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Le Mejdoub

Paroles spontanées et quotidiennes. Une conscience humaine, universelle.

jeudi 22 juin 2006, par M’Hamed Jemmah

Introduction

C’est par curiosité anthropologique que j’ai été amené à m’intéresser au personnage du Mejdoub dans sa présentation multiple. C’est une soif de connaissance qui remonte à loin. Les sujets dont le Mejdoub traite, concernent tout de l’homme. La valeur de celui-ci, c’est sa conscience. Elle s’exprime par sa parole et son comportement. Je me trouve donc dans cette honorable quête qui incite à la discipline et au goût de l’effort. Ainsi était le point de départ de cette recherche. Les paroles de ce personnage évoquent la dimension auguste des saints, en premier Moulay Abdel Kader Jilani. Celui-ci remonte à l’époque où Bagdad a été une très grande cité. On peut dire que sa légende a dépassé le millénaire. Certains disent qu’il était soufi : c’est dû probablement à l’air du temps de sa contemporanéité, mais personne ne peut le confirmer avec précision. Les propos qu’on lui attribue ont versé dans la science des lois, ce qui justifie que certains lui confèrent le titre de jurisconsulte. Certes, ces propos ont été véhiculés partout, traversant l’histoire des ethnies de façon intemporelle et immuable. Ils ont été intériorisés, ayant atteint l’imaginaire des peuples. Ces textes émanent d’une double traduction (de l’oral à l’écrit, de l’arabe au français). Le résultat est devenu la parole du Mejdoub. La langue du Mejdoub a un effet fondateur. Elle cherche à stimuler la pensée par les matériaux de la vie quotidienne. Pour préserver l’authenticité du message, j’ai procédé à l’élaboration de ce travail sans recherche livresque ni allusion textuelle. Le Mejdoub est anonyme. Ces paroles restent. Lui, on ne le connaît pas. Etymologiquement le terme de Mejdoub signifie celui qui est attiré par le haut, par des valeurs supérieures. Dans les pages qui suivent, on le découvrira par ce qu’il dit, sur les lieux de rassemblement.


Fort éclectique, le Mejdoub aborde n’importe quel thème de la vie quotidienne, son passé et son présent. Il le voit à travers la morale de l’action et le prisme de la spiritualité et avec les mots de tous. Le verbe n’est pas travaillé pour la planche qu’il livre. Ça jaillit spontanément, ça vient de l’expérience, de l’existence. Cela interroge et force l’entendement. S’il y a plusieurs Mejdoub, ils sont reliés par un point commun et une référence qui revient : l’humain universel et le sultan de tous les saints : Jilani. Ils puisent tous dans le quotidien de l’air du temps qu’ils observent à travers la force de la morale universelle. C’est une vision personnaliste car elle incite à une analyse parfois rude du travail intérieur face à l’attraction matérielle de l’appropriation qui détourne de l’essentiel. Cela fait revenir sur la réflexion du réel sens de la vie simple. C’est riche en questionnement par la diversité de ces planches. On trouvera toujours dans ces propos quelque chose qui nous appartient évoquée de façon interrogative. Les Mejdoubs ne cherchent pas nécessairement à être dans le sujet du jour mais quand il est traité il est vu différemment. Il devient foisonnement, renvoie à l’éthique de l’histoire de chacun pour la conscience de tous. Le chacun est fort présent dans sa parole. Il enseigne la méfiance de l’esprit prédateur de la modernité. Il est dans la rigueur de tous les instants ; pour le peu qu’on retienne, il incarne une générosité naturelle et un sens profond. Son verbe nous est proche, si parfois il nous accable, il insuffle le goût du lien. Le Mejdoub vient, il nous parle, il disparaît. Ses paroles restent. La conscience a du grain à moudre.

Dans toute communauté, la régulation sociétale implicite fait partie de façon majeure d’une culture qui se régénère de par elle-même et se continue dans ses propres interactions allant diminuer ses contradictions pour en voir naître d’autres. Quelques uns, parmi ses acteurs, en parlent dans leur langage spécifique. Ils l’observent et l’analysent dans sa production sociale et culturelle. Ils peuvent être illustres ou inconnus. Ils font partie de son patrimoine religieux, mystique ou profane. Chacun y allant de sa sensibilité raconte et parle de la vie dans un langage de "Marocainitude" qui va de l’Europe jusqu’au Sud du grand Sahara. Cela remonte au temps du désert humide jusqu’à celui d’aujourd’hui, ce sont : les Berbères, les Hébreux, les mouvements thalassocratiques, les Romains, les Vandales, les Arabes, les Portugais, et les Nazaréens (français).

