Implication noŽtique, flash existentiel et Žducation

 

RenŽ Barbier (UniversitŽ Paris 8, LAMCEEP)

SŽminaire sur lĠImplication (IFORIS, Angers, juillet 2004)

 

PolysŽmie du terme "implication[1]"

 

Ç Cette notion reste encore ˆ dŽfinir sur le plan des sciences sociales.  D'emblŽe trois modes d'implication s'imposent ˆ moi dans un groupe :

 

-      Je peux tre impliquŽ par le regard, le comportement, l'action d'autrui sans l'avoir nŽcessairement voulu. Je suis impliquŽ simplement parce que j'appartiens ˆ cette unitŽ humaine du moment. Je fais partie du "systme" relationnel et je ne peux m'en abstraire que par une attitude de type schizophrŽnique. Reconna”tra-t-on, enfin, qu'une telle attitude est au fondement mme de la scientificitŽ habituelle en sciences humaine? Gaston Bachelard, si prudent ˆ l'Žgard de l'intuition, de l'analogie et de la phantasmatique dans la science, reconnaissait, ˆ propos des sciences de l'homme, que "la sympathie est le fond de la mŽthode".

-      . Etre impliquŽ, c'est tre "jetŽ-lˆ" dans la relation humaine, et dans le Monde, qu'on le veuille ou non. En tant qu'tre humain, je suis directement concernŽ, certes par les agissements des membres de ma famille, mais Žgalement par ceux, plus anonymes, des puissants qui nous gouvernent, souvent, par delˆ les mers. La prise de conscience Žcologique est la seule qui correspond ˆ la grandeur tragique de notre temps. Mais il ne peut s'agir que d'une Žcologie politique, supposant une sensibilitŽ d'un nouveau type.

L'Analyse Institutionnelle, en dŽbusquant la faon dont nous sommes impliquŽs par et dans "l'Etat-inconscient" au coeur mme de notre vie quotidienne, contribue ˆ l'Žmergence de cette nouvelle sensibilitŽ, si dŽveloppŽe dŽjˆ en Allemagne.

 

-      Un autre mode de la notion d'implication correspond au fait de s'impliquer. Je ne suis pas seulement un tre "jetŽ-lˆ" dans le monde et les autres. Je suis Žgalement capable d'tre lucide sur ma position sociale et m'y impliquer plus ou moins totalement, dans une perspective crŽative de moi-mme et de mes rapports aux autres. Je m'implique en acceptant de prendre un risque bouleversant mon ordre Žtabli, mon "instituŽ", parce que cette implication m'appara”t comme Žtant un ŽlŽment d'un systme de valeurs supŽrieur ˆ celui qui me rassure pour le moment. Je donne ici une connotation "existentialiste" au fait de s'impliquer. Il s'agit bien d'un choix libre en dernire instance, qui suppose ma responsabilitŽ et mon engagement. Je ne nie pas pour autant les ressorts inconscients de la dŽcision, qui restent sans cesse ˆ explorer, mais dont on ne verra jamais la fin. Cette luciditŽ sur la dimension inconsciente de l'implication est nŽcessaire pour reconna”tre la parole contestataire de l'autre, toujours susceptible de mettre ˆ jour une face cachŽe de moi-mme. L'Analyse Institutionnelle montre ˆ quel point les institutions contemporaines ne permettent pas une vŽritable implication du sujet. Les institutions canalisent les tentatives d'implication et les retraduisent en fonction de leur logique propre, aidŽes par une kyrielle d'agents homogŽnŽisŽs et homogŽnŽisant ˆ l'intŽrieur du systme instituŽ dans la mŽconnaissance de leur vŽritable fonction. Les firmes multinationales les plus cotŽes d'un point de vue technologique sont peut-tre celles qui poussent le plus loin cette violence symbolique en utilisant l'Žconomie libidinale de leurs agents ( demande d'amour, angoisse de morcellement, pulsions archa•ques sadomasochistes, etc) dans un processus de renforcement du pouvoir de domination. Dans ce cas le sujet qui s'implique peut-tre aussi bien l'individu le plus adaptŽ que celui dont la parole et les actes deviennent les "analyseurs" les plus puissants et les plus dangereux pour l'institution.

-      Enfin, troisime mode de la notion d'implication: Impliquer autrui par ma parole, mon action, mon comportement. Face dialectique complŽmentaire du premier mode "tre impliquŽ". Je ne suis impliquŽ que parce que quelqu'un, ou une situation, "m'implique". De mme, je ne peux m'impliquer sans immŽdiatement "impliquer" autrui: "Chaque rencontre nous disloque et nous recompose" Žcrit le pote Hugo von Hofmannstalh. Si, existentiellement, l'"implication est tout ce qui nous rattache ˆ la vie"(Jacques Ardoino),alors on peut dire, avec le pote hongrois Attila Jozsef "J'ai vŽcu, et ce mal a fait plus d'un mort". La luciditŽ consiste peut-tre ˆ mieux savoir ˆ quel point on ne cesse d'impliquer l'autre dans nos histoires de vie. Combien de Gouvernants sont capables d'une telle attitude? L'Analyse Institutionnelle aura ˆ faire un travail soutenu pour permettre aux groupes-objets de sortir d'une implication non-consciente du fait d'autrui. Le groupe-sujet sera celui qui, analysant les trois modes de l'implication, saura les articuler en situation dans une visŽe de plus grande autonomie.

