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Esquisse d’une morale sans fondement ni garantie par André Comte-Sponville

Conférence à l’École normale supérieure

vendredi 2 janvier 2009, par René Barbier


Ecole Normale Supérieure le 12-02-2007 à 17 heures

Écoutez la conférence (Hélas, comme c’est trop souvent le cas, la conférence n’est plus accessible !!)

Résumé

André Comte-Sponville développe dans cette conférence la conception relativiste de la morale

Il commence par dire qu’il est difficile de croire à une morale absolue après Foucault ou Althusser. Pourtant, aujourd’hui, on pense que son opposé, le relativisme, mène au nihilisme car tout se vaut et donc que rien ne vaut

Pour André Comte-Sponville, il n’en est rien

Plusieurs questions se posent. Il en traitera deux principalement dans son exposé.

- Pourquoi être relativiste ?

- quel fondement à la morale

- origines de la morale

- différence entre relativisme et nihilisme

1- Pourquoi être relativiste ?

Le relativisme est toute doctrine qui ne pose pas l’absolu comme un fait.

L’absolutisme : toute doctrine qui dit le vrai ou le bien

Le Relativisme

Il peut être épistémique et normatif

Il affirme : Pas de vérité absolue et relativité de toute valeur

Spinoza soutient avant tout le relativisme normatif et Kant le relativisme épistémique

Pour André Comte-Sponville aucune connaissance n’est absolue mais toute vérité est absolue (ex le fait d’être là lors de son exposé à ENS)

Le relativisme moral signifie :

- il n’y a pas de valeurs absolues, toutes les évaluations sont relatives

Pourquoi adopter le relativisme moral : À cela 4 raisons

- empirique : diversité des moeurs des morales, des philosophes morales (déjà chez Montaigne : la morale relève de la coutume. Aussi Lévi-Strauss avec son relativisme sans appel)

- ontologique et relève du matérialisme : les valeurs n’existent que pour certains corps vivants (Epicure ou Marx) La justice dépend des groupes pourtant pas de nihilisme

- logique :

on ne peut passer de l’énoncé d’un fait à une norme. Pas de morale scientifique

- anthropologie fondamentale : argument spinoziste

nous sommes plus des êtres d’action et de passion que de connaissance. La raison sert à connaître et le désir à évaluer (il donne de la valeur à ce qu’il évalue)

Le bon et le bien sont antinomiques

Le désir est l’essence même de l’homme. Il domine la raison mais "l’homme est un animal désirant, raisonnable et normatif" (Spinoza) Pas de morale absolue (pour Freud, Nietzsche, Marx, Darwin) pourtant on ne peut nier son existence. Elle existe au niveau du groupe humain.

Le relativisme est une voie du milieu (entre absolutisme et nihilisme). Il rappelle qu’il n’y a pas de civilisation sans morale

Le fondement de la morale

s’il y a fondement, on devrait joindre le bien et le vrai : seul Dieu comme absolu le peut.

Par contre le fondement de la morale peut être de droit, expression de la volonté humaine (toute relative) mais existante à partir de ce moment.

2e partie : Origines de la morale ?

Est-ce La vie ? intérêt de l’espèce (selon Darwin)

L’histoire (Marx)

La société (Durkheim)

La raison (Kant)

La morale n’est pas absolue, elle est relative, et dépourvue de fondement Mais, disent les détracteurs d’André Comte-Sponville, cela aboutirait à un nihilisme ?

S’il y a une pluralité des morales, aucune morale n’est supérieure à une autre (la "morale nazie" comme n’importe quelle autre ) donc rien ne vaut ou tout se vaut

Non dit André Comte-Sponville et il donne 6 raisons :

- sémantique : relatif et rien ne sont pas des termes synonymes

- Tirée de l’histoire de la philosophie : Epicure, Montaigne, Marx, Nietzsche relativistes (et non nihilistes)

- De ontologie : dans le champ de l’être l’absolu est l’exception Pour Alain "exister c’est dépendre" or est absolu ce qui ne dépend de rien

Tout est relatif sauf le Tout lui-même (donc la morale aussi qui est insérée dans le Tout mais n’est pas le Tout) "La morale n’a pas plus besoin d’être fondée que le Mont-Blanc" (Lucien Lévy-Bruhl)

Il y a de la morale dans le Tout mais elle n’est pas la morale du Tout

- logique : le relativisme aboutit au nihilisme que si toute"valeur" est égale à l’absolu

Mais l’absolu est amorale, par delà du bien et du mal.

Il n’est de morale que de l’homme qui n’est pas un absolu. Par exemple générosité et égoïsme. André Comte-Sponville prendre l’exemple de l’abbé Pierre et de lui-même.

- méta-éthique : le relativité de la morale peut être universalisable en droit et universel en fait

L’universel n’est pas forcément absolue.

Le relatif et l’universel peuvent être pensés ensemble (droits de l’homme)

Mais l’universel est au devant de nous comme un désir, un processus.

Etre relativiste n’est pas renoncer à l’action mais refuser de l’absolutiser. Une morale relative à toute l’humanité est encore une morale relative

Quid de la Shoah ? rétorque Marcel Conche, figure de référence pour André Comte-Sponville. Ce dernier argumente et montre que la position nazie confirme au contraire son argumentation.

Vouloir fonder la morale c’est la fonder sur le respect de la logique (Bergson) mais n’est pas réaliste. La logique n’est pas morale et ne peut la fonder

Face au nazisme on se bat, suivant son désir et sa passion d’humanité, un point c’est tout.

- La nihilisme est démobilisateur contrairement au relativisme

Qu’aucune civilisation ne soit absolue ne veut pas dire qu’il faut renoncer à la civilisation ou instaurer une civilisation sans morale (serait-ce possible ?)

- analogie : c’est parce que je désire une femme qu’elle est désirable, même si l’éroticité n’est pas absolue. Mais mon désir n’est pas la vérité. Mon désir n’est pas vrai mais il est vrai que je désire.

Hilary Putnam dit que le relativisme de Richard Rorty conduit à penser : du point de vue de dieu il n’existe pas de point de vue de dieu

L’éthique ne peut pas être une science (Wittgenstein, conférence sur l’éthique)

En fin de compte, l’homme est la mesure de la valeur humaine de toute chose pour André Comte-Sponville

Le philosophe qui reçoit André Comte-Sponville synthétise, en fin de séance, la pensée de l’auteur et ouvre la discussion avec l’auditoire.

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