Sédentaires ou itinérants, saltimbanques ou hôtes, ils apportent et diffusent les nouvelles. Le travail d’information rattache et rapproche les gens, nourrit et développe la culture pour sa propre valorisation et sa défense. Leur engagement humain est naturel. Il vivent dans tous les lieux. Leur liberté de mouvement et de propos est un souffle pour le sédentaire. Cela l’aère. Ils font partie du paysage. Ils sont de tous les horizons. Ils écoutent et racontent. Ils enrichissent et s’enrichissent. Ils arrivent, ils partent et même sur place, ils traduisent l’évènement dans le langage de la dignité et de l’indignation, dénonçant les injustices. Ça leur vaut rarement un préjudice. Ils observent et communiquent pour l’oreille de tous publics. Parmi ces gens-là, il y a le Mejdoub.

Il est dans l’observation sociale, critique en douceur, rarement diatribe exacerbée. Il est toujours dans la spiritualité humaniste et morale ou solidarité citoyenne sur la vie quotidienne.

Il ne dépasse jamais la mesure dans le sens profond ou général. Ses dires, ses commentaires, ne renvoient pas à une nostalgie qui n’existe probablement que dans le langage de la tradition arabe orale.

Il rappelle les règles non respectées sans jamais donner dans le trivial ni dans l’agressivité gratuite. Il ne respecte pas la dite bienséance qui réduit aux bonnes manières de l’apparence étriquée, affectée, ringarde.

Dans le mot juste, magique, mystique, sacré ou religieux, il reste dans l’intelligence de la personne qui parle (le franc-parler). Il garde sa puissance d’analyse, son esprit d’indignation. Brave, fort, naïf, libre, courageux, timide, simple, fin, naturel, subtil, vivant, brillant, intelligent et puis silencieux tel est le Mejdoub. On le dit fou, illuminé, bête, sauvage, insolent, trop direct et agressif.

C’est la parole d’un homme dans sa mystique spirituelle qui avec et par son regard transcendant annonce certaines vérités universelles.

Son intervention consiste à traiter de l’élément événementiel dans sa chronicité intemporelle. Tout s’exprime dans l’éphémère. Ses paroles sont relatées dans un écrit-parlé, agressif ou non, jamais méchant ni complaisant mais on souligne leur gravité et leur intérêt pour le bonheur de l’humain dans sa dimension morale, socio-spirituelle et universelle.

Il porte la puissance de l’attention sur l’engagement de l’individu dans et pour un idéal qui ne le réduit pas aux petits intérêts de son égoïsme.

Le Mejdoub en appelle à la conscience morale, celle de la responsabilité et de l’effort intrinsèque face au respect des exigences du quotidien qui est pour tous une affaire salutaire, pour la permanence du projet du "vivre ensemble". Pour la quête du bonheur sociétal, sur la moralité, il n’y a qu’interpellation de la vigilance pour tout un chacun. Le capital est d’abord fait d’hommes. Le travail de l’éducation à l’écoute et le recul nécessaire sagement conseillé pour comprendre avant d’interpréter, génèrent l’ouverture.

Le Mejdoub, cet être humain, homme, rarement femme, dans une voix claire et limpide, s’adresse à tout ce qu’il y a de profond en chacun, scrute comme un archéologue de l’humanité depuis sa naissance jusqu’à l’instant sur le lieu. Il commence son propos dans le langage métaphorique. Il interpelle le miracle dont est fait l’existence et l’environnement dont nous faisons partie dans le village de la terre et de la vie.

Il rappelle et assaille avec force explications et illustrations sans jamais juger pour punir. C’est assourdissant même sans qu’il y ait morale. Chacun sait ce qu’il dit ou ce qu’il veut dire ; ça culpabilise. Pour certains, c’est rien. Ils le laissent croire. Ils s’éloignent lentement. Ils ne prennent pas la fuite mais ces "dits" les poursuivent. On est heureux, on a du plaisir, on est libre, on adhère, c’est gratuit. Ça rappelle l’infini humain qui est en chacun. On est sans défense devant le devoir d’accomplissement. Face à soi, il y a des visages qui sourient ou se crispent alors qu’il n’y a pas faute.

Il n’est pas justicier. C’est empreint de questionnement sur l’altérité, parfois brutal. Il renvoie à la jouissance de la probité de tous et de chacun. C’est profond, on sait que cela signifie lutter contre le mal invisible qu’on masque sous l’habit de l’hypocrisie de l’apparence. La puissance spirituelle dont chacun est détenteur s’exprime dans une sourde extase intérieure. Sa parole est pour l’humain qui entend sa quête de sens. Il ne lit jamais un papier. Mobile, immobile, en costume varié. L’attitude dépend de la personnalité de l’individu. Son talent lui est propre. Il est maître de sa forme d’expression. Il est torse nu. On voit tout de lui, il n’a pas honte. Il est croyant, avocat des valeurs. Il pleure, il boit de l’eau bouillante, il marche sur des tessons de verre, il met des serpents dans sa bouche, il enlève sa djellaba ou la porte d’une manière particulière, sortant la main par la poche, il prend un instrument, il danse, il crie ou parle à voix basse puis il s’adresse brutalement à quelqu’un, il "voit" dans la pièce de monnaie qu’on lui met dans la main, il ne la ramasse pas si on la jette à terre. Le Mejdoub, il n’y en a pas qu’un. Certains lisent sur les visages, dans les yeux. Il est brûlant comme la braise. Il peut être froid comme la glace, bouger dans tous les sens, tourner comme un ours en cage, tout comme il peut rester planté sur place comme un poteau. Il a un rire sardonique quand il sent un doute. Il est en extase quand il ressent l’innocence. La palette de son expression et de ses émotions est infinie. Tête baissée, il s’arrête dans un silence profond, les gens partent. Il ramasse ses affaires et quitte les lieux, le Mejdoub cet inconnu.

