Le Journal des Chercheurs Le JOURNAL des Chercheurs
Commentaires et retentissements Éducation contemporaine Mon livre, aujourd'hui Master en Sciences de l'éducation : une nouvelle spécialité en 2005-2006 sagesses du monde Editorial  







Les décollectionneurs ; pour une pédagogie du risque
PROF. DR. MARIANA THIÉRIOT-LOISEL ( PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE ET DE PHILOSOPHIE DE L'EDUCATION DANS L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR À SÃO PAULO – BRÉSIL DEPUIS 1994)

mardi 9 août 2005, par Mariana Thiériot-Loisel


DANS LA MEME RUBRIQUE :
A propos des concepts d'"articulation", de "situation" et de "dispositif"
André de Peretti et l'éducation
Education et spiritualité. Essai d'approche à partir de Michel Foucault
Lettre à Lara n°9 : De l'esprit méditatif
Histoire de Jean Perceval. Le "scénario narratif". De 15 à 30 ans
Pédagogie du risque dans une formation au management : effets, limites et valeurs
Enseigner, éduquer, apprendre aujourd'hui
Dissociation, transduction et théorie des moments
Éducation, sens de la vie et conscience spirituelle laïque
Questionnement sur l'autorité en éducation


" Dans le nord- j'hésite à l'avouer – j'ai aimé une femme, vielle à pleurer, " vérité" s'appelait cette vieille dame..."

F. Niezsche in Oeuvres Complètes, ed. Robert Laffont, Paris,1993.

Mes recherches, de la Maîtrise au Doctorat , ont eut originairement pour but l'évaluation formative des attitudes non intentionnelles, qui ont lieu au cours d'une relation pédagogique ayant pour mission la transmission des lois, des valeurs et des contenus de savoir de la culture occidentale.Les relations pédagogiques étudiées ont eut lieu aussi bien dans le contexte de l'éducation formelle que non-formelle, em dehors du cadre , em géneral rigide, de l'institution scolaire. Aprés une étude qui s'est poursuivie pendant une dizaine d'années, en France et au Brésil, et une patiente observation métacognitive, l'on perçoit que les attitudes non intentionnelles expriment la subjectivité de chacun au cours d'un parcours d'apprentissage et que leur apparition décclenche ce que Paul Ricoeur désigne par des "jugements prima-facie" (1), c'est à dire des jugements ultra- rapides qui expriment la désirabilité ou l'indésirabilité d'une intention et d'une action.Elles se manifestent sous les forme les plus variées de ce que E. Lévinas définit en tant que "passivité, crainte, tremblement"(2)ou ce que S. Freud désigne en tant que résistances " lapsus, blocages, dénis ,agressivité envers soi-même ou envers les autres"(3). En ce sens, les attitudes non-intentionnelles peuvent difficulter le dialogue au cours d'une relation pédagogique : soit entre l'enseignant et les éléves, soit de chacun à lui même ou entre les différents membres d'un groupe qui vivent um parcours de formation, y compris de formation de formateurs.

Cependant les attitudes non intentionelles expriment également les découvertes inédites qui peuvent être faites, seul ou à plusieurs, lorsque pendant un processus de développement la subjectivité de chacun possède um cadre, um espace vide oú cohabitent la liberté de parole et l'interdit de la violence physique et psychologique.Cet espace vide autorise un dialogue ouvert et franc , au cours desquels des points de vues, voire des logiques différentes peuvent s'articuler et configurer autrement le monde.

Les attitudes non- intentionnelles nous renvoient donc à :


- La surévaluation du désir
- La dévaluation du désir
- La découverte et à la transformation du sens rendue possible par le dialogue entre plusieurs membres d'un groupe entre des groupes différents ou simplement d'un sujet avec lui même,l'ouverture à une « concordia mundi ».

