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Éducation : Un chemin vers le clair-joyeux, une réflexion sur la violence. mercredi 17 août 2005, par René BARBIER |
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(à paraître dans la revue 3eMillénaire, automne 2005) 3e millénaire : La violence est un thème récurrent parmi les medias, mais il semble que l'on se trouve face à un mur d'incompréhension quant aux racines de cette violence, que ce soit sous l'aspect de l'éducation, de la sociologie, ou de la politique. On ne se sait pas comment faire, ou quoi faire avec la violence. D'après votre expérience d'enseignant en sciences de l'éducation, quelle vision avez-vous de cette situation ? René Barbier : Comme Professeur d'éducation, je suis concerné par ce qu'on appelle la violence à l'école. Cependant, comme sociologue, je me méfie beaucoup de ce qui apparaît comme une évidence : la violence serait partout, à l'école ou ailleurs. Peut-être y en a-t-il plus qu'il y a trente ou quarante ans, mais je crois aussi qu'il y a beaucoup d'événementiel, de spectaculaire et de mise en scène, souvent en fonction du jeu politique. Je dois donc être prudent. Ceci dit, on ne peut pas nier qu'il y ait actuellement une certaine effervescence qui relèverait de la violence même si, à mon sens, celle-ci reste à un niveau faible si l'on considère les inégalités de la société. En effet, la question qui se pose en moi est celle-ci : comment se fait-il qu'il n'y ait pas plus de violence ? ! La violence se trouve dans les inégalités, la façon dont elles s'instaurent, mais aussi la façon dont on les perçoit. Si nous parlons de violence, sur un niveau social, ou plus ponctuellement lors d'événements dans des écoles, c'est souvent le constat de notre insensibilité qui s'impose. La question de l'éducation à une sensibilité plus éveillée et vivante est donc soulevée. Il est évident que nous avons à redécouvrir la reliance avec le fond de nous-même, qui est ouvert sur une dimension de compassion. Nous avons à retrouver une reliance avec l'autre, c'est-à-dire avec la personne qui est là, et non pas cet autre imaginaire considéré pour son aspect utilitaire : « il peut me servir à obtenir une situation supérieure ». Nous avons aussi à retrouver une reliance avec le monde naturel, et ceci va de pair avec une écologie politique. Les conflits économiques sont complètement liés à une absence de conscience écologique. Peut-être est-ce relatif au niveau du destin de l'énergie : l'humanité est là, elle s'éteindra, et ceci n'empêchera pas l'énergie de continuer. Mais sur le plan de notre présence au monde, les conflits écologiques, qui sont économiques au niveau planétaires, sont des conflits majeurs. Savoir si demain ma fille et ses enfants pourront respirer sur notre planète constitue un conflit majeur. Le nier serait un non-sens. En outre, la nature est souvent une invitation à la méditation par son caractère ouvert. Cette dimension naturelle est absolument indispensable, pour nous interpeller sans cesse sur en quoi nous sommes encore des êtres humains. Nous ne pouvons donc plus, aujourd'hui, concevoir une réflexion philosophique sans la faire déboucher sur une écologie politique. Le terme politique est ici à comprendre au sens étymologique de l'organisation de la cité, celle-ci étant aujourd'hui mondiale, et non plus seulement locale. Il y a donc cette nécessité de retrouver en soi-même ce centre de reliance. Il nous offrira un autre regard, mais aussi une autre action sur les êtres, avec les êtres, et avec la nature. Dans mon métier de pédagogue, je n'ai jamais connu la violence malgré le travail effectué dans des associations de réinsertion pour les anciens prisonniers. Quand l'écoute n'est pas un jugement, quand on reconnaît l'autre comme une personne avec sa dignité et sa présence humaine, la violence ne s'exerce en général pas. Au contraire, elle s'exerce d'autant plus que le droit à la parole est nié, quand la personne n'est plus reconnue que comme un objet ou un matricule. A l'heure actuelle, les possibilités de parole, c'est-à-dire de passage à l'ordre symbolique, s'amenuisent. Mais, comme je le disais, je