S’il y en a un qu’on a en tête, il reste multiple dans son propre genre. En fait, il n’y a pas un MEJDOUB, il y a des MEJDOUBS. Ils ont en commun un état d’esprit, celui de communiquer une parole qui éveille et combat le rabaissement de l’homme face aux besoins matériels.

Bien sûr, il a plusieurs figures. On les découvre selon les personnes. Ça peut-être le grand ou le menu spectacle. Sa vérité reste identique. S’il n’est que voyant, vite fait, la chose est donnée. Le cercle se vide rapidement. S’il est le Mejdoub avec autre chose, il est saltimbanquesque. Dans certains cas, il se fait un va-et-vient : réflexion, observation, offrandes (dattes, henné ou autre chose) car il refuse l’argent comme but.

Avec plus d’argent, l’aspect saltimbanque oublié, il est vu comme un liseur de sorts. On a bien envie de l’entendre encore : il joue bien de cela. Les autres écoutent, attendent, font la queue. Le cercle devient attente. Ça marche. Il lit dans les mains, sur le visage. Il lit surtout dans la pièce de monnaie. Ça consomme. S’il a un support, il y retourne. Les plus connus sont les tessons de verre. Si le Mejdoub est pluriel, s’ils sont nombreux dans la formule, ils sont bien proches dans le principe. Ils le font dans la simplicité. Ils veulent être dans l’accessibilité. Si le mot est provoquant, brûlant, s’il est dans l’excès, s’il met en feu dans la conduite de la relation, s’il est excessif ou exagéré, c’est dans le sens de la dimension attractive saltimbantesque.

Le sens est strictement dans le message. Il attire sans ménager. Il fait venir l’oreille. Il la veut attentive. Il la chérit, il la soigne.

Le Mejdoub est orateur. De sa bouche, il largue tant de conseils. Il ne tarit pas. Par sa modestie, il éduque, rééduque, redressant les torts. Il ne s’imagine rien. Il ne se veut personne. Il parle comme il arrive en toute indifférence. Personne ne sait qui il est. Il débute sa prestation et il l’arrête. On ne sait qui c’est celui-là. S’il n’a pas de support, tessons de verre, serpents, bouilloire ou autre bazar, il peut n’être que dans sa djellaba. Mejdoub puriste, il peut être prestidigitateur, et avec bien d’autres éléments, il peut n’être que "voyant" sur la pièce ou sur la main. Il est toujours provocateur de cercle. Il parle de façon directe. On l’écoute, on s’arrête. On amplifie le cercle, on s’approche, on le quitte. Plus il est bon plus il attire. Il ramasse ou prend les pièces, c’est selon.

La puissance de son aura consolide ou disperse le public. Il peut très bien rayonner comme il peut faire fuir. Il attire ou repousse. La personnalité du Mejdoub est d’abord son individualité. N’importe comment, il est, ils sont pluriels, s’inspirant du sultan des saints : Moulay Abdelkader Jilani, l’homme qui a laissé des traces partout. Dans un lieu, il y a sa canne, dans un autre, des traces de pieds, dans un autre encore, il a touché à une pierre, ou un pan de son costume. Il y a toujours du Jilani dans la légende de haute spiritualité, du parfum de passage de cette auguste personnalité bien-heureuse. De ses dires mêmes, les instants rudes font partie de la saveur de cette vie que nous fabriquons à tout moment.

Les saints ne sont pas identiques en terme de puissance de foi, de dons et de convictions. Ils ne le sont pas en terme d’engagement. Ils ne sont pas vus au même degré par rapport aux gens et même dans leur imaginaire dans cette culture. Ils ne sont pas au même degré de sainteté dans le ressenti social de par leur histoire personnelle et par ce qu’on a donné d’eux comme publicité. Les lieux de pélerinage consolident ou affaiblissent leur image.

Le propos du Mejdoub n’est ni poème ni prose : c’est une parole toute autre. Elle lui est propre et particulièrement sienne. Il récuse toute ignorance du droit naturel à la vie pour tous. Il se nourrit de la culture ambiante pour construire sa voix. Sans prédateur, il dénonce la cupidité, l’envie simplement matérielle, l’enrichissement facile. Il ne tolère aucun élément ostentatoire. Il n’arrête pas de revenir sur les vieilles et grandes questions ... celles de l’existence de l’homme sur terre. Il convient sans jamais donner de réponse qu’il n’y a que la vigilance et la générosité qui compte. On est rien et tout peut basculer d’un moment à l’autre. On est tous perdants si on oublie cela.

