(Journée d'étude (1) du Laboratoire Éducation
et Cultures (LEC) consacrée à "De la critique en éducation
: un objet de confrontation culturelle", Le 22 Mars 2002 à l'Université
de Paris8. Salle de la Recherche A2278. 9h30-17h. Organisation/Animation
: Hélène Bézille (helene.bezille@epeire, Jean-Louis
Le Grand (lg@univ-paris8.fr).
En langue française, le dictionnaire renvoie
le mot critique à deux dimensions essentielles (2)
- à la notion de crise comme tournant décisif
dans le changement d'une vie
- à la notion de choix radical, de fondement,
permettant d'établir de critères de choix et des points de
repère.
Dans la langue chinoise : l'idéogramme "crise"
signifie à la fois danger et opportunité.
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- La notion chinoise s'ouvre donc sur les deux versants
: d'un côté un danger majeur et de l'autre une possibilité
de se sortir d'une impasse ou de saisir sa chance.
L'"esprit critique" comme conscience attentive, implique
de distinguer dans un événement, une situation, un objet,
une pratique, un discours le :
- Pourquoi et pour quoi
- qui et avec qui
- quand
- où
- comment
Seuls les deux premiers termes "pourquoi" et "pour
quoi" se réfèrent à la possibilité radicale
de l'esprit critique, celle qui va au fond des choses;
* "pourquoi" vise les causes de l'événement
dont on tente l'évaluation
* "pour quoi" vise les finalités
Dans ce cas, nous sommes dans un acte de pensée
proprement philosophique, je dirai même métaphysique comme
le développent les religions du Livre ; Il y a, au fond du pourquoi,
le germe du totalitarisme que l'on trouve dans tous les intégrismes
et clans religieux ou politiques et même scientifiques, artistiques,
philosophiques ou psychanalytiques. Le pourquoi et le pour quoi, en deux
mots, ouvrent la question de la temporalité, de l'historicité
et du fameux "progrès" de l'homme dont on ne sait plus trop comment
le définir en termes humains en ce début du XXIe siècle.
Le "progrès" de l'humanité en 2002 passe-t-il par l'esprit
dichotomique et manichéen du Président des Etats-Unis ou
par celui des derniers milliers d'indiens kogis, sur les hauteurs de la
Sierra Nevada en Colombie, qui actualisent sans cesse dans leur symbolique,
le respect de la nature pour l'ensemble de l'équilibre terrestre,
comme le décrit Eric Julien dans son livre sur "le chemin des neuf
mondes" (2001) ?
La sociologie, bien qu'elle se soit détachée
de la philosophie, reste malgré tout dans la problématique
du pourquoi dans les deux sens du terme. Les sociologues dans la ligne
de la sociologie savante, même critique, recherche toujours le "pourquoi"
des choses et des situations. Ils savent que les "bonnes raisons" données
a priori dans les discours d'accompagnement des pratiques, ne reflètent
en général qu'une illusion nécessaire sur la réalité
des faits. Dans la ligne de Bourdieu, ils mettent en question le "pourquoi
et le pour quoi" avancé pour en décrypter les mécanismes
internes de méconnaissance instituée, directement fonctionnels
pour la contribution de la reproduction des inégalités sociales,
au cœur d'une logique interne dissimulée. Ils ne s'intéressent
alors au "comment" que dans cette mesure : comment cette dissimulation
peut-elle s'opérer dans la pratique, le "sens pratique", sans que
les agents du système social puissent en prendre conscience ?
Seuls, peut-être, les phénoménologues,
les sociologues de la "raison sensible (M.Maffesoli) et les ethnométhodologues,
s'attachent vraiment au comment dans le détail des interactions,
sans se préoccuper obsessionnellement du pourquoi.
Au-delà du "pourquoi", les autres items sont du registre pragmatique. Ils n'excluent pas la critique mais la place sur un plan intramondain qui ne demande pas de prendre parti sur une finalité ou un commencement d'ordre divin. Il n'y a alors aucun questionnement sur l'origine et la fin de toute chose.
La pensée chinoise est pragmatique
La pensée chinoise se soucie du niveau pragmatique
de la vie et délaisse la dimension métaphysique. Si elle
pose la question du "vers quoi" c'est toujours en fonction d'une réflexion
sur la vie en devenir liée à son insertion dans des formes
éthiques de socialités.
