Pour une éducation enfin reconnue métisse.
(statuts respectifs de l’hétérogénéitéet de l’impureté dans une telle optique)

Jacques Ardoino (mai 2001)

Communication au colloque de l’AFIRSE (Natal, Brésil), septembre2001 et l’Année de la recherche en sciences de l’éducation,PUF, Paris, 2001..

L’éducation, et plus encore les pédagogieset les didactiques facilement prescriptives, s’inspirent volontiers duclassique plutôt que du baroque. A la façon de Paul Valery(Eupalinos…), l’image de l’architecte, du constructeur, du bâtisseur,comme géniteur idéal, peut y constituer une métaphoreconvenable qui n’affecte pas trop l’ordre établi. C’est pourquoile rationnel en constituera longtemps la clé de voûte, et,au cours des dernières décennies, la science se portera cautiondes valeurs poursuivies (au risque d’une confusion fréquente entreles finalités et les objectifs). Les innovations, d’inspirationplus technologique, économique et marchande, suivront sans peineun tel mouvement. L’école a dû naître ainsi, en s’élargissant,ensuite, aux dimensions, plus compliquées que complexes, d’un systèmeéducatif. De tels modèles, apolliniens, privilégiantsouvent l’esprit de géométrie (par rapport à l’espritde finesse), s’enrichiront encore d’une vision du monde cartesienne etse prêteront assez bien à l’ascèse positive. Tantôtles " normes " invoquées, tantôt les régularitésfonctionnelles dûment constatées et vérifiées,garantiront la cohérence d’un tel ensemble qui pose donc déjà,d’emblée, des questions d’ordre épistémologique autantque méthodologique. Mais, bien entendu, c’est surtout à partirdu moment où les " irrégularités ", les particularitéset les singularités, les casuistiques, vont se démultiplierà l’infini, que la " voie royale " du Discours sur la méthode(opposant le compliqué au simple pour viser la réductionde celui-là en celui-ci) va rencontrer ses limites et appeler uneré interrogation plus fondamentale de nos modes de connaissance,en réhabilitant la notion de complexité. Le travail consacréà l’analyse des langages employés par les différentesdisciplines, et, à l’intérieur de celles-ci, dans les différentsdomaines d’application, en fonction de leurs paradigmes et de leurs méthodologiesrespectifs, nous paraît un excellent " analyseur " d’une partie aumoins d’un " insu " qu’on ne finira jamais de vouloir réduire, quandil s’agit d’axiomatiques et d’axiomatisations. Beaucoup plus qu’un sacrificeconsenti aux prurits modernistes de futurisation, câlinant " l’hommenouveau " ou " l’éducation du XXIIIème siècle ", lespages qui vont suivre se voudraient contribuer à une telle démarche.

I Hétérogéneité, homogénéité

Les termes hétérogénéité(substantif féminin indiquant un état), et hétérogène(adjectif) se caractérisent très vite par la diversitéde leurs emplois. Pour en donner une première idée, pas moinsde 284 occurrences sont dénombrées dans la 6ème éditionde l’encyclopaedia universalis (2001), orientant vers près d’unequarantaine de domaines de références : biologique, physiologique,psychologique, psycho-social, sciences de l’éducation, sociologique,philosophique, théologique, ethnologique, anthropologique, historique,linguistique, sémiotique, sémiologique, sémantique,économique, politique, sciences de l’organisation, information etcommunication, chimique, immuno-chimique, mathématiques, physique,géologique et pédologique, limnologique, sciences de la terre,volcanologique, sismologique, géographique, ecogénétique,climatique ou météorologique, hydrographique, métallurgique,métallographique, jusqu’aux technologies des mélanges etmatériaux granulaires poreux (" percolation ")… En revanche, Lagrande encyclopédie Larousse ne consacre, de façon explicite,aucun article ou mention spéciaux à l’hétérogénéitéou à l’hétérogène. Le dictionnaire du darwinismeet de l’évolution de Patrick Tort, PUF, Paris, 1996, définit,pour sa part, l’hétérogénéité comme" état d’un agrégat de substance intégrée,qui s’est différencié dans sa structure (ou dans ses fonctions)sous l’action des redistributions secondaires de matière et de mouvementordinairement consécutives au processus d’intégration. L’évolutionelle même peut se définir d’une manière généralecomme une marche de l’homogénéité initiale diffuseà une hétérogénéité cohérenteet intégrée, comprenant toutes les différenciationsde forme, de structure et de fonction qui résultent de la persistancede la force, principe premier du devenir au sein de l’agrégat, cedernier étant par ailleurs constamment soumis à l’actiondes forces incidentes ". Le même ouvrage fera encore allusion àl’hétérogenèse, ou hétérogénie,termes par lesquels on voulait désigner " la générationspontanée " (doctrine très ancienne, antique et biblique,dont, au demeurant, certains des " faits " allégués àl’appui, ont, à l’époque, été réfutésexpérimentalement par Pasteur). Quant à l’idée d’hétérogonie,elle sera utilisée pour désigner une alternance régulièredes moyens de reproduction (sexués ou parthénogénétiques­ agames), au sein d’une même espèce.

Ce que nous retiendrons provisoirement, ici, des emploischimiques (où ces termes restent relativement peu utilisés)et physiques (notamment à propos de la fission nucléaire),c’est que, d’une part, des phénomènes peuvent y êtreconsidérés hétérogènes, à une" échelle " (macro), et homogènes, à une autre (micro),ou vice-versa, et que, d’autre part, quand ils sont dits " hétérogènes", ils désignent des états et, quels que soient les moyens,évidemment " contrôlés ", " maîtrisés", employés pour y parvenir, les états de la matièreauxquels ces préparatifs ont pu conduire, peuvent en cas d’accidents,provoqués ou inopinés, devenir excessifs, surabondants, exagérés,non maîtrisables7.

Pour le Vocabulaire technique et critique de la philosophie1: sont hétérogènes entre elles les parties d’un toutqui " présentent des différences, de quelque nature qu’ellessoient, et spécialement des différences de structure et defonction ". De son côté, l’Encyclopédie philosophiqueuniverselle2 s’appuyant sur les pensées de Georges Bataille (" Hétérologie" ou " scatologie ")3 et de Julia Kristeva4, fait de l’hétérogénéité,indissociablement liée à la pureté et à l’impureté,à l’altérité, à la souveraineté, àla dépense et au don, au sacré, un " au delà " plusqu’une transcendance de la pensée, une contradiction fondamentalede l’être, irréductible " non seulement à toute penséemétaphysique, mais encore à toute démarche visantson aboutissement dans un système fermé ". Plus " négatrice" encore que " négative ", même si elle passe par le langage,l’intelligence de l’hétérogénéité n’esten rien discursive, c’est " une extériorité susceptible delangage, en combat et donc en dialectique avec lui " (J. Kristeva5). Parailleurs, le même dictionnaire renvoie les substantif et adjectif: " hétérogène " à l’opposition, héritièrede la distinction aristotélicienne entre quantité et qualité,rajeunie par Henri Bergson, avec la notion de " durée ", aux idéesde " grandeurs intensives " et de " grandeurs extensives "6. Tant d’autresréférences foisonnent7. Nous avons, nous mêmes, avecAndré De Peretti, conçu un ouvrage s’intéressant àla place et au statut de l’hétérogénéitédans le champ des sciences humaines et sociales, et, plus spécialement,dans le domaine des sciences de l’éducation8.