A partir de ces trois modes, l'implication comporte trois dimensions (psycho-affective, structuro-groupale et historico-existentielle)[2], elles-mmes soumises ˆ la "transversalitŽ" de trois plans de l'imaginaire (pulsionnel, social et sacral). È

Parce quĠambigŸe, cette notion dĠimplication est donc emblŽmatique dĠune ŽpistŽmologie venant contrer le positivisme qui entend sŽparer le sujet, chercheur ou acteur social, de son objet. Reconna”tre et prendre en compte lĠimplication revient ˆ apprŽhender les situations du dŽveloppement de la recherche en sciences sociales par la complexitŽ. EntŽe sur lĠopacitŽ de notre relation aux autres, au monde et ˆ nous mmes, cette notion nous permet dĠŽchapper ˆ la pensŽe dŽterministe qui va dans le sens dĠune volontŽ de ma”trise rationnelle du monde donc Žgalement des autres. Pour reprendre les mots de Castoriadis, lĠimplication autorise au contraire ˆ considŽrer lĠtre, y compris la sociŽtŽ comme magmatique donc pourvue dĠune capacitŽ crŽatrice qui lui est propre.

      Implication et Žducation

Selon ses deux acceptions majeures, lĠŽducation signifie ˆ la fois nourrir, prendre soin et conduire hors de.

Mais Ç nourrir È de quoi  et pourquoi? Ç Prendre soin È de qui ? Dans lĠoptique de la pensŽe chinoise tao•ste, Franois Jullien, mŽditant sur Zhuangzi, sou Žclaire ˆ ce sujet. Il nous montre lĠŽtroite corrŽlation entre le sens incorporŽ de la nature dans tout respect de la vie, qui mŽtamorphose la notion occidentale du Ç bonheur È[3].

LĠŽducation nous impose dĠemblŽe une rŽflexion sur le contenu des savoirs, des savoirs-faire et du savoir-tre dĠune part et sur la question de lĠidentitŽ dĠautre part.

LĠapproche transversale que jĠai dŽveloppŽe depuis une vingtaine dĠannŽes[4] mĠa conduit ˆ poser comme postulat fondamental que toute situation Žducative devait reconna”tre en son sein trois dimensions de lĠimaginaire ˆ approcher selon trois types dĠŽcoute pour commencer ˆ comprendre la complexitŽ de lĠŽducation.

LĠimaginaire, en effet, est ˆ la fois pulsionnel et personnel, social et institutionnel, sacral et mythique. Il doit tre ŽcoutŽ selon une Žcoute scientifique-clinique, une Žcoute mythopoŽtique et existentielle et une Žcoute spirituelle et philosophique.

 

LĠimplication noŽtique

 

Dans cette communication, je veux prŽciser la notion dĠimplication noŽtique du chercheur, de lĠŽducateur ou du militant qui conduit ˆ une conversion du regard sur le monde.

Etre impliquŽ signifie quĠun ensemble de valeurs, de symboles, de mythes, de reprŽsentations, de sensations, venant de moi-mme et du monde, qui fait sens dans ma vie, sont repliŽes en moi-mme. SĠimpliquer veut dire que nous acceptons de les dŽplier dans une situation donnŽe, dĠune manire explicite ou implicite. Impliquer est le rŽsultat de ce processus : autrui est toujours concernŽ par mon existence comme je suis moi-mme toujours concernŽe par la sienne propre.

LĠimplication noŽtique est celle qui relve dĠune interpellation philosophique (amour de la sagesse) et qui dŽbouche sur une interrogation spirituelle : quelle est la nature de mon tre-au-monde ?

Nose signifie : L'acte de penser. Chez Husserl la nose est l'acte mme de la pensŽe, le nome l'objet intentionnel de cette pensŽe, objet irrŽel en ce qu'il n'est pas une chose ou un aspect d'une chose prŽexistante . Nome lui-mme empruntŽ au grec est dŽfini par lĠ  Çaction de se mettre dans l'esprit, conception ou intelligence d'une chose; facultŽ de penser, intelligence, esprit È

LĠimplication noŽtique est donc lĠacte de rŽflŽchir en usant de son entendement, nous dirions aujourdĠhui de notre Ç intelligence multiple È, pour comprendre ce quĠil en est de la complexitŽ de notre tre-au-monde, de notre Ç Dasein È, suivant le mot de Heidegger.

LĠimplication noŽtique rŽsulte dĠun constat quĠ Albert Camus formulait ainsi : les hommes naissent et ne sont pas heureux. Il disait : Ç Vivre alors, est-ce courir ˆ sa perte ? De nouveau, sans rŽpit, courons ˆ notre perte È.

Le Bouddha, il y a plus de 2500 ans, en Inde, nĠaccepta pas cette conclusion. Il chercha ˆ conna”tre la cause de la souffrance et, ˆ lĠissue dĠune profonde ascse mŽditative qui le conduisit ˆ lĠEveil, il dŽclara que cette cause rŽsidait dans la soif dĠexister et de possŽder, en refusant la rŽalitŽ de lĠimpermanence, mais quĠil existait une Voie susceptible de dŽpasser cet Žtat tragique de malheur. Cette voie impliquait une juste considŽration sur les moyens de vivre, dĠagir, de rŽflŽchir et soulignait une dimension Žthique nŽcessaire de la vie humaine.

 

LĠimplication noŽtique dŽclenche le processus  dĠ  "autorisation noŽtique ".

 

Cette notion que jĠai proposŽe en 1995, lors dĠun congrs de lĠAFIRSE, dans la prŽsentation de ma communication sur la vie de Krishnamurti, a ŽtŽ reprise et analysŽe par une de mes Žtudiantes

Joelle Macrez, dans son doctorat en sciences de lĠŽducation[5]. Autoriser, cĠest donner un pouvoir lŽgitime, de l'autoritŽ. Jacques Ardoino qui a proposŽ le concept dĠ Èautorisation È, au cÏur de la sagesse sto•que qui lĠanime, parle dĠune facultŽ ˆ devenir auteur de soi-mme, de sa propre existence[6].

