai l’habitude, mais pour le jeune chercheur qui s’aventure dans ce domaine, le risque est majeur, tant sur le plan académique que sur le plan personnel.

Un chercheur en sciences de l’éducation peut-il se permettre de prendre comme objet de recherche le processus de vie intérieure du sujet connaissant, et notamment ce processus qui le conduit vers une plus haute réalisation de soi-même et qu’on doit bien nommer spirituel, même si ce mot est une petite bombe dans l’univers du sens codé en sciences humaines.

Pour me faire comprendre, il faut revenir sur ce qu’écrivait Julien Gracq dans "En lisant, en écrivant… : " Presque tous les penseurs, tous les poètes d’Occident privilégient les idées, les images qui évoquent l’éveil, c’est à dire la sécession de l’esprit d’avec le monde, et négligent non moins systématiquement celles qui ont trait à (…) l’endormissement, la réunification. Encore s’agit-il dans cet éveil presque toujours d’un état déjà éveillé plutôt que d’un passage. Combien peu d’attention est accordée dans la science comme dans la littérature occidentale, aux états réellement naissants et expirants de la conscience." (Oeuvres complètes, La Pléiade, vol 2, p.621). Certes, il y a eu Montaigne, et Proust en littérature, Freud et surtout Jung ou Mircea Eliade en Sciences humaines, pour ne citer que quelques uns, pour explorer ces états de passage d’un niveau de réalité à un autre. Mais, cela n’a jamais vraiment intrigué les chercheurs en éducation. C’est pourtant un domaine de recherche d’une très grande importance dans la vie humaine lorsqu’on nous dit sans cesse que le sujet est en autoformation jusqu’à la fin de son existence. Quoi de plus important, en effet, que de se sentir devenir vraiment "un être humain" comme l’écrit Krishnamurti, c’est à dire un être pleinement inscrit dans la vie dont on aperçoit la complexité la plus ouverte sur des régions de connaissance insoupçonnées.

Faut-il reconnaître pour cela, une sorte d’appel au fond de nous-mêmes, vers un plus-être, que Raimon Panikkar nomme, dans son éloge du simple,(Albin Michel, 1995), l’archétype du moine, l’état monacal, en chacun d’entre nous, et chez les plus incroyants eux- mêmes ? Faut-il parler avec Mircea Eliade d’un sens sacré au sein même de la structure de la conscience humaine ? Faut-il bousculer et faire basculer tous les dogmes religieux et constater un détachement, une "fin du religieux" comme le pense Marcel Gauchet ?

Faut-il reconnaître une véritable métamorphose du religieux chez les jeunes, en direction d’une religiosité diffuse, multiforme et extrêmement personnalisée, comme l’affirment les sociologues des religions aujourd’hui (Danièle Hervieu-Léger, Françoise Champion, Martine Cohen) ? Faut-il passer par l’instant éternel dont nous entretient Michel Maffesoli, au plus proche d’une raison sensible ? Pourquoi tant de résistance à la recherche dans ce domaine en sciences de l’éducation ? Sans doute, par l’historicité même de ce type de sciences qui a inscrit la laïcité au cœur de sa structuration, dans une lutte sans merci et nécessaire avec les croyants les plus dogmatiques. Mais, aujourd’hui où l’on parle volontiers de "spiritualité laïque", il serait tant de remettre les pendules à l’heure.

Madame Joëlle Macrez ose poser la question de la nature du spirituel en éducation. Elle débouche nécessairement sur la méditation dont on sait que son épreuve est la grande inconnue des intellectuels occidentaux. Je me souviens du dialogue difficile avec Castoriadis lorsque je lui ai posé la question de la méditation dans une vie accomplie. A relire ce dialogue, publié dans le dernier tome de ses Carrefours du Labyrinthe, on s’aperçoit du malentendu fondamental qui a été entretenu à ce moment. Pour le philosophe-psychanalyste, l’état de conscience du méditant est nécessairement un état peu ou prou relié à l’état fusionnel de l’infans, comme Freud le martelait d’ailleurs à Romain Rolland qui lui parlait du "sentiment océanique" des grands sages de l’Inde. Sur l’a priori de cette base, aucun dialogue ne peut aller bien loin.