Hétérogène et hétérogénéitéprocèdent, à travers des formes latinisées (heterogeneus,heterogeneitas), du grec heterogenes, constitué du préfixehetero : autre, et du suffixe genos : gène. Au sens commun, ilsdésignent proprement des éléments ou des objets reconnusd’espèces, de genres, biologiques, logiques ou grammaticaux, différents(par exemples la classification systématique aristotéliciennepar genre et par espèce ; dans l’espèce humaine, les " genres" masculin et féminin). La forme originelle du grec heteron està-teros dont le suffixe signifiait " l’un des deux ". Le terme heterondésigne donc l’autre, tandis que tauton indiquerait le même.Le concept " gène ", au fondement même de tels clivages, estbien entendu cardinal, ici. Remarquons, alors, qu’hétérogènepeut aussi bien caractériser deux genres ou espèces biologiquesdifférents, qu’indiquer l’opposition entre ce qui est de naturebiologique, de l’ordre du vivant (végétal, animal, humain)et ce qui correspond à un autre type de matière, inerte,non-vivante. Par la suite, avec l’adjonction d’acceptions plus larges etde sens figurés, des cultures pourront également êtresupposées hétérogènes entre elles. Cela permetde s’interroger sur bien des formes pseudo-synonymiques, plutôt hétérocliteset en fin de compte, très discutables, dans le langage trivial :différent, bizarre, dépareillé (par opposition àappareillé), désordonné, décousu, incompatible,déviant, anormal, contradictoire… En fait, nous pensons qu’il s’agit,là, de lâcheté ou de laxité excessives. Lessens forts d’hétérogène et d’hétérogénéiténous semblent, à la différence de nombreux autres termesvoisins, s’enraciner résolument dans le biologique, c’est àdire le vivant. Nous proposerons donc, dans ce sens, d’en réserverl’emploi, dans le cadre de cette communication, à ces seuls registresde références (organisme, physiologie, biologie, psychologie,psychologie sociale, sociologie, Droit, ethnologie, anthropologie, Histoire,géographie humaine, économie…). De son côté,l’adjectif " hétéroclite ", que nous venons d’employer, estformé à partir de Klinein : incliner, décliner, pourdésigner certains éléments qui sont rassemblésavec d’autres, tout en dérogeant aux règles d’ensemble (grammaticales: de déclinaison, de conjugaison : le verbe aller - j’irais, nousirons - est, de la sorte, un verbe hétéroclite…).

Hétérogène et hétérogénéités’opposent ainsi à homogène et homogénéité,supposant une " nature " unique, concrète ou abstraite, convenantmieux au paradigme de la logique, des mathématiques, de la mécaniqueou de ses prolongements contemporains (électronique, informatique,cybernétique), comme à la plupart des sciences voulues objectives.Descartes avait déjà supposé, quitte à s’enrepentir aussitôt, de telles homogénéités entrenature, corps et étendue, d’une part et, d’autre part, entre penséeet raison. Le monde moderne  reprend le débat cartésiend’une façon plus ample encore, à partir de ses appétitspraxéologiques et gestionnaires, avec l’aide d’une rationalitéinstrumentale de plus en plus développée, dans le contexted’une inflation extravagante des tentatives de globalisations-mondialisationsde toute nature. Nous vivons littéralement une " rage " d’homogénéisation.Ce qui nous semble philosophiquement essentiel, dès la constructiondes termes hétérogène et hétérogénéité,c’est la référence native, irréductible à lanotion d’altérité et aux valeurs qu’elle suppose. L’" autre" est, en cela, tout autre que le " différent ". L’utilisation dece dernier terme sert bien à séparer, à distinguer,mais sans permettre nécessairement, pour autant, de sortir du "même ". Sont ainsi à distinguer deux formes de pluriel (parrapport à l’unité) : l’une, de pure homogénéité(collection ou " sérialité ", plus " objective ") ; l’autre,d’hétérogénéité (débat, conflits9,à tout le moins intersubjective).

Sans préjudice des " sciences dures " auxquellesnous nous sommes contentés de faire un brève allusion (supra),la question est d’importance quand elle est plus spécialement rapportéeaux pratiques émanant du champ des sciences humaines et sociales,dans la mesure où celles-ci mêlent plus ou moins confusément,sans toujours très bien chercher à s’y repérer, desmodèles sous-jacents d’inspiration tantôt biologique (vivant,communications, relations, interactions impliquées…), tantôtmécanique (machine, organisation, information, rapports, interactionsneutres). Il en résultera des confusions dangereuses. L’organisation,la gestion, l’administration des relations humaines et sociales " mécanisent" volontiers à outrance. Les modèles assimilant les procèsde production et d’échanges aux fonctionnements des " machines "sont évidemment satisfaisants pour l’esprit qui peut, à partird’une " transparence " crédible, quand il s’agit de mécanismesconçus, construits pour pouvoir être réparésen cas de dysfonctionnements, et utilisés facilement par ceux quiles acquièrent, escompter plus facilement, une " maîtrise", de surcroît expurgée de toute incidence tragique (réalisantainsi partiellement le fantasme de " toute puissance " chevillé,depuis la naissance, au corps d’une humanité qui tend à vouloiroublier de plus en plus, voire à dénier, son ancrage biologique).C’est le principe même de toute économie, nécessairementfonctionnaliste. L’homo oeconomicus, variété de l’homo rationalis,prend ainsi le pas sur l’homo biologicus. Le temps vécu, le temps-durée,s’y retrouvent marginalisés, réduits, ignorés, auprofit d’un temps d’horloge, universel (Newton), physique, homogèneet spatialisé (René Descartes, Joseph Gabel10) pour êtremesurable et comptabilisable (chronométrie et chronologie). On peut,alors, repérer qu’il s’agit, avec cette question, de conflits etde ruptures épistémologiques disciplinaires, beaucoup plusque de variétés de méthodes. Nous nous retrouvons,alors, dans le sillage de Gaston Bachelard. Dans le registre biologique,et les modèles qui en découlent, c’est le temps hétérogènequi deviendra essentiel pour la démarche d’intelligibilité.Qualitatif, particulier, singulier, comprenant désirs et intentionnalités,angoisses et caprices, implicite, insu et inconscient, cette compréhensiondu temps est toujours " impliquée " (analyse institutionnelle),voire " affectée " (J. Favret-Saada11) par le jeu des mémoiresqu’on ne saurait réduire à des engrammations (plus prochesdes neuro-sciences et des cognitivismes). En conséquence, en dépitde toutes les ambitions de prévision, de toutes les assistancestechniques, une part irréductible d’opacité, de fantaisie,de surprise et d’irrationalité, de non-maîtrise, subsiste,où s’abîmeront tant d’ingénieries. L’univers du déterminismelaplacien et le " monde des sujets " ne coïncident pas. En fonctionde ces optiques, ni les " projets " encore pourvus de leurs viséeset finalités, ni les " programmes ", ni les stratégies etla réalisation des objectifs, ne peuvent être conçusni formulés de la même manière. A fortiori, quand lesinterrogations deviendront plus explicitement éthiques, les valeursprivilégiées, éventuellement hiérarchisées,ne seront plus du tout les mêmes. D’un côté, les considérationspraxéologiques et déontologiques, voire morales, toujoursplus ou moins utilitaires, liées à l’efficacité, del’autre côté, les questionnements intéressant la légitimité(plus que légalité), les droits fondamentaux de l’homme,plus ontologiques, en quelque sorte, plus axiologiques, plus dialectiquesaussi, rejoignant les pensées de Georges Bataille (justement ladémesure du " sacré " et " l’abject "), et de Julia Kristeva(" l’au delà du langage ") évoquées supra, sans revenirpour autant à l’hypothèse d’une transcendance divine.

De façon moins immédiate, et quelquepeu contradictoire, ces problématiques intéressant, toutà la fois, " science " et " sciences de l’homme ", recoupent encoreune autre vieille querelle relative à l’entendement : celle des" universaux ". Si l’hétérogénéité estplus naturellement accordée à la temporalité-duréequ’à l’espace elle aide ainsi à prendre mieux en considérationla particularité et la casuistique (comme la " diachronie " desstructuralistes) dont les places se trouvaient nécessairement plusréduites dans le cadre du logos universel. Dans le discours scientifiquecanonique, l’essence prime toujours sur l’accident (jusqu’au predicatuminest subjecto leibnizien). Le pluriel est trop facilement compris commedégradation de l’unité, le général et le spécialrestent univoques et homogènes dans leurs rapports inductifs ouhypothético-déductifs, les énoncés voulus universelssont crédités d’une dignité et d’une portée,ordinairement refusées aux statuts logiques, plus accessoires, dela particularité et de la singularité.

Plus profondément, dans une perspective, cettefois, plus résolument anthropologique, c’est le thème archaïque,mais toujours actuel, de la pureté et de l’impureté qui nousapparaît intimement lié aux sens profonds de l’hétérogénéitéet de l’homogénéité. Approfondir ces parentésde sens en travaillant ces deux dernières notions nous semble unvagabondage heureux et utile dans notre démarche dont le projetfinal reste de rapporter ces ensembles à une intelligence plus complexede l’éducation.
 
