GRÉMA

(2003)

GROUPE DE RECHERCHE ET D'ÉTUDE SUR LE MÉTISSAGE AXIOLOGIQUE
Axe : Asie

(Sagesses et modernité - Orient/Occident)

Photo du groupe




Sous la direction du Pr. René Barbier (laboratoire LEC, Sciences de l'éducation)
http://www.barbier-rd.nom.fr:

Présentation
 

1- L'intensification des rencontres entre nations et cultures à l'échelle mondiale fait de la confrontation des Valeurs l'enjeu majeur de notre époque.

Découlant de l'expansion de l'Occident colonial, la pénétration des valeurs occidentales dans les pays de structures traditionnelles introduit une nouvelle situation provoquant une crise au niveau des pôles les plus constitutifs de leur identité culturelle. Cette situation met en relief la résistance de la "Tradition" dans ces pays. Celle-ci revendique sa légitimité, sa validité et sa place. La rencontre de la Tradition avec les effets envahissants de la Modernité occidentale paraît ainsi à l'origine d'une confrontation des valeurs. La mondialisation, en proposant un nouveau cadre à ce phénomène, révèle l'urgence de son traitement.

Cette confrontation s'inscrit dans le domaine de la société en général, et de l'Éducation en particulier. L'école paraît comme son bassin le plus manifeste.

Mais comment s'articule cette confrontation?

Chaque pays, chaque "aire culturelle", impose son propre registre identitaire dans le rapport qu'il établit avec les valeurs de la modernité pénétrante. Ce rapport produit, dans une réciprocité, une composition des valeurs, mais une composition conflictuelle, chargée d'une tension profonde entre les éléments de la Tradition résistante, et ceux d'une Modernité destructrice, en principe hostile à toute Tradition. Cette composition ne peut être ni tout à fait de la Tradition, ni de la Modernité en tant que telle. Elle ne peut être ni totalement contre la première, ni contre la deuxième. Elle est le fruit immédiat de la confrontation des valeurs ; elle est inédite.

Mais comment cette composition se construit-elle ? et une fois faite, quels seraient son "sens" et son contenu ? Que veut dire la "confrontation des valeurs" ? Quelles sont les pistes les plus immédiates ; et comment s'organise cette tension? Comment l'Éducation la reçoit-elle ? et comment compose-t-elle, en son sein, avec cette diversité des valeurs ?

Le "Métissage Axiologique" correspond à cette réalité. Il revendique avant tout la reconnaissance de la Tradition en tant que composante majeure de l'identité des civilisations historiquement non-modernes, et celle de la Modernité, en tant que réalité irréfutable. Toutes deux appartiennent à l'humanité.

Le métissage culturel est un terme peu employé dans la littérature sociologique ou anthropologique contemporaine. Bien qu'on parle volontiers de "métissage" chez les philosophes ou les journalistes, le mot est peu usité, et peut-être considéré comme tabou dans les sciences humaines. On lui préfère les termes d'intégration, de choc culturel, d'assimilation, d'interculturalité, de transculturel, de multiculturalisme, de mosaïque culturelle etc.

Nous revendiquons l'emploi des termes de métissage culturel, de métissage axiologique, en précisant le sens de ces concepts.

Le métissage culturel est ce brassage des système symboliques relativement hétérogènes les uns aux autres et conduisant d'une manière toujours inachevée, vers la création d'une structure symbolique d'un nouveau genre totalement original.

Le métissage axiologique représente au sein du métissage culturel tout ce que ce brassage signifie sur le plan des valeurs existentielles, et en particulier, tout ce qui fait sens d'une façon absolue pour une personne ou un groupe, tout ce qui le rattache à la vie.

Dans cette perspective quelle est la place et la fonction de l'autre, de l'altération ?

L'autre m'oblige à me reconnaître, à contempler, à apprécier mon identité culturelle, parfois jusqu'à la position défensive.

Mais également il me met face à un manque à être inhérent à toute inscription sociale et culturelle nécessairement relative et arbitraire.