1) La surévaluation du désir

À partir de la définition du désir formulée par Jacques Lacan dans ses Écrits, le désir se traduit par " l'écart entre le besoin et la demande" (4). En effet le désir humain est complexe c'est pourquoi il est si difficile de l'inclure dans nos réflexions. Il exprime à la fois les besoins vitaux d'un organisme vivant ( de protection, de nourritures terrestres, d'affection) et une demande de sens, de comprendre et d'être compris rationnellement. Or le désir humain semble surévalué, par le sujet et/ou par le groupe, lorsque a lieu une surévaluation de la demande de sens en dépît de la satisfaction des besoins vitaux d'un être vivant. La préférence inconditionnelle d'autrui à soi-même, du bonheur des autres à son propre bonheur, traduit une pensée éthique millénaire, qui invite á l'acte gratuit, au désintêret, à l'oubli de soi, à la non-reconnaissance et à l'acceptation du pire,au primat du moral sur le matériel, du collectif sur l'individuel. E. Lévinas définit cette pensée éthique comme " un autrement qu'être ou un au-de-là de l'essence" (5) une sorte d 'idéal de "sainteté" ou le sujet se vide de lui même , se déscentre, pour céder la place à l'autre et signe « la préférabilité inconditionnelle d'autrui ». Cette attitude admirable et élevée, adoptée par les héros célebres ou anoymes, qui ont construit la culture occidentale, pleinement compréhensible dans des contextes ou la survie des valeurs humaines, qui garantissent la transmission d'une loi et d'une culture qui semble permettre de faire "a-deux-venir" l'humanité dans l'homme est menaçée, semble également une attitude ambigue et difficile, qui mérite d'être contextualisée, étant donné les massacres, les malentendus et les sacrifices inutiles qu 'elle a engendré et continue d'engendrer. Si elle semble annonciatrice de générosité à prime abord, elle peut receler également les germes d'un mouvement d'auto-destruction.En effet cette attitude soulève une série de problèmes lorsqu'elle devient um impéraitf catégorique,um devoir de sacrifice, lorsqu'ironiquement l'amour inconditionnel devient condition, en dépît de la santé physique et psychologique d'un organisme humain, dans le contexte absolument banal d'um examen de fin d'année,comme le baccalauréat, par exemple.Nous assistons ou prennons part à des rythmes de travail insensés, à la formations de classes élitistes ou seuls les plus endurants gagnent, nous mettons en place des examens aux allures sacrificielles qui conduisent au stress et á l'exclusion des uns et á l'éxaltation narcissique des autres...G. Deleuze va jusqu'à décrire le systhème éducatif comme "um processus d'endettement qui se déroule dans um théâtre de cruauté". Or cette relation d'endettement des uns vis à vis des autres, instaure une relation au savoir de domination-soumission, qui constitue um serieux obstacle à la liberté et à la joie du dialogue et une entrave à l équilibre nécessaire pour le développement heureux de l'humain. Bien sûr le développement est toujours crisique, toutefois la crise peut être vécue sereinement,comprise comme une occasion d'apprentissage, porteuse d'espoir.

2) La dévaluation du désir

A l'inverse de la situation précédente et comme réponse à celle-ci, la dévaluation du désir remet à la surévaluation des besoins vitaux de l'organisme vivant en dépît de la possibilité d'élaboration du sens dont il est porteur. La dimention sacrificielle de l'éthique occidentale a été durement critiquée par F. Nietzsche, qui revalorise le travail " magistral, " de l'instinct de survie, le dépassement de soi par soi, rendu possible par un corps sain dans un esprit sain et qui rend possible l'acquisition d'un Gai savoir. Le philosophe écrit :"faire du mépris du corps le salut de l' âme constitue la recette assurée pour parvenir à la décadence."(7) Cependant la transgréssion d'une éthique sacrificielle ne nous conduit pas toujours à l'avènement d'une philosophie nouvelle. ( Outre le fait que l'apologie du surhomme peut conduire au fascisme).Tout au long d'un parcours de formation, lorsque pour une foison de motifs (avouables et inavouables), le désir ne parvient pas à accèder au sens, la pulsion qui meut le désir peut se retourner contre soi même ou contre les autres( voire décclencher un mouvement simultanné de destruction de soi-même et des autres). Ceux qui sont ainsi visés sont les garants de la loi et de la culture occidentale. L'on assiste alors au cours du parcours d'apprentissage à la mise en place d'un processus de dévaluation de soi- même, des autres , ou des valeurs véhiculées par la culture occidentale, car pour de multiples raisons le sens des valeurs et de la portée de cette culture n'est pas compris, en vertu des sacrifices ou des abus qu 'elle impose et justifie.

3) Quelques constats  :

En éffet pour qu'un désir puisse accèder librement au sens et s'humaniser, quelques constats sont nécessaires et importants pour tous ceux qui vivent en tant qu'éducateurs et éduqués une relation humaine c'est à dire un histoire, en Occident, mais également dans d'autres contextes culturels : en Orient, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud...

a) Le désir humain est à la fois porteur d'un désir de comprendre et d'être compris, mais également d'assouvir les besoins vitaux de son organisme.Et lorsque on permet l'expression du désir l'on doit prendre en compte la compléxité et la richesse de sa structure. Elle atteste de l'éxistence à la source du désir humain d 'une pulsion épistémophilique, c'est à dire d'une pulsion qui souhaite comprendre et qui en fonction de sa reconnaissance ou sa méconnaissance, par soi même et par les autres, peut la conduire à se transformer en pulsion de vie ou en pulsion de mort. Or la demande de sens à la source du désir,ne peut s'exprimer et se développer harmonieusement que dans le contexte de l'interdit de la violence physique et psychologique. Ce cadre de sécurité est indispensable pour l'acquisition du langage qui va autoriser à chacun de résoudre la difficile équation posée par son désir. b) La structure complexe du désir humain nous conduit à faire une série de constats :d'une part nous ne devons pas omettre que l'organisme vivant qui exprime une demande de sens et qui souhaite comprendre et être compris, possède aussi des besoins physiques qui doivent être satisfaits et sans lesquels il ne saurait se développer harmonieusement. D'autre part il semble absurde et douloureux de réprimer les besoins vitaux d'un organisme, le blésser , l'agrésser, afin que la demande de sens, contenue dans les lois, les valeurs, les savoirs,d'une culture précise soit entendue.

