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La traque obsessionnelle sur la pseudo pré-délinquance des tout-petits enfants

dimanche 6 novembre 2011, par René BARBIER


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Il est dans l'air du temps du gouvernement actuel de miser sur l'esprit sécuritaire pour asseoir son autorité politique défaillante. Les politiques, pas seulement de droite malheureusement, cherchent tous les moyens pour aller dans ce sens. Leur dernière trouvaille consiste à s'inspirer des recherches dirigées, outre-Atlantique, pour prétendre repérer les troubles du comportement soi-disant "pré-délinquant" chez les enfants de maternelle.

Un documentaire de 52 minutes produit par Cinétévé et France 5 et diffusé le 4 novembre 2008 sur France 5 nous fournit une source de réflexion digne d'intérêt (52 minutes). Le site Médiapart nous offre une rediffusion de cette réflexion.

Selon la journaliste de Médiapart Lucie Delaporte, "c'était en 2006. Un projet de loi sur la prévention de la délinquance s'appuyant sur les conclusions d'un rapport de l'Inserm préconisait de dépister les troubles de conduite dès l'âge de 3 ans. En réaction, le documentaire de Marina Julienne et Christophe Muel fait le point.

Face au tollé général que provoqua cette proposition (la pétition du collectif "Pas de 0 de conduite" pour les enfants de 3 ans récolta pas loin de 200.000 signatures), le gouvernement dut retirer de son plan de prévention de la délinquance l'idée d'un dépistage précoce.

En cette rentrée pourtant, une note du ministère a ravivé à la mi-octobre les craintes de voir resurgir ce type de « dépistage » d'inspiration déterministe dès la maternelle. Au point que le ministre de l'éducation nationale a dû ces derniers jours amorcer un rétropédalage en plaidant le malentendu" (.(31 OCTOBRE 2011 | PAR LA RÉDACTION DE MEDIAPART ET LUCIE DELAPORTE))

Aux USA et surtout au Québec sous l'égide du chercheur Richard Tremblay, et malgré quelques critiques, on travaille depuis longtemps sur cette traque comportementale de la petite enfance. Les autorités françaises et des "chercheurs" s'en sont inspirés pour fabriquer des questionnaires truqués à destination des tout-petits enfants en maternelle et des parents soumis à l'autorité "scientifique" de la blouse blanche. Ce type de questionnaire a été administré et accepté dans la région PACA mais a été refusé ou a donné des résultats ridicules à Paris.

Comme le rappelle Philippe Meirieu, sans nier parfois l'existence de prédispositions d'ordre biologique ou social, ces questionnaires d'origine canadienne ne donnent aucune référence au contexte dans lequel s'insèrent nécessairement des questions à dimension psychologique ou comportementale. Il rappelle que les politiques refusent de réfléchir vraiment aux sources économiques et sociales des difficultés psychopathologiques et sociales des enfants.

Au Québec ces approches très intrusives, de contrôle social et partiales ne sont pas refusées par les parents insécurisés et avides de "trucs" codifiés pour être des "bons parents".

À la fin de la première décennie 2000 (en 2007) l'INSERM a continué dans ce sens auprès d'enfants de maternelle et a été critiqué par le Comité d'éthique. Ce qui ne veut pas dire qu'il faille rester inefficace à l'égard d'enfants perturbés d'une façon évidente (agressivité répétitive, hyperactivité trop questionnante) comme on tente de trouver des solutions diversifiées dans le service pédopsychiatrique de l'hôpital Necker. D'autres (hôpital Robert Débré par exemple) ont recours à des médicaments psychotropes (Ritaline) dès les plus jeunes. Aux USA les enseignants demandent eux-mêmes aux médecins de prescrire ce type de médicaments pour des enfants "difficiles". Au Québec la "dernière chance" pour ce type d'enfants réside dans le programme "Répit-Transit" en tout petit groupe pendant quelques semaines et à fort dimension de contrôle social par le dressage comportemental.

En France on préfère la pédagogie active de travail en groupe coopératif avec des réussites évidentes pour les enfants hyperactifs, avec l'utilisation des "ceintures" de couleurs différentielles qui donnent des "droits" de plus en plus larges aux enfants en fonction de leur couleur et de l'évolution psychosociologique des enfants (à partir de la blanche, comme en judo).

Malgré tout, en France comme ailleurs se dessine une société de l'enfance sous contrôle. Il est à craindre que l'ouverture sur l'éducation prénatale si diffusée déjà en Asie, ne vienne grossir cette tendance, bien avant la naissance. (cf la recherche sur la Corée de madame Estelle Cheon-Pavageau)

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René BARBIER
Page personnelle de René Barbier
Professeur émérite des universités en Sciences de l'éducation (université Paris 8 jusqu'en fin 2012, honoraire depuis) Fondateur de l'Institut Supérieur des Sagesses du Monde (ISSM) en ligne. Conseiller scientifique du Centre d'Innovation et de Recherche en Pédagogie de Paris - CIRPP- (CCIP). Membre du Conseil d'administration du Centre International de Recherches et d'Etudes Transdisciplinaires (CIRET)

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