Journaliste de l’informel, il relate à voix basse le passé et le présent tout en prévenant sur les dangers à venir.

Les Mejdoubs même s’il ne dépendent que de leurs prestations, se déclarent de façon explicite brièvement, de l’auguste et immense personnalité de Jilani, un grand saint soufi, mais pas pour tous.

Leurs paroles marquent le civisme, la morale universelle, l’humain social sur terre. Homme de l’oralité, il arrive, se tient debout sur un lieu libre, quelque peu isolé des saltimbanques, il parle du temps. Le mouvement lourd, il bouge sans regarder personne. Il parle de façon organisée sur le temps pour le sauver de l’oubli. Il regarde en haut, en bas. Plus les gens arrivent, plus il tape des pieds sur le sol en jouant de la tête. Il est plein de compassion. Il dit des paroles jusqu’à écumer de la bouche. Il fait resserrer le cercle autour de lui. Il l’intimise. On lui donne de l’argent. Il ne veut pas prendre de tous. Il ne prend que d’un chacun qu’il fixe des yeux dans l’échange. Quand il accepte de recevoir, il converse avec le donateur par des propos hauts placés, tout bas ou dans l’oreille. Si on s’empresse de lui donner, il refuse franchement. Quand il parle à quelqu’un, il lui renvoie ses propres problèmes. En deux ou trois mots, il les relie à son discours et rappelle l’honneur de l’enseignement des saints et la force de leurs miracles.

Les visiteurs de sa présence ne sont pas badauds, ni curieux. Ils ne sont pas dans leur temps perdu, ils s’enrichissent en culture. L’homme est réceptacle de tout. Il est thermomètre de toutes les températures. Il attend tout et se fabrique de ce qu’il reçoit.

Les visiteurs du Mejdoub ne paient pas. Il ne prend pas d’argent de celui qui veut rire, se moquer ou passer le temps. Il lui dit de ne pas rester dans son cercle. Il ne le salue pas. Il le prend par le bras et le rapproche de lui physiquement, l’embrasse et le renvoie : "Vas-y", dit-il, "Vas-t-en, ne reste pas debout ici".

Il récuse le snob, le petit malin, et le malveillant.

Il existe aussi un Mejdoub à djellaba considéré comme le seul vrai à qui il arrive de ne pas supporter son cercle, quel qu’en soit le volume. En parlant, il bégaie et tremble comme un quelqu’un qui a le trac, pourtant il parle juste même s’il donne l’impression qu’il est dans l’incertitude. Il est spontanément entier dans l’expression de chaque mot prononcé. Tout devient vérité en bien peu de temps. On se trouve en sentiment de communion directe avec l’univers entier. Quand il ressent cet état chez l’autre, il parle tout bas. Et il recommande comme certains autres de faire des offrandes à la place de la monnaie offerte qu’il considère comme sans valeur. Son aura transcende toute relation, ses vertus et ses énergies s’expriment selon son efficacité. Avec celui-ci il arrive qu’on reçoive des claques à travers ses dires et ses observations qui sont cependant accessibles aisément à tous.

Il insiste fortement sur l’intérêt de l’offrande et cela peut être une simple offrande : comme allumer des bougies, lui apporter des dattes, cela peut aller jusqu’à faire saigner un mouton sur les murs d’enceinte d’un lieu saint. Toujours est-il qu’il ne veut et ne souhaite obtenir que peu de choses en reconnaissance. Quand il prend une pièce il l’enferme dans son poing, puis l’ouvre, la regarde et lucidement il renvoie des messages en regardant le donateur, il lui parle encore. Il arrive qu’il approfondisse tout comme il peut dire à celui-ci : "Tu as eu ton affaire, va à ton destin". Progressivement, le cercle se vide. Les gens sont à l’écoute des propos qui ouvrent et soulagent. Il ponctue par des cris demandant à Dieu la paix. Il offre des talismans à certains contre leurs ennemis pour un bon commerce, pour la guérison de l’enfant à problèmes et contre toutes les jalousies. Sa parole à la cantonnade renvoie au temps et au verbe qui sauvent. Il parle de la vie, de l’éveil des esprits et de la puissance de la spiritualité.

Il utilise son capuchon pour ranger les offrandes. Il en mange et distribue. A certains, il dit "Va-t-en, je n’ai pas besoin de ton argent, je n’ai rien à te dire". Il lui rend même son argent. Il sent le "maudit et l’ingrat de sa mère". Il parle avec les mains, touche les mains de tous. Il joue de tout son corps. Fébrile, il tremble de toute sa carcasse. Il écume et postillonne.

