Le Journal des Chercheurs Le JOURNAL des Chercheurs
sagesses du monde Archives Écologie encore et toujours Master en Sciences de l'éducation : une nouvelle spécialité en 2005-2006 Politique 1969-2009 : l'université de Paris 8-Vincennes a quarante ans  







Hommage à Georges Lapassade le 13 décembre 2008

mardi 25 novembre 2008, par René BARBIER


DANS LA MEME RUBRIQUE :
Bibliographie sur le sens de l'éducation
La transdisciplinarité et la pensée complexe enseignées au Mexique
Poésie, éducation et connaissance de soi
Krishnamurti de plus en plus reconnu en Chine
Éclosions ou la beauté des fleurs
Deux thèses en soutenance les 8 et 16 juin 2007 à 9 heures
Le prix John Templeton attribué au savant français des hautes énergies Bernard D'Espagnat
Danger pour les disciplines de FRANÇAIS, LETTRES, LANGUES, ARTS, PHILOSOPHIE,
Année 2008 : Meilleurs voeux
De la part des Indiens KOGIS


.

J'apprends ce soir, mercredi 30 juillet 2008, que Georges Lapassade vient de mourir ce matin. Tous ses amis et ses collègues de l'université Paris 8 sont touchés par cette nouvelle. Certes, nous savions que Georges était gravement malade et se nourrissait à peine ces derniers jours. Néanmoins, comme toujours, la nouvelle de la mort d'un ami nous attriste profondément.

Georges Lapassade est né en 1924. Il a participé à l'essor de la psychosociologie française depuis une quarantaine d'années. Son nom reste attaché à l'analyse institutionnelle qu'il a contribué, avec René Lourau '1933-2000), à fonder en France, notamment en Sciences de l'éducation à l'université Paris 8. Son itinéraire intellectuel est très lié à l'université issue de mai 1968.

Étonnant découvreur de nouveautés théoriques, de nouvelles méthodes d'animation de groupe ou de recherches en sciences humaines, Georges Lapassade était pour moi un des plus brillants créateurs et théoriciens de la deuxième moitié du XXe siècle en éducation. Georges Lapassade était un véritable anthropologue. Il avait travaillé sur les rituels de transe en Italie, au Maghreb et au Brésil. Il n'ignorait rien des états modifiés de conscience. Dans les années soixante-dix - quatre-vingt, Il nous avait fait connaître, notamment, l'ethnométhodologie.

Du temps de son enseignement, ses cours étaient toujours des événements (voir un compte-rendu par Bernard Olivier Lancelot)

Voir sa discussion avec les étudiants sur le rap à l'université Paris 8

Il y a quelques années, je lui avait dédié ce flash ethnographique sur "le marché d'Argenteuil". Je le redonne à lire ici, en guise d'hommage. http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/article.php3 ?id_article=145

Georges Lapassade, le saviez-vous, jouait de l'accordéon. Pour lui, pour toi, mon ami, ce célèbre morceau "Czardas" de Monti

Le corps de Georges Lapassade sera incinéré mercredi matin 6 août, vers 11 h, au crématorium du cimetière de Villetaneuse

(René Barbier)

.

 

Hommage à Georges Lapassade


Né le 10 mai 1924 à Arbus (près de Pau), Georges Lapassade s'est éteint le 30 juillet 2008 à Stains. Avec lui, c'est une des grandes figures de la psychosociologie, de l'ethnologie et de la pédagogie qui disparaît. Son action en milieu étudiant dans les années 1958-1968 a eu un rôle non négligeable dans le surgissement des évènements de Mai 1968. Inventeur à côté de Félix Guattari , du mouvement de l'analyse institutionnelle, qu'il fonde ensuite avec l'aide de René Lourau, puis de Remi Hess, il se donne corps et âme au développement de Vincennes, puis de l'université de Saint-Denis.

Enfant, Georges Lapassade a fréquenté le mouvement des Auberges de jeunesse où il développe ses talents de musicien : il joue de la guitare, du piano, de l'accordéon, chante le répertoire de Trenet, Mariano… Il devient instituteur béarnais, puis poursuit des études de philosophie qui lui donnent l'occasion de vivre de l'intérieur l'existentialisme, la phénoménologie… Il participe aux mouvements d'avant-garde des années 1950-60 à Saint-Germain des Prés. Agrégé de l'Université, docteur ès lettres (1962), il a été maître-assistant de sociologie à Tours à partir de 1966, puis professeur de sciences de l'éducation à l'Université de Paris VIII à partir de 1971. G. Lapassade a été élu professeur à Vincennes par une assemblée générale d'étudiants !