 

II Pureté, impureté12

Etymologiquement, les adjectif " pur " et " impur "(XIIIème  siècle viennent du latin pürus, a, um(impurus, impuritas, d’où dériveront impurité, XVèmesiècle,impureté, XIVème  siècle). Se formeront ensuitede la sorte, dans notre langue : purifier, puriste, purisme, puritain,apurer, apurement, épurer, épuration, épure. Le motdésigne : ce qui est propre, net, sans tâche, sans souillure,aux sens tout aussi moraux que physiques. Rien d’étranger àsa nature première ne vient l’affecter ni l’" infecter ". Cette" compréhension " s’adjoindra par la suite l’acception " sans mélange" établissant des passerelles avec intègre, intransigeant,voire intact, et homogène. Les antonymes seront, en conséquence: souillé, corrompu, altéré, vicié, dénaturé,mêlé... On parlera aussi bien de la pureté de l’âmeque de celle du ciel ou de celle d’une voix, d’une forme musicale, du miel,d’une pierre précieuse ou de l’eau. Dans le domaine scientifique,il y aura aussi des " corps purs ", et des " sciences pures " par oppositionà des sciences appliquées. Les sciences mathématiquesne deviendront-elles pas ainsi, tout naturellement, les plus pures dessciences intéressant le raisonnement, à la façon dela musique au sein des arts. " Parfait ", " impeccable ", " juste " (surtoutdans la culture d’Israël) et " sage " figureront aussi dans cetteconstellation, tantôt explicitement inspirée par le registrebiologique, physiologique avec ses connotations sexuelles, ethniques (d’oùles nombreux " racismes "), sociologiques, psychologiques, impliquant desacceptions de candeur, de modestie, de virginité, d’abstinence,de chasteté (sans préjudice d’exagérations plus morbidescomme l’anorexie), tantôt plus attachée, avec l’idéedéjà plus abstraite de " nature " (opposée, ici, à" culture "), aux registres de la matière, de l’ontologie, débouchantsur la quête des essences, en tout cas des valeurs13.

L’" extension " du terme est ainsi pratiquement illimitée,mais quels que puissent être ses emplois, indépendamment deleurs contextes propres, la notion induit toujours, plus ou moins, en fonctionde son caractère ontologique et axiologique l’idée d’unehiérarchie de valeurs : le pur est, parce que jugé meilleur,réputé préférable à l’impur. Des intricationssémantiques de même nature se laisseront ainsi aisémentdeviner entre propre/sale sain/malsain. Certaines de ces oppositions ontjustement été privilégiées et travailléespar un philosophe, historien du corps et du sport, Georges Vigarello14.L’esthétique aussi bien que la morale se réclameront àleur tour de la pureté (ce qui ne sera jamais le cas de l’éthiqueni de la déontologie), tout de même que la logique formelle.Le clair et distinct, l‘évidence, s’opposeront, de la sorte, auniveau de l’entendement, à la confusion, à l’ambiguïté,à l’obscurantisme, voire à une pluralité de significationscontradictoires. La vérité est, le plus souvent, symboliséepar la lumière, d’où les attentes de " révélation", de " dévoilement ", d’" illumination ", de " découverte", d’" éclairages " disciplinaires. Pureté et véritése rejoignent, si ce n’est coïncident, à la faveur d’une telleoptique, où l’espace, réel ou virtuel, physique ou logique,abolit le temps-durée et la mémoire vécue, signesd’altérations et de dégradations. Pour ne pas risquer dedéchoir, et de décevoir, les héros devront donc mourirjeunes.

La pureté est, presque toujours, plus commodément,située aux origines (si l’on excepte les exemples industriels, envertu desquels raffinage, cracking, permettent d’escompter obtenir desproduits plus purs, à l’issue d’un traitement, que n’étaitla matière brute, encore non travaillée, à l'entréedu dispositif), ou dans " l’autre vie ". C’est alors l’évocationdes " paradis perdus " ou l’attente des " lendemains qui chantent ". Elleentend ainsi échapper aux altérations temporelles. Les nostalgiesdes " âges d’or ", voire les réminiscences (qui ne sont paspour autant des " anamnèses "), jalonnent ainsi nos mythologiestandis que les utopies pavent nos espérances. Comme dans les conteset les légendes : tout se passait, ou se passera, " en ce tempslà ". Rappelons, encore dans la même perspective, cette belledéfinition de la réforme, tout à fait explicite, enl’occurrence : " rétablissement dans sa pureté primitived’une règle corrompue par l’usage " ou l’idée tenace d’un" pèlerinage aux sources ", selon Lanza Del Vasto. L’idéalde pureté est, de la sorte, d’emblée ancré dans lerespect des normes. Il se donne un caractère d’absolu. C’est toujoursl’" état " qu’il faut atteindre ou retrouver, même àtravers un processus intermédiaire de purification. Tout au longd’une Histoire de l’humanité, balisée de chefs d’œuvres,d’exploits, de prouesses, de records, la pureté est, au fond, lamarque d’une transcendance à laquelle nous n’avons jamais cesséd’aspirer. C’est aussi la dichotomie du bien et du mal. A quelques exceptionsprès, les divinités sont plutôt pures, alors que lesdémons sont carrément impurs. C’est, sans doute, pourquoiles religions en feront fréquemment le fondement d’une ascèsedu cheminement vers le sacré, dans les démarches spirituelles,tandis que les philosophies occidentales de la rationalité (" philosophesdes lumières ", notamment) l’associeront volontiers aux " essences" et aux " universaux ". Des quatre éléments supposésoriginels, seuls deux ont ainsi des vertus purificatrices : l’eau et lefeu.

On est donc frappé, de prime abord, par le caractèreavant tout " entier ", disjonctif, bien illustré, au demeurant,autant par la logique canonique aristotélicienne des analytiques(les " formes " rejoignant, ici, les idées ­ eidos ­ platoniciennes)que par les expressions booléennes de l’informatique contemporaine,par l’aspect " tout ou rien ", " total ", de cette notion, et ce d’autantplus qu’elle retrouve son fond archaïque premier ; on ne saurait transigeravec elle. Le moindre compromis dégénère aussitôten compromission. Antigone meurt, en quelque sorte, de cette pureté" tétanisée ". Dans la philosophie occidentale moderne, àla suite de Kant, est " pur " ce qui reste indépendant de l’expériencesensible et existentielle, de l’empirie, à l’opposé des jugements" réfléchissants " dédiés au sujet et àl’esthétique. Des analogies pourront, en outre, se retrouver dansd’autres civilisations, orientales notamment (bouddhismes zen). La distinctionclassique entre l’âme immatérielle et spirituelle et le corps,impliqué, incarné, prend, ici, tout son sens. Toutefois,au niveau du biologique, et, par extension, de la généalogie,des lois de l’hérédité, le mythe de sangs nobles etpurs (versus le sang impur des ennemis - juste bon à abreuver "nos sillons " - évoqué par la " Marseillaise ") va sévirlongtemps, aussi bien pour fonder des ségrégations et desexclusions, que pour conforter les hypothèses constitutionnalistesde certaines psychologies des talents et des " dons " (hypothèsesd’ailleurs remises en question par les développement récentsdes analyses du génome humain). Le métissage est, dèslors, tout naturellement pensé en forme de bâtardise, impliquant,tout à la fois, transgression, faute, désordre et pathologie.Il ne peut donc qu’être dévalorisé, sinon pénalisé.Mais ceci ne doit pas nous aveugler pour autant. L’intelligibilitédes rapports complexes entre le pur et l’impur requiert une forme de compréhensionplus explicitement dialectique, à tout le moins dialogique.