LĠautorisation noŽtique devient donc la facultŽ de reconna”tre ou dĠinventer en soi-mme cette facultŽ ˆ philosopher dĠune manire radicale, en contact avec le monde et les autres, afin de mieux comprendre Ç qui È se donne ˆ voir en parlant et en interprŽtant le monde et ce que nous faisons sur cette terre. Il sĠagit bien de la dŽcouverte dĠun processus de questionnement ontologique sans limite, qui procde plus par la nŽgation de ce qui appara”t que par lĠaffirmation de ce qui semble tre. Cette voie apophatique[7] est celle que Krishnamurti a mis en Ïuvre tout au long de son enseignement pour amener ses interlocuteurs ˆ une prise de conscience de la rŽalitŽ ultime de lĠesprit comme amour, mort et crŽation.

Je mŽdite avec Krishnamurti depuis 40 ans et jĠenseigne ˆ lĠuniversitŽ sur cet auteur depuis plus de 15 ans.. CĠest dans son sillage, et dans celui de la pensŽe orientale comme dans celle des mystiques chrŽtiens de la thŽologie nŽgative, notamment Ma”tre Eckhart, que je situe le dŽveloppement de lĠautorisation et de lĠimplication noŽtiques.

Si nous sommes toujours impliquŽs noŽtiquement  par le fait mme que nous sommes jetŽs-lˆ dans lĠunivers des choses et des tres, ds notre conception, notre autorisation noŽtique est un acte volontaire de rŽflexion, une possibilitŽ de comprendre que nous nous donnons ˆ nous-mmes, dans notre relation aux autres et au monde.

Une lecture croisŽe de quatre philosophes de lĠexpŽrience noŽtique (Etty Hillesum, Vimala Thakar, Swami Prajn‰npad, Jiddu Krishnamaurti) rŽalisŽe par Alain Delaye, nous permet de comprendre le processus mme du questionnement nŽcessaire ˆ lĠŽtat dĠautorisation noŽtique. LĠauteur distingue le  catŽgories suivantes : Voir, accepter, tre libre,  agir, aimer, vivre. Il est Žtonnant de constater, malgrŽ les diffŽrences Žvidentes entre ces quatre sages, la convergence de la vision du monde qui sĠouvre sur la joie de vivre, quelles que soient les souffrances et les  pŽripŽties de lĠexistence concrte[8].

 

Le passage de lĠimplication noŽtique ˆ lĠautorisation noŽtique : le flash existentiel

 

De fait, le passage de lĠimplication noŽtique ˆ lĠautorisation noŽtique donne lieu, le plus souvent, ˆ une rupture du regard par lĠavnement dĠun flash existentiel.

Il nous arrive parfois de rencontrer cette ÒinquiŽtante ŽtrangetŽÓ dont parle Freud  trs existentiellement[9]. Mais, chez lui, la perspective est tragique. La rencontre nĠest pas de bonne augure. DĠautres personnes plus ouvertes au Òsentiment ocŽaniqueÓ dŽcouvrent soudainement en elles-mmes un horizon inimaginable. CĠest lĠexpŽrience du bodhi  de la sagesse orientale. Un ÒflashÓ qui bouleverse une vie. Les expŽriences vŽcues de Òflash existentielÓ sont innombrables. Qu'on se souvienne de l'Žpisode de la ÒmadeleineÓ dŽtrempŽe de thŽ de Marcel Proust ou Marcel Proust et de son sentiment de fŽlicitŽ ˆ la vue du lŽger dŽsŽquilibre provoquŽ par la diffŽrence de niveau entre deux pavŽs dans la cour de l'h™tel de Guermantes lui rappelant une dalle mal jointŽe dans le baptistre de Saint-Marc ˆ Venise

 Fournissons encore quelques exemples puisŽs dans la littŽrature ou dans la vie mystique. [1]Jean-Jacques Rousseau dans sa Cinquime promenade des Rveries du promeneur solitaire  nous fait participer ˆ cet instant contemplatif ˆ partir duquel il a le sentiment dĠexister et  Ò... o le prŽsent dure toujours, (...) sans aucun autre sentiment de privation ou de jouissance, de plaisir ni de peine, de dŽsir ni de crainte, que celui de notre existence, et que ce sentiment seul puisse la remplir tout entire ; Ó  Plus prs de nous, ˆ la fin du sicle dernier, le sage hindou Ramana Maharshi relate sa premire et essentielle expŽrience spirituelle survenue en 1896 : ÒAinsi donc en ce jour o j'Žtais assis seul, je me sentais bien.  Mais tout ˆ coup me saisit une peur de mourir sur laquelle il Žtait impossible de se tromper... Le choc de cette peur... me rendit soudainement "introspectif" ou "introverti"... J'Žprouvai toute la force de ma personnalitŽ et mme... le "Je" en moi, ˆ part le corps... J'Žtais quelque chose de rŽel, de trs rŽel, la seule chose rŽelle en cet Žtat...  Depuis ce moment le "Je" ou le "Soi" s'est tenu au foyer de l'attention par une fascination toute-puissante [10]

Il s'agit bien d'un ÒinstantanŽÓ existentiel qui rŽvle, d'un seul coup, la trame de l'itinŽrance d'une vie. Le flash existentiel participe ˆ ce que Paul Watzlawick nomme Òl'instant ŽternelÓ  en empruntant une image d'Žcartement d'huile ˆ la philosophie Zen. En gŽnŽral Ònotre esprit ne peut saisir le temps dans un sens parmŽnidien de "total, unique, immuable et sans fin", sauf en des circonstances trs particulires et fugitives, qu'ˆ tort  ou ˆ raison on dit mystiques. Ó[11].

