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Connaissez-vous Jacques Ardoino ? La mort d’un grand ami

dimanche 15 mars 2015, par René Barbier

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Guy Berger et J.Ardoino (de gauche à droite)

Né en 1927, Jacques Ardoino vient de mourir à l’hôpital Tenon le vendredi soir 20 février des suites d’une longue et douloureuse maladie. J’étais encore avec lui deux heures avant. Mais il était dans le coma. Je le connaissais depuis 45 ans. Il avait été membre de mon jury de thèse de sociologie en 1976 et m’avait accompagné pour mon habilitation à diriger des thèses en 1992. Je le voyais toutes les 3 semaines depuis une dizaine d’années. Ce fut un grand intellectuel exigeant et un clinicien sensible des groupes. De nombreux témoignages deja font état de la tristesse de ses anciens étudiants et collègues

Il sera enterré au cimetière de Pantin le vendredi 28 février 2015 à 14 heures 164 rue Jean Jaurès, (Pantin), division 96, ligne 18, tombe 42 (entrer par porte principale et tout droit jusqu’à avenue des Erables Planes, à gauche)

C’est un pionnier de la psychosociologie clinique de l’éducation qui s’en va. L’histoire de cette discipline plurielle lui doit beaucoup, comme j’ai tenté de le faire remarquer dans un texte récent http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/spip.php ?article1693


 

"Dans le cosmos où la vie fut une chance

Tu fus un corps vivant,

Donc une chance"

Michel Onfray (Un requiem athée, Galilée, 2013, p.31)

 

Dernière demeure

A Jacques Ardoino

 

Le Père Lachaise conserve ses princes

Paris vomit ses morts

Vers Pantin

 

Cimetière de notre temps

Aussi vaste qu’un trou noir dans le cosmos

Sans histoire et sans âge

Mais aux portes de la Ville

Où les larmes gèlent dans l’œil

 

Dans la boue mon ami

Creuse les profondeurs

Il cherche la source

Du naufrage de toute vie

 

Le froid tisse sa robe de silence

Sur ce lieu de décharge

 

Personne dans les allées

Dans cet endroit sans ombrage

 

L’absence chape de plomb

Écrase déjà la mémoire

 

Jacques Ardoino est un des théoriciens des plus féconds en sciences de l’éducation (voir bibliographie et textes en ligne).

Aujourd’hui professeur honoraire de l’université Paris 8, son oeuvre est très importante. Il exprime une attitude à l’égard de la vie qui est proche d’une véritable sagesse sans doute nécessaire pour une éducation contemporaine.

Il est le passeur par excellence. Il a su s’autoriser à être sensible dans ses relations aux autres, particulièrement lorsqu’il a perçu la fragilité de certains êtres. Il connaît la complexité et l’exigence de la fonction d’accompagnement.

Plus que jamais il connaît l’importance de la complexité et de la transversalité. et de la fonction critique en éducation.

Il se refuse à cantonner sa vision du monde dans la dichotomie du pur et de l’impur.. Il explore, sans cesse, une perspective éducative qui s’ouvre sur le métissage..

Sur ce plan, il est un des rares professeurs de sciences de l’éducation à nous avoir soutenu dans notre action en direction de l’Asie.

En fin de compte, il nous propose d’entrer dans une épistémologie de la multiréférentialité. qui le fait s’interroger, avec Guy Berger, sur les sciences de l’éducation.

Un de ses derniers textes conceptuels, très documenté, porte sur la motivation, le mobile, le motif, la mobilisation (en ligne depuis août 2005, sur notre site)

Nous lui avons consacré un Colloque du 30 mai au 1 juin 1998, au Centre culturel "Les Fontaines" à Chantilly (introduction, 1er jour :, 2e et 3e jours :)

Inutile d’insister sur l’importance de Jacques Ardoino en éducation. C’est un des rares penseurs en ce domaine. Il est intervenu comme conférencier dans le master "éducation tout le long de la vie" pendant longtemps.