trouve que les gens n'explosent pas beaucoup, il y a encore beaucoup de civilité par rapport aux conditions infra-humaines dans lesquelles la société place les gens à l'heure actuelle. Vous évoquez la question de l'écoute de l'autre. Le sens de l'écoute est souvent perdu très tôt dans la vie, et un des rôles de l'éducateur est probablement d'aider à retrouver ce sens si essentiel. L'éducation est trop souvent du dressage. Y a-t-il possibilité d'une relation authentique entre l'éducateur et les personnes qu'il a en charge ? Au fond, quel est le rôle de l'éducateur, si l'on prend ce terme dans son sens le plus étendu ? RB : Cette question est centrale. Evoquer le rôle de l'éducateur revient à définir l'éducation. Sur un plan étymologique, ce terme possède deux sens. Le premier signifie « nourrir, prendre soin ». Si l'on remonte à Philon d'Alexandrie, il s'agit de prendre soin de l'être. Nourrir, c'est élever la personne, au sens de permettre à la personne de s'épanouir par l'intermédiaire d'un certain nombre d'aliments spirituels, symboliques, et matériels. Le deuxième sens est « conduire hors de ». Le pédagogue, si l'on se place dans la tradition même de l'éducation, conduit hors des sentiers battus et permet à la personne de découvrir des chemins à explorer, d'aller vers un plus-être. Dans la tradition chinoise, par exemple, l'éducation est la formation de l'homme de bien, de celui qui possède la vertu d'humanité. Ces termes sont bien sûr à actualiser pour notre société moderne, mais il est important à mes yeux d'avoir une préoccupation de finalité, de permettre à un être de découvrir en lui-même, grâce à l'éducation, des dimensions de son être en évolution permanente vers quelque chose qui s'élargit. C'est pourquoi je suis assez critique à l'égard de toutes les spécialités. Un éducateur n'est pas un spécialiste, mais bien un généraliste, ayant la capacité de faire des sauts analogiques, parfois étonnants ou dérangeants, entre des champs de connaissance très différents. J'envisage l'éducation sous l'angle de savoirs pluriels, aussi bien dans les sciences de la nature que physiques ou humaines, art et spiritualité. On me rétorquera qu'il s'agit là d'un savoir encyclopédique, mais ceci est réducteur. Le problème n'est pas de connaître tout, mais de bénéficier d'une sensibilité qui permette d'indiquer à son élève des orientations, des lignes de recherche : conduire au sens de proposer des voies : « là, tu peux aller voir pour trouver des réponses à tes questions ». Etre un informateur performant. Et se situer dans la transdisciplinarité. Voici un des aspects de l'éducation, l'autre étant la connaissance de soi. Deux pôles se présentent donc : celui des savoirs pluriels, et celui de la connaissance de soi. Chez l'éducateur qui travaille avec le « s'éduquant », comme disent les canadiens, afin qu'il puisse aller vers le plus grand large de lui-même, le dialogue entre les deux pôle se fait sans cesse. Mais l'éducateur aussi est un « s'éduquant » en permanence. Il n'est pas dans un état stable, mais dans une mouvance où lui-même s'enrichit des savoirs pluriels et de la connaissance de soi. Le pôle des savoirs pluriels vient poser les questions au pôle de la connaissance de soi, et celle-ci fait appel à des expériences personnelles, des flashes expérientiels par lesquels nous rencontrons une réalité autre, inconnue jusqu'alors. Un autre niveau de compréhension naît alors. Mais il demande aussi à être interrogé, afin d'éviter à cette connaissance nouvelle de se stériliser, de se transformer en un « je sais ». Les sciences humaines, les sciences du comportement, les neurosciences viennent questionner cette toute-puissance individuelle que l'on peut avoir du fait d'une « expérience » majeure. L'inverse est tout aussi important : la connaissance de soi, par le regard autre sur la réalité, interpelle le côté rigide et rigidifiant de toute science, dont la tendance est de clore et blinder ses frontières. Le dialogue entre les deux pôles est animé par la méditation, c'est-à-dire cette capacité à accueillir le silence en soi-même, dans la tranquillité : silence sur les concepts, les images, de façon