En fin de compte, deux idŽes-clŽ prŽvalent dans la notion de flash existentiel : celle d'Žclairement et celle d'instantanŽitŽ.

L'Žclairement

Par ce terme je voudrais dŽsigner une prise de conscience spŽcifique qui peut tre comprise comme un processus d'Žlucidation ultra-rapide conduisant ˆ un Žtat de luciditŽ. La luciditŽ n'est pas l'explication. Elle ne se rŽfre aucunement ˆ l'analyse rationnelle des donnŽes du rŽel. La luciditŽ n'est pas plus  la synthse  d'une  multitude de  fragments du  rŽel reconstituant un univers de significations. Elle est autre chose, une sorte d'ouverture sur un autre systme de vision du monde qui remplace, subitement, celui qui nous fondait jusqu'alors.  Elle appara”t comme bouleversante, restructurante. Quelque chose de soi-mme se perd d'une manire dŽfinitive, aussit™t remplacŽe par une autre rŽgion de connaissance du monde. En mme temps, on ressent une impression de vŽritŽ absolue, comme si notre destinŽe Žmergeait d'un chaos infini pour se donner ˆ voir, l'espace d'une seconde, dans un ordre vital. La luciditŽ, c'est la conscience du mouvement lui-mme se saisissant dans sa globalitŽ et sa non-dualitŽ. Instant contemplatif par excellence o l'agir et la rŽflexion sont suspendus au profit d'une perception de ce qui est, et se rŽvle ˆ moi-mme, pour moi-mme

L'instantanŽitŽ

La seconde composante du concept de flash existentiel se rŽvle comme Žtant de l'ordre temporel. Le moment de luciditŽ est immŽdiat et sans Žpaisseur de temps. Tout se passe comme si la vision intŽrieure de la vie du sujet Žtait donnŽe en un laps de temps qui, cependant, condense une temporalitŽ passŽe et future d'une durŽe beaucoup plus longue. De nombreux tŽmoignages existent prouvant cette instantanŽitŽ de la vision sur sa vie passŽe lors de situations cruciales pour l'tre humain. On raconte que certains sujets en situation d'extrme dŽtresse revoient leur vie depuis leur enfance en l'espace d'une seconde. C'est souvent le cas durant les pŽriodes d'agonie dues ˆ une longue maladie ou ˆ un accident. Ce bouleversement de notre notion occidentale du temps, si linŽaire, rationnelle et progressive, ne va pas sans suggŽrer d'importantes interrogations philosophiques, d'autant que de nombreuses  autres cultures  pensent le  temps d'une  faon diffŽrente.

CĠest la conception islamique du temps qui s'oppose tout autant au temps cyclique qu'au temps linŽaire.  Conception temporelle telle une Òsaisie discontinue des instants ponctuelsÓ, Òvoie lactŽe d'instantsÓ comme disait Louis Massignon, qui se prŽsente Òcomme autant de points de tangence du temps humain et de l'ŽternitŽ divineÓ  Žcrit Louis Gardet[12] Ou encore, en Afrique Noire, chez les Bantou pour lesquels il n'existe pas de substantif thŽorique  pour indiquer  le temps comme dans  la culture europŽo-amŽricaine.  Chez les Bantou il n'est question que du temps de ceci et cela, du temps propice ˆ ceci et cela. Comme le souligne Paul Ricoeur Òla pensŽe bantoue offre l'idŽe d'un temps estampillŽ par l'ŽvŽnementÓ (p. 33).  Mais c'est sans doute dans la tradition de la philosophie chinoise et dans les arts, la peinture et la poŽsie qui l'expriment que l'idŽe d'une Òsaveur du tempsÓ est le plus remarquable, ˆ travers la moindre des activitŽs de la vie quotidienne liŽe au rythme de la nature. Pour les Anciens Chinois, comme l'exprime Claude Larre, dans l'ouvrage prŽcitŽ, Òavant qu'on ne puisse parler de Temps, c'Žtait l'Indistinction. Quand, au sein  du Chaos  initial, il n'y  avait pas  encore de Commencement,  il n'y avait pas non plus de Temps.Temps et Commencement commencent en mme temps et finissent en mme temps: quand un tre dispara”t, ce qu'il Žtait retourne ˆ l'Indistinct, il finit et son temps finit avec lui Ó (p. 49). Mais, au-dessus du Temps, il y a le Tao sans commencement ni fin, dont tout provient et o tout retourne. De son c™tŽ Marie-Louise Von Franz constate que Òla notion de temps aztque est fortement contrastŽe, pour ne pas dire abrupte ;  ˆ tel moment, ce sont l'est et les forces positives qui dominent, ˆ tel autre, le nord et la morositŽ ;   aujourd'hui nous est favorable, mais on ne sait pas ce que le lendemain nous rŽserveÓ[13].