Lorsqu'il prend sa retraite, en 1992, il quitte son petit appartement de l'île Saint-Louis pour s'installer à Saint-Denis dans une maison en face de l'université où il a enseigné plus de vingt ans. A une époque où l'université ne dispose pas encore de cité étudiante, il héberge chez lui de nombreux étudiants sans abri et souvent sans papier. Il stimule, à la mesure de ses moyens, l'activité universitaire en aidant les étudiants à mettre en forme leurs travaux de recherche, comme il l'avait déjà fait dans les années 1950, lorsqu'il était animateur de la cité étudiante d'Antony.

Sur le plan de la recherche, son nom est associé à de nombreux domaines, tant sur le front philosophique que sociologique, ethnologique ou pédagogique. Son premier livre, L'Entrée dans la vie (nouvelle édition, Anthropos, 1997) est une image de l'homme et de la vie. Il dit l'inachèvement de l'homme. Il montre que l'éducation est un processus tout au long de la vie. Il critique le « mythe de l'adulte ». C'est pourquoi ce livre, paru en 1963, a une importance philosophique certaine. Il a joué un rôle dans l'émergence de la loi de 1971 sur l'éducation permanente. Ce livre reflète aussi l'étrangeté de tout l'itinéraire de G. Lapassade… Au moment où l'institution universitaire tente de l'écarter à cause de ses happenings (il fut exclu de Royaumont, du Living Theatre…)., où sa réputation de non-sérieux, d'émeutier et de marginal est un fait acquis (il obtient cependant les palmes académiques le 10 mai 1968), ses thèses trouvent auprès des jeunes générations – les étudiants en particulier – une audience grandissante. En 1965, G. Lapassade a publié Groupes, organisations, institutions (5° édition, Anthropos, 2006), qui s'inscrit dans le « mouvement des groupes » qui se développe alors en France. C'est un livre qui oppose à la montée du phénomène bureaucratique une alternative : celle du mouvement des groupes et l'autogestion pédagogique. Ce livre a une dimension « pédagogique ». Il critique les relations bureaucratiques qui se développent au sein de l'école. Ce livre a sa place à l'origine du mouvement de la pédagogie institutionnelle.

Après 1968, les recherches de G. Lapassade s'organisent autour de quatre axes qui constituent des moments de sa « personnalité multiple » : le psychosociologique, l'ethnologique, le sociologique et la question de l'implication. Reprenons ces quatre champs de recherche.

Le psychosociologique, c'est le domaine de l'intervention pédagogique ou socianalytique dans des groupes. A partir de 1973, cet intérêt le conduit à se pencher sur le « mouvement du potentiel humain » qui arrive des Etats-Unis et qui a des origines dans la dernière période de W. Reich. A partir de 1984, G. Lapassade découvre l'ethnométhodologie américaine, l'ethnographie de l'école, les nouveaux courants de la recherche-action anglaise. Pour faire connaître ces nouveaux courants, il se met à l'étude de l'anglais à 60 ans et il traduit de nombreux textes qu'il synthétise.

La recherche ethnologique prend ses racines dans l'enseignement que G. Lapassade assura à Tunis avant 1966. Dès cette époque, il s'intéresse aux phénomènes de transe et aux rites de possession. Cette recherche se poursuit ensuite au Maroc, en Italie du Sud, au Brésil… puis à nouveau au Maroc. Ce pays est conscient de l'apport de G. Lapassade, pour réconcilier le pays avec sa contre-culture gnaoua, puisque le Roi du Maroc l'a félicité de son travail pour faire connaître la ville d'Essaouira où il a organisé tant de festivals et manifestations durant vingt ans, faisant sortir cette magnifique ville de l'oubli. Aujourd'hui, c'est une cité à la mode.

L'œuvre sociologique de G. Lapassade, c'est d'abord une recherche sur les institutions. Une des institutions que G. Lapassade a étudié en profondeur, c'est l'Université. À partir de 1976, la recherche de G. Lapassade a pris la forme d'une analyse interne qu'il développe à l'Université de Paris VIII. Ce chantier conduit G. Lapassade à devenir doyen de l'UFR de droit pour créer de nouvelles formations ; n'ayant pas de bureau, il colle une étiquette « bureau du doyen » sur une armoire à balais : ce qui lui permet de créer L'administration économique et sociale que personne ne veut assumer alors dans l'université. Parce qu'il vit au milieu des étudiants de l'université, G. Lapassade est le conseiller privilégié des différents présidents (Claude Frioux, Pierre Merlin, Francine Demichel, Irère Sokologowski), toujours attentifs à ses suggestions. Il écrit un journal de la réforme des DEUG en 1984. Cet engagement pour l'analyse interne le conduira à travailler à l'analyse interne de l'Ecole institutionnaliste qu'il a créé !