L’idée de pureté porte ainsi paradoxalementen elle des forces contradictoires de vie et de mort attestant un enracinementbiologique non moindre que celui de l’hétérogénéité.On sait déjà que de l’air ou de l’eau chimiquement purs neseraient guère adaptés aux besoins vitaux. Le corps, parceque promis à la mort et voué à la décomposition,à la putréfaction, parce qu’il ingère, digère,assimile, excrète (des matières fécales), parce qu’ilsecrète des " humeurs "15, est impur par excellence. C’est " l’insoutenablelégèreté de l’être " et la " merde ", chèresà Kundera, (nous retrouvons aussi, ici, " l’abjection "). Et, pourtant,divinisé par le sport, congédiant à l’évidencele temps pour se réfugier dans l’instant éphémère,le corps redeviendra symbole de pureté (en dépit de sa marchandisation,de sa subordination au " spectacle ", du " dopage " dont il s’assortitordinairement...). Dans la plupart des cultures, la femme est réputéeplus impure que l’homme, en fonction notamment de ses menstrues, cetteséparation de principe étant au demeurant dûment matérialisée; mais, sanctifiée par la maternité, elle retrouve une pureté,confinant parfois au sacré. Comme la majorité des ethnologuesa pu le constater, un lien étonnamment fort subsiste, en de nombreuxpeuples, entre la souillure et le sacré. D’Herodiade à PôlPot, des nazis aux purifications ethniques serbes, sans omettre les mouvementsd’éradication tutsis, hutus, angolais..., légions sont, aulong de l’histoire humaine, les massacres, les génocides, les crimescontre l’humanité, les tentatives d’exterminations, invoquant lapureté comme fondement rationnel. Quand l’exagération des" répulsions " ne conduira pas à de telles extrémités,ces forces, mieux contrôlées, permettront d’instituer, defaçon plus calculée et réfléchie, stratégique,la domination et l’exploitation, voire l’oppression, de certaines espèces,de certains groupes, de certaines cultures ou civilisations, par d’autres.La fonction " mondaine " de la pureté " dangereuse " apparaîtraitainsi au fondement même de nos ségrégations et de nospeurs16.

Le fonds imaginaire archaïque à partirduquel s’élaborent ces notions (pur/impur) reste préoccupant,dans la mesure où, avant tout syncrétique et magique, iléchappera toujours aux tentatives de rationalisation qu’on voudraitensuite y appliquer. Même quand on tentera de les opposer de façonplus catégorique, le pur et l’impur resteront indissociables (cequi n’empêchera pas de les distinguer), ne vivant en quelque sorteque l’un par l’autre (tout comme Dieu et le Diable, figures emblématiquescomparses, représentant le bien et le mal). Justement, parce qu’authentiquement" baroque " le théâtre shakespearien ne peint et ne met enscène que des êtres contrastés, contradictoires eneux mêmes, comme de par les situations qui les font interagir, ambivalents,tout à la fois grandioses et mesquins, sublimes et ridicules, tandisque le théâtre classique français, cornélienou racinien, campait des personnages plus tranchés (en " noir "ou " blanc "). Celui-là nous semble plus proche de la réalitéque ceux-ci. A travers sa médiocrité et sa banalisation outrancières" loft story " reste encore un hymne à une  pureté dérisoire(l’intensité des réactions qu’elle a su provoquer l’attesteau passage). Plus naturellement empirique, parce que concrètementrepérable au croisement des ethnies, le métissage ne peut,non plus, être considéré comme un simple fait relevantd’un constat ordinaire. En tant que vécu, éprouvé,ressenti, représenté, il restera longtemps (dans la duréede chaque expérience singulière) inscrit selon cette axiologieprimitive. C’est pourquoi il s’affirme, d’abord, comme déchiremententre deux groupes par lesquels il se sent également rejeté.L’attente faussement temporelle d’une " troisième génération", sorte de " synthèse " des stades antérieurs constitutifs,s’avérera toute aussi vaine. Il faudra, beaucoup plus tard, assumer,plus encore que dépasser, la souffrance de l’unité perdueet du manque ressenti, pour découvrir la richesse d’un pluriel biologiqueet culturel. " C’est, en tout cas, à partir d’une acceptation del’impureté que se découvrent les valeurs[propres] du métissage"17. Dans le langage dialectique de l’analyse institutionnelle, nous pourrionsdire, effectivement, que le métissage est le troisième tempsde la démarche : celui de l’institutionnalisation (singularité)18.Dans le même sens, mais à partir d’un autre contexte, l’idéede complexité développée par Edgar Morin, elle mêmecomprise en termes de multiréférentialité19, ne devient-ellepas, alors, la contestation radicale du fantasme de pureté (homosapiens-demens) ? L’approche multiréférentielle suppose explicitementqu’un objet de connaissance, de recherche, d’action, peut, et doit, pourdevenir intelligible, ou mieux compris, relever de plusieurs lectures,optiques, différentes, au besoin contradictoires entre elles. Nousl’avons déjà souligné supra, le qualificatif " différent" ne saurait, au demeurant, suffire. De telles lectures, disciplinaires,théoriques, sont, en fait, nécessairement hétérogènesentre elles, proprement autres. C’est, au passage, toute la différencede nature qui oppose et sépare multidimensionnalité et multiréférentialité,celle-là réhomogénéisant toujours, plus oumoins ses " dimensions ", en fonction de la " mesure " attendue, celle-cirespectant les hétérogénéités et lesimpossibilités d’unifier, et de réduire les unes aux autres(le " complémentarisme " ethnopsychanalytique ou ethnopsychiatriquede Charles Devereux20 est, selon nous, multiréférentiel).Ces repérages aboutissent, alors, à la compréhensionplus large de " visions du monde ", de " cosmogonies ", différentes,radicalement " autres ", d’où procéderont justement, ensuite,des " paradigmes ", des modalités de connaissance, tout àfait hétérogènes, dans l’ensemble diversifiéet contrasté des sciences humaines et sociales, et, notamment, danscelui des sciences de l’éducation et de la formation (cette dernièredevenant, alors : intentions partagées et pratiques communes demétissage à partir des ressources initiales des formateurset des formés). La richesse d’une intelligibilité qualitativeviendra justement des oppositions, du choc, entre des lectures inconciliables,irréductibles (Marx et Freud, par exemple), et pourtant articulables.Mais, bien entendu, au regard de la pensée héritée,ces démarches, ces " lectures plurielles ", moins systématiques,moins aisément modélisables, plus complexes, risqueront,à leur tour, d’être considérées comme " impures", " bâtardes, " métisses ", éclectiques…21.