à rencontrer en soi un vide. Ce vide est plein, créateur, et anime sans cesse spontanément de nouveaux questionnements, et donc notre faculté d'éducateur. ![]() Graphique extrait de René Barbier : « l'éducateur comme passeur de sens », Bulletin Interactif du Centre International de Recherches et Études transdisciplinaires n° 12 - Février 1998 http://nicol.club.fr/ciret/bulletin/b12/b12c9.htm Vous mentionnez un regard autre sur la réalité. Ce regard pose toute la question du jugement. Lorsque je suis rempli de pensées, je me découvre plein de jugements envers moi-même et les autres. Au contraire, ce regard est neutre, et personne n'en provoque l'apparition. Ce n'est pas un processus mental, mais quelque chose de très délicat. RB : C'est cela qui fait tourner la clef, et ouvre la porte. C'est le grand problème de la conscience. Qu'est-ce que la véritable conscience ? Pourquoi, après avoir été complètement agité, devient-on soudainement totalement tranquille ? Apparemment, il ne s'agit pas d'une conscience qui m'appartient, liée à mon moi. Il s'agit d'une conscience autre. Mais que signifie autre ? Je n'ai pas la réponse. L'évocation de ce niveau de conscience nous amène à la simplicité d'être. Seulement, il s'agit précisément de ce qui nous fait ordinairement défaut. Observer que je ne suis pas simple peut-il suffire à me rendre simple ? RB : Il faut commencer par là, si c'est ce que vous vivez. Nous n'avons pas l'habitude d'observer dans le non-attachement. Il y a interaction entre observé et observateur. L'observation non attachée demande une distance vis-à-vis de l'idée que l'on observe pour savoir, et finalement pour maîtriser. Dans le paradigme de la reliance, celui de l'observation non attachée, il n'y a plus de projet ni de savoir, ni de désir de maîtrise. Il y a simplement le fait d'être dans un processus. J'ai beaucoup réfléchi à cela au moment où j'accompagnais des mourants. Une personne en fin de vie n'est pas mourante, mais bel et bien vivante jusqu'au dernier souffle. Elle peut être vivante dans des régions de l'être que l'on connaît peu : elle est vivante mais détachée. Ce qui lui importait quand elle était vivante autrement n'a plus aucune importance. Elle est en dehors des choses contingentes. Sommes-nous capables d'être avec cette personne qui est dans une autre région de l'être ? Cette région nous fait peur car elle est libre des attachements qui sont nos points de repère. Sommes-nous capables d'être avec, sans lui dire des banalités comme : « ce n'est pas grave, on meurt tous etc. » ! Sommes-nous capables d'être là avec notre présence d'accueil et d'accompagnement ? Si nous le sommes, une véritable relation apparaît, y compris dans cet espace autre qu'elle est en train d'explorer avant de terminer sa vie. Si nous pouvons être avec cela, nous pouvons peut-être rentrer en relation avec cet espace qui nous interpelle beaucoup, en dehors de tout jugement, et jusque dans la vie quotidienne, et en particulier dans un cadre éducatif. Nous pouvons constater la force du conditionnement dans notre vie quotidienne, ne serait-ce que par la force de nos réactions émotionnelles dans le cadre de nos relations à autrui. Eduquer, dans son sens de « conduire hors de », consiste nécessairement en une aide à la prise de conscience du versant conditionné de notre psyché… Peut-on distinguer des étapes dans cette éducation à devenir des êtres humains ? RB : L'éducation commence peut-être avant même la naissance, dans la tête des parents, et se poursuit dans le ventre de la mère, et jusqu'à la mort du sujet. Je distingue quatre structures de vie liées à l'éducation et à la formation. En premier lieu se trouve en effet l'homme des conditionnements, que j'appelle « l' homme fermé ». Mais il n'en a pas conscience, et se satisfait de sa vie conditionnée. Nous nous rassurons les uns les autres pour être bien dans ces conditionnements, jusqu'au jour où survient un événement qui bouscule notre assurance : la perte d'un être cher, de notre travail… Peut alors surgir alors un flash existentiel, un éclair de conscience : ce que je vis n'est pas ce que je devrais vivre. Si cet éclair est assez puissant, nous