APHORISMES POUR L'AVENIR
(juin 2009)
René Barbier

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Imperceptible mobilité de l'humour
dans un brin de soleil

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Seul l'aigle s'arroge le droit
de ne pas attendre

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À chaque instant Oui

la vie s'élance vers sa racine

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La liberté change parfois de robe
mais jamais de visage

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L'amour dans ses plumes
devient coq de combat

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Nul ne saura jamais
ce qui fut détaché à l'origine

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Il avança d'un pas
et l'enfance fut à moitié nue

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La sagesse est cette plume qui essuie sur l'âme aérienne
la poussière du temps

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Chaque instant est une fronde
où tourbillonne en couleurs
le noyau bleu du monde

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La liberté est cet espace impossible
entre deux fractures

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Le vol de l'hirondelle rature pour toujours
la vitesse de la fusée

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La danse dans sa perfection
rejoint le centre immobile du cyclone

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La mémoire est le fruit du coquillage
et l'oubli son île imprévue

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Délivrez toujours l'oiseau
Quand il s'agite dans l'entre-deux

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Avec un sourire et une larme
l'enfant créa le vertige

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L'aiguille s'épuise dans la neige
et le sang retourne à ses roses

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À l'intérieur de chaque être

un petit dictateur porte son sexe
comme un paratonnerre


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Ici et maintenant
ce presque rien
m'océanise


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Infime élan
et déjà tout se brise
même l'Infini

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Qu'est-ce qui nous tend une perche
avant de sombrer
dans l'invisible

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Tant de dialogues sont des guerres de tranchée
mais parfois une parole vraie s'enfonce
source au futur dans le désert


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Le coquelicot nomme la fragilité du rouge

Derrière son sang
Un cri
Droit comme un peuplier
Une immense tendresse qui s'écoule dans la nuit

Le coquelicot ne donnera jamais du bois mort
 

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Qu'est-ce que la vie ?
Une immense soierie bleutée
Qui s'étend à l'infini.
Le moi ?
Un de ses reflets instantanés
Quand le Rien ondule comme un serpent
 

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J'ai toujours su que ce que d'aucuns appellent Dieu
n'était qu'une allumette dans l'attente d'être grattée
au fond de l'âme ouverte
pour éclairer l'instant à jamais reconnu

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Dans son bloc de glace, l'image de soi
Appelle le feu

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Visage du Christ à l'ultime instant
où il appela avant d'être entendu

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Je n'ai jamais été  vraiment qu'un poète
Le dos courbé sous le poids des concepts
Et quand j'ai mis le feu à mon vocabulaire
Une image a jailli
Gazelle
De cet enfer

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Entrer dans l'inspiration,
Comme l'oiseau revient dans son nid.

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Dans chaque mot d'amour,
Il y a une image qui rêve.

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Ne contemplez pas le feu si vous ne savez pas courir nu dans la neige

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Quand la main devient matinal,
Le poing ouvre ses ailes.

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On ne revient jamais bruyant d'un poème.

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Toute parole poétique porte le losange du mot naissance.

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Avec elle, nous savons que la source surgit encore à l'embouchure du fleuve.
 

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Le voilier aux couleurs pures est au noir océan
Ce que l'iris azuré est au fond trouble de l'oeil

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Tu es passée de l'autre côté des fleurs,
Comme une montagne devient plaine,
Comme un lac devient cime

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À contempler l'hirondelle, je recueille parfois l'écume de son envol.

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Ville presque bleue, vraie demeure du silence, que cherches-tu dans l'espace du feu ?
Pourquoi revenir vers l'extrême profondeur, vers l'extrême-Asie ?
Là-bas, le soleil épelle la nuit.
L'oiseau en point d'interrogation, gomme la mort - fusée blanche -
Et retrouve soudain libre
L'onde du large

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L'homme tranche ou croit le faire, le pain du jour

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Regarder l'usine, puis les myosotis.

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Sous le cuivre, l'or se déguise

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L'enfant - ce nouveau-né - est une orange de lumière sur l'arbre de l'infini.

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Quand la poussière s'envole, que reste-t-il de toi ?

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Dans toute vague en gestation, la Profondeur immobile.

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Le leurre, légère porte blindée du silence.

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Au milieu de la lumière, une frondaison rusée.

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Les hommes du fleuve ne font guère de tourbillons dans leur vie.

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Dans la pénombre de la cathédrale, le soleil se renverse. Le silence, enfin, est traduit en minuscule.

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Quel espace s'étend entre feu et fumée ?

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Chaque matin, quand le soleil dresse ses tréteaux, être le premier acteur sur la scène immense de l'univers.

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Ouvrir un siècle en deux pour y trouver l'instant.

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Ce qui dans le bruit fait silence ?
Le claquement d'une seule main !

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Permettre à l'arbre de changer, mais sans perdre ses oiseaux.

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Quand l'instant se fait silex, le silence s'enflamme.

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Trop souvent la preuve n'est qu'un hochet de l'épreuve.

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Sait-on vraiment que dans la mer aussi, il y  a l'avril des montagnes ?

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Sur les sommets, la vie ressemble à une pointe d'aiguille.
Ici le nuage dessine un coeur déchiré pour atteindre un je ne sais quoi ?
Méditation et profondeur, entre deux hirondelles.

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Ouvrir la goutte d'eau telle une noix de muscade, pour y découvrir l'océan.

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La perception du silence est pleine d'épines, mais sous sa dure écorce, quelle fraîcheur !

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Étincelle produite par l'acier de ma joie sur le rocher du jour.
Flêche d'or dans l'invisible, tu appartiens au monde et je te reçois - infiniment - le temps d'un sourire nu.

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