Quatrième axe de recherche de G. Lapassade, la question de l'implication. En même temps qu'il tente son « autobiographie », l'autobiographe découvre l'impossibilité de ce projet. En fait, la question qui hante G. Lapassade, c'est la fragmentation de son identité. Il aurait peut-être désiré posséder une identité unifiée. Or, elle lui échappe. S'il se reconstruit dans l'écriture, Georges Lapassade invente une théorie de la dissociation du sujet qui rompt avec la perspective pathologique. Il fait l'éloge de la dissociation comme ressource (notamment dans Le mythe de l'identité, éloge de la dissociation, Anthropos, 2006, écrit en collaboration avec Patrick Boumard et Michel Lobrot).

G. Lapassade fut surtout un grand pédagogue. Il a été l'« arpenteur »de l'université ! L'Université de Paris 8 lui a rendu hommage dans un colloque qui lui fut consacré en 2002 (ainsi qu'à René Schérer). Son engagement permanent pour comprendre les jeunes a été l'occasion de nombreux ouvrages. Il fut le premier en France à publier sur le rap, par exemple. Son engagement dans la banlieue date de 1980, année du déménagement de Vincennes à Saint-Denis. Il fut le premier sociologue français à publier sur les jeunes de banlieue.

A 84 ans, il avait toujours son bureau en sciences de l'éducation, à l'université… Il fréquentait le restau-U, la pratique de tango du jeudi soir où il venait écouter les rythmes de musique de bal de son enfance, la bibliothèque universitaire, les séminaires de master et enfin les réunions de comité de rédaction des irrAIductibles du vendredi après-midi, revue qu'il avait créée en 2002 avec ses disciples de l'analyse institutionnelle, et qui a publié depuis 350 auteurs venant de 60 pays... Il participait aussi régulièrement à la revue Pratiques de formation depuis sa création en 1980.

Dans son dernier entretien « De l'entrée dans la vie à une éducation tout au long de la vie » (in L Colin et J.-L. Le Grand, L'éducation tout au long de la vie, Anthropos, 2008), il revient sur son itinéraire et sur ses fondements philosophiques.

Son œuvre rassemble une quarantaine d'ouvrages. G. Lapassade a été beaucoup traduit, notamment en Italie où tous ses livres ont été édités. Ces dix dernières années, les éditions Anthropos ont réédité ses ouvrages classiques et édité dix de ses derniers livres. Ses inédits, ses ouvrages épuisés sont mis ou seront mis en ligne sur le site de l'UFR8 de l'université de Paris 8.

Lucette Colin, (MCF, Sciences de l'éducaiton, université Paris8)

lucettecolin@noos.fr

Voir également l'article de Remi Hess : "Connaissiez-vous Georges Lapassade ?"

 

Jeudi 13 novembre 2008 , Hommage de l'Université Paris 8 Au professeur Georges Lapassade (1924-2008)


Organisé par les irrAIductibles, avec le concours de la Bibliothèque, du service audio-visuel de l'UFR8, du service de reprographie, du service communication, et du Laboratoire Experice

10 tables rondes à la Coupole et une exposition à la Bibliothèque :

9 h : Georges Lapassade, du procès à la réforme de l'université avec Pascal Binczak, Francine Demichel, Renaud Fabre, Irène Sokologowski, Jean-Louis Le Grand.

10 h : Georges Lapassade, un psychosociologue dans la cité avec Jacques Ardoino, Jacqueline Barus-Michel, Hélène Bezille, Eugène Enriquez, Florence Giust-Desprairies, Max Pagès, Jacques et Maria Van Bockstaele

11 h : Georges Lapassade, ethnographe et anthropologue avec Ruben Bag, Patrick Boumard, Alain Coulon, Pascal Dibie, Daniel Lindenberg, Augustin Mutuale, Eliana Ramirez.