Il dit "Tais-toi à celui qui se moque. Si tu me gênes, Dieu te punira ! Va-t-en si tu n’écoute pas ma liberté de parole".Quand il échange avec quelqu’un, s’il le voit timide, il lui parle à l’oreille. S’il y a un malsain, il lui dit : "Reprend ton argent !" S’il y a une femme, elle est la première servie dans le cercle. Si quelqu’un a déjà eu son mot, il lui dit : "Va faire tes obligations et reviens après". Il rappelle qu’il ne saurait être à l’origine d’aucune déception ni douleur. Il n’est que dans l’acte juste et le bon élément.

Il prend le temps pour chacun, le cercle allant se vidant, refusant le talisman à certains, l’offrant à d’autres avec du safran en échange du Henné ou des dattes. Tout doit être parfait dans son cercle. S’il prend le temps pour tous, il rejette celui qui ne daigne pas être présent. Il prêche une foi infinie.

Le parler ouvert à tous, même l’enfant n’a pas à broncher. Il parle, il met du silence. On n’entend plus que sa respiration. Il prolonge les temps morts, prend une pièce, la regarde, organise la parole, revient à la personne. Il prend l’argent. Parfois, il la rejette.

- "Je ne veux pas de ton argent. Vas-y, va-t-en, que Dieu t’aide !"

Quand il parle du passé de quelqu’un dans le détail, il lui propose de revenir pour une consultation personnelle.

En très peu de temps, il est capable de décrire minutieusement ce qu’il perçoit d’une personne. Le moindre élément peut le déranger. Il se méfie du pouvoir des femmes. Il rappelle qu’elles sont à l’origine de tous les maux. Qu’on perde ou qu’on gagne, c’est à cause d’elles ou grâce à elles. On le taxe de mysogynie. D’ailleurs, quand il y a une femme dans le rayon, elle est servie en premier et encore plus si elle est accompagnée d’un enfant.

S’il est d’expression orale, il ne l’est pas uniquement. S’il se manifeste dans l’expression courante, populaire, traditionnelle avec des mots et des idées dans la remise en place des choses, s’il dénonce les entraves à la morale avec une philosophie profonde transcendant ainsi le dicton, le proverbe, annonçant les grands spirituels respectés pour leur engagement en faveur des valeurs liées à la réalité de la vie, il reste simplement lui-même aussi. Il réactualise l’ancien, il rappelle que faire du mal c’est provoquer de la douleur et la souffrance de l’autre, le faire souffrir lui-aussi jusqu’à le rendre malade. Il renforce la crédibilité des saints qui ont payé de leur vie pour un idéal de bonheur dans sa vérité spirituelle.

Il y a celui qui sort son instrument de musique à cordes ou à vent. Il joue et parle.

Il y a le prestidigitateur qui, après ses différents numéros, parle des vérités intérieures entre un tour de cartes, un jeu d’anneaux, ou de cordes. Il rappelle que les vaies valeurs sont en l’homme et celui-ci peut réaliser bien des choses pour l’humanité et non l’amuseur que je suis.

D’autres parlent en attendant que la bouilloire fume et ils font leur démonstration tout en soufflant sur la braise. Certains allument le feu avec leur souffle. Ils remplissent leur bouche d’Halfa , la recrache déjà enflammée sur le charbon du Majmar qui s’embrase sous leur souffle, ponctuant leurs gestes de paroles puissantes et louant la grandeur du miracle des saints. On est dans l’étonnement par ce double effet de la puissance de la parole sur les hautes valeurs et l’exploit singulier. Il reste une bouilloire sur le foyer quand l’eau bout, il porte l’ustensile à la hauteur de sa bouche et se verse l’eau bouillante dans celle-ci avec un geste démonstratif. Il s’arrête, reprend la parole. Son corps devient plus impressionnant. Il fait le tour du cercle pour récupérer des pièces ou les fait ramasser sur le sol par quelqu’un.

Celui-ci déverse un grand sac de verre cassé sur lequel il marche pieds nus et piétine, proférant des mots saccadés : "Tous perdus, grands et petits".

Il s’arrête et s’adressant à chacun dans le cercle, évoquant à chacun son problème. S’il trouve que la personne a de l’oreille, il lui parle encore. A l’autre qui ajoute des pièces quelle qu’en soit la valeur, lui, le Mejdoub, il lui livre encore des secrets et des mystères, selon le degré d’intensité de la relation.

Il scande le mot "chteff.... ". Il se chauffe dans ce mot répété. Cela jusqu’à la suée. Selon la personne, il porte un pantalon dont les jambes sont remontées jusqu’aux genoux. Certaines personnes lui demandent des Ktouba . Il en a toujours, malheureusement en quantité très insuffisante ; il comprend la déception tout en déplorant le manque. Il en prend acte en transpirant instantanément. Il arrive qu’il pleure et sorte un tissu rouge ou vert qu’il noue autour de son front. Souvent, les cheveux longs, il ne cesse de bouger la tête, il débite des mots à tout va. La parole sort infiniment spontanément, le verbe est haut ou très bas. Il jette ses chaussures à terre. Il piétine encore le verre cassé.