Ecoutez deux conférences dans le cadre du diplôme Universitaire de Formateurs d’Adultes (université Paris 8) :

Sur la multiréférentialité  :

http://www.barbier-rd.nom.fr/ardoino-multireferentialite.2008.aif

Sur l’altération :

http://www.barbier-rd.nom.fr/ardoino-alteration-meditation.aif

VOIR : site WEB http://www.barbier-rd.nom.fr/jacques.ardoino.accueil.html

Voir son dernier texte (septembre 2007) sur l’écoute

Voir une petite video le jour de la présentation du livre de Christian Verrier sur Jacques Ardoino HTTP ://www.dailymotion.com/lipoete

 

VOIR surtout le DVD réalisé par Hassen Bouabdellah et Muriel Granet, "Jacques Ardoino. Pédagogue au fil du temps", AUVEDI Production, 2010) : une série de vidéos lors de la présentation conviviale du livre écrit par Christian Verrier sur Jacques Ardoino (Christian Verrier, Jacques Ardoino, pédagogue au fil du temps, Paris, Téraèdre, 2010) avec Jacques Trabucco, ancien champion d’Europe d’accordéon

VOIR la vidéo plus complète sur la présentation : http://www.barbier-rd.nom.fr/J.Ardoino.presentation.livre1.avi

http://www.barbier-rd.nom.fr/J.Ardoino.presentation.livre2.avi

http://www.barbier-rd.nom.fr/J.Ardoino.presentation.livre3.avi

Voir aussi le remarquable livre de Christine Campini (Jacques Ardoino, entre Éducation et Dialectique, un regard multiréférentiel, L(Harmattan, coll. Histoire de vie et formation, 2011, 224 pages) http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/spip.php ?article1490

 

De Christian Verrier

Disparition de Jacques Ardoino, père de la multiréférentialité

Jacques Ardoino était né en 1927, il nous a quittés le 20 février 2015. Je l’avais rencontré en 1992, à l’Université de Paris 8 Saint-Denis, lors d’une séance de psychodrame dont il était l’animateur avisé.

Il fut ensuite l’un de mes enseignants de troisième cycle, principalement lors de séminaires sur la multiréférentialité qu’il partageait alors avec Guy Berger. En tant que professeur, il était réputé pour avoir tout autant la « dent dure » (son quasi légendaire mauvais caractère, qui cependant avec les années s’était considérablement adouci), qu’une habileté peu commune dans l’interprétation des situations qui, disait René Lourau, lui permettait de voir « par en-dessous » les attitudes, les discours, pour les éclairer d’un jour inattendu en leur prêtant un sens révélateur.

Jacques Ardoino était un homme multiple – de cette multiplicité qu’il préconisait en épistémologie des sciences de l’éducation – mais pas seulement. Il fut chercheur, épistémologue, psychodramatiste, psychosociologue, consultant, auteur aux écrits réputés pour leur souci du détail (le nombre et la densité de ses notes de bas de page sont presque une marque de fabrique) qui ont marqué leur temps.

En plus de cela, il fut surtout, pour moi, un pédagogue étonnant, qui parlait rarement à la légère, pour ne rien dire, qualité rare à l’université comme ailleurs. Une blessure originelle l’avait marqué dès l’enfance, une déficience affective parentale, qui expliquait selon lui qu’après sa formation initiale en droit, psychologie, philosophie, il ait rejoint finalement les sciences de l’éducation (même s’il déclarait s’y sentir à l’étroit), dont il devint l’un des principaux inspirateurs, non seulement à Paris 8, mais aussi un peu partout dans monde, et jusqu’au Japon, qu’il connaissait bien et où il est traduit.

