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Épitaphe lundi 16 avril 2012, par René BARBIER |
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Durant mes pérégrinations matinales au cimetière du Père Lachaise, j'ai souvent eu l'occasion de lire des épitaphes inscrites sur les sépultures. La plupart sont conventionnelles, d'une uniformité affligeante, à l'image de la statuaire enfermée dans les allégories religieuses. Visiblement les plaques commémoratives sont achetées toutes faites chez les marchands funéraires et reflètent le manque habituel d'imagination concernant la mort. On y retrouve les "à notre mère regrettée", "à notre père chéri, priez pour lui" parfois, étonnamment, "à ma propriétaire" etc. Très rares sont les épitaphes qui expriment un vécu personnel vraisemblablement propre au défunt. Ainsi de l'épitaphe du sculpteur Arman qui écrit "Enfin seul !" [1]. Une autre fois l'expression est reprise d'un texte ancien qui "donne à voir" comme disait Paul Eluard. Par exemple sur une tombe cet extrait d'une mystique chrétienne Catherine de Sienne, qu'on aurait aimé plutôt voir fleurir sur la tombe de ces plus vieux amants moyenâgeux de ce lieu chargé d'histoire : Héloïse et Abélard.
te lie à un être, n'écoute plus les autres mots, ils ne sont jamais que l'écho de celui-là Où encore ces quelques vers, sur la tombe du poète Yvan Goll (1891-1950) et de son épouse Claire : Je n'aurai pas duré plus que l'écume Aux lèvres de la vague sur le sable Né sous aucune étoile un soir sans lune Mon nom ne fut qu'un sanglot périssable Il existe des dispositifs de développement personnel dans lesquels le psychothérapeute demande au patient d'écrire son épitaphe future pour lui permettre de prendre conscience de son désir le plus enfoui. Se peut-il que, parfois, ce désir soit plus qu'une touche d'imaginaire mais une réalité déjà animant en douceur une existence concrète ?
Qui voyait plus loin que ses yeux
Où la lumière se tisse Dans l'amour même Et le soleil de minuit
Avec la totalité du Monde
Il connaissait l'envers
sur sa main printanière Comme le jour sort de la nuit Pour une fraternité de reliance Pour une saison de pluie dans le désert
Extrait du "Promeneur du Père Lachaise", inédit. [1] Son épitaphe lui a été volé ces derniers mois |
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