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Peintures de sable traditionnelles des Navajo

 (extrait dune maîtrise d'arts plastiques, Sorbonne, 1999)

Anaïk Niez

 

A / PEINTURES DE SABLE : " iikààh "

B-ENTRE CIEL ET TERRE : " L'endroit par lequel les Dieux viennent et vont " C- SYSTEME CEREMONIEL D- DE LA FORME AU MYSTERE É SYMBOLISME COSMOGONIQUE (Symbole comme relation du signifiant au signifié ; Analyse sémantique de peintures

- Taille

- Symboles mythologiques

- Couleurs

- Composition

- Le rythme, symétrie, symbolique des nombres (4, 5, É)

- Thème du centre, du cercle, du " mandala " navajo

 

A- PEINTURES DE SABLE ; " iikààh "

 

PEINTURES DE SABLE OU " PEINTURES SECHES " ?

 

Le terme navajo pour désigner les peintures de sable, " sandpaintings " : " iikààh " peut être traduit littéralement par " l'endroit par lequel les dieux viennent et vont ". Ces dessins sont faits à base de pierres pulvérisées, de sable sec saupoudré et coloré avec des pigments naturels.

L'intention de ces peintures est de permettre au patient d'être investi par les pouvoirs des êtres mythiques présents à travers ce diagramme coloré et de le guérir. Feest et de rares auteurs utilisent plus spécifiquement le terme de " peintures sèches " ou " drypaintings " pour qualifier les peintures navajos originelles.

 

En effet, elles ne sont pas uniquement faites à l'aide de sables colorés, rouges, jaunes (dépôt d'ocre) et blancs (craie), mais également de matières, à l'état pur et mélangées, telles que farine de maïs, pollen, pétales de fleurs pulvérisées et charbon de bois, qui sont répandues sur un fond sableux généralement doré. On observe l'utilisation d'autres matériaux, végétaux, minéraux, É

Avant le cérémonie, sont déposés sur un tapis une grande pierre à moudre, du sable et des pierres de couleurs variées. En général ce sont les femmes qui pilent les différents sables colorés qui sont ensuite utilisés comme colorants. " Il y avait des grès blancs, rouges et jaunes, du charbon de bois noir qu'il fallait mêler à du sable pour le rendre plus lourd ; des racines de chêne de rocaille qui, pilées avec du sable blanc, donnaient un beau ton bleu clair. D'autres couleurs telles que le brun, le rose et le gris étaient obtenues en mélangeant plusieurs teintes existantes. " (1)

 

Malgré cela, j'ai préféré conserver le terme générique de " sandpaintings " ou de " peintures de sable " qui rassemble selon moi à la fois les peintures traditionnelles, originelles et les Ïuvres de sable modernes navajos. Le caractère poétique de cette Ïuvre faite tout de même essentiellement à partir de sable coloré se reflète d'autant plus à travers ce qualificatif.

 

La peinture de sable navajo est l'un des éléments les plus importants d'une cérémonie de guérison.

A travers ce dessin, élaboré et coloré, dont les teintes noire, rouge, jaune, blanche et turquoise sont sacrées aux yeux des Navajo, les Etres Saints sont contactés afin de guérir le patient.

Ces peintures sont sacrées et font partie intégrantes de cérémonies. Elles ne sont réalisées que par un " Medecine-Man ", " Singer " ou par ses apprentis, mais toujours sous sa responsabilité. S'il ne trace pas lui-même la structure de la peinture de sable, dans tous les cas il dirige l'opération dans ses moindres détails. Ses assistants ont ainsi la possibilité d'apprendre en pratique les différentes peintures associées à chaque cérémonie.

La technique de réalisation d'une peinture demande énormément de précision dans le geste. Un peu à la manière des moines tibétains qui réalisent des mandalas de sable, les hommes-médecine, quant à eux utilisent leur pouce et leur index recourbé entre lesquels ils laissent le sable fin et coloré s'écouler en une ligne bien nette et régulière. Cette pratique nécessite une très grande maîtrise du geste. Les grains sont méticuleusement déposés sur un fond de sable de couleur terre préalablement étalé. Il s'agit d'une véritable mosaïque de sable !

