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Le yoga à l'école mercredi 15 avril 2009, par René BARBIER |
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![]() Deux films récents - "Entre les murs" (L.Cantet) et "la journée de la jupe" (Jean-Paul Lilienfeld) - montrent à quel point " faire classe" devient souvent une quasi impossibilité pour les enseignants tant est patente l'instabilité, voire l'incivilité des élèves dans une société bousculée par les inégalités économiques, sociales et culturelles. Depuis plus de trente ans, l'Association de Recherche sur le Yoga en Education (RYE) a conduit de très nombreux enseignants et éducateurs qui s'occupent d'enfants et d'adolescents à puiser dans la tradition pratique du yoga millénaire pour redonner un peu de paix et de silence intérieur aux élèves des collèges et lycées. En 2002 j'ai eu l'occasion de présenter une réflexion sur sagesse chinoise et éducation à l'UNESCO dans le cadre de ce mouvement pédagogique Je donne la parole à Micheline Flak, fondatrice du RYE, qui présente ici les sept principes de bases du RYE (RB)
Sept principes pour introduire le yoga à l'école Le succès de nos pratiques et leur reconnaissance, nous conduit à insister sur les règles de bon sens qui doivent, dans tous les cas, être à la base des applications du yoga en milieu scolaire. Il est indispensable d'éviter les modes d'emploi sauvage et de veiller à ce que notre enthousiasme pour l'innovation préserve sa ligne d'équilibre. Nous donnons ici quelques principes à garder précieusement en tête : I. Les professeurs seront formés avant de prétendre introduire le yoga à l'école. Ils devront avoir obtenu un certificat délivré par un organisme compétent dans ce domaine particulier. Il serait idéal que les IUFM proposent une formation de ce genre aux futurs enseignants. II. La relaxation est le préalable à une attention de qualité. Elle ne devrait pas durer plus de 5 à 6 minutes. Elle devrait consister essentiellement en une prise de conscience systématique de l'environnement, du corps et de la respiration et limiter l'utilisation des images intérieures. III. Aucune rétention ni modification du rythme respiratoire n'est à introduire chez les jeunes d'âge scolaire. La simple attention au souffle amène une régularisation des phases respiratoires, avec pour corollaire le calme émotionnel. IV. Les exercices de yoga postural et/ou de développement de l'attention et de la concentration sont à adapter au niveau d'âge et de compréhension des élèves, ce qui suppose une grande souplesse d'observation de la part des enseignants. V. Le RYE ne s'occupe ni de spiritualité ni de religion. Il agit pour amener les acteurs de l'éducation à des comportements plus justes et mieux ajustés au but de l'école qui est de mieux apprendre dans une ambiance agréable. VI. Nous faisons de la réhabilitation du silence un élément favorable à la relation interpersonnelle, la qualité de l'apprentissage et la connaissance de soi. VII. Tout en restant ouverts à un yoga adapté aux exigences de l'école, nous donnons pour chaque exercice proposé la référence aux sources yogiques. Tels sont les principes que nous préconisons tant au RYE en France que dans les R.Y.E. à l'étranger. Nous nous appuyons en cela sur la science et la tradition. Ces recommandations nous semblent importantes pour rendre l'usage du yoga acceptable par tous les partenaires de l'éducation. Le septieme principe La fidelite aux sources - En feuilletant les ouvrages de yoga pour enfants de chez nous ou d'ailleurs, on s'aperçoit que les postures ou les exercices sont assortis de dénominations du cru. Bien entendu, il vaut mieux pour le jeune public appeler l'asana du chat, le chat, cat, katz, gatto plutôt que marjariasana. Dans ce cas prendre des libertés par rapport au sanskrit se défend. Mais aujourd'hui on reconnaît la nécessité d'une langue commune pour se faire comprendre par delà les frontières. Comment l'internationale du yoga peut-elle s'entendre et communiquer, si nous ne nous respectons pas la tradition ? La vulgarisation du yoga s'accompagne de dérives. On se sert d'appellations non contrôlées, sans rapport avec les origines. L'expression « le poirier » est censée décrire la posture sur la tête ? Pourquoi pas le cerisier ou le peuplier ? Les lubies linguistiques nous mènent à préférer shirshasana, la précise appellation sanscrite, tout simplement. Au RYE, nous avons toujours tenu à référer nos techniques aux sources. Notre ouvrage Des enfants qui réussissent, comme tout livre de yoga sérieux, en donne l'exemple. Au XVIII ème siècle, Linné, célèbre naturaliste, eut une idée de génie : nommer en latin les plantes et les animaux. Il avait trouvé là le biais pour rallier à sa classification toutes les sociétés savantes de son temps. Son initiative peut être avantageusement reprise par les spécialistes de yoga à partir d'une langue de référence non moins célèbre que le latin : le sanskrit. Ceci est un avantage dans un contexte de mondialisation. Mais il y en est un autre. L'usage du sanscrit recèle un effet subtil, précieux entre tous. Dans la pratique personnelle, c'est un fait que les dénominations d'origine retentissent sur les états de conscience. Si nous appelons feuille pliée ou livre fermé ou coccinelle telle position du corps, nous n'avons pas la même expérience intérieure que si nous nous souvenons du terme shashankasana, que l'on traduit par la posture de l'œuf. C'est dans l'œuf (ou la graine) qu'est contenue toute la potentialité de l'être en devenir. Et voilà qu'à cette mention, notre état de conscience palpite de la sensation d'un retour vers soi-même. Autre exemple : le mot relaxation est utilisé couramment pour rendre compréhensible à tous, le cinquième échelon de Patanjali intitulé pratyahara. Le mot relaxation n'est pas nul. Mais nous allons bien plus loin dans la compréhension du processus de détente, lorsque nous nous référons pour le décrire à la signification de retrait des sens, plutôt qu'à la banale notion de relâchement. On comprend que la relaxation est le prélude incontournable de la concentration. Le rapport à la langue originelle nous permet donc de nous repérer dans le temps présent et de jeter des balises pour l'avenir. Face au développement sauvage du yoga contemporain, il est bon de tracer des chemins sûrs dans la jungle des mots et des images et de mondialiser correctement la science yogique. Dans cette perspective, le modèle Linné peut justement nous inspirer. L'utilisation du sanscrit demeure la clé de la transmission. Elle est à l'ordre du jour. Il ne s'agit pas d'un retour rigide à la tradition. Bien plutôt d'une ferme assise pour servir la sagesse et en perpétuer la profondeur. Micheline Flak |
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