Il y a le Mejdoub "Janka" qui, les yeux fatigués sous l’empire de psychotropes divers, (de kif, d’alcool), avance des choses justes qui font réfléchir sur le sens de l’existence. Il est identique au puriste, très inégal cependant. Il fait penser à un excellent comédien qui double un Mejdoub puriste initié.

Le Mejdoub peut parler de tous les sujets allant jusqu’à faire des amalgames. Il respecte inconditionnellement le critère d’être clair et celui de ne pas injurier. Il ne fait pas de cadeaux. Il parle toujours de lui en premier et cela il l’oublie rarement. Puis il mêle dans un va-et-vient incessant des réflexions-observations entre lui et un imaginaire social et historique.

S’il s’exprime parfois en métaphores ce n’est pas pour évoquer les choses à mots couverts, car il a conscience que les tabous ont la vie dure et que certains souvenirs sont trop douloureux. Il plonge les gens dans des choses qui lui viennent à l’esprit. Il provoque et prépare à la réflexion, lui il ne prépare rien.

Comme toujours, il dit qu’il ne sait pas, qu’il ne sait plus. Il tourne et tergiverse. Le Mejdoub parle tout court, parle seulement. Il ne laisse pas de traces. Lui, il passe. Il est regretté ou haï selon l’image ou la place. Même s’il fait partie de la culture profonde, pour bien des gens, il est immonde. Par son propos, il dérange et sensibilise sur les valeurs. Il peut être agréable à voir, il dérange certains savoirs. Il piétine les acquis reconnus. Il monte au créneau tout le temps. Il a une ouverture d’esprit sur tout, il reste debout. Il exclut ou marginalise. Il valorise tout ce qui est mouvement. Pour lui, cela a une valeur-temps. Tout est enrichissement. Il s’installe dans un lieu libre, le plus loin dans l’espace souk. Ne supportant pas le bruit, il veut que son propos s’identifie. Il prend son temps. Il règne sur son espace. Il ne largue sa mécanique que s’il se trouve dans la sécurité de l’oreille d’autrui.

Même s’ils viennent nombreux à lui, il ne les aime pas nombreux. Bien qu’ils le fassent venir, il les rejette. Sa déontologie n’est pas le chiffre. Il les attire, il les fascine, il intrigue. A chaque fois, on se demande ce qu’il va dire après le "Qui est-il déjà ?" toujours dit au début.

En relation de concertation, on ne sait pas comment appréhender l’attitude. Cela devient une espèce de philosophie de relation ou une psychologie pratique. Encore une fois, on ne sait plus, on ne sait pas. De ce Mejdoub on se trouve pris. Il nous fait faire une parole donnée, une promesse. Il garde l’air indifférent. Ça maintient le client. Quand il voit qu’il ne peut rien en tirer, il s’arrange pour se faire offrir le minimum. Il arrive qu’il extorque la dernière pièce quand il constate que l’interlocuteur est d’une piètre générosité. Il y a mille et une littérature sur ce tout qui est écrit, dit ou parlé dans la tradition orale mais le Mejdoub reste particulièrement une sorte d’AOC dans son expression. Il ne s’inspire que de ce qu’il a bien médité d’après la parole et l’expérience des saints, sur la vie de ceux-ci sur leur moralité et leur spiritualité, tout comme il peut s’inspirer de ses semblables dans cette pratique. Les Mejdoubs ont tous des éléments en commun, sans jamais verser dans l’individualisme. Ils renvoient à la responsabilité, ont le goût de l’humanité profonde qui est en nous. Ils rappellent qu’il n’y a pas de frontières entre les hommes. "L’humanité est unique et homogène. Nous sommes et faisons partie du peuplement et de la culture de la terre. Nous sommes frères dans l’existence en dépit de nos divergences. Nous avons à réfléchir sur un monde pour tous. Nourrissons les vérités qui sont en chacun. Nous avons tant besoin les uns des autres".

Tel est l’esprit dans lequel le Mejdoub livre sa parole à la multitude. C’est quelqu’un qui est à l’égal de tous mais il a pris conscience de manière très forte de la valeur de la spiritualité et de la morale humaine universelle. Il a une grande confiance dans sa démarche du fait de ses convictions bien intériorisées dans le tréfonds de son être.

Ces Mejdoubs sont des instruments de formation populaire traditionnelle. Ils font partie de l’environnement social. Même s’ils diminuent en nombre, ils sont vivants dans l’imaginaire collectif. Leur légitimité n’existe que dans la valeur de leur prestation où la participation est facultative. Ils font partie d’un fait public et sont les membres du panorama culturel. Ce sont leurs propos qui accrochent. On vient les voir et les écouter avant de faire son marché, ses courses, tout comme on vient au souk seulement pour les voir.