 

Les peintures de sable navajos sont à la base une forme d'art éphémère ; aucun fixatif n'est employé. Ces peintures éphémères, dont Washington Matthews fait état pour la première fois en 1887 dans une première monographie vont évoluer vers une forme plastique fixe et permanente, lorsque des copies seront réalisées par des observateurs blancs puis par les Navajo eux même, malgré l'interdiction formelle mythologique de représenter ces motifs sacrés de façon permanente.

En effet, les peintures navajos devaient, pour des raisons religieuses, être détruites aussitôt après usage, comme l'ordonnaient les Etres Sacré qui craignaient que les hommes en fasse un mauvais usage, " se disputent au dessus de son image, la déchirent et apportent le malheur " (source anonyme Internet).

 

" Chaque peinture est censée être la reproduction de celle qui fut donnée par les Dieux au héros du chant lors d'une de ses nombreuses aventures. " (2). Par conséquent, elles doivent être la copie exacte de leur modèle mythique. Il est intéressant de constater que cela laisse peu de place à une créativité personnelle. Les seuls endroits qui semblent bénéficier d'une certaine liberté artistique se situent dans la décoration des sacs-médecine et des robes des personnages. (voir chapitre sur la part de créativité)

Il existe près de 600 peintures connues à travers la plupart des collections du début du siècle, environ quatre à cinq sont réalisées pour chaque cérémonie. Les peintures de sable traditionnelles appartiennent à deux catégories.

Dans un premier temps, il y a les peintures spécifiques qui accompagnent les chants pendant une partie de la cérémonie. Puis, une autre catégorie est utilisée pour illustrer les " histoires " de la mythologie navajo et sur lesquelles le patient va s'agenouiller.

De nos jours, des peintures traditionnelles et éphémères sont encore pratiquées dans les réserves par des hommes-médecine au cours de cérémonies de guérison. Ces dernières ne sont pas secrètes mais semblent faire preuve d'une très grande discrétion. Ainsi, des hommes-médecine navajos en viennent à réaliser deux sortes de peintures de sable, les traditionnelles et les peintures de dimension artistiques destinées à des usages différents et qui évoluent dans des espaces bien distinctifs.

 

Toutefois, il est important de savoir qu'aujourd'hui les peintures de sable navajos existent essentiellement sous forme d'Ïuvres d'art permanentes. Ces peintures ne sont plus uniquement pratiquées dans un contexte religieux ni pour des raisons thérapeutiques, mais on intégré un marché de l'art ainsi que le champs de l'Art Contemporain.

Ces dernières sont des peintures plus ou moins inspirées et influencées par les motifs et les thèmes mythologiques traditionnels navajos, se situant avec un écart plus ou moins grand selon les artistes des codes traditionnels (de la tradition). Certaines possèdent des symboles sacrés reconnaissables. A tel point que tout en illustrant le même mythe d'une manière différente, des peintures pourtant actuelles se retrouvent suffisamment proches d'un point de vue sémantique des premières copies pour être comparées entre elles.

 

Les peintures navajos originelles représentent " des personnages : êtres surnaturels et figures mystiques, placés aux quatre points cardinaux, ou en file, les uns à la suite des autres, presque toujours groupés par paires _ hommes et femmes, vieux et jeunes _ et également des représentations symboliques d'éléments sacrés : le soleil, la lune, l'éclair, le maïs, un arbre, une montagne, un serpent, un lac, des nuages, une ville, un champ, l'arc-en ciel, des étoiles É " (3) .

Chaque peinture de sable illustre un instant d'un mythe. En règle générale, les copies possèdent un titre qui permet de les identifier avec plus de précision.

 

La peinture de sable navajo traditionnelle est exécutée sur le sol balayé du hogan cérémoniel (4) par le chanteur, medecin-man et ses aides. Ensuite, au cours de la cérémonie, le patient s'assied sur la peinture de sable face à l'est.

 

 

 

B-ENTRE CIEL ET TERRE : " L'endroit par lequel les Dieux viennent et vont "

 

Ces réalisations sont sacrées. A l'origine les Navajo ne considèrent pas leur peintures de sable comme de l' " Art ". Elles ne sont pas réalisées simplement par pur plaisir esthétique. De sorte qu'il ne s'agit pas de faire de " l'art pour l'art ".