12 h ; Georges Lapassade, un militant du FHAR, avec Gabriel Matzneff, René Schérer

13 h : Visite guidée de l'exposition Lapassade à la Bibliothèque avec François Ferole

14 h : Georges Lapassade, institutionnaliste et socianalyste avec Christiane Gillon, Kareen Illiade, Salvatore Panu, Elisabeth et Thomas Von Salis, Patrice Ville

15 h : Georges Lapassade, le grand pédagogue avec Benyounès, Guy Berger, Gilles Brougère, Michel Debeauvais, Sandrine Deulceux, Michel Lobrot, Jacques Pain, Gerald Schlemminger.

16 h : Georges Lapassade et l'homme inachevé avec Leonor Bazinek, Lucette Colin, Jean-Yves Rochex, René Schérer, Saïda Zoghlami.

17 h : Georges Lapassade, le lecteur, l'écrivain, le diariste, l'éditeur avec René Barbier, Christine Delory-Momberger, Remi Hess.

18 h : Georges Lapassade, le performer : du Living Theater au rap, en passant par les Gnawas avec Gilles Boudinet, Charlotte Hess, Jacky Lafortune, Christian Lemeunier, Valentin Schaepelynck

19 h : Bal, en hommage à G. Lapassade, musicien de bal, avec le groupe tango de Paris 8.

.

 

Société Européenne d'Ethnographie de l'Education organise une journée de réflexion et de débats le samedi 13 décembre 2008 à Paris


.

*Patrick BOUMARD*

Le Feuil

35580 Saint-Senoux

patrick.boumard@univ-brest.fr

Président de la Société Européenne d'Ethnographie de l'Education

Professeur (Anthropologie de l'éducation) à l'Université de Bretagne Occidentale

Brest, 1er octobre 2008

Chers amis de Georges LAPASSADE,

La Société Européenne d'Ethnographie de l'Education organise une journée de réflexion et de débats, avec de nombreuses personnalités qui l'ont connu, ont partagé ses aventures, travaillé avec lui voire polémiqué avec cet agitateur d'idées, le samedi 13 décembre au

Collège Coopératif de Paris

15 rue Ambroise Thomas

75009 PARIS

Nous serions très honorés de votre présence lors de cet hommage que la Société Européenne d'Ethnographie de l'Education rendra à son fondateur et Président d'honneur.

P. BOUMARD

Répondre à cet article

René BARBIER
Page personnelle de René Barbier
Professeur émérite des universités en Sciences de l'éducation (université Paris 8) Fondateur de l'Institut Supérieur des Sagesses du Monde (ISSM) en ligne. Conseiller scientifique du Centre d'Innovation et de Recherche en Pédagogie de Paris - CIRPP- (CCIP). Membre du Conseil d'administration du Centre International de Recherches et d'Etudes Transdisciplinaires (CIRET)

Entretien sur le CIRPP avec F.Fourcade

Les six valeurs de l'engagement éducatif du CIRPP





Il y a 1 contribution(s) au forum.

> Décès de Georges Lapassade
(1/1) 31 juillet 2008, par AB




> Décès de Georges Lapassade
31 juillet 2008, par AB   [retour au début des forums]

J'ai été relativement épargné par la mort et sa douleur jusqu'à maintenant. Le seul "cadavre" que j'ai pu voir et approcher a été celui de ma grand-mère.

C'était un fait. Ma grand-mère était morte. Je ne reconnaissais plus son visage. Les traits étaient tendus par la gravité. Et j'entendais et étais l'observateur autour de toute cette douleur de mes proches. Et quel fardeau que toute cette douleur accumulée, qui surgit à la mort d'une personne qui nous est proche, et dont on n'aurait jamais soupçonné qu'elle puisse réellement mourir un jour ! Car la mort est comme un mauvais rêve, l'on éduque très peu à la mort dans notre société. On la refoule, ou on l'évacue dans quantités de concepts ou de croyances, de principes, ou de réductions fatalistes. La mort est un tabou, et en tant que tabou elle est entretenue dans son essence imaginaire, qui est triple. La mort a une dimension personnelle, sociale et institutionnelle, et sacrale ou mythique. Comme pour l'eau, l'événement de la mort est en quelque sorte le point triple où fusionne tous les aspects de cet imaginaire multiple qui nous fait vivre. Mais vivre l'imaginaire de la mort ou vivre la mort elle-même, ce sont sans doute deux choses très différentes, et cette division peut-elle se résoudre dans le penser la mort ?

Pour aller plus loin : S'éduquer à la mort. Philosophie de l'éducation et recherche-formation existentielle REGARDS SUR UNE THÈSE DE DOCTORAT DE MARIE-ANGE ABRAS

[Répondre à ce message]

LE JOURNAL DES CHERCHEURS | PLAN DU SITE | ADMIN