III Le métissage éducatif

N’est ce pas justement la spécificitédes sciences de l’éducation, entre autres sciences déclinéesau pluriel (sciences de l’information et de la communication, sciencesde l’organisation, sciences des techniques et des activités physiqueset sportives…), que de se retrouver toisées, avec quelque mépris22,par d’autres disciplines scientifiques, plus anciennes, ou considéréesplus nobles d’un point de vue épistémologique (physique,chimie, mathématiques, sociologie, psychologie…) ? Si, de fait,de nombreux episteme, y compris ceux relevant de sciences dites " dures", se retrouvent bien, aujourd’hui, contraints de réviser les rapportstraditionnellement plus clivés chez elles, entre hétérogénéitéet homogénéité, la crédibilité des scienceshumaines et sociales reste, de loin, la plus affectée par un telpluriel démultipliant les contradictions qu’on s’obstine souventencore à préférer appeler " paradoxes ". La reproductiondes humains et les échanges matrimoniaux, si jalousement protégéssoient-ils, rencontrent rapidement les limites de l’endogamie, au risquede la dégénérescence. L’éducation, en tantque fonction sociale, assurée par des dispositifs organisationnelset institutionnels, a fortiori quand elle se trouve privilégiéecomme appareil et " quasi-monopole " d’Etat, faisant appel à desfonctionnaires en tant que professionnels, visant, dans le meilleur descas, le développement de la fonction critique pour le plus grandnombre, ne peut être pensée autrement que contradictoirement,en fonction des optiques politique, économique, juridique, administrative,psychologique, sociologique, ethnologique pédagogique, éthique…qu’elle mobilise tout à la fois. Si, sous certains aspects, ellepose toujours la question de l’identité quasi essentielle du sujet23en formation, celui-ci, outre les transmissions plus universelles de savoiret de savoir faire dont il est bénéficiaire par le truchementde l’école, a aussi besoin, dans sa particularité-singularité,des acquis24 élaborés par l’expérience (familiale,sociale, professionnelle), d’un " savoir être "25 et devenir. Or,les traditions désormais séculaires de l’institution-écoleretiennent à l’évidence l’universalité des contenustransmis correspondant aux savoirs fondamentaux, comme une relative uniformisationdes élèves. Ce sont des " cadences " (plus " collectives" et plus mécaniques) qui sont ainsi imposées, pour des raisonsd’organisation et de gestion optimisée des flux, à des élèves,malgré tout vivants, qui ne peuvent finalement " apprendre ", "comprendre ", " s’intéresser [à] ", " s’approprier ", " assimiler", " mûrir ", ce qu’on leur propose en fait de contenus et de données,qu’en fonction des rythmes, des filtres, des optiques propres àchacun. Il en résultera, bien évidemment des inadaptations,des échecs, auxquels on tentera ensuite, avec plus ou moins de bonheur,de remédier, a posteriori, par des mesures individualiséescorrectives. L’école, elle même, s’est instituée parune sorte de " coup de force ", en " tournant le dos à la vie "26.Il est à peine exagéré de dire que c’est une " bulle", qui deviendra, par la suite, dans la pensée de certains de sesfondateurs ou de ses gardiens (le philosophe Alain ou François Bayrou,par exemple) un véritable " sanctuaire " ayant vocation de protégerl’enfant des tumultes de la scène extérieure pour mieux l’inciterà privilégier l’essentiel, bien dans la tradition platonicienne.Une fois cette bulle constituée, elle renforce son homogénéité.De bons élèves, devenus ensuite enseignants de leur propremouvement, auront peut être réussi, de la sorte, àne jamais quitter l’école, sans avoir nécessairement comprispour autant l’hétérogénéité profondede l’intentionnalité et des pratiques éducatives. " L’entréedans la vie "27 et " l’entrée dans la société "28,si elles semblent superficiellement marcher du même pas, au moinschronologiquement, avec les âges privilégiés de l’enfanceet de l’adolescence, et les lieux sociaux qui leur étaient initialementréservés (l’école, la formation professionnelle, l’université),ne sont pas nécessairement pré-harmonisées, loin delà. Nous l’avons déjà souligné à maintesreprises, les développements cognitifs et affectifs peuvent s’effectuercontradictoirement et en désordre, au sein de la même personne,où le vécu se joue sur des scènes diverses, conscientes,inconscientes, imaginaires29, mobilisant, plus encore que motivant, attention,disponibilité, effort, intérêts, désirs, fantasmes.Les interactions, les influences interpersonnelles, les clivages et lesrapports de force sociaux, génèrent de nombreux conflitspour la difficile conquête d’une autonomie relative et d’une autorisation30,hors desquelles les sujets ne se réalisent pas vraiment (l’agent,l’acteur, l’auteur31). Le versant social de l’éducation favorisenécessairement l’adaptation à l’existant, l’acculturation,la soumission à la loi et la reconnaissance d’un ordre nécessaire,conditions minimales d’une survie en société et garantiedes rapports inter humains. Mais les relations interpersonnelles n’échappentjamais, non plus, complètement, aux pulsions de transgression. Celle-ci,dans ses manifestations individuelle ou collectives, reste, en fonctiondes points de vue, des contextes, et des interprètes, aussi bienà la source des progrès et des conquêtes (le mythede Prométhée) qu’à l’origine des tragédieset des errements les plus graves. Il n’y aurait jamais eu d’avancéessignificatives, tout au long de l’histoire de l’humanité, si desremises en question, des révoltes, des révolutions, ou desréformes, ne s’étaient imposées en dépit desconservatismes. En revanche, d’innombrables désobéissanceset infractions sont demeurées parfaitement stériles et sansaucune portée. " Principe de plaisir " et " principe de réalité" gouvernent ainsi le monde de façon difficilement dissociable.Les embarras des " politiques " en attestent. On comprendra, sans peine,à cette occasion, l’importance d’un éclairage égalementpsychanalytique apporté à l’éducation32. C’est, peutêtre la tâche la plus délicate d’une éducation,non exagérément réduite aux dimensions plus étriquéesde l’instruction, de l’apprentissage et de l’enseignement, que de contribuerà une telle harmonisation, dont le " sujet " restera finalementseul " maître ", tout en étant lui même altéré,influencé, conditionné, déterminé, par quantitéd’autres variables.

Pour nécessaires qu’elles soient, l’organisationet l’institution n’en comportent pas moins leurs pathologies propres33.Les bureaucraties34, la " routinisation " des pratiques, l’évitementdes risques, la fascination exercée par " l’ici et maintenant "facilement convertie en préoccupations à court terme, aboutissentà autant de scléroses, à la perte du sens comme àl’impuissance à concevoir des projets. L’optique multiréférentielledont nous réclamons est d’autant plus nécessaire pour nepas risquer la perte des valeurs dans l’une ou l’autre de ces dimensionsexagérément et abusivement privilégiée. Lesport, par exemple, peut être éducatif, pour le corps commepour l’esprit. Il peut ouvrir à la " condition citoyenne " par lejeu des interactions qu’il suppose. Mais il peut tout aussi bien se dégraderen spectacle professionnalisé et marchand35. L’éducationest avant tout, plurielle. Elle se fait, tout à la fois, contradictoirement,dans la famille, à l’école, dans la rue, par la télévisioncomme par les livres, au travail, et jusqu’à travers les loisirs,tout au long de la vie. Elle se heurte aussi aux pesanteurs des pratiquesinstituées. Au sein du " mammouth " combattu par Claude Allègre,cinquante années après sa relativement récente émergence,la formation continue ne s’est pas encore vu reconnaître, par lesystème éducatif, un statut explicitement et utilement hétérogèneà celui des formations initiales (celles-ci, administréesa priori, dans le cadre de pédagogies ou de didactiques inspiréespar une rationalité universelle, sont dûment créditées,celle-là, plus enracinée dans l’expérience et lesacquis de chacun, n’est toujours pas diplômante)36. Il en résulteautant de déperditions que de gâchis, notamment au niveaudes IUFM.

Précisément, pour pouvoir évoluer,s’adapter, mûrir, en réponse aux sollicitations de son environnement,le sujet va devoir se rendre capable de métissages37 successifs,hors desquels les idées de formation et d’éducation deviendraientd’ailleurs parfaitement vaines. C’est à travers l’appréhensionde l’altérité, voire dans l’acceptation de l’altération38,que se forme, individuellement et collectivement, interactivement, le sujetpsychiquement et socialement civilisé, en devant, bon grémal gré,  reconnaître l’autre comme sa propre limite,acceptant ainsi le deuil du fantasme infantile de " toute puissance ".Bien plus encore, ce n’est pas seulement l’autre extérieur àma propre subjectivité, l’autre objectif pour moi (bien qu’il soitlui même sujet pour lui), qui doit ainsi être reconnu, en cequ’il me résiste légitimement ; selon l’optique psychanalytique,c’est l’autre, l’étranger en moi, échappant de la sorte àmon attente de maîtrise, qu’il s’agit, aussi et surtout, de reconnaîtreet d’accepter. Tant qu’une telle mutation n’est pas effectivement accomplie,réalisée, nous resterons dupes des mécanismes cathartiquesde " projection " qui nous feront attribuer à l’autre tout ce quenous ne pouvons, ni voulons, reconnaître comme nôtre, avecla rage réactionnelle de le détruire beaucoup plus commodémenten lui. Tant de " racismes ", et de fantasmes de domination et d’oppression,vont ainsi pouvoir découler de ce fond pulsionnel insu (individuelet collectif, personnel et social, culturel). Ce n’est plus seulement alors," l’homogénéité ", plus facilement gérable,quand il s’agit de l’administration de flux importants, dans le cadre del’école, de la formation professionnelle ou des établissementsd’enseignement supérieur, mais bel et bien le rapport libidinalprofond, " ambivalent ", entre " pur " et " impur " qui devient prédominant,au moins quant à l’interprétation des sens qu’ils peuventrevêtir pour chacun d’entre nous, en fonction des situations danslesquelles nous nous trouvons. L’" appropriation " (façon de rendrepropre à soi) des contenus, aussi bien que des acquis, la " maturation" personnelle à travers le jeu des interactions, des relations,de la communication (et non plus seulement de l’information), sont irrévocablementinscrites dans une temporalité-durée convenant mieux finalementà des " cheminements " qu’à des " trajectoires "39. Leur" compréhension " par les différents partenaires des échangeséducatifs (enseignants/élèves, professeurs/étudiants,formateurs/formés, sans omettre les autres " pairs ", les administrateurs)reste primordiale40. Au lieu des modèles de " guidance ", de " maîtrise" ou de " tutorat " (sans oublier les " chartes " concédées),auxquels l’école et l’université restent bizarrement attachées,plus de deux siècles après une révolution françaisedont la " philosophie des lumières " se montrait pourtant déjàsi fière, ce sont, maintenant, les processus d’" accompagnement"41 qui devraient plutôt retenir notre attention.

