PROGRAMME
Séminaire "Quelle université pour demain ?" organisé par l'Université Centrale du Vénézuela et l'Institut International de l'UNESCO pour l'Enseignement Supérieur en Amérique Latine et dans les Caraïbes (IESALC), basé à Caracas, Venezuela.
Vendredi 5 mars 1999 (Heure Française)
14:00 Ouverture
15:00 VidéoConférence Paris / Caracas
Quelle Université pour Demain?
Invités de Paris Edgar Morin
Basarab Nicolescu
Hélène Trocmé-Fabre
René Barbier
Jerôme Bindé
Invités de Caracas: Héctor Navarro, Ministre de l'Education Nationale
Juan de Jesús Montilla, Ministre des Sciences et Techn
Miguel Requena, Doyen Faculté de Médécine
Rigoberto Lanz, Directeur CIPOST
Norma Núñez
19:00 Session Plénière de discussion sur la VidéoConférence
Invités Animateurs Arnaldo Esté, Educateur
Tosca Hernández, Sociologue
Jesús Alberto León, Physicien
Víctor Morles, Educateur
Fulvia Nieves, Pharmacienne
Elbano Pieruzzi Sánchez, Chir. Dentiste
Marta Rodríguez, Médecin
Alberto Urdaneta, Sociologue
22:00 Arts, Lettres, Transpoésie, Transdisciplinarité
Nidia Hernádez, Directrice et Productrice Artistique
Samedi 6 mars 1999
13:00 Conférence du Dr. Luis Yarzabal, IESALC/UNESCO
15:00 Ateliers Transdisciplinaires
21:00 Sesion Plénière: Produits et Conclusions
22:00 Clôture
23:00 CinéDébat: Mindwalk (Brendt Capra)
Dirigé par l'Ecole de Communication Sociale et l'Ecole des Arts
Intervention de René Barbier (Université Paris 8) à la Vidéoconférence internationale à l'UNESCO, 5 mars 1999, dans le cadre du Séminaire "Quelle université pour demain ?" organisé par l'Université Centrale du Vénézuela et l'Institut International de l'UNESCO pour l'Enseignement Supérieur en Amérique Latine et dans les Caraïbes (IESALC), basé à Caracas, Venezuela.
(avec Edgar Morin, Basarab Nicolescu, Hélène Trocmé-Fabre, Jérome Binde)
UNESCO, 5 mars 1999, 15 heures-17 heures
3 réflexions sont proposées brièvement, compte tenu du temps de parole :
1) Quel est le sens de l'éducation ?
- Une assise relevant de la dimension affective et sensorielle de la personne. S'appuyer sur les sensations, la sensibilité, le corps et l'inscription corporelle de l'esprit.
- Une finalité de valeurs à construire ensemble, formés et formateurs, pour accomplir le destin de l'humanité vers une plus haute croissance dans l'ordre de la complexité du vivant intégré.
- Un ensemble de significations à forte connotation symbolique pour permettre de faire sens, c'est à dire de réunir ensemble les fragments épars de la vie individuelle et sociale.
2) Quelle est la praxéologie de l'éducation ?
- Articuler dialectiquement et dans un processus permanent de médiation/défi, le champ des savoirs et le champ de la Connaissance de soi
- Par champ des savoirs, j'entends tout ce que l'homme a inventé pour donner du sens aux rapports qu'il entretient avec le monde : son propre monde intérieur, le monde naturel et le monde social. Il s'agit donc de toutes les disciplines en sciences humaines et sociales, mais également en sciences de la matière et de la nature, comme tout le savoir que l'art, la philosophie, la poésie ou l'exploration religieuse nous proposent.
- Par champ de la connaissance de soi, j'entends avant tout une expérience personnelle de faire face au Sans-Fond du monde et, malgré tout, d'y découvrir un sens au coeur même du non-sens. Expérience entièrement subjective et irréductible. Certainement non partageable en tant que telle. Mais expérience fondant une certitude d'être, et d'être en vie, au sein de la finitude de tout ce qui naît, se développe et meurt dans l'épreuve de réalité.
Le processus éducatif vient faire interférer, sans cesse, le champ de la Connaissance de soi sur celui des savoirs lorsque ces derniers ont tendance à croire à la réalisation d'une vérité absolue, intangible et immuable. Inversement le champ des savoirs vient dialoguer, d'une façon critique, dans le processus éducatif, avec la croyance issue d'une connaissance de soi lorsque cette dernière dérive, d'une manière autistique, loin d'une réalité partageable par d'autres.
3°) Dans ce processus l'éducateur est le grand questionneur des limites, c'est-à-dire de la finitude de toute connaissance humaine.
- Limite du temps et de l'espace : qu'est-ce qui détermine la frontière entre le passé, le présent et l'avenir. Entre ce qui est d'ici (de chez nous) et de qui de là-bas (de l'étranger) ?
- Limite entre les savoirs légitimes, savants, et les savoirs et savoirs-faire profanes, les savoirs insus.
- Limite entre ce qui peut être compris sur soi-même et tout ce qui reste dans l'ombre ?
- Limite entre ce qui est du ressort de l'intime et ce qui est du ressort du socius en nous-même ?
- Limite entre la capacité de parler sur le monde et ce qui advient du monde, et en nous-même, souvent de façon beaucoup plus silencieuse et bouleversante.
- Limite, en fin de compte, entre le savoir et le non-savoir qui troue le savoir de sa nuit étoilée.
Le sens des limites est dans l'éprouvé et la compréhension de l'éducation, comme processus et évaluation permanente, alors que l'enseignement et l'instruction relèvent beaucoup plus du repérage et de l'explication conceptuels par la mise en place de procédures de contrôle liées au savoir.
La procédure dit la règle qui enferme le mouvement instituant de la vie mais assure une stabilité relative nécessaire à l'organisation du vivant.
La processus dit la logique même du mouvement instituant et de la vie qui transgresse sans cesse le caractère institué de toute procédure.
Toutefois, sans procédure, le processus ne peut connaître sa direction vitale et sans processus, la procédure réduit la vie à un règlement intérieur considéré comme un livre sacré.
René Barbier (Professeur de Sciences de l'éducation, Université Paris 8)