Il ne faut donc pas sous estimer leur aspect avant toute chose fonctionnel. Ces peintures sont des objets rituels qui possèdent plusieurs fonctions. A la fois thérapeutiques, religieuses, sociales, spirituelles et relationnelles, elles sont dans la conception navajo, le lien entre les hommes et les Etres sacrés ; " L'endroit par lequel les Dieux viennent et vont ", un point d'émergence et de contact entre le ciel et la terre É

 

Les " iikààh " ont un rôle dans un premier temps thérapeutique ; il s'agit de leur fonction la plus évidente. Elles entrent dans le cadre de cérémonies curatives. Les Navajo les utilisent afin de guérir un malade grâce aux pouvoirs des Esprits ; on peut parler de guérison symbolique.

La maladie est considérée comme le résultat d'un déséquilibre provoqué par le non-respect de certains interdits, de contacts avec des fantômes, esprits ou autres choses impures et malsaines. Les cérémonies et les prières sont destinées à invoquer les pouvoirs des divinités, à aider l'esprit de la personne malade afin qu'elle retrouve l'équilibre harmonieux, l' " hozho ".

L'obtention de l'hozho est le critère déterminant d'une guérison.

 

Ce concept d'" hozho " ; " Walk in Beauty " (" cheminer en beauté ") est indissociable de la notion de " Beauté -Santé ", pilier de leur culture. Il est extrêmement difficile de traduire ce terme navajo qui regroupe plusieurs notions telles que la beauté, la santé, l'harmonie, la paix, l'équilibre, l'art, É

Il régit la pensée navajo au plus profond de sa structure interne. " Bien que l'expression " walk in beauty " (cheminer en beauté) revienne souvent dans leur bouche, aucun terme anglais ne traduit exactement tout ce que recouvre ce concept, qui est au centre de leur vision du monde : la beauté est pour eux une notion tout à la fois éthique et esthétique qui doit être appréhendée globalement et renvoie à des attributs tels que la congruence et l'harmonie " (5)

 

L'harmonie et l'équilibre sont des éléments essentiels pour les Navajo. L'" hozho " témoigne du juste ordonnancement de la création, de l'ordre qui règne sur le monde. " Cet ordre est inscrit dans la nature, avec le cycle des saisons, avec le printemps qui succèdent à l'hiver, le soleil qui se lève à l'est et se couche à l'ouest, la lumière puis la nuit É Toute chose vivante se rattache à cet ordre, à cet état d'équilibre : hozho veut dire cela " (6).

Ainsi, rompre cet état d'harmonie entraîne un déséquilibre qui peut-être la cause de la maladie. " C'est pourquoi tous les chants cérémoniels navajo sont des cérémonies curatives qui visent à restaurer la beauté "(7). .

La notion de " beauté " est liée non pas à l'art mais à la guérison et à l'équilibre des forces de la nature. D'ailleurs, le mot " art " n'existe pas en navajo. Lorsqu'ils parlent de " beauté " ou même d' " Art ", ils parlent nécessairement de religion, de philosophie, de santé, ... Tout l'univers navajo gravite autour de cet équilibre, cet état d'hozho.

 

Le système culturel des Navajo s'avère très complexe. Mais on s'aperçoit très vite que tout leur concept religieux repose sur les principales notions d'harmonie et de beauté du monde. Pour un Navajo, il est primordial de toujours conserver une certaine harmonie des choses, d'aider le monde à fonctionner et d'apprendre à se protéger des esprits maléfiques.

Les indiens pueblos croient également en ce concept. Ils pensent que des relations harmonieuses entre tous les êtres vivants maintient l'équilibre du monde. " Dans la fonction religieuse, la réciprocité est essentielle. "

Dans leurs chants, leurs légendes et leurs peintures, de génération en génération, les Navajo parlent de justesse et d'harmonie, mais surtout de beauté. L'habilité que révèlent ces superbes peintures de sable que l'on retrouve dans leurs cérémonies, ainsi que leurs productions artisanales, dénotent une sensibilité artistique extrêmement développée. A travers les peintures de sable et leurs compositions toujours empreintes d'un sens profond de l'harmonie et de l'équilibre, cette notion d'hozho pénètre le patient et le guéri de son mal.