Ceux qui connaissent la méditation savent qu’il ne s’agit pas de cela, mais d’une véritable métanoïa de la conscience. Madame Joëlle Macrez tente de nous faire partager ce processus de changement intérieur. Elle relève que cela ne va pas de soi et qu’il y a de la souffrance et du risque à la clé. Mais, en même temps, elle montre qu’une éducation radicale doit s’approprier ce domaine de connaissance selon une approche la plus ouverte possible, sans exclure la rigueur intellectuelle.

C’est une recherche rigoureuse

Madame Joëlle Macrez est exigeante. On peut discuter sa théorie et ses références. On ne peut pas discuter la façon dont elle a procédé pour tenter de mettre au jour un aspect de cette "autorisation noétique" dans la vie humaine. Encore faut-il se garder de ne pas voir son travail par le petit bout de la lorgnette du spécialiste, de l’érudit. On doit pouvoir évaluer l’ensemble de la thèse, dans sa logique interne, et non seulement par un de ses micro-aspects, nécessairement inachevés dans une perspective multiréférentielle. La démarche opère en deux temps. Premièrement une démarche inductive, en termes d’histoire de vie mais à partir de biographies de trois grands écrivains de la vie intérieure : Jung, Krishnamurti et Aurobindo Ghose. Puis une démarche hypothético-déductive avec confrontation empirique à partir de 19 entretiens approfondis de deux à trois heures représentant 365 pages. Le premier type d’investigation n’est pas sans rappeler la récente recherche sur le processus créateur, par le psychologue américain Howard Gardner, qui a analysé dans "les formes de la créativité" (2001), sept biographies de personnages célèbres dans le domaine des sciences, de la spiritualité, de l’art et de la littérature. Quant aux entretiens, l’analyse qui en a été faite est remarquable et j’ en ai rarement vu de pareillement menée, sur le plan phénoménologique, dans toute ma carrière d’universitaire. Les thématiques sont fouillées et les recoupements lumineux. La progression vers une définition de plus en plus élaborée de l’autorisation noétique se fait sous nos yeux, d’une manière tout à fait éclairante.

C’est une recherche impliquée

C’est parce qu’elle est rigoureuse que la recherche de Madame Joëlle Macrez est impliquée. D’aucun pourrait s’offusquer de cette implication. Mais comment la refuser sur un tel sujet ? Je dirai même que seule la reconnaissance et l’analyse de sa propre implication peut permettre de poser de bonnes questions et reconnaître les limites de sa propre recherche. Car une personne qui aurait vraiment atteint le niveau noétique n’aurait guère de goût à préparer une thèse sur le sujet. L’état noétique est donc une finalité impossible à comprendre pour le chercheur. Mais le processus qui va vers un état de non-conscience de ce type, sans être cependant de l’inconscience, peut être repéré et dépend dans son investigation, du niveau de conscience déjà acquis par le chercheur dans ce domaine. Dans une telle recherche, l’implication est une condition nécessaire et suffisante, un impératif catégorique, toujours soumise à l’épreuve du doute. La sociologie du point de vue de Sirius ou la psychologie encadrée par une théorie rigide a priori de l’inconscient, ne diront jamais que des banalités ronflantes qui peuvent satisfaire les commissions parlementaires sur les sectes mais certainement pas les personnes réelles engagées dans leur vie intérieure, dans une remise en cause bouleversante mais éclairante de leur rapport au monde.

Que nous offre, en fin de compte, Madame Joëlle Macrez à l’issue de sa thèse ?

- Un premier regard compréhensif et réfléchi sur un processus radical de la vie intérieure de la personne humaine

- Une interrogation sur le sens même de l’éducation pour notre temps

- Une brèche dans un domaine de connaissance indispensable à creuser en ces temps d’incertitude et de confusion axiologiques.

Un premier regard compréhensif et réfléchi sur un processus radical de la vie intérieure

A partir de sa propre vie mais également des trois philosophes étudiés et des 19 entretiens, Madame Joëlle Macrez ouvre le débat sur le cheminement vers un point d’être où se réalise une véritable unité de la personne humaine, sans fusion et sans confusion. S’il existe une auto-éducation de la personne, n’est-ce pas pour se sentir vivre dans un état de moins en moins déstructuré et déstructurant ? S’il faut passer par la souffrance,

comme le suggère Madame Joëlle Macrez, n’est-ce pas pour aller au-delà de la souffrance et refuser son enfermement mortifère ?

