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Une journée de mort et de naissance

jeudi 7 août 2008, par René BARBIER


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Mercredi 6 août. Dès 9 heures, ce matin, je vais chercher Jacques Ardoino et Jean-Louis Le Grand, de l'université Paris 8. Nous nous rendons ensemble à la cérémonie de crémation du corps de notre collègue et ami Georges Lapassade, au cimetière de Villetaneuse.

Nous sommes étonnés de voir tout ce monde, presque quatre-vingt personnes, un jour, en plein mois d'août.

Nous reconnaissons des collègues de Sciences de l'éducation, mais également de toute l'université.

Quelque temps auparavant, à la clinique de Stains, nous avons assisté à la levée du corps et nous avons pu voir Georges Lapassade pour une dernière fois.

Maintenant, dans cette grande salle où nous sommes tous réunis, la cérémonie commence, réglée par la famille de Georges. C'est un rituel religieux catholique qui nous est imposé. Certainement pas du goût de Georges Lapassade dont nous connaissions tous son incroyance à cet égard et son sens de la dissidence.

Nous assistons alors à une sorte de séance surréaliste.

D'un côté, la famille avec son désir légitime de rituel catholique, secondée par une officiante que nous pourrions appeler une "fonctionnaire du sacré" appartenant à l'instittution religieuse.

De l'autre, les amis proches de Georges, venus de France, d'Italie, du Maroc, dont beaucoup sont athées et profondément laïques.

Des paroles liturgiques sont prononcées, avec des extraits des textes évangéliques. On y parle de Dieu et de rédemption... À ce moment, précisément, les sirènes de la commune se mettent à résonner, couvrant la voix de l'officiante, comme si, d'outre-tombe, Lapassade criait à la supercherie !

Heureusement la musique vient à point pour nous rassembler. D'une part un chant du pays basque et une requiem de profonde résonance intérieure. De l'autre, à l'accordéon, "le temps des cerises", ce chant de la Commune de Paris que Lapassade aimant tant, chanté par ses amis italiens.

Remi prend la parole à son tour, dans un éloge littéraire et scientifique de Georges Lapassade de grande ampleur. Il devra interrompre son discours car ... la crémation ne pouvait attendre, programmation oblige ! Il y a la queue chez les morts.

Nous sortons du cimetière vers une heure et demie et nous allons déjeuner avec une dizaine de personnes, toutes des amies, dans un restaurant chinois tout proche de l'université.

Nous buvons et trinquons à la mémoire de Georges, comme, naguère, lors des enterrements dans les milieux populaires.

Je raccompagne mon ami Jacque Ardoino, bien fatigué.

Je rentre chez moi et je me repose une heure avant d'aller voir une de mes doctorantes, Malini Sumputh, qui vient de mettre au monde une petite Iris.

Malini est d'origine indienne, le père d'Iris l'un de mes anciens étudiants du DUFA. Je suis heureux de voir la petite Eurasienne, dans toute sa fragilité et dans toute sa beauté tranquille.

Je ressens, plus encore qu'à d'autres moments, le sens profond de l'aphorisme d'Héraclite : "La nature aime à se cacher", si bien mis en lumière par le grand historien de la philosophie de la Grêce antique, Pierre Hadot dans " le voile d'Isis" (Folio essais, 2008).

Ce qui est toujours en jeu, dans la vie humaine : la mort dans toute naissance, et la naissance dans toute mort.

Aujourd'hui, mercredi 6 août 2008, je viens d'en faire encore l'expérience intime, pour un accomplissement vers un "Clair-Joyeux" complètement intramondain.

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René BARBIER
Page personnelle de René Barbier
Professeur émérite des universités en Sciences de l'éducation (université Paris 8) Fondateur de l'Institut Supérieur des Sagesses du Monde (ISSM) en ligne. Conseiller scientifique du Centre d'Innovation et de Recherche en Pédagogie de Paris - CIRPP- (CCIP). Membre du Conseil d'administration du Centre International de Recherches et d'Etudes Transdisciplinaires (CIRET)

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Il y a 2 contribution(s) au forum.

> Une journée de mort et de naissance
(1/1) 8 août 2008, par AB




> Une journée de mort et de naissance
8 août 2008, par AB   [retour au début des forums]

La mort devient presque une lueur d'espoir, en ces temps sombres de nationalismes compétitifs obligés, et incarnés dans le sport spectacle et télévisuel se faisant passer pour du multiculturalisme.

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