Si la question d’une identité des sciences del’éducation42 peut se poser légitimement, du point de vued’une épistémologie disciplinaire et interdisciplinaire,il convient de ne jamais perdre de vue le caractère pluriel de celles-ci,et leur hétérogénéité nécessairementsubsistante. Plusieurs " cultures " s’y entrecroisent, encore en quêted’articulation. Ce seront donc autant de " patterns ", de " modèles", de valeurs, de normes, de " lois ", d’habitudes, de pratiques, de routines,qui se retrouveront confrontées au sein d’une praxis43 éducativeinépuisable. Parce que, tout au long de la vie désormais,l’éducation est, avant tout, existentielle. Tant pis si la puretédu ciel des essences s’en ressent quelque peu affectée. Les procéduresréglementaires, organisationnelles et institutionnelles, les règlesd’obtention des diplômes, les contrôles et les évaluations44,les interactions groupales et les processus interpersonnels45, les donnéesde l’expérience singulière et le travail sur soi, constituentautant d’univers de natures finalement très différentes,qu’il s’agit essentiellement de relier aux savoirs et savoir-faire de l’école46,de la formation professionnelle et de l’université. Tant que celles-cin’oublieront pas leur finalité principale : développer lacapacité critique du plus grand nombre des élèveset des étudiants, dans les domaines auxquels elles ont accès,au profit d’objectifs, au demeurant tout aussi pertinents dans d’autresoptiques : développer des compétences professionnelle, voiredes excellences encore plus compétitives, contribuer à larégulation du marché du travail, elles ne perdront pas tropde vue les pôles axiologiques, éthiques, qualitatifs auxquelselles s’ordonnent plus fondamentalement encore. Mais, justement, cettequalité visée reste intersubjective, quant aux façonsde la faire naître et de la développer, et subjective, quantà son accomplissement (même si autrui y conserve sa place).La complexité reste inséparable de l’acceptation de l’hétérogénéité47.Jacob Burckhard, insistant très subtilement sur le refus de la complexitéà l’origine de toute tyrannie, aurait pu tout aussi bien développerla même idée à partir de l’hétérogénéité.C’est pourquoi nous avons, tout au long des pages précédentes,souligné l’importance des registres biologique et anthropologiques(par opposition aux modèles de la machine) et préféréemployer des mots tels qu’" articulation ", " conjugaison ", et " relations", précisément en fonction de leur convenance à detels registres. Pour que le mélange des apports et des acquis hétérogènespuisse être assimilé, approprié, c’est à direréinventé beaucoup plus que retrouvé, il faut une" modification ", au sens de Michel Butor, une " transformation ", dontle métissage48 nous semble encore être la plus belle métaphore.Dans le contexte d’un pays, le Brésil, qui, plus que d’autres, àsu faire du métissage, cette fois pris à la lettre, une richessenationale, et dans le cadre d’une ville de surcroît dénommée" Natal ", ces quelques idées prendront, peut être, une relativesaveur49.