En 1963, citant H. G. Wells, il écrivait : « La course est désormais engagée entre l’éducation et la catastrophe ; si nous ne gagnons pas cette bataille, y aura-t-il seulement un XXIe siècle pour notre civilisation ? » D’où l’absolue nécessité de bien comprendre dès maintenant le rôle de l’éducation dans la société contemporaine. Cinquante ans plus tard, notre monde actuel de ce début de millénaire ne saurait le contredire, à de nombreux points de vue.

Proche, entre autres, de Cornélius Castoriadis et d’Edgar Morin, qu’il avait fait contribuer à plusieurs numéros de la revue Pratiques de formation/Analyse, il partageait avec eux ce penchant, rendu inéluctable par l’avancée des sciences de l’homme et de la société, pour le pluri et le multidisciplinaire, la complexité, et même ce qu’il nommait l’hyper-complexité de l’éducation. Autant d’éléments qui l’avaient conduit peu à peu (sans rien sacrifier de son talent de clinicien) à forger son objet conceptuel le plus marquant, la multiréférentialité, qui proposait d’examiner les situations éducatives sous des angles et des perspectives multiples et simultanées (les personnes, les interrelations, le groupe, l’organisation, l’institution). Sans oublier nombre de notions incontournables dans l’analyse du chercheur : complexité, implication, autorisation, négatricité, pur, impur, temporalité, altération, savoir-être, savoir-devenir...

Aujourd’hui encore, lorsqu’il m’arrive d’être en situation d’enseignement ou de formation, je m’étonne parfois de retrouver dans quelques détours de mes phrases, de mes façons de faire, un peu de lui, mais sans son talent.

En 2009, j’ai écrit un livre sur lui, mais, et c’est avant tout ce que j’ai envie de retenir de l’aventure, avec lui, selon sa propre formule. Malgré la tristesse de sa disparition, je suis heureux d’avoir fait ce bout de chemin de vie et de réflexion à ses côtés. Puisque le clinicien et le pédagogue sont définitivement partis, j’encourage à lire et relire l’auteur Jacques Ardoino, en ces temps où le sens même de nos écritures et leur profondeur semblent fuir entre les doigts et ne plus s’imprimer nulle part.

Christian Verrier (Université Paris 8)

Jacques Ardoino est l’auteur de plus de trois cents publications (ouvrages, articles, éditoriaux, préfaces, collaborations diverses), de 1953 à 2014. Parmi celles-ci, s’il n’y en avait que trois à retenir, je mentionnerais : Propos sur l’éducation, Paris, Gauthier Villars, 1963, (1ere éd. 1963 ; 6e éd 1978) (trad en espagnol, portugais, japonais). Éducation et politique, Paris, Gauthier Villars, 1977, (rééd en 1999 Anthropos-Economica). Les avatars de l’éducation. Problématiques et notions en devenir, Paris, PUF, 2000. Et comme se souvenir d’une vie est tout aussi important que se souvenir d’une œuvre, deux regards sur l’homme Jacques Ardoino : Christian Verrier, Jacques Ardoino, pédagogue au fil du temps, Paris, Téraèdre, 2010.

Christine Campini, Jacques Ardoino, entre éducation, dialectique, un regard multiréférentiel, Paris, L’Harmattan, 2011.

Hommage de Jean-Louis Le Grand

Chers collègues, chers étudiants, chers amis.

Vous avez peut-être appris la nouvelle du décès de Jacques Ardoino qui sera enterré demain Vendredi 27 Février 2015 au Cimetière parisien de Pantin à 14h30 (M° 4-chemins Ligne7). Pour certains d’entre vous il est un inconnu, un nom connu, un théoricien fécond, un ami.

Sans entrer dans une biographie avec une énumération aussi longue qu’impressionnante des publications et éléments de curriculum vitæ retenons quelques faits marquants pour notre communauté de Paris8.