Dans certaines écoles orientales (école Chan de la Chine du Sud), on pense que l’éveil est instantané et ne nécessite pas un apprentissage institutionnalisé. Mais la plupart des écoles de méditation parlent plutôt de processus et de paliers dans le cheminement intérieur, avec la présence attentive d’un maître spirituel digne de confiance. Madame Joëlle Macrez ne tranche pas sur cette question qu’elle laisse ouverte. Elle se contente de mettre en garde des risques encourus lorsque le méditant est seul en face des figures grimaçantes de ses fantasmes. Elle examine les degrés de ce processus en convoquant les ressources des sciences humaines et de l’histoire des religions. Acceptons le fait qu’elle demeure beaucoup plus dans les sphères des religions et spiritualités orientales qu’occidentales. Mais, en fin de compte, la typologie de l’homme noétique qu’elle dégage ne reflète-t-elle pas une figure de proue de tout être pleinement vivant et éveillé, quelle que soit la spiritualité concernée ? Que nous dit, en effet, Madame Joëlle Macrez, page 402 ?

L’homme noétique est une personne qui possède :

- la paix avec soi-même et le monde,

- une joie constante et sans objet,

- une grande capacité créatrice,

- une acceptation totale de ce qui est,

- une grande qualité d’écoute, d’intuition,

- une absence complète de ressentiment,

- une complète autonomie,

- une grande rigueur et de fermeté,

- le sens des responsabilités,

- la conscience d’être relié au monde, aux hommes et le besoin de transmettre ce dont il a fait l’expérience,

- une compréhension du sens de la vie et du monde.

La tradition nous dit que lorsque deux êtres de ce type se rencontrent, ils n’ont pas besoin de se parler, un seul regard croisé suffit pour les informer de leur connaissance réciproque.

Madame Joëlle Macrez nous montre, dans le détail des entretiens et de la vie des trois philosophes, les sauts qualitatifs qui s’opèrent pendant le processus spirituel. Les rapports à la souffrance, à la famille, à l’éducation et à la religion, à soi-même, à la solitude, sont remis en question et restructurés, selon un cheminement fait à la fois de renoncement et d’acceptation.

Sans doute ce processus est-il plus marqué par les tenants de la spiritualité de l’Inde, en particulier du bouddhisme né dans cette région du monde, même si celui-ci s’exprime depuis longtemps ailleurs. On peut, en effet, se demander si ce cheminement, notamment l’insistance sur la souffrance, est aussi remarquable dans la voie de sagesse de l’homme de bien dans la Chine traditionnelle où le rapport au corps est d’une autre nature et beaucoup plus intégré dans une approche non-duelle de la réalité ? On peut se poser la même question dans la spiritualité de la Grèce, en particulier des grands stoïques grecs ?

Quoi qu’il en soit, Madame Joëlle Macrez nous conduit à une définition finale issue de sa recherche, je cite : "L’autorisation noétique est un cheminement de connaissance de soi, un voyage intérieur (et/ou extérieur) durant lequel un processus interne et continu de transformation de Soi démarre lorsque l’individu s’ouvre (suite à un flash existentiel, une prise de conscience de son ignorance et de sa souffrance, ou à un questionnement sur le sens de la vie) à un profond désir de changement et se confronte à l’inconnu, rencontre des archétypes ou symboles numineux qui le touchent, l’ébranlent et lui dévoilent le réel derrière la réalité, l’esprit derrière la psyché, le monde ontologique derrière le monde des apparences, le monde de l’intelligence derrière le monde de la signification.

Ce cheminement nous ouvrant à la rencontre, à l’altérité, au métissage, au changement et donc à la mort, est une auto-éducation permettant à la personne de s’ouvrir, de dépasser les limites de sa conscience personnelle pour accéder à une conscience plus haute appelée conscience noétique ou conscience universelle ou cosmique, conduisant à l’expérience de l’amour, de la compassion, de l’humilité, de la responsabilité et au sentiment de reliance au monde et à l’autre" (p.577)