Notes

(1) André Lalande, PUF, Paris, 1947.
(2) André Jacob (dir.), PUF, Paris, 1990, "Les notions philosophiques, Dictionnaire " (T. 1, pp. 1136-1137, IsabelleRieusset).
(3) Georges Bataille, " dossier Hétérologie" in Oeuvres.Complétes., TT. 2 et 6, Gallimard, Paris, 1970.
(4) Julia Kristéva, Polylogue, Seuil, Paris,1977.
(5) Id.
(6) André Jacob., " dir. ", op. cit.
(7) Pour le Dictionnaire des sciences (E-B. Uvarovet D-R. Chapman (dirs.) PUF, Paris, 1956), sont dits hétérogènesles échantillonnages faits, en différents points, " présentantdes propriétés variables ". La " fission nucléaire" n’est elle pas justement l’éclatement " du noyau d’un atome lourd,par exemple d’uranium, sous l’action d’un neutron, en deux noyaux ou plus,de masse approximativement égale, avec libération énormed’énergie " ? Le vocabulaire de la psychologie d’Henri Piéron(PUF, Paris, 1951) mentionne un " indice d’hétérogénéité", dans les limites d’un ensemble unifié de mesures psychologiquespour un même individu. Le grand dictionnaire de la psychologie (Larousse,Paris, 1991) ne cite pas ces termes, non plus que le vocabulaire de lapsychanalyse (J. Laplanche et J-B. Pontalis (dirs). PUF, Paris, 1967) ouque le Manuel alphabétique de psychiatrie (Antoine Porot, dir, PUF,Paris,1952) ; la " pensée à côté " existe bienpourtant !. Dans le vocabulaire de l’éducation, Gaston Mialaret(dir.), PUF. Paris, 1979) homogène et homogénéiténe figurent pas davantage que dans le dictionnaire des sciences économiques,Jean Romeuf (dir.), PUF, Paris, 1956). . Par contre, dans le vocabulairede l’évaluation et de la recherche en sciences de l’éducationde Gilbert de Landsheere, PUF, Paris, 1979, la mention de l’une des deuxnotions renvoie à des " tests hétérogènes ".Ni le dictionnaire d’histoire et de philosophie des sciences, DominiqueLecourt, (dir.), PUF, Paris, 1999, ni le dictionnaire de l’ethnologie etde l’anthropologie, Pierre Bonte et Michel Isard (dirs)., PUF, Paris, 1991)ne les retiennent. Le dictionnaire des religions (Paul Poupard, dir., PUF,Paris, 1984) n’est apparemment pas, non plus, concerné. Ces " ignorances", " éclipses " ou " emplois " de tels termes, au fil et au capricedes disciplines, ont quand même de quoi surprendre, et interroger,quand il devrait s’agir, évidemment, de " choix raisonnés", dans une optique scientifique.
(8) Penser l’hétérogène, Descléede Brouwer, Paris, 1998.
(9) Cf. Jacques Ardoino, " Le conflit, évolutionde sa représentation et de son statut, approche multiréférentielle", in Journal des psychologues, n° spécial, " Conflits ", Paris,1990 ; cf., également, entretien de Jacques Ardoino avec Henri Vaugrand, " Pour un pluriel d’hétérogénéité "in X-alta, Estandeuil, 1999..
(10) Cf. La fausse conscience, Editions de Minuit,Paris, 1962.
(11) Cf. Jeanne Favret Saada, " Etre affecté" in Gradhiva, n° 8, Paris, 1990.
(12) Cf. Jacques Ardoino, " Le pur, l’impur et lemétissage ".
(13) Wladimir Jankelevitch a donné pour titreà l’un de ses ouvrages : Le  pur et l‘impur, Flammarion, Champs,n° 37, 318 p., Paris, 1978. " La rançon du purisme, c’est laphobie de l’autre, et c’est la phobie de devenir ­ Croyant s’accrocherà un authentique passé originel, le puriste se cramponneen fait à un présent impur et frelaté­ Volensnolens conduit par la main ou traîné par les cheveux, de gréou de force, l’être deviendra un autre, puis un autre encore paraltération continuée" et " Il y a dans ces croyances symétrieou réversibilité entre la dégradation et la purification,celle-ci n’étant qu’une déchéance retournéeet parcourant, en sens inverse,. les mêmes étapes ". Cf. également Emmanuel Lévinas : Le temps et l’autre, Quadrige43, P.U.F., Paris, 1979, et La mort et le temps, Le livre de poche BiblioEssais 4148, L’Herne, Paris, 1991. Cf., enfin, Bernard-Henri Lévy,La pureté dangereuse, Grasset, Paris, 1994.
(14) Cf., notamment, Le propre et le sale ­ L’hygiènedu corps depuis le moyen âge, Univers historique, Seuil, Paris, 1985; Le sain et le malsain, Univers historique, Seuil, Paris, 1993. La thèsede Doctorat d’Etat de Georges Vigarello s’intitulait : Le corps redressé,Corps et Culture, Jean-Pierre Delarge, Paris, 1978.
(15) Il est amusant de noter, bien que cela n’aitaucune signification particulière puisque produit d’une combinatoireautomatique au sein d’une classification alphabétique, que dansle dictionnaire latin " Gaffiot " pürus, a, um, est immédiatementsuivi par püs, puris : humeur, " pus ".
(16) Une lecture même cavalière de l’actualitémondiale, régionale ou locale, peut nous suggérer, commeen filigrane, des indications de tendances lourdes, sans doute conjoncturellesmais auxquelles il convient de prêter d’ores et déjàattention. Ainsi, quantité de phénomènes, de processus,de manifestations, observables de façon séparée dansdes domaines, des secteurs, des " champs ", divers de l’activitéhumaine pourraient-ils se voir relier et retrouver un sens commun, plusprofond et probablement plus riche : l’abattage du bétail et sonincinération, au nom du " principe de précaution ", jalonnantet désolant les campagnes européennes, à la suitede menaces d’épizooties de fièvre aphteuses ou d’encéphalitesspongiformes (le paradoxe est, sans doute, à l’occasion de cettesuspicion accrue  portant sur les ovins et les bovins, que, sur lemarché du bétail, le porc, l’un des animaux réputésles plus impurs, proscrit au regard de certaines religions, se trouve valoriséà la hausse). L’isolement, la " quarantaine ", la mise àdistance (outre ses implications morales d’exclusion) représentantles formes les plus archaïques d’une médecine primitive ; larigidité marquant çà et là la mise en placede dispositifs, toujours souhaitables, de luttes contre la pédophilie,aboutissant à redonner aux enfants qu’il s’agit de protégerun " profil lisse ", oubliant tout ce que Freud  a pu vouloir en direen voyant en eux des " pervers polymorphes ", et en attestant l’existencepropre d’une sexualité infantile, sans préjudice de l’affichagepar la presse, divulguant au besoin les adresses des pédophilesnotoires, le zèle encouragé des " signalements " retrouvantchez de modernes Torquemada de véritables relents d’inquisition; les formes crispées dans la quotidienneté des campagnesanti-tabac ; la prolifération des opérations " mains propres", chez les juges, dénonçant les " mains sales " des politiques,tout en restant largement, et peut être commodément, paralyséspar les " vices de forme " ; les dialogues de sourds entre les idéologiesnégationnistes et les vécus divers des tenants du " devoirde mémoire " ; l’imprescriptibilité acquise des " crimescontre l’humanité " et la quasi impuissance des tribunaux internationaux; la reconstitution des fondamentalismes, des extrémismes, de toutesles natures, religieuses, philosophiques, scientifiques, aussi bien auniveau des sectes qu’à celui des nationalismes (par exemple la décisiondes " talibans " afghans de détruire des statues bouddhistes faisantpartie de leur patrimoine culturel et largement considéréescomme " trésors de l’humanité ", et retrouvant la couleur" jaune " pour " marquer " les étrangers non-musulmans), ou encorede certaines perversions du rationalisme... Tout se passe comme si, regardéssous cet angle, de tels phénomènes pouvaient, aussi, apparaîtreen tant que variations sur le thème anthropologique majeur du puret de l’impur. Parce que notion d’origine biologique, et non mécaniste,l’évolution, à la différence d’une " expansion " mythique,toujours plus ou moins quantitative, (économique et mécanique)n’est jamais linéaire. Elle procède par sauts, bonds, seuils,paliers, niveaux, alternant des progressions et des régressions.En cela, elle s’affirme résolument qualitative. Nous pouvons, ainsi,être dûment avertis, convaincus, par les données del’expérience comme par celles de la raison, par l’histoire et parnos savoirs scientifiques, que l’avenir de l’humanité se tisse auxfils des métissages inscrits dans une temporalité, tout ennous laissant périodiquement ressaisir, individuellement et (ou)collectivement, de façon beaucoup plus frileuse, par des angoissesarchaïques, brutales et " entières ". Nos civilisations netraversent elles pas actuellement de telles régressions ? Bien loindes moments apocalyptiques succédant aux " trente glorieuses " (mai1968), ne sommes nous pas en train de nous engoncer dans des sociétéssans humour, a minima,  parce que de plus en plus dépourvuesde flexibilité (trop facilement confondue avec une " élasticité" plus mécanique). Si de telles intuitions s’avèrent fondées,nous n’aurons plus tellement à attendre le retour des " grandespeurs " telles que celles de l’époque médiévale, mais,cette fois, agrémentées des ressources propres de l’internet(web).
(17) Cf. Jacques Ardoino et René Lourau, "Le pur et l’impur " in Pratiques de formation-analyses, n° 34, " Analyseinstitutionnelle et formation ", Université Paris VIII, formationpermanente, n° 33, PUV., Paris 1997.
(18) Cf. René Lourau, L’analyse institutionnelle,Editions de Minuit, Paris, 1970.
(19) Cf. Edgar Morin, Le paradigme perdu : la naturehumaine, Seuil, Paris, 1973 et La méthode, TT 1, 2, 3, 4, Seuil,Paris, 1977-1991 ; cf., également Jacques Ardoino, " L’élaborationdes identités personnelle, professionnelle et sociale, et l’avènementd’une conscience citoyenne en fonction des jeux complexes des processusd’altération " in Diversidade e identidade, Première conférenceinternationale de philosophie de l’éducation, faculté deslettres de l’université de Porto, 1998, et Jacques Ardoino, " Lacomplexité " in Edgar Morin (dir.) Le défi du XXIèmesiècle : Relier les connaissances, Seuil, Paris, 1999 ;  voir,par ailleurs : " L’approche multiréférentielle des situationséducatives et formatives " in Pratiques de formation-analyses, n°25-26, Université de Paris VIII, Formation continue, PUV. 1993 ;lire aussi " Le devenir de la multiréférentialité", idem, n° 36, 1999. Cf., enfin, en langue portugaise : Multireferencialidadnas ciencias e na educaçao, Joaquim Gonçalvez Barbosa ed.,editora da UFSCar., Sao Carlos, 1998 et Reflexoes em  torno da abordagem,Multireferencial, Joaquim Gonçalvez Barbosa ed., editora da UFSCar.,Sao Carlos, 1998.