Le flash existentiel plonge au coeur de cette interrogation sur le Temps par la tangente qu'il crŽe entre l'instant et l'ŽternitŽ, le moment et ce que d'aucuns appelleront le divin.  On trouve chez le fondateur des derviches tourneurs, Djalˆl-ud-D”n Ržm”, ce contemporain de Saint-Louis, l'idŽe de l' ÒimmŽdiatetŽÓ dans la connaissance mystique. Il s'agit d'une Òintuition de certitudeÓ, vision comportant, seule, une certitude subjective absolue, ne laissant aucune place ˆ une quelconque interprŽtation. Cette intuition  mystique s'ouvre  comme un ÒaperuÓ.  Elle est Òsaisie fulguranteÓ, un Òallumage de la connaissance au moyen d'une image spirituelle qui y flambeÓ, Òqui s'avive en  flambant dans  le subliminalÓ ; dans une telle ÒexpŽrience immŽdiateÓ, le sentiment du temps est aboli. Cette instantanŽitŽ  existentielle s'accompagne  d'un sentiment  de ÒprŽsenceÓ trancendantale d'une jouissance extrme. ÒPlus profondŽment encore - Žcrit Eva Meyerovitch - il (Ržm”) dŽfinit la prŽsence comme "prŽsence ˆ soi-mmeÓ - et l'on peut Žvoquer ici la co-naissance de Claudel, aussi bien que la dŽfinition par Al Hall‰j de la Sagesse ŽsotŽrique : ÒLa Sagesse (ma'rifat), c'est l'introduction graduelle de la conscience intime (Sirr) parmi les catŽgories de la pensŽeÓ, c'est-ˆ-dire, Òla prŽsentation du "subconscientÓ dans le domaine de la rŽflexion"[14]. Plus encore cette instantanŽitŽ perceptive et intuitive rŽvle soudainement le sens exact possŽdŽ par chaque catŽgorie de perception.  Il s'agit bien de l'ouverture de lĠ Òoeil intŽrieurÓ qui est l' Òoeil du coeurÓ : devenir tout entier regard par une sorte de transmutation spirituelle qui conduit ˆ l'unitŽ de la psychŽ.

Une ÒinquiŽtante ŽtrangetŽÓ

Cet Žtat de luciditŽ correspond souvent ˆ un temps de maturation plus ou moins long et inconscient. Peu ˆ peu, ˆ travers les multiples alŽas de mon existence, les drames, les joies, les obstacles, les dŽpassements, une trame de vie se construit, se resserre, dessine ses motifs.  De nouveaux chemins vont tre dŽgagŽs sans que je m'en aperoive.  MalgrŽ tout, j'en pressens l'existence intuitivement et je suis souvent mal ˆ l'aise avec le parcours habituel de ma vie. Quelque chose s'invente en moi et je le sais, mais je ne saurais encore le nommer, ni mme en cerner le moindre contour. Je ne crois plus gure aux rationalisations qui tentaient de me donner une cohŽrence ontologique jusqu'ˆ prŽsent. Je fais de plus en plus silence en moi et autour de moi.  On me dit que Òje changeÓ. On s'inquite des bouleversements possibles. On ne me comprend plus trs bien. Parfois on s'Žloigne de moi. Par crainte de l'incomprŽhension, j'entre dans une phase de secret. Cette transformation intŽrieure en cours de rŽalisation demeure dans mon univers de pensŽe, de sentiments, de sensations. Parfois je tente l'ouverture vers l'autre. Ë sa rŽponse, je laisse filtrer des ŽlŽments de ce tremblement de l'tre ou je me referme totalement.

Autorisation noŽtique et inachvement de lĠhomme

Dans son ouvrage sur Ç lĠentrŽe dans la vie È, Georges Lapassade parle de lĠinachvement inŽluctable de lĠhomme qui ne sera jamais un Ç adulte È[15].. Vu sous lĠangle dĠune comprŽhension absolue du monde et de lui-mme, lĠtre humain relve de cet inachvement. Un Ç je ne sais quoi È Žchappe toujours ˆ lĠintelligence humaine et le rend ˆ son mystre dĠexister. Pourtant, lĠautorisation noŽtique comme assomption par lĠexistence humaine dĠun processus dĠimplication dans lĠordre de la Nature, dŽbouche sur une connaissance expŽrientielle, singulire et sereine.

Comment la caractŽriser, ˆ la lumire dĠun homme remarquable comme Krishnamurti ?

C'est un processus qui sous-entend : Une prise de conscience, un l‰cher-prise,  une conversion du regard, une nouvelle pratique humaine et sociale

La prise de conscience

De la souffrance et de la finitude de toute existence qui conduit ˆ comprendre la vanitŽ radicale de toute ma”trise. Chez Krishnamurti se sera la mort de son frre Nitya en 1925 qui va le conduire vers l'Eveil en 1927.

Le l‰cher-prise

C'est alors l'abandon de tous nos systmes de pouvoir sur les autres, les choses, le monde, par la parole et les institutions. C'est une prise de conscience de la violence symbolique de nos actions quotidiennes  et le rejet de tout projet sur autrui et le monde.

Une conversion du regard

Le monde dans toute sa souffrance est toujours lˆ mais il est regardŽ autrement, ˆ la fois dans une perspective de non-dualitŽ et de dualitŽ. L'ŽveillŽ voit le vide et la forme, le fond et le superficiel.

Une conduite dominŽe par une Žthique du quotidien

L'ŽveillŽ laisse advenir spontanŽment la conduite Žthique en fonction de la situation, des tres impliquŽs  et du moment. Le bouddhisme parle des huit sentiers qui vous font Žchapper aux "poisons mentaux" comme l'envie, la jalousie, la cupiditŽ etc.;. C'est principalement une sagesse en acte liŽe ˆ un fort sentiment de compassion pour tout ce qui vit.

ConsŽquences de lĠimplication noŽtique en lĠŽducation

-     Reconna”tre le neuf dans lĠinstant vŽcu : la notion dĠimprovisation

La notion de temps vŽcu change radicalement. Les choses et les situations apparaissent dans toute leur nouveautŽ, d'instant en instant, de commencement en commencement. Rien n'est jamais pareil. Toute action et tout regard est de l'ordre du radicalement nouveau. L'tre improvise sa vie en permanence.

