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Une mort si simple samedi 30 avril 2005, par René BARBIER |
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Éduquer à mourir ne peut être que s'éduquer à finir radicalement dans sa forme d'existence. Dans ce domaine, aucune méthode ne saurait être pertinente. On peut toujours tenter d'approfondir, comme Michel Schneider, dans ses « Morts imaginaires » [1] , la façon dont les écrivains et philosophes, ont assumé ce passage difficile. Je préfère parler, de ma grand-mère maternelle que j'ai accompagnée dans cet ultime instant. Marie Kleinholtz, La Marie, comme on l'appelait dans son quartier populaire où elle vendait des fruits et des légumes, en tant que « marchande de quatre saisons », dans les années cinquante, à un âge déjà avancé, allait et revenait, chaque petit matin, de la rue Nationale dans le treizième arrondissement de Paris, aux Halles du centre de la capitale. Elle ramenait sa voiturette à bras et s'installait de bonne heure pour commencer sa journée. Elle aimait rire, chanter, bien manger et fumer ses « clopes » qu'elle confectionnait elle-même. Elle était simple, cultivée par la vie plus que par les livres, disponible pour les petits enfants. Elle m'a donné une âme et fait fructifier le clair-joyeux dans ma prime-enfance. Elle est décédée à plus de 88 ans, à la maison, chez mes parents. Depuis quelque temps ; elle avait décidé de ne plus manger. Son état nous avait alertés, bien qu'il ne présentait aucun symptôme délétère. Ma mère voulait l'hospitaliser. J'avais refusé après avoir parlé avec ma grand-mère. Elle n'avait jamais été malade et ne voulait pas entendre parler d'hôpital. « J'ai assez vécu et c'est bien ainsi » me disait-elle, « je vais rejoindre mon Léon » (son mari décédé depuis une cinquantaine d'années). J'étais là au moment de sa mort, jeune adulte encore, tout neuf dans l'écoute des personnes en fin de vie. Allongée sur son lit, dans un état comateux, inconsciente, elle s'est mise à trembler de tout son corps. J'ai su que c'était la fin. Je lui ai pris la main tendrement et, en silence, au fond de moi-même, une parole m'est venue. « Ne crains rien, mémère, je suis avec toi. Tu peux partir tranquille et sans peur. Tu n'as jamais fait de mal à personne dans ta vie et tu m'as donné envie de vivre, de sourire, d'aimer. Va rejoindre ton Léon. Il t'attend. Nous t'aimons pour toujours ». Tout à coup, son corps a cessé de trembler. Son visage s'est détendu. Une larme a glissé lentement le long de sa joue. Elle a rendu son dernier souffle. Sa mort m'a appris l'art de mourir relié. Beaucoup plus, sans doute, que tous les livres de philosophie que j'ai pu lire ensuite [2] . [1] Michel Schneider, Morts imaginaires, Paris, Grasset-folio, 2004, 201 pages [2] À ce propos, voir Frédéric Lenoir et Jean-Philippe de Tonnac (s/dir), La mort et l'immortalité. Encyclopédie des savoirs et des croyances, Paris, Bayard, 2004, 1685 pages. |
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Il y a 1 contribution(s) au forum. > Une mort si simple
(1/1) 16 août 2006, par stella |
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