(20) Cf. Charles Devereux, Essais d’ethnopsychiatriecomplémentariste, Flammarion, Paris, 1972.
(21) Les destins scientifiques respectifs de la psychologiesociale, de la psychosociologie, voire de l’interactionnisme symbolique,de l’analyse institutionnelle, de l’ethnométhodologie n’en constituent-ilspas autant d’illustrations ? Cf., pour l’école de Chicago et l’ethno-méthodologie,Alain Coulon, L’ethno-méthodologie, PUF, Que-sais-je ?, n° .2393,Paris, 1987 et L’école de Chicago, PUF, Que-sais-je ?, n° 2639,Paris, 1991, et, pour la psychologie sociale, Jacques Ardoino, " Le projetépistémologique initial de la psychologie sociale ­ désormaisquelque peu perdu de vue ! ", éditorial, in Pratiques de formation-analyses,n° 28, " Microsociologies ", Université de Paris VIII, Formationcontinue, PUV. 1994.
(22) Cf. Jacques Ardoino et Gaston Mialaret, " Lesparents pauvres de l’université ", Education et développement,n° 128, Paris, 1978 ; Jacques Ardoino, " Projet d’éducationdans une perspective socialiste ", Pour, Paris, 1977 et Education et Politique(VI), Hommes et organisations, Gauthier Villars, Paris, 1977, traduit enespagnol, et " Une faute politique majeure : le mépris de l’éducation", Ecole et socialisme, n° 18, Paris, 1981 ; cf., encore,  JacquesArdoino et Guy Berger, " Les sciences de l’éducation : analyseursparadoxaux des autres sciences ", L’année de la recherche en sciencesde l’éducation, n° 1, PUF, Paris, 1994.
(23) Cf. Jacques Ardoino, " Dialogue à plusieursvoies à propos du sujet ", éditorial, Pratiques de formation-analyses,n° 23, "  Pédagogie et psychanalyse ", formation permanente,Université Paris VIII, PUV., Paris, 1992 et " D’un sujet, l’autre", communication au colloque d’Angers, Actes, A.F.I.R.S.E., Paris 1995.
(24) Cf. Pratiques de formation-analyses, n° 41-42," Expérience et formation ", Formation continue, Universitéde Paris VIII, PUV., Paris, 2001.
(25) Nous avons employé la trilogie : savoir,savoir-faire et " savoir-être (et devenir) ", qui a, depuis, faitle tour de la francophonie, dès 1963, dans la première éditionde Propos actuels sur l’éducation, Collection Travaux et documents,Institut d’Administration des Entreprises de l’Université de Bordeaux,réédité chez Gauthier Villars, Hommes et organisations,Paris, 1966, 20ème mille (1978), traduit en espagnol, portugaiset japonais.
(26) L’expression est de Jean Château, discipled’Alain.
(27) Cf. Georges Lapassade, Editions de Minuit, Paris,1963. L’auteur y insistait, en reprenant les travaux d’un biologiste, L.Bolk, sur " l’inachèvement " de l’homme (neoténie).
(28) Cette fois dans une perspective plus résolumentdurkheimienne. Cf. Jean-Claude Filloux, Durkheim et l’éducation,Pédagogues et pédagogies, PUF, Paris, 1994.
(29) Cf. Jacques Ardoino, " Les jeux de l’imaginaireet le travail de l’éducation ", Pratiques de formation-analyses,n° 8, " Imaginaire et éducation I ", Université de ParisVIII, Formation continue, 1984.
(30) Cf. Jacques Ardoino, article " autorisation "in André Jacob (dir.), Encyclopédie philosophique universelle,op. cit., N. P., D  (T. 1, pp. 203-204).
(31) Cf. Jacques Ardoino, " Le travail sur les langagesdisciplinaires : l’agent, l’acteur, l’auteur ", in Jacqueline Felman etal. (dirs) Ethique, épistémologie et sciences de l’homme,Logiques sociales, L’Harmattan, Paris, 1996.
(32) Cf. Jean-Claude Filloux, Champ pédagogiqueet psychanalyse, Education et formation, Pédagogues et pédagogies,PUF, Paris, 2000.
(33) Cf. Robert Meigniez, Pathologie sociale de l’entreprise,Gauthier Villars, Hommes et organisations, Paris, 1965.
(34) Cf. Michel Crozier, Le phénomènebureaucratique, Seuil, Paris, 1963 ;  Cf., également, Collectifsciences humaines Paris IX Dauphine, Organisation et management en question(s),Logiques sociales, L’Harmattan, Paris, 1987, et Jean-Pierre Le Goff, Lemythe de l’entreprise, critique de l’idéologie managériale,cahiers libres/essais, La Découverte, Paris, 1992.
(35) Jacques Ardoino et Jean-Marie Brohm, " Repèreset jalons pour une intelligence critique du phénomène sportif" in Anthropologie du sport, perspectives critiques, AFIRSE-Matrice-Quelcorps ?, Actes, Paris, 1991 ; cf., également, Jacques Ardoino, "La performance et sa mise en spectacle ", communication au colloque " Sport,recherche et éthique ", CNRS, Actes, Paris, 1994, et Jean-MarieBrohm, Le corps analyseur, essai de sociologie critique, Ethno-sociologie,Anthropos, Paris, 2001.
(36) Cf. Jacques Ardoino, " Sur l’exemple de la priseen compte des acquis : heurs et malheurs de la formation continue, en France", éditorial, Pratiques de formation-analyses, n° 41-42, " Expérienceet formation ", Université de Paris VIII, Formation continue, PUV,2001.
(37) Cf. Jacques Ardoino, " L’éducation interculturelle,altération et métissage " in Altérité, mixité,interculturalité, ACFAS, Montreal, 1994.
(38) Cf. Jacques Ardoino, " L’éducation entant qu’altération des personnes ou la recherche prenant le changementpour objet ", communication au colloque de l’AFIRSE, Actes, Québec,1996.
(39) Cf. Jacques Ardoino, Les avatars de l’éducation,problématiques et notions en devenir (p. 135), PUF, Education etformation, Pédagogie théorique et critique, Paris, 2000.
(40) Cf. Edgar Morin (dir.) Le défi du XXIèmesiècle : Relier les connaissances, op. cit., voir notamment " septièmejournée : les cultures adolescentes ".
(41) Cf. Jacques Ardoino, " De l’accompagnement entant que paradigme ", éditorial, Pratiques de formation-analyses,n° 40, " René Lourau : analyse institutionnelle et éducation", Université de Paris VIII, Formation continue, PUV, 2000.
(42) Cf. Jacques Ardoino et Georges Vigarello, " Identitédes sciences de l’éducation ", in Marc Guillaume (dir.), L’étatdes sciences sociales en France, collection l’état de monde, éditionsLa Découverte, Paris, 1986.
(43) Cf. Francis Imbert, Pour une praxis pédagogique,éditions Matrice, collection PI, Paris, 1985.
(44) Cf. Jacques Ardoino et Guy Berger, D’une évaluationen miettes à une évaluation en acte, le cas des universités,éditions Matrice- ANDSHA, Paris, 1989.
(45) Cf. Didier Anzieu et Jacques-Yves Martin, Ladynamique des groupes restreints, PUF, Paris, 1972.
(46) Cf. André De Peretti, Pour l’honneur del’école, collection " questions d’éducation ", Hachette-éducation,Paris, 2000.
(47) Cf. Pratiques de formation-analyses, n° 39," Réforme de la pensée, pensée de la réforme­ entretiens avec Edgar Morin sur l’éducation " (avec ChristianeBonjan-Peyron et Jacques Ardoino), Université de Paris VIII, Formationcontinue, PUV, 2000. Cf., également, Cornelius Castoriadis, Figuresdu pensable, Les Carrefours du labyrinthe, 6, " Psyché et éducation" (entretien avec  Florence Giust-Desprairies, Jacques Ardoino etRené Barbier), pp.197-220, Seuil, collection " La couleur des idées ", Paris, 1999.
(48) .A condition, toutefois, que cette idéede métissage ne sombre pas prématurément dans la bigarrured’un " manteau d’Arlequin ", cher à Michel Serres ou à sonéditeur, d’inspiration plus combinatoire (nous retrouvons, ici,l’architecte de départ !), nous semblant alors confondre avec le" rapiéçage " ou " l’empiècement " de " piècesrapportées ". Cf. Michel Serres, Le tiers instruit, FrançoisBourin, Paris, 1991Cf., enfin, supra, " pensée Métis…. "par Bernard Hérisson et Nicole Caparros-Mencacci. Un débatmériterait effectivement d’être poursuivi et approfondi surce point. Ces auteurs placent la pensée Métis sous le signede la surprise, de la provocation, voire de la taquinerie, c’est àdire du jeu, dans le prolongement des travaux de Daniel Marcelli, en vued’un développement de la flexibilité à partir d’unmode conflictuel ludique (et nous nous accordons facilement avec eux, entrecertaines limites). Mais on n’y repère peut être pas encoresuffisamment les hétérogénéités épistémologiquessubsistantes propres à la notion de jeu, elle même. Il noussemble nécessaire, en effet, de distinguer préalablemententre un type de jeu structural d’agencements, d’inspiration mécaniste(logico-rationnelle, instrumentale) construit avant tout à des finsde souplesse et de flexibilité élastiques (le jeu d’un moteur,celui des piles d’un pont ou des bâtiments anti-sismiques, les railsde chemin de fer ; en formation, ce seront les krieg-spiel et les jeuxà stratégies d’entreprise ; voire dans les échangeslangagiers, les " jeux de mots " de forme " calembours " ou " contrepèteries", surtout combinatoires), et un autre type de jeu, mental, existentiel,affectif, psycho-social (traduisant la relation du sujet à l’autreet au monde, renvoyant à d’autres visions du monde), dont le caractèreimaginaire devient plus créatif, plus " fantaisiste ", celui dela fiction. L’humour véritable, qui ne se confond ni avec l’ironie,ni avec la dérision, en fait justement partie. Le jeu comme tout" enfer " reste pavé de telles confusions. Jacques Attali ne s’yest-il pas laissé prendre en voulant faire du labyrinthe de Dédalele " symbole " de la complexité (Chemins de sagesse : traitédu labyrinthe, Fayard, Paris, 1996), sans s’apercevoir, pour autant, qu’ilne traite, en fait, que de la complication, au fil d’une lignéecartésienne et ingéniériale très classique?
(49)  .Tous nos remerciements aux ProfesseursChristiane Bonjan-Peyron et Guy Berger pour leur re-lecture, aussi amicalequ’attentive, de cet article, qui constituera également notre contributionau colloque de Natal..