L'autre impose ainsi chez moi le jeu d'une dialectique entre soi et non-soi, entre moi et l'univers. Il est le moteur de tout changement. Sans autrui, je ne suis rien qu'une poussière isolée sur un fil invisible et infini. Avec l'autre je ne suis plus séparé, je me vis comme un trait d'union, un système de relations.

L'autre - par son visage tour à tour inquiétant et lumineux - m'oblige à me reconnaître essentiellement comme une totalité processuelle et interactive. Grâce à l'autre je voyage à l'intérieur de moi-même comme un grain de lumière, à la fois onde et corpuscule.

L'autre est le Grand Dérangeur de sens. D'un mot, d'un geste, d'un comportement minuscule, il surprend ma naissance en tant qu'être de culture. Il fait trembler ma maison intérieure où tout était en ordre depuis des générations.

Mais cet ordre n'était-il pas qu'un désordre établi, une illusion dangereuse ?

Avec l'autre s'ouvre la porte de la connaissance de soi. Ce qui pénètre à l'intérieur de ma maison, de mon ordre culturel intériorisé, c'est le vent du large. Cet ouragan relativise toutes les microsignifications de mon existence instituée.

La rencontre interculturelle est toujours une petite explosion nucléaire dans l'univers du sens.

Nul ne saurait contrôler ses réactions en chaîne. Car ce sont les valeurs qui sont en question, celles qui structurent mon implication, c'est-à-dire ce qui me rattachent à la vie.

Une seule rencontre et tout s'ébranle, se fissure, se brise et peut s'écrouler. C'est la crise culturelle avec - comme disent les anciens Chinois - les deux dimensions de la crise : danger et opportunité.

Si tout en moi résiste, se barricade, prend les armes pour défendre mon territoire intérieur considéré comme absolu, alors c'est la mort pour l'autre ou pour moi-même. A moins que nous n'entrions dans un rapport maître-esclave.

Si, au contraire et plus heureusement, je considère l'opportunité de cette rencontre pour une visite évaluative de mes certitudes, alors ce peut être la voie d'un changement profond et l'ouverture sur des régions d'existence imprévisibles et fructueuses.

Avec l'autre trois dialectiques peuvent se mettre à l'oeuvre suivant que nous considérons défavorablement ou favorablement la totalité dynamique de notre univers interculturel commun (François Perroux, Henri Janne).

- Une dialectique de l'antagonisme. Dans ce cas les parties l'emportent sur le tout. C'est le "moi d'abord", ou "après-moi le déluge" et les autres peuvent mourir, idéologie de toutes les thèses totalitaires.

- Une dialectique du conflit si nous reconnaissons, moi et l'autre, au moins un minimum de valeurs communes et nécessaires à notre survie, sans nier nos particularismes, nos intérêts singuliers. Il y a tension entre totalité et particularité.

- Une dialectique du dialogue enfin si la totalité l'emporte sur notre univers personnel et limité.

Ensemble nous agissons pour créer dans la négociation et l'autonomie une totalité vivante et ouverte.

Ensemble nous apprenons à créer un monde qui attendait son heure. La dialectique du dialogue implique une conversion du regard et du coeur. Une compréhension de l'universel qui est le signe de toute intelligence.
 
 

Ce début de réflexion constitue la problématique du GRÉMA, le Groupe de Recherche et d'Étude sur le Métissage Axiologique (sagesses et modernité - Orient/Occident).
 
 

2- Le GRÉMA ne cherche pas à répondre immédiatement à ces questions, mais tentera d'exposer les interrogations les plus profondes, qui sont celles de notre époque dans le rapport entre les civilisations. Une tentative d'analyse et de critique, mais plus encore de compréhension, se trouve à l'origine de notre initiative.

Chaque interrogation ainsi formulée, pour qu'elle soit fondamentale, doit admettre au moins deux délimitations : elle doit restreindre son espace géographique, d'une part et fixer, limiter les pistes des problèmes à traiter.