Dès lors, la discussion sans fin sur le pourquoi
et le pour quoi qui fait les délices de la pensée occidentale
n'a guère pu s'instituer dans la pensée chinoise, excepté
peut-être durant une époque très courte, avec la discursivité
de Mozi et le ritualisme d'obéissance des "Légistes" (IIIe
siècle av JC). L’exploration de la pensée chinoise nous montre,
d’une manière évidente, qu’elle peut très bien venir
jouer avec la raison raisonnante, dans les arguties sophistiques au même
titre que notre raison occidentale, comme ce fut le cas pour le défi
de Mozi à l’enseignement confucéen durant la période
de transition entre les Printemps et Automnes et le règne des Royaumes
Combattants (Ve-IVe siècles AJC) ou celui de Xunzi,
redoutable polémiste, au IVe siècle
AJC, dans la foulée de Confucius mais à l’encontre
de l’optimisme de Mengzi. Le Xunzi est le seul ouvrage connu, construit,
élaboré, parfaitement rationnel et clair de l’antiquité
chinoise.
Par contre la question du comment, du où et du quand, comme du qui et avec qui l'intéresse au plus au point. Tout essai de comprendre le "conflit" doit passer par cette considération (Kamenarovic, 2001). Pas de négociation en Chine sans une prise en compte absolue de ces variables dans la discussion. Beaucoup de négociateurs occidentaux, ignorants de la culture chinoise, en ont fait les frais.
Essayons de comprendre ce trait d'esprit de la pensée chinoise.
Mais, tout d'abord, qu'est-ce que la pensée
chinoise" ?
La pensée chinoise traditionnelle, c'est-à-dire
celle qui a pris naissance il y a plus de deux mille cinq cents ans et
qui s'est organisée au fil des siècles autour des "pères"
du système taoïstes (Laozi (Lao Tseu), Zhuangzi [prononcer
Tchouang-tseu ], “Maître Zhuang”, Liezi[Lie-Tseu]) mais également
autour de la philosophie confucéenne et néo-confucéenne
(Kongzi, (Confucius), Mengzi (Mencius), Ge Hong [prononcer Ko Hong] (283-343),
Zhang Zai [prononcer Tchang Tsai] (1020-1077), Wang Yangming, Zhu Xi (1130-1200),
Wang Fuzhi [prononcer Wang Fou-Tche] (1619-1692), est subtile et dérangeante.
Subtile parce qu'elle perpétue une attitude
des chinois à comprendre la réalité naturelle sans
vouloir systématiquement la réduire à l'aune de la
raison raisonnante.
Dérangeante parce que le philosophe occidental
a bien du mal à ne pas reconnaître dans les approches de la
vie individuelle et sociale de la pensée chinoise, une authentique
philosophie, même si elle ne s'exprime pas toujours selon les modes
habituels des académies issues de la Grèce antique. L’application
de la catégorie occidentale de “philosophie” en Asie remonte sans
doute à l’enseignement du Japonais Nakamura Masano (1832-1891),
professeur à l’université de Tôkyô. Mais ce qui
frappe dans ce que Anne Cheng nomme la “pensée chinoise”, c’est
l’orientation de celle-ci vers une cosmologie et une absence de théologie,
cette dernière catégorie étant beaucoup plus évidente
dans l’histoire de la philosophie occidentale.
Confucius ne parlait pas de prodiges ou de manifestations
paranormales. Le sage, l’homme de bien, met en garde contre ce type de
manifestation et se refuse à troubler autrui avec de tels sujets.
Le raisonnement remet les choses en place et replace le surnaturel dans
l’ordre de la nature. Léon Vandermeersch (1985) soutient que le
surnaturel sauvage (celui des “esprits”, des “fantômes”) fut converti
en surnaturel élaboré par les sages. Le surnaturel converti
est transformé en qi (matière-énergie cosmique), en
yin et yang, en wunxing (cinq éléments ou cinq agents : terre,
feu, bois, métal, eau), c’est-à-dire en forces agissant au
plus profond de la nature, difficilement imaginables mais saisissables
par la réflexion appliquée à la raison des choses.
Dans le surnaturel converti, la dimension de transcendance devient une
dimension de profondeur dans l’immanence. Mais les Chinois diraient plutôt
de “hauteur” jusqu’aux niveaux les plus essentiels du déploiement
cosmique de ce qui est. Le sage tient un discours cosmologique, non religieux,
et n’élabore pas le concept de transcendance, comme celui de divin.