- "Ah, non, Madame", a dit un dignitaire, "ils ne disent pas n’importe quoi. Il m’arrive de ne rien comprendre, ça me passionne... Je comprends après, je mets du temps malgré mon âge ! Je fouille en moi à travers leurs dires. Ils n’ont pas de concurrents sur la place, même la télé n’y arrive pas. Ils suggèrent bien des choses. Comme vous le savez, les pèlerinages inspirent les comportements. Cela fait changer d’air, découvrir d’autres espaces. On se sent libres, on écoute les conteurs raconter la puissance des miracles. Il y a aussi une sorte de retour à la nature. Tout ça a un effet sur la vie des gens. Quand on a des doutes sur le sens de la vie et sur nous-mêmes, cet homme reste un outil intime de communication humaine. Il reconnaît la part des choses dans leur utilité propre sans verser dans le martyr pour la cause spirituelle". Il arrive qu’ils en rajoutent : on peut plagier, c’est plutôt libre. On peut être Mejdoub si on s’en sent la vocation. Personne ne peut fabriquer un faux mensonge qui nécessite un tel calibre : être de cet acabit, c’est un fort et profond travail spirituel. Le métier (si ce terme peut être admis) n’est validé que par la quantité de curieux et fidèles. Il n’y a aucune garantie de réussite. Tout comme dans la religion, ce n’est pas parce que tu pratiques ou même que tu es un moumène que le paradis est garanti après la mort.

Leurs interventions sont des défis à relever en conscience et sans aucune forme de séduction :

En effet, l’homme est parfois abstrait et s’exprime par images ou syllogismes. Quand il chauffe le cercle, il lui arrive d’interroger sur les choses simples ce qui n’est pas facile, dans le genre : "Comment vous acceptez-vous, comment vous supportez-vous ?" Il renvoie les gens à leur questionnement.

"Je n’ai pas de liste de prescriptions d’attitudes à vous proposer". On reste sur sa faim : il remet en question. J’écoute ou j’évite. Si monoreillene me donne pas confiance en moi, je m’engage à partir à ma recherche.

Il rappelle qu’on a perdu notre âme : c’est la perte du bijou de notre existence. Il réitère : "Que nous reste-t-il ?" Il y a fort à méditer. Ces planches vont le confirmer. Elles m’ont été dictées par l’observation et l’étude de ce phénomène social, culturel et spirituel. La réalité actuelle l’exige. Je me trouve pris dans ce cheminement où seule une pédagogie qui respecte la personne peut ouvrir sur l’engagement de tous pour la construction d’un espace de tolérance : c’est ce qui a inspiré cette écriture, devenant moi-même Mejdoub.

Le Mejdoub est intarissable sur les choses humaines qu’il moralise en innovant. Toujours plus moderne aussi. Il a son public, les gens viennent au rendez-vous. La culture du Mejdoub marche même s’il n’est pas comparable aux autres saltimbanques. Il est bien différent. Il se met en avant. Il paye de sa personne. A lui seul, le Mejdoub représente une entreprise qui capte et stocke les valeurs : c’est une société d’information. Il est dans un souci de rigueur avec une érudition joyeuse sur le patrimoine culturel. Il veut recréer le passé dans l’avenir. Sa façon de travailler n’a pas de frontière. Il a un talent "haute couture". Il réitère que ses paroles sont à ressasser dans le futur. S’il a recours aux saints c’est par reconnaissance de leur travail spirituel. Leur discours moral est moderne. Il n’est concurrent de personne. Il réforme indirectement. Sans ambition personnelle c’est un prêcheur dans le désert. Malgré sa grande concentration, même quand il donne de la voix, il raisonne certes, mais parfois, il n’attends pas de réplique. Il ne choisit pas son sujet, ne thématise pas ses interventions. Sa vérité humaniste est produite pour développer de l’universel. Il s’adresse toujours à la personne de tous. Sa parole est particulière. Elle arrive sous une forme brève, récitée en jets formant ce que j’appelle un mouvement de drapeau au vent. L’ensemble fait une planche qui a une certaine unité. Elle ne ressemble à aucune autre forme : son langage n’est pas une instruction officielle.

En public, sur l’espace du souk, même s’il parle de lui, le Mejdoub n’est pas autobiographique. Il n’est d’aucune prose ni romanesque ni journalistique, son style n’est pas épistolaire, il n’écrit à personne. Tout sort de sa bouche au grè de l’instant sur un rythme spontané. Pour un intellectuel curieux, le Mejdoub est un homme créatif. Il a du bagage : ça se tient. Il a un vocabulaire riche qui dévoile des ressources inépuisables, ce qui peut bouleverser la vision du monde de ses auditeurs. Son langage est précieux mais sans fantaisie sans que ce soit à dessein. Pour lui, chacun peut comprendre ce qu’il dit. Il s’ingénie à être simple et précis dans la régulation de la morale sociétale. Il ne donne ni titre ni conclusion ; ne néglige pas la rencontre avec le saints. Il s’oblige à parler de leur expérience, rappelle qu’ils ont forgé leur voie dans l’entreprise de l’abnégation : "Rappelez-vous que vous étiez des enfants remplis du potentiel de rêve et d’accès à l’impossible même ... Ça se passe de mots.