4) Le rôle éthique des objets de savoir dans le contexte de la recherche transdisciplinnaire

J'ai donc analysé comment l'objet de savoir construit à deux ou à plusieurs peut assumer un role éthique de médiation entre des positions antagonistes de surévaluation ou de dévaluation du désir, dans la mesure oú la page blanche ( mais également les photos, les peintures, les collages,le chants, les blasons, etc...) constitue à la fois un lieu tiers, une zone de non – résitance(8), et se situe dans une zone proximale de développement des sujets impliqués dans la relation. En ce sens la création commune des objets de savoirs,voire même leur simple circulation, peut assumer un rôle important dans la recherche transdisciplinnaire et transculturelle, car c'est cette création en commun,ou cette écoute de la différence, qui peut donner naissance à des sens nouveaux , qui prennent en compte et respectent la diversité des cultures humaine, mais également du vivant, tout en créant les conditions du développement humain en harmonie avec la nature d'oú il émerge. A partir des exemples de dialogue puisés dans des contextes divers, dans l'enseignement supérieur, soit dans le contexte de la classe de Philosophie, mais également au cours du dialogue entre collègues de plusieurs disciplines différentes, entre plusieurs chefs de département,dans le contexte de la formation des formateurs, (mais aussi hors du contexte de l'Institution, avec les Indiens Guaranis ) cette recherche s'est ouverte sur une conscience nouvelle : "la conscience du non intentionnel" : c'est à dire du sens tiers, inédit et parfois sublime, qui est le résultat du croisement de désirs ,et plus loin, des savoirs et qui atteste de la capacité du développement humain, la capacité de se mettre d'accord. Ce sont ces objets de savoir patiament élaborés en comun, qui peuvent nous permettre de ne pas désespérer d'une « utopie pragmatique » : trouver du sens ensemble.

J'ai pû ainsi témoigner que lorsqu'on prend plaisir à rédiger un texte, à préparer un cours, à raconter une histoire, à faire um dessin, à s'offrir en partage à travers la culture le résultat est meilleur que dans la contrainte, la honte, la menace, la peur ou le sacrifice. Bien sûr l'élaboration commune de la connaissance implique l'éveil à l'éthique, mais une éthique possible, qui respecte l'intégrité physique et psychologique de chacun, sa liberté de parole, la richesse de sa subjectivité, de son histoire, les rythmes de son corps et de son coeur. C'est alors que le transfert a lieu : l'objet de savoir prend vie, il est habité,la poesie veille, la toile parle, le blason protège, le chant pleure de joie, les écrits saignent et fleurissent et portent en eux les traces de l'humain. Or ces objets culturels,tiers, habités ne sont-ils pas parfois capables de nous reconcilier avec les autres, avec nous mêmes ? Je n'ai jamais connu Kant ou Niezsctche personnellement, mais à des époques différentes de mon histoire, leurs écrits ont bouleversé ma vie et sans les avoirs jamais vus, ils me semblent chèrs et familiers.

São Paulo, le 13 Octobre 2004

Bibliographie

(1) Ricoeur, Paul. in Soi même comme un autre, Le Seuil, Paris,1993.

(2) Lévinas, Emmanuel. Entre nous ou Essai sur le penser à l'autre, Grasset. Paris, 1991

(3) Freud ,Sigmund. O mal estar na civilização, São Paulo , Imago, 1988

(4) Lacan, Jacques Ecrits, Le Seuil, Paris 1988

(5) Lévinas , Emmanuel. Ibidem

(6) Deleuze, Gilles. O que é a filosofia ?, São Paulo , Editora 34, 2001

(7) Nietzsche,Friedrich. Oeuvres Complètes,, Ed. Robert Laffont, Paris, 1993

(8) Nicolescu , Basarab. Manifesto da transdisciplinaridade, São Paulo, Triom, 1999

Répondre à cet article

Mariana Thiériot-Loisel
Professeur de philosophie, Coordinatrice pédagogique, Faculté de Philosophie du Monastère de Saint Benoît à São Paulo (Brésil)





Il y a 1 contribution(s) au forum.

> Les décollectionneurs ; pour une pédagogie du risq
(1/1) 26 novembre 2006, par eugene onteniente




> Les décollectionneurs ; pour une pédagogie du risq
26 novembre 2006, par eugene onteniente   [retour au début des forums]

Pour un pedago,la pedagogie risque est une ouverture de ses pratiques sur les vies existentielles.

A lui de gerer les dommages ! ! ! !DE RIRE

EUGENE chercheur independant en anthropo

[Répondre à ce message]

LE JOURNAL DES CHERCHEURS | PLAN DU SITE | ADMIN