passons à l'étape existentielle, dans laquelle nous reconnaissons l'existence de l'autre en tant que tel. Pour vivre ensemble, il faudra accepter l'existence des conflits, et voir que l'on ne peut vivre dans l'harmonie fallacieuse faite de faux-semblants qui résultait de la première structure. Dans celle-ci, nous sommes dans une maison fermée, la porte est close sur le reste du monde. Dans la deuxième phase, nous avons ouvert la porte, nous reconnaissons l'existence de l'autre, mais les conflits psychiques, sociaux prennent une plus grande ampleur intérieure. On voit plus clairement en soi-même, mais ceci peut se manifester avec un côté un peu tragique car nous pouvons prendre peur face à ce que l'on voit, face à l'autre. Mais si l'on va plus loin, le conflit peut aussi devenir créateur. Il impose que l'on trouve des solutions, que l'on devienne inventif. Là aussi se présentent des flashes existentiels qui vont nous permettre de passer à un autre plan : la structure poétique. L'ensemble de notre vie devient alors porteur de sens et de relation. L'éveil de l'intelligence se fait en relation avec l'autre, c'est à double sens. Cependant, il ne faut pas nier la dimension de la souffrance. Il est difficile de sortir de conditionnements qui nous rassurent et nous protègent. A un moment, nous devons nous arracher à quelque chose, et il y a de la souffrance dans cela. Dans l'élan, nous pouvons réussir mais ce n'est pas simple. L'éveil de l'intelligence est aussi la découverte de l'intuition. Il existe une signification mytho-poétique qui nous dépasse. Le mythe est un récit sans cesse réactualisé, souvent relié à nos origines. Le côté mythique de cette troisième structure est lié à l'enracinement. Son versant poétique est le jaillissement, qui vient déranger l'ordre de la structure de façon toujours imprévisible et spontanée. L'ordre établi est bouleversé. Le poétique nous amène dans la pédagogie du surgissement, et sans cesse nous nous trouvons entre enracinement et surgissement. Cette structure de vie me semble très importante, le sujet s'aperçoit alors qu'il est plus qu'un individu, mais un sujet collectif dans une dynamique, comme appartenant à une culture, à un champ symbolique plus vaste sans cesse en mouvement et en création. Le sujet fait partie intégrante de ce mouvement et de cette création. La quatrième structure est la vie noétique. Une expérience personnelle nous projette à un niveau de compréhension de la réalité tel que nous nous sentons inséré en totalité dans la terre-patrie, au sens cosmique du terme. Nous nous sentons de plus en plus comme un élément fondamental participant de l'énergie du monde. Ceci me fait rejoindre les philosophies chinoises par exemple, qui relativisent complètement la notion de « je » et donc la notion de personne. Je redéfinis la notion de personne comme un individu intégré au processus énergétique du monde de telle sorte que chez lui il n'y a plus personne à nommer. La question du « je » se pose donc : à quel niveau suis-je acteur, ou auteur, de la recherche d'un « plus-être », socle à partir duquel le rôle d'éducateur peut prendre tout son sens ? RB : Nous devenons auteur lorsque nous acceptons de rentrer dans le conflit. Mais il n'y a pas de limitation, à un certain niveau le conflit est dépassé, et nous allons vers un élargissement de notre être. Il s'agit d'une compréhension de la participation : nous appartenons à un ensemble qui pour moi est énergétique et constitue l'ensemble du monde naturel. Le sentiment de faire partie de cela nous emplit. Ceci est donc lié à une dimension affective et intuitive, une véritable compréhension par un intellect illuminateur. Il s'agit d'un flash existentiel déterminant qui nous fait voir le monde autrement. Au seuil de cette dimension noétique, se trouve ce que j'appelle l'autorisation noétique : nous acceptons de pénétrer cette dimension, et cette voie sans cesse s'approfondit. Mais nous trouverons rien qui nous donnera la vérité, cette voie est une voie d'inachèvement. Nous sommes sur un chemin que j'appelle le clair-joyeux en soi-même, et celui-ci s'élargit sans cesse. Plus nous sommes orientés vers ce