Nous invitons celles et ceux qui veulent aller plus loin à lire les deux principales biographies qui lui ont été consacrées par des personnes qui furent à plusieurs années d’intervalle tout d’abord des étudiants du DUFA de Paris8 avant de devenir des chercheurs, l’ouvrage de Christian Verrier Jacques Ardoino, pédagogue au fil du temps. Préf. René Barbier. Paris Téraèdre 2010 et l’ouvrage de Christine Campini Jacques Ardoino, Entre éducation et Dialectique, un regard multiréférentiel. Paris : L’Harmattan 2011 (Coll. Histoire de vie et formation), préfacé par André de Peretti. Par ailleurs dès 1999 un numéro de la revue de Pratiques de formation/Analyses (N°36) lui était consacré « Le devenir de la multiréférentialité. Hommage à Jacques Ardoino » suite au colloque à Chantilly organisé par René Barbier et une équipe d’étudiants et d’amis. En effet la figure de Jacques Ardoino ne pouvait se concevoir sans ce lien indissoluble, jusqu’à la fin, avec son compère Guy Berger, son ami-disciple René Barbier, sa voisine et amie Nicole Meyer, directrice de la Formation permanente de Paris8 décédée précipitamment.

Jacques Ardoino est une figure marquante de Paris8 et de l’éducation tout au long de la vie. A la suite de la première formation de formateurs pour adultes avec notamment Maurice Krichewsky il met en place, de très loin le plus ancien des diplômes de formation permanente de Paris8, le Dufa. Avant de passer le flambeau pendant près de 30 ans à René Barbier et actuellement Mehdi Farzad. C’est lui qui fonde aussi avec Nicole Meyer la revue Pratiques de formation/analyses en 1981, dont il assure la rédaction en chef jusqu’en 2004 et qui verront sortir des numéros « historiques » notamment sur l’écologie, l’imaginaire et l’éducation, l’ethnométhodologie, la reconnaissance des acquis… De toute évidence cet investissement dans notre communauté universitaire de Paris8 est important (membre du CA et du bureau de l’université, directeur d’UFR, responsable de département, co-responsable du DEA…), c’est une université à laquelle il était profondément attaché.

Toutefois c’est aussi dans la dimension internationale de la recherche en éducation qu’il se consacre avec notamment l’AFIRSE (Association Francophone internationale de recherche scientifique en éducation) et le compagnonnage de Gaston Mialaret. Nombre de colloques internationaux avec des actes sont ici dans les annales de la discipline des Sciences de l’éducation. Le rayonnement de ses travaux épistémologiques sur la multiréférentialité, les rapports entre éducation et politique, la psychosociologie clinique, la philosophie et l’anthropologie fondamentale de l’éducation, la complexité ont marqué et continuent de marquer des générations de praticiens et de chercheurs dans le domaine de l’éducation.

Que les quelques éléments ici d’hommage à Jacques Ardoino donnent l’envie d’en savoir plus sur l’œuvre qu’il a produite et dont plusieurs d’entre nous sommes, à de multiples égards et même de manière critique, des héritiers. Nous tenons à exprimer ici notre sympathie à sa femme, sa famille, à ses amis et amies, ses proches, ses compagnons de route.

(Jean-Louis Le Grand, Université de Paris8. Sciences de l’éducation.)

Ecoutez Jacques Ardoino et son humour bien connu, déjà en difficulté verbale, lors d’une présentation de son livre dans la librairie "Le sujet dans la cité" Sur son oeuvre Présentation du livre de Christian Verrier "Jacques Ardoino. Pédagogue au fil du temps" (11 mai 2010)

Bande son 1ère partie (MP3)

Bande son 2è partie (MP3)

Bande son 3è partie (MP3)

P.-S.

Une vidéo de 4 minutes en 2001 Canal U : Jacques Ardoino, Contrôle et évaluation, [http://www.canal-u.tv/video/profession_formateur/controle_et_evaluation.370- >http://www.canal-u.tv/videfession_formateur/controle_et_evaluation.370]

La revue sociographe a beaucoup estimé Jacques Ardoino

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