Le terme chinois de shenxue (théologie) renvoie à shen qui
s’applique aussi bien aux âmes des êtres humains qu’à
toutes sortes de déités. Il s’agit plutôt d’une individuation
du surnaturel, du cosmologique, au niveau des “dix mille êtres”,
c’est-à-dire du manifesté.
Pas plus que de théologie, la pensée
chinoise ne connaît de pensée métaphysique. Il n’y
a rien au-delà du monde physique, comme chez Aristote. Mais il y
a quelque chose de “plus haut que” ou d’“antérieur à” toute
particularisation phénoménale. La réalité existe
sous la forme d’une sorte de continuum, qui échappe à toute
appréhension par les sens, et qui pénètre les “dix
mille êtres”.
Doté de plusieurs degrés, ce continuum
développe celui du yin et du yang, dont la dynamique interne anime
les cinq phases du wuxing, ; puis celui du de (puissance cosmique), dont
la dynamique commande celle du yin et du yang ; puis celui du dao (voie
cosmique), source elle-même de la dynamique du de. Comme le remarque
L. Vandermeersch, “il ne s’agit pas d’un au-delà du monde physique,
mais d’un approfondissement de la nature de la réalité physique
elle-même.” (p. 13).
L'esprit critique
L'esprit critique, dans cette sphère culturelle,
relève d'un ensemble symbolique qui distingue la pensée chinoise,
non seulement de la pensée occidentale, mais également de
la pensée hindoue.
Acceptons, avec le philosophe chinois du XXe siècle
Liang Shuming (1898-1988) de distinguer trois types de cultures propres
à la réflexion sur notre modernité
1) la culture occidentale dont les deux piliers centraux
sont la science et la démocratie et le moteur l'élan continuel
vers autre chose que ce qui est, lié nécessairement à
la maîtrise contraignante de la nature.
2) la culture "hindoue" qui, au contraire, devant
l'émergence des désirs et la souffrance corrélative,
décide de soutenir l'existence d'un autre monde qui échapperait
à l'illusion de la "Maya", propre aux phénomènes de
l'existant.
3) la culture chinoise qui assume totalement ce qui
est, conçu comme énergie complètement dynamique, sans
commencent ni fin, mais sans chercher à vouloir transformer
l'ordre des choses. Il s'agit plutôt de s'y insérer dans un
équilibre du "juste milieu".
Pour Liang Shuming, la visée occidentale a pu
prendre parce qu'elle allait dans le sens de la dynamique du "cours des
choses", du "procès" du monde, pendant un certain temps, alors que
les autres philosophies chinoises et hindoues ne convenaient plus, figées
qu'elles étaient dans des formes trop instituées.
Mais aujourd'hui la modernité de l'économie
libérale fait le point sur ses failles sociales et humaines. Une
autre philosophie doit l'accompagner et la modifier. Pour le philosophe
chinois, il s'agit d'une renaissance de la philosophie chinoise confucéenne
plus proche d'un stoïcisme pertinent pour notre temps.
Quant à la philosophie hindoue, elle ne pourra
advenir réellement comme philosophie de la modernité que
lorsque la survie matérielle de l'humanité sera assurée
et que l'esprit contemplatif sera alors susceptible de s'épanouir
pour le plus grand nombre.
Je ne discuterai pas cette vision philosophique qui
amplifie la successivité de l'actualisation de trois grandes philosophies
planétaires (occidentale, chinoise et indo-bouddhique) et qui exclue
le métissage axiologique, dynamique, auquel je me rattache plutôt,
dans une ligne problématique plus proche de François Laplantine
ou de Serge Gruzinski.
Je voudrais simplement dégager la logique interne
d'un autre esprit critique que celui dont nous sommes habitués.
Dans la pensée chinoise, ce qui compte, c'est
l'harmonie avec le "procès" du monde, le flux ininterrompu du cours
du monde dans ces multiples formes créées et recréées
sans cesse ("les dix mille êtres"). Le procès du monde, expression
du Tao, du Sans-Fond, se déroule selon la dynamique des opposés
complémentaires du Yin et du Yang, qui animent sans cesse et sans
s'exclure, l'ensemble des phénomènes. Une symbolique des
cinq éléments (eau,terre, feu, bois, métal) et des
combinaisons des situations décrite par le Yi King en 64 hexagrammes,
permet une interprétation de cette dynamique.