Une interrogation sur le sens même de l’éducation pour notre temps

C’est vers une interrogation sur le sens même de l’éducation pour notre temps que nous mène Madame Joëlle Macrez. Si les deux sens du mot éducation veulent dire quelques chose : à la fois "nourrir", "prendre soin de" et "conduire hors de", nous sommes tôt ou tard confrontés aux résultats d’une éducation actuelle sans réelle finalité et profondeur, autres que celles reconnues par la société marchande. Madame Joëlle Macrez nous interpelle sur la finalité de l’éducation radicale : que signifie éduquer et être éducateur ? Peut-on devenir éducateur sans avoir, un tant soit peu, l’intuition d’une conscience noétique de la vie ? Sans elle, comment définir la dimension éthique inhérente à toute éducation réussie ? Et la fameuse citoyenneté dont l’école devrait être le fer de lance, qu’est-elle vraiment sans cette conscience éthique ? La pensée chinoise, en conjuguant Confucianisme et Taoïsme, a inscrit dans la culture extrême-orientale un sens éthique, une "vertu d’humanité" (ren), dans toute action efficace, sans s’attarder sur l’existence ou non d’un dieu créateur. Le philosophe chinois Liang Shuming (1893-1988) a-t-il raison, comme il tente de nous en persuader dans son livre ancien mais récemment publié en français "Les cultures d’Orient et d’Occident et leurs philosophies" (PUF, 2000) ? Sommes-nous à l’aube d’une civilisation planétaire pour laquelle la philosophie pertinente sera plus celle de la Chine que celle de l’Europe ou de l’Inde ?

Une brèche dans un domaine de connaissance indispensable à creuser en ces temps d’incertitude et de confusion axiologiques.

Il s’agit bien de réfléchir et d’ouvrir une brèche sur un domaine de connaissance indispensable à creuser en ces temps d’incertitude et de confusion axiologiques. Cette brèche est celle de la transdisciplinarité qui prolonge la multiréférentialité. La reconnaissance des sciences humaines, sociales et autres, dans leur interférences questionnantes, mais également des compréhensions du réel venant d’autres régions de connaissance laissées encore en friche ou sous la domination de charlatans évidents. Quand verra-t-on, dans les laboratoires en sciences de l’éducation, des chercheurs reconnus institutionnellement pour leur capacité à comprendre le fait humain sans exclure la vie intérieure et le questionnement sur "l’état monacal" ? J’imagine la possibilité de dialoguer avec des scientifiques des sciences de la matière, de la neurobiologie et des sciences de l’homme, avec des moines chartreux ou bouddhistes, des chamans amérindiens, des sages africains, sur le fait de vivre tous ensemble selon un ordre humain non destructeur de la vie future et de la nature. Mais, dans notre époque où la seule imagination acceptable semble être celle des jeux vidéo, des images télévisuelles et sur le Net, comment redécouvrir un imaginaire qui ne soit plus porteur de mort ou de "la montée de l’insignifiance" pour parler comme Castoriadis ? comment s’ouvrir à un imaginaire comme terrain de médiation et d’interférence entre le rationnel et le non-rationnel comme le propose Madame Joëlle Macrez  ? Edgar Morin, dans un texte de janvier 2002, écrit - je cite - "les Etats-Unis et plus largement l’Occident oscillent entre deux voies celle de la folie, à terme catastrophique et celle de la sagesse, difficile et aléatoire. La sagesse dit qu’il faut non une politique impériale mais une politique de civilisation pour la société monde. La voie de la Folie est celle de la croisade, de la diabolisation, du manichéisme aveugle (car il y a du mal dans le bien mais aussi du bien dans le mal) et, développant l’hystérie de guerre, elle est la voie des massacres de part et d’autre. (…) La voie de la Sagesse comporte la prise de conscience capitale de l’inter solidarité humaine et de la communauté de destin planétaire, nous sommes tous enfants et citoyens de la Terre ; (…) Une réforme de pensée inséparable d’une réforme de l’esprit, elle même inséparable d’une réforme de notre être individuel, nous demande (tout en sauvegardant nos racines), de comprendre autrui, de nous déségocentrer, désethnocentrer" (Bulletin du CIRET, n°16, février 2002, p.83)

Au delà de la performance de travail proprement scientifique, la thèse présentée aujourd’hui nous oblige à penser notre vie dans un horizon digne d’un grand Flamboyant, cet arbre que l’on ne rencontre pas sans un tremblement de l’être et une mémoire indéracinable.

Saint-Denis, le 25 mars 2002

P.-S.

PS. Sur l’"autorisation noétique", Joëlle Macrez a publié une partie de sa thèse : "S’autoriser à cheminer vers soi. Aurobindo, Jung, Krishnamurti", en 2004, éd. Véga, 327 pages

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