chemin, c'est-à-dire vers ce travail intérieur qui nous fait toucher le clair-joyeux en constant approfondissement, plus nous avançons vers un esprit de compassion et de tolérance. Nous devenons des êtres humains. Le chemin du clair-joyeux est donc un chemin d'acceptation du conflit intérieur ? RB : Le conflit n'est pas refoulé mais accepté, nous le voyons sans l'analyser. Il est accepté sans personne pour l'accepter, et par ce fait même il y a dépassement. La relativité des conflits nous apparaît. Tout conflit est axé sur l'individu, avec son besoin de pouvoir, de maîtrise, d'assurance, etc. Si nous pouvons voir cela, nous voyons que les conflits naissent de choses mineures, sans intérêt réel. Voir au moment où ça arrive. Voir vraiment, sans fuir. Si nous prenons la peur, je regarde ce qui se passe en moi, mes sensations, ma manière de sentir la peur dans mes mains. Je me regarde avoir peur sans chercher à connaître la peur. Si nous pouvons regarder ce qui nous arrive vraiment, sur tous les plans, sans être entraînés par cela, nous pouvons aller jusqu'au bout et nous en délivrer. Peut-être avez-vous fait l'expérience de la détresse, par exemple au moment de la perte d'un proche. Tant que nous sommes pris dans le mouvement de la détresse, nous restons effondrés. Mais si nous voyons ce que l'on est à ce moment-là, un point d'être peut être touché qui nous fera basculer d'un coup. D'une minute à l'autre, nous sommes tranquilles, et passons sur un autre plan : tout ce qui nous animait et nous torturait disparaît. Ce caractère soudain est extraordinaire. Le niveau de « l'homme fermé », ou conditionné, est-il toujours la première étape ? Est-il possible d'élever un enfant de façon telle à éviter cette étape ? RB : J'ai tendance à penser que le conditionnement existe dès avant la naissance, dès le ventre de notre mère. Nous sommes conditionnés par les représentations de l'enfance dans le cerveau de nos parents. Si je prends l'exemple de la culture tibétaine, les parents ne font pas un enfant pour eux-mêmes mais en fonction d'une vision pour laquelle des entités karmiques attendent le moment propice pour renaître. Pour les tibétains, cette représentation est vraie. Aussi l'enfant à naître est-il déjà lié à ce conditionnement. Il est très difficile de sortir de cette étape première. Malgré tout, je crois aussi en notre faculté de vivre des moments où nous perçons la connaissance de la réalité. Il est possible de passer soudainement du stade de l'homme conditionné au stade de l'homme noétique, dans une sorte de trou cosmique. Je vois cela souvent dans la vie de mystiques exceptionnels, comme par exemple Ramana Maharshi. L'éducateur peut-il induire, ou favoriser, ces flashes ? RB : Je ne crois pas que l'on puisse induire quoi que ce soit. Il est possible d'induire des champs de connaissance, d'inviter à la lecture de certains livres, mais le niveau subtil du développement intérieur de la personne appartient à la personne. Bien entendu, vous êtes concerné si la personne est en relation avec vous, mais vous ne pouvez pas contraindre, ou vouloir. Vous ne pouvez pas avoir un projet. Je critique beaucoup la notion de projet, qui est très valorisée en sciences de l'éducation. Sur le plan qui nous occupe, celui du développement noétique de la personne, nous ne pouvons pas être un inquisiteur, un jésuite qui allant en Chine pense qu'il va pouvoir transformer les Chinois. L'idée de maîtrise doit être abandonnée. En revanche, la façon dont vous êtes présent au monde, dont vous réagissez et vous ouvrez au monde, la manière dont vous faites vivre en votre sein le clair-joyeux, aura naturellement une influence. Non pas parce que vous voulez l'imposer, mais parce que vous êtes vous-même. Vous êtes comme une fleur qui offre son parfum : elle ne cherche pas à imposer quoi que ce soit. C'est la même chose pour vous qui êtes présent avec le clair-joyeux au fond de vous-même. Le clair-joyeux, c'est tout de même l'amour de la vie ! Si vous avez l'amour de la vie et que vous le manifestez, votre influence sera comme un soleil qui donnera vie à la clarté joyeuse. |
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