2-1) En ce qui concerne la limitation géographique, le champ de nos réflexions s'arrête à l'Orient.
Le terme évoque, on le sait, un vaste débat. Une précision s'impose ; dans un premier temps, l'Orient, tel que nous l'entendons, fait référence à l'Asie géographique et historique (de la Turquie au Japon) ; dans un deuxième temps, il s'agit de tout l'Orient culturel et spirituel. Toute Tradition contient notre "Orient spirituel". Sous cet angle, il s'agit avant tout d'une recherche sur les "sagesses du monde" . Par "sagesses du monde" nous entendons toutes les formes d'intelligibilité et de sensibilité que les êtres humains, au sein des différentes cultures, ont inventées pour symboliser et exprimer, souvent d'une façon mythique et poétique, leurs rapports à la connaissance de l'être-au-monde et à son mystère d'exister. Les "sagesses du monde" ainsi conçues sont ouvertes, non seulement à celles qui se sont fait reconnaître dans la sphère de la culture occidentale, mais également à celles de toutes les autres régions du monde, en particulier, en Afrique, en Asie, en Océanie, ou dans les cultures amérindiennes.
 

2-2) Quant au contenu, les recherches et les études du GRÉMA doivent se limiter aux divers domaines des Sciences Humaines en général, et de l'Éducation en particulier.

De manière plus précise, notre préoccupation majeure correspond à l'étude sur les civilisations.

La Modernité et la Tradition s'y représentent comme deux axes principaux. Ainsi trois champs nous intéressent. Schématiquement :

- l'Orient ancien ; les sagesses des divers espaces asiatiques (notamment le Japon, la Chine, l'Inde et la Perse historique, etc.) et africains, ou amérindiens, et les valeurs de leurs traditions respectives.

- La modernité occidentale ; son histoire et ses éléments constitutifs, notamment ses crises intérieures dans son actualité, mais aussi dans son devenir et ses contacts avec les diverses traditions orientales influentes.

- L'Orient d'aujourd'hui ; dans ses rapports avec l'Occident, ses tensions internes et les nouvelles données de la confrontations des valeurs dans ses axes les plus conflictuels à l'époque de la mondialisation.
 

L'Axe Asie

En 2002-2003, nous instituons un groupe de recherche "Asie" constitués de chercheurs universitaires et d'étudiants-chercheurs d'origine asiatique et d'étudiants français qui s'intéressent à l'éducation en Asie et à l'interculturalité éducative France-Asie.
Ces étudiants sont Chinois pour la plupart, mais le groupe est également ouvert à des étudiants de Taiwan, de Corée, du Vietnam et de l'Inde.
Ce groupe se réunira régulièrement et se centrera sur les particularité de la méthodologie de recherche, compte -tenu de la spécificité culturelle en Asie et en Occident.
Nous avons, en effet, constaté que l'approche scientifique en Asie semble plus descriptive qu'interprétative, plus pragmatique que théorique, en Asie. Les étudiants-chercheurs d'origine asiatique doivent faire face, en France, à des problèmes de compréhension théorique et de méthodologie de recherche dont ils n'ont pas toujours l'habitude, malgré leur sens du travail bien fait. Nous nous efforcerons dans ce groupe d' élucider les question qu'ils se posent, tant épistémologiques que pratiques, au cours de leur recherche.

Voici les grandes lignes de notre groupe de recherche, le GRÉMA. Dans ce cadre, nous demandons aux étudiants avancés, jeunes chercheurs, enseignants et professeurs, intéressés de nous contacter en écrivant à l'adresse suivante :
 
 

GRÉMA, Pr. René Barbier, Département des sciences de l'éducation, Université Paris 8, Bâtiment C, 4 eme étage. Fax F.P. Pr.R. Barbier 49406557, tel 49406661,6654, E.mail : renebarbier_fr@yahoo.fr

Secrétariat du Groupe pour 2003 à déterminer

première réunion le samedi 9 novembre à 14 heures