-     LuciditŽ sur toute structuration historique du vŽcu

La luciditŽ "c'est de dire la vŽritŽ, avec des prŽcautions terribles, sur ola route o tout se trouve" Žcrit RenŽ Char. Le discernement intuitif, liŽ ˆ la luciditŽ, permet de relativiser toute structure sociale qui voudrait appara”tre comme un absolu immuable et permanent, par un discours d'accompagnement sans faille.

-     DŽcouvrir la symbolique de lĠexistence en liaison avec les trois imaginaires (pulsionnel, social et sacral) et leur Žcoute sensible.

Avec la luciditŽ qui dŽbouche sur la gravitŽ, on apprŽhende de mieux en mieux la fonction symbolique et mythique de l'tre humain. C'est une dŽcouverte de trois imaginaires : pulsionnel par le corps, social par les institutions, et sacral par la mŽditation.

-     Pratique dĠune mŽdiation/dŽfi et dĠune dialogique entre savoirs pluriels et connaissance de soi

La praxis Žducative ˆ partir de l'implication noŽtique est celle d'une mŽdiation permanente et d'un dŽfi nŽcessaire qui dŽrange l'ordre de l'Žtabli. On oscille sans cesse entre la dynamique propre ˆ la connaissance de soi et son repŽrage questionnant par les savoirs pluriels qui sont ˆ notre disposition

-     Ethique de la responsabilitŽ par le sentiment de reliance

Le sens de l'unitŽ du vivant et de la non-dualitŽ du rŽel entra”ne une nŽcessitŽ de l'action Žthique qui commence par son monde propre, et son environnement immŽdiat.

Revenons sur la notion de reliance et sur celle de symbolique qui caractŽrisent, en partie, la prise de conscience propre ˆ la luciditŽ.

La notion de reliance

La notion de reliance n'a pu tre ŽlaborŽe qu'ˆ partir de l'Žpoque o on a assistŽ ˆ un ÒrŽenchantement du mondeÓ pour parler comme Stengers et  Prigogine dans La nouvelle alliance.  Plus exactement il aura fallu attendre la profonde interpellation philosophique par les  sciences contemporaines (physique des particules ŽlŽmentaires, biologie molŽculaire, astrophysique etc. ) pour que les sciences anthroposociales se mettent ˆ l'Žcoute de la dynamique des mythes et des symboles animant nos sociŽtŽs postindustrielles. Des chercheurs un peu mŽconnus durant la pŽriode prŽcŽdente o rŽgnait un impŽrialisme ŽpistŽmologique (Structuralisme, Marxisme, SystŽmisme, Psychanalysme etc.) se sont affirmŽs comme Žtant des personnes-ressources dans la voie d'une interrogation pertinente du RŽel (par exemple Gilbert Durand et les chercheurs du Centre de Recherche sur l'Imaginaire, repris par Michel Maffesoli).  L'Histoire est dŽsormais dŽfinitivement liŽe aux Mythes et G. Durand peut lŽgitimement parler du "renouveau de l'enchantement" en embrassant le mouvement historique des sciences sociales du XXe sicle.  ÒEn grosÓ - Žcrit G.  Durand -  Òl'imaginaire mythique fonctionne...  comme une lente noria qui, pleine des Žnergies du mythe, se vide progressivement et se refoule  automatiquement  par  les rationalisations  et  les conceptualisations, puis replonge lentement - ˆ travers les r™les marginalisŽs, contraints souvent ˆ la dissidence - dans les rveries remythifiantes portŽes par les dŽsirs, les ressentiments, les frustrations et se remplit ˆ nouveau de l'eau vive des images Ó[16] (p. 101).  J'ai par ailleurs montrŽ que cette phase de remythification  correspond ˆ  ce que  j'appelle une  phase d'autorisation dans l'histoire des  sciences sociales et du mouvement social au XXe sicle depuis la fin des annŽes 1970[17].

Qu'est-ce que la reliance ?

Le concept a ŽtŽ proposŽ ˆ l'origine par Roger Clausse (en 1963) pour indiquer un Òbesoin psychosocial (d'information) : de reliance par rapport ˆ l'isolementÓ/ Il fut repris et rŽŽlaborŽ ˆ la fin des annŽes 1970 par Marcel Bolle de Bal ˆ partir d'une sociologie des mŽdias.  Ë la notion de connexions, la reliance va ajouter le sens, la finalitŽ, l'insertion dans un systme. Pour Marcel Bolle de  Bal, la reliance  possde  une double  signification conceptuelle :

- C'est l'acte de relier ou de se relier : la reliance agie, rŽalisŽe, c'est-ˆ-dire l'acte de reliance ;  

- Le rŽsultat de cet acte : la reliance vŽcue, c'est-ˆ-dire l'Žtat de reliance. 

Et l'auteur de prŽciser qu'il entend par relier : ÒcrŽer ou recrŽer des liens, Žtablir ou rŽtablir une liaison entre une personne et soit un systme dont elle fait partie, soit l'un de  ses  sous-systmesÓ[18] Des lors on peut dŽgager diverses dimensions de la reliance : la reliance entre une personne et des ŽlŽments naturels (le Ciel, la Terre, l'Univers) ou encore reliance cosmique. La reliance entre une personne et les diverses instances de sa personnalitŽ (Ca, Moi, Surmoi ; corps/esprit, pensŽe/sentiment)  ou  reliance psychologique. La reliance entre une personne et un autre acteur social,  individuel  ou  collectif  (groupe,  organisation, institution, mouvement social) ou reliance sociale proprement dite, dont la reliance psychosociale (entre deux personnes) constitue ˆ la fois un cas particulier et un ŽlŽment de base. 