P.-S.

Note de l’auteur

La route de l’occident latin-francophone a été une lunette, voire une loupe, pour revenir sur la terre de mes sources et scruter les richesses endogènes. Cette route a été semée d’embûches : vite repu des études strictement psychologiques, essentiellement d’origine états-uniennes, j’ai été attiré par la philosophie et les sciences sociales, l’anthropologie et enfin l’ethnométhodologie depuis 1984. Les technosciences ont diminué d’importance dans mon parcours professionnel. J’ai acquis la conviction que la politique reste le grand axe d’orientation des nations et des peuples, qu’on peut s’enrichir de tout en consolidant nos ressources pour améliorer la vie et aider le monde à ne pas périr dans sa crise de conscience humaine. Je menais alors une vie très difficile du fait de mon changement d’environnement. De fac en fac, mon goût pour Vincennes (Paris VIII) est devenu évident : lieu de transmutation par un regard neuf sur le sens des valeurs, le pourquoi a pris le pas sur le comment. Ma soif de savoir s’accroît de jour en jour. Il m’arrive d’oublier les repas. A mon premier retour au Maroc, barbu et amaigri, on me croyait malade. Pour une culture solide, il n’y a pas de secrets : le travail intellectuel organisé est salvateur. Guy Berger disait : "Un étudiant doit lire un livre par jour", Georges Lappassade : "Il faut aller voir ce qui se passe sur les lieux pour le décrire". Dans le cours de François Châtelet la pédagogie devient l’art d’être un être humain. Certains prof. invitent les étudiants chez eux, pour approfondir les questionnements. La succession des rencontres me faisait peur au début. Le mouvement et la profusion d’idées m’ont assailli. J’étais, en particulier, sans cesse sollicité sur la vie au Maroc par des questions qui me paraissaient insidieuses sur la politique ou la religion et qui m’auraient mis en danger dans mon pays. Pour ne pas me laisser enfermer dans mes insuffisances, je suis entré en thérapie afin de soigner mes maux et de mes blocages psychologiques. Soutenu par les enseignants, la thérapie m’a donné la force et le courage de m’intéresser à la militance et aux valeurs de la conscience humaine et universelle. J’ai commencé à parler de cela et certains collègues m’ont appelé "Mejdoub", personnage que je jouais pour m’amuser lorsque j’étais jeune. Je suis allé revoir sur place. Là, sa façon d’aborder l’humain m’a fasciné. Imprégné par son esprit, il m’a offert une possibilité d’exprimer mon ouverture au monde. Il m’a libéré de certaines peurs existentielles et c’est devenu un espace d’expression de l’ici et de l’ailleurs. Je l’ai abordé sous toutes ses formes occultant l’aspect "d’intouchabilité juridique". En effet, quand certains disent que "celui qui répond au Mejdoub sera atteint par le malheur", cela me paraît une vision moyenâgeuse, je n’ai relevé aucun incident de ce type depuis mon enfance. Rien que par sa prestance, le Mejdoub maintient une certaine hauteur ce qui inspire une crainte respectueuse. J’ai élaboré une parole personnelle, établie sur la base de mes observations et sur les lieux où ce personnage se produit d’où l’objet entre vos mains. Chacun sait que l’homme c’est sa parole.

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4 Messages de forum

  • > Le Mejdoub

    26 novembre 2006 22:37, par godoy
    en réponse je vous propose un mejdoub des temps modernes qui s’exprime en darija pous pouvez lire quelques unes de ces poésies sur son site à l’adresse suivant www.makhfi.net . Pour trouver les pages poésies, allez à la version arabe et cliquez sur la page poésie cordialement

    Voir en ligne : www.makhfi.net

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    • > > Le Mejdoub 18 janvier 2007 18:22, par jilal
      Merci amigo pour ce lien je suis allé jeté un coup d’oeil je le trouve intéressent . tes peintures sont expressives. greeting

      Voir en ligne : Sahha

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  • > Salut Le Mejdoub

    28 décembre 2006 15:09, par jilal
    Je suis jilal le barman de zizou de la rue monge..j’ai lu ton texte et ton bouquin franchement chapeau

    Voir en ligne : Salut le jemmah

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  • > Le Mejdoub

    29 avril 2008 20:27
    Bonjour, j’aime la façon dont vous parler de Mejdoub, un concept, un etat d’esprit, depersonifie, hors du temps, ou loin devant. Ce prénom me colle a la peau comme si je lui appartenais

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