Il ne s'agit jamais d'aller contre et de dire non,
mais de pouvoir s'y insérer à la place où la vie nous
a choisi d'être.
Chacun a une place et une fonction déterminée
dans ce cours du monde. Chacun doit les respecter ainsi que les rituels
qui les fondent dans le cours du temps.
L'idée-clé est la conciliation (Liang
Shuming) et non le défi, comme dans la pensée occidentale.
La conciliation conduit à celle de "juste
milieu" comme équilibre réussi dans un déséquilibre
permanent de toute vie. Équilibre réussi parce qu'il accomplit
pleinement la connaissance en acte du processus en faisant partie de lui-même.
Le juste milieu n'est pas un équilibre arithmétique,
ni même lié à une morale abstraite. Il est la conduite
éthique du citoyen du monde qui se méfie des excès
de toutes sortes. C'est la conduite par excellence de "l'homme de bien",
le sage chinois. Ce dernier vit selon l'ordre du ren, de la vertu
d'humanité.
Face à un obstacle, le Chinois va alors, non
l'affronter directement, mais le contourner, sans l'abolir dans une illusion
de type religieux. C'est l'"art du détour" et le "traité
de l'efficacité" dont parle François Jullien (1995, 1996).
Dans l'art de la guerre, on ne doit jamais pour le Chinois, attaquer de
front mais circonvenir d'une manière dialectique et par ruse. Il
s'agit de mettre en place, avant tout engagement, les circonstances et
les moyens qui doivent conduire à la déroute de l'adversaire
par le simple jeu du déploiement de leur logique interne. Porter
l'estocade dans le présent de la guerre n'est que le résultat
d'un "avant" où tout a été fait pour que les choses
se déroulent ainsi et en arrivent à la conclusion évidente
pour l'adversaire. A la limite, le meilleur chef de guerre est celui qui
n'a plus à livrer combat parce que l'adversaire sait, d'emblée,
qu'il est échec et mat, ou pour reprendre le jeu de go proprement
chinois, qu'il a été encerclé et dans l'impossibilité
de bouger et la certitude d'être pris (voir l'histoire
du jeu de Go : http://www.jeudego.com/histoire.htm).
De même le meilleur médecin est celui
qui prévient toute émergence de la maladie par la juste compréhension
de l'équilibre énergétique de son patient au sein
de l'harmonie des forces cosmiques. C'est pourquoi on doit payer le médecin
pendant que nous ne sommes pas malades. Si la maladie se révèle,
le médecin n'a plus à être payé puisque, d'une
certaine manière, il a échoué.
La logique interne de tout discours critique en Chine
n'est pas la ligne droite mais la spirale et l'encerclement. La spirale
est un examen sous plusieurs angles, sans oublier les angles refusés
par la pensée occidentale (comme la géomancie par exemple).
L'encerclement est la manière de réduire l'interlocuteur
à la non-parole ou à devoir perdre la face. La notion d'efficacité
est centrale. Une réflexion qui n'aboutit pas à rendre plus
efficace une action est considérée comme sans intérêt.
Comme l'écrivait le poète français
René-Guy Cadou (1960)
Ah je ne suis pas métaphysique, moi
Je n'ai pas l'habitude de plonger les doigts
Dans les bocaux de l'éternité mauve
et sale
Comme un bistrot de petite ville provinciale
Un Chinois, je crois, l'approuverait grandement, si toutefois, les doigts en question devaient servir avant tout à construire socialement la réalité selon un rituel reconnu et intégré au développement harmonieux du procès du monde.
BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE
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LIANG SHUMING, Les cultures d'Orient et d'Occident
et leurs philosophies, PUF, coll. de l'Institut Marcel Granet, 2000
MAFFESOLI M., Eloge de la raison sensible, Grasset,
1998, 278 p., voir Macrez Joëlle, compte-rendu
du livre
VANDERMEERSCH L., Une tradition réfractaire
à la théologie : la tradition confucianiste, Extrême
Orient- Extrême Occident, n°6, 1985, 9-21, Université
Paris 8
NOTES
(1) "De la critique en éducation : un objet
de confrontation culturelle", Un des lieux communs de l'éducation
n'est-il pas traditionnellement de former à l'esprit critique ?
Former un citoyen, notamment à l'ère du virtuel, c'est
aussi l'éduquer à tenter de se former et s'informer en ne
prenant pas à la lettre les images et les discours qui sont tenus,
tant dans les médias que sur les scènes politiques et sociales.