Le flash existentiel, dans son Žclairement lucide, correspond souvent ˆ une reconnaissance intuitive et dŽfinitive de la reliance du phŽnomne humain dans l'ordre de la Nature et dans celui de la Symbolique. On ne s'Žtonnera pas de voir surgir une connivence certaine entre l'Žcologie contemporaine et tous ceux qui ressentent cette reliance. La Terre nous appara”t comme un tre vivant, porteuse d'une biosphre et d'une noosphre. Elle ne saurait tre traitŽe comme une vulgaire machine ˆ produire des biens destinŽs ˆ l'obsolescence. Elle est un ŽlŽment de nous-mmes comme nous sommes une de ses composantes.  Son exploitation doit tre mesurŽe et ŽvaluŽe dans le sens d'un enrichissement spirituel de l'humanitŽ et non d'une oeuvre de destruction rŽgie par Thanatos[19]. 

La luciditŽ nous conduit ˆ une prise de position rŽvolutionnaire par rapport ˆ toute Žconomie politique cherchant ˆ exploiter ˆ bon compte et pour le profit de quelques uns, une Terre dŽchirŽe et sans cesse polluŽe. L'Žconomie politique de l'avenir aura nŽcessairement ˆ tenir compte de cette attitude de luciditŽ et le rŽgime politique qui lui correspondra n'est pas encore inventŽ. Il est vraisemblable qu'il Žmergera avec la montŽe de la lŽgitimation du champ symbolique dans la vie politique.  Pour cela une "science des symboles"[20] (RenŽ Alleau) est devenue nŽcessaire.  Il nous faut apprendre ˆ distinguer le signe et le symbole et encore le ÒsynthmeÓ, ce symbole rŽduit ˆ sa portion congrue sociologique, ce symbole qui a perdu son infini. On doit se former, in vivo, ˆ la reconnaissance des Òsymboles dans l'art, dans les religions et dans la vie de tous les joursÓ comme le propose  Philippe Seringe[21].  Ou encore, comme le soutient G. Durand il nous faut entrer dans l'imagination symbolique[22]

 

 



[1] IMPLIQUER, verbe trans.

A.  Vx et littŽr. ,,Enchevtrer, compliquer`` (DG).

 Emploi pronom. L'asphodle lui tissait des colliers et des bracelets. Sa chevelure s'impliquait de lierre et de volubilis (MAURRAS, Chemin Paradis, 1894, p. 181).

B.  DR. Engager (quelqu'un) dans une affaire f‰cheuse; mettre en cause dans une affaire judiciaire. Impliquer qqn dans une affaire, dans un procs. Je m'engage, Madame, ˆ ne pas vous impliquer dans une autre commission pendant 1831 (STENDHAL, Corresp., t. 3, 1831, p. 20). Quelque intrigue hypothŽtique de harem o l'on ežt pu impliquer Hori (ARNOUX, Rv. policier amat., 1945, p. 20).

 FrŽq. ˆ la forme passive. Il est impliquŽ dans cette affaire d'empoisonnement (BALZAC, Splend. et mis., 1846, p. 409) :

1. Comme je lui faisais remarquer l'importance pour lui de n'tre pas actuellement impliquŽ dans une action judiciaire : Ç C'est bien, c'est bien, me dit-il; eh! ne faut-il pas que le destin continue?

SAINTE-BEUVE, VoluptŽ, t. 2, 1834, p. 7.

C.  LOG. et usuel [Le suj. dŽsigne une chose (un fait, une idŽe, un caractre)] Contenir virtuellement dans l'ordre de la possibilitŽ logique ou entra”ner l'existence dans l'ordre de l'expŽrience. Impliquer l'existence, l'idŽe de qqc. Suivant des lois simples, qui impliquent l'existence objective du temps et de l'espace (COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p. 222). Elle trouvait sans doute que les baisers impliquent l'amour (PROUST, Guermantes 2, 1921, p. 367) :

2. Cette insolence que je devinais chez M. de Saint-Loup, et tout ce qu'elle impliquait de duretŽ naturelle, se trouva vŽrifiŽe par son attitude chaque fois qu'il passait ˆ c™tŽ de nous, le corps aussi inflexiblement ŽlancŽ, la tte toujours aussi haute, le regard impassible...

PROUST, J. filles en fleurs, 1918, p. 730.

 Emploi pronom. S'entra”ner logiquement. S'impliquer mutuellement, rŽciproquement. Il y a une foule de dŽfinitions gŽnŽriques qu'on peut appeler corrŽlatives, qui s'impliquent ou semblent s'impliquer mutuellement (COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p. 345).

 Impliquer que. Supposer, entra”ner comme consŽquence logique que. Il fallait que le dŽpart d'Albertine ežt l'air d'une chose convenue entre nous, qui n'impliquait nullement qu'elle m'aim‰t moins (PROUST, Fugit., 1922, p. 442).

 Vx. Impliquer contradiction, p. ell. impliquer. [Le suj. dŽsigne deux faits, deux propositions, deux idŽes] ĉtre contradictoire, incompatible. La pensŽe et le moi sont deux idŽes qui n'impliquent pas contradiction (COUSIN, Hist. philos., t. 2, 1829, p. 422).