Doute, critique, interrogation sont intrinsèquement liés
aux procédures démocratiques et aux figures politiques d'émancipation.
Un certain consensus semble se faire ici autour de la nécessité
de la posture critique, d'accepter aucune assertion sans s'interroger sur
sa valeur. En dernière instance la visée de toute entreprise
éducative (familiale, scolaire, universitaire....) n'est-elle pas
de faire en sorte que les "s'éduquant" puissent sortir de celle-ci,
en avoir fait une évaluation propre, n'en avoir plus besoin et devenir
des acteurs sociaux mettant en œuvre des dimensions de réflexivité
critique ?
Comment travailler cette articulation entre éducation
et critique ? Quasi inexistantes sont les recherches qui ont pris à
bras le corps cette articulation dans l'espace français, pays qui
a pourtant la "réputation" à l'étranger d'avoir facilement
un "esprit critique". Cette situation est également à interroger.
Dans sa forme d'organisation cette journée d'études se veut un lieu d'échanges et de débats qui cherche à favoriser une intelligence collective des questions traitées. Elle correspond à la sortie du numéro 43 de la revue Pratiques de formation/Analyses "De la critique en éducation". (Coord. H.Bézille/J.L. Le Grand).
9h30-12h30 : Critique et éducation en Amérique du Nord quelles filiations culturelles ? Exposé introductif au débat de Michel Alhadeff de l'Université de Genève.
En Amérique du Nord la critique en éducation constitue un mouvement important, tant intellectuellement (plus d’une vingtaine d’ouvrages publiés sur ce thème après 1980, des entrées dans les dictionnaires d'éducation) que dans les pratiques d’éducation permanente et initiale les plus diverses. Mais dans quelle mesure ce mouvement ne reprend-il pas partiellement à son compte des approches venues d’ailleurs, d’Europe occidentale ou d’Amérique du Sud ? Quelles sont les définitions de la critique sous-jacentes ? A quels univers de référence culturel cette expression de "critique" renvoie-t-elle ? Tels sont les enjeux du débat.
14-17h : Approches de la critique en éducation dans d'autres aires culturelles
Exposé introductif de René Barbier, responsable du L.E.C. en référence à la pensée chinoise.
La valorisation apparente de la critique est-elle un
phénomène typiquement occidental ?
En Chine la notion de critique, contrairement à
l'Occident, ne fait pas partie d'une valorisation culturelle. Pourquoi
? Mais peut-être y a-t-il d'autres formes et d'autres manières
d'opérer ce travail de critique ? Le cas de la Chine peut-il servir
d'incitation à réfléchir si dans d'autres types de
civilisation la critique est prise en compte une visée d'éducation
et sous quelles formes. Autrement dit s'agit-il là d'un phénomène
anthropologique ?
(2) Dans le Robert , deux termes importants :
:- critique [kRitik] adj.
o cretique 1372; bas lat. criticus, gr. kritikos, de krinein " juger comme décisif "; cf. crise
1_ Méd. Qui a rapport à une crise; qui
décide de l'issue d'une maladie. — Jour, phase critique. La période
critique de l'épidémie est maintenant passée. Le malade
est dans un état critique.
_ Vieilli L'âge critique, celui de la ménopause.
2_ (1762) Qui décide du sort de qqn; qui amène un changement important. __ décisif; crucial. Se trouver dans une situation critique. _ dangereux, difficile, grave. Le moment, l'heure est critique.
3_ Sc. Qui caractérise le seuil extrême d'une discontinuité physique. Point critique : état limite entre l'état liquide et l'état gazeux. Pression, température, volume critique. Masse critique : masse minimale de matière fissile nécessaire à une réaction nucléaire en chaîne. — Par ext. Qui correspond à un seuil. Point critique d'une maladie. Chemin* critique.
- crucial, iale, iaux [kRysjal, jo] adj.
o 1560; du lat. crux, crucis _ croix
1_ Didact. Fait en croix. Incision cruciale.
2_ (du lat. experimentum crucis, de F. Bacon, " expérience de la croix ", par allus. aux poteaux indicateurs des carrefours) Philos. Expérience cruciale, qui permet de confirmer ou de rejeter une hypothèse, sert de critère. _ décisif.
3_ (1911; repris angl.) Fondamental,
très important. _ 1. capital, 1. critique, décisif, déterminant.
Année, question cruciale. Point crucial. _ délicat. Moment
crucial.