Prononc. et Orth. : [], (il) implique []. Att. ds Ac. dep. 1694. ƒtymol. et Hist. 1. a) 1377 impliquer contradiction Ç renfermer une incompatibilitŽ È (N. ORESME, Le Livre du ciel et du monde, Žd. A. D. Menut et A. J. Denomy, p. 202, 204); b) 1381 impliquer Ç tre contradictoire È (Pome Gd schisme, 24, 4 ds T.-L.), attest. isolŽe; de nouv. 1641 Ç id. È (Secondes objections recueillies par le R. P. Mersenne ds Îuvres philos. de Descartes, Žd. F. AlquiŽ, t. 2, p. 548); c) 1803 Ç comporter de faon implicite, entra”ner comme consŽquence È (CHATEAUBR., GŽnie, t. 1, p. 88); d) 1904 math. (COUTURAT, Les Principes des mathŽmatiques ds R. de mŽtaph., janv. 1904, p. 30); 2) a) fin XIVe s. empliquer Ç embarrasser, engluer È (Aalma, 13314 ds ROQUES); ca 1447 impliquŽ Ç embarrassŽ È (Internele Consolacion, Žd. A. Pereire, p. 190); 1482 [date d'Žd.] se implicquer Ç s'embarrasser È (P. FERGET, Mirouer de la vie hum., fo 185 ro ds GDF.); b) 1596 Ç entra”ner dans une situation compliquŽe È (HULSIUS); c) 1611 Ç mettre en cause, comprendre dans une accusation È (COTGR.). Empr. au lat. class. implicare (cf. employer) Ç plier dans, entortiller, emmler È (composŽ du prŽf. in- et du verbe plicare Ç plier, replier, enrouler È) qui a ŽtŽ affectŽ ˆ des emplois logiques ou juridiques. FrŽq. abs. littŽr. : 1 703. FrŽq. rel. littŽr. : XIXe s. : a) 815, b) 1 070; XXe s. : a) 2 133, b) 4 687.

Le TrŽsor de la Langue Franaise (WEB)

[2]  RenŽ Barbier, La recherche-action dans lĠinstitution Žducative, Paris , Gauthier-Villars, 1977, chapitre sur Ç lĠimplication dans les sciences humaines È.

[3]  Franois Jullien, Nourrir la vie. A lĠŽcart du bonheur, Paris, Seuil, 2005, 169 p.

[4] RenŽ Barbier, LĠapproche transversale, lĠŽcoute sensible en sciences humaines, Paris, Anthropos, 1997, 357 pages. Vois sur le WEB : Parole Žducative et sujet existentiel, http://www.barbier-rd.nom.fr/parolepoetsujet.htm et, plus largement, les rŽflexions sur lĠŽducation sur la page WEB du Ç forum È http://www.barbier-rd.nom.fr/ForumEduc/viewtopic.php?t=22

[5] Voir sur le WEB :  Joelle Macrez, LĠautorisation noŽtique,

http://www.barbier-rd.nom.fr/AutoNoetJMacrez.html

[6] R.Barbier, Ardoino, la sagesse grecque et le sens de la vie, http://www.barbier-rd.nom.fr/ColloqueJA1erJour.html),

[7] Ç Le positivisme de la chose tiendrait volontiers pour nŽgatif tout ce qui est non-chose; et pour la philosophie nŽgative ou apophatique, au contraire, c'est cette mystŽrieuse non-chose qui est la positivitŽ par excellence, l'ineffable positivitŽ. È.

V. JankŽlŽvitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, 1957, p. 68.

[8]  Alain Delaye, Sagesses concordantes. Quatre ma”tres pour notre temps : Etty  Hillsum, Vimala Thakar, Prajn‰npad, Krishnamurti, PrŽface dĠAndrŽ Comte-Sponville, paris, Editions Accarias -  lĠOriginel, 2003, deux volumes, 346 p. et 303 p.

[9] [9]  Sigmund Freud, LĠinquiŽtante ŽtrangetŽ et autres essais, Paris, Gallimard, 1985.

[10] CitŽ par Olivier Lacombe, l'expŽrience du Soi, Žtude de mystique comparŽe , (en coll. avec L. Gardet), Paris, Desclee de Brouwer , 1981, p. 34.

[11] Paul Watzlawick, La rŽalitŽ de la rŽalitŽ, Paris, Points/Seuil, p. 226

[12] Louis Gardet, Les  cultures  et  le  temps, ouvr. coll.., Paris, Payot/Unesco, 1975, p.230

[13] Marie-Louise Von Franz,  Le temps,  le  fleuve  et  la  roue, Paris, les  Žditions  du Chne, 1978, p. 8

[14] CitŽ par Eva Meyerovitch, Mystique et poŽsie en Islam, Paris, Desclee de Brouwer, 1972, p. 109

 

[15] Georges Lapassade., LĠentrŽe dans la vie, essai sur lĠinachvement de lĠhomme, Paris, UGE, 10/18, 1963.

 

[16] Gilbert Durand,  "Mythes et Histoire" in question de,  nĦ59, Albin Michel, 1984.

[17] RenŽ Barbier "champs du social  et mŽthodologies d'action", in "PourÓ, nĦ 100, fŽvrier/mars 1985, p.93-100

[18] Marcel Bolle de Bal, Òla reliance : connexions et sensÓ, Connexions, nĦ33, 1981, p. 15, Žd. ƒpi. Voir Žgalement les deux tomes, sous sa direction,  sur Ç Voyages au cÏur des sciences humaines. De la reliance È, Paris lĠHarmattan, 1996  T1, reliance et thŽories, 332p., T2, relaince et pratiques, 340 p.

 

[19] Et nous nous sentons trs prs, dans ce cas, du sens de la nature des indiens dĠAmŽrique : cf. le magnifique ouvrage de Teri Mac Luhan, photos dĠEdward S. Curtis, Pieds nus sur la terre sacrŽe, Paris, Deno‘l, 1992, (1971).

[20] RenŽ Alleau, La science des symboles, Paris, Payot, 1977.

[21] Philippe Seringe, Les symboles dans lĠart, dans les religions et dans la vie de tous les jours, Genve, Žd. HŽlios, 1985.

[22] Gilbert Durand, LĠimagination symbolique,  Paris, PUF, 1966.