 

 

Ainsi, plus qu'un simple objet thérapeutique, la peinture de sable est un véritable outil pour communiquer avec les Etres sacrés. " La peinture, exécutée sur le sol, est une sorte de réceptacle, prêt à recevoir, à révéler les êtres surnaturels, à transmettre leur force " (8).

Elles sont en quelque sorte l'intermédiaire entre les hommes et les Etres Sacrés, à tel point que l'on peut également parler de matérialité des Mythes (signifié et signifiant). Elles représentent dans un espace symbolique les Etres Saints et toute la mythologie navajo, jouant ainsi un rôle de médiateur. Ainsi, les esprits de la mythologie navajo se manifestent à travers les peintures de sable, " iikààh " pouvant être traduit par " l'endroit par lequel les dieux viennent et vont " (fonction relationnelle). A travers ces peintures les forces magiques des Etres sacrés pénètrent le patient.

Ainsi, cette transmission de la puissance sacrée donnent aux peintures le rôle d'instrument, de récepteur et de conducteur.

 

Les peintures représentent toute la mythologie navajo et ses acteurs. En effet, les motifs des peintures navajos sont des représentations traditionnelles d'un passage du Mythe de l'Emergence chanté ou récité qui représente le cÏur même de la culture de ce peuple. Ces sujets sont d'une grande diversité et richesse. Innombrables, ils retranscrivent toute la mythologie navajo, ses acteurs, ses mythes, ses valeurs, É

On peut pour cette raison également les considérer comme un véritable support d'enseignement et de transmission du savoir religieux, sacré et mythologique de la culture navajo. A travers elles, le mythe continue à exister et est sans cesse renouvelé.

Il s'agit là de sa fonction religieuse et spirituelle.

 

 

Reichard affirme que " chaque rite, chaque cérémonie comporte un aspect sous-jacent concernant le bien de la tribu, l'idée d'une forme orientée vers le bonheur de toutes les personnes en contact, même de très loin, avec le rituel. "(1945 : 206) p.44 Sandner

Par ailleurs, ces peintures de sable sont réalisées dans un contexte rituel qui leur confère une importance sociale. En effet, elles entretiennent, en tant que partie intégrante d'un rite, un lien social entre les hommes car elles rassemblent la tribu. Tout comme les mythes qui " sont imaginés pour rassembler une communauté autour d'un même ordre du monde et d'une même conception de l'existence " (9), les rites sont par conséquent partagés par cette communauté.

Les cérémonies navajos sont l'occasion de vastes rassemblements qui durent des jours et des nuits. Spontanés, quand besoin (chants les plus importants ne peuvent avoir lieu qu'en hiver)

Aujourd'hui cérémonie annuelle foire tribal, avant rassemblements étaient spontanés.p.44 Sandner

Franc Newcomb en parle lorsqu'elle écrit que " de grands rites religieux étaient célébrés, durant lesquels les bébés recevaient un nom, les jeunes étaient sanctifiés et les malades soignés. Lorsqu 'un de ces rassemblements devait avoir lieu, des coursiers rapides étaient envoyés partout sur le territoire pour inviter tous les Navahos à se rendre à la cérémonie "(10) . Elles sont là aussi pour rassembler, réunir la communauté navajo.

Toutefois, cette pratique rituelle traditionnelle s'inscrit dans un contexte cérémoniel qui nous faut expliquer afin de saisir dans son ensemble les véritables motivations qui guident la réalisation de telles peintures.

 

C- SYSTEME CEREMONIEL

 

RELIGION ANIMISTE ; " Terre Mère "

 

D'après Sir Edward Tylor, la religion est " une croyance aux forces spirituelles "(11) . Philippe Jacquin écrit que pour les Indiens " la magie constitue le trait central de leur religion au détriment du culte "(12). Mais tandis que certains anthropologues introduisent une différence entre magie et religion, d'autres parlent de " religion magique ". Selon F.B. Levons (lecture classique) " la religion était un développement uniforme et évolutionnaire du totémisme_ l'animisme étant plutôt une théorie philosophique primitive qu'une forme de croyance religieuse "(13).

 

La religion primitive se caractérise par " un sens de l'Extraordinaire, du Mystère ou du Surnaturel " et la réaction religieuse est une réaction de " stupéfaction, de respect mêlé de crainte ; et sa source est dans le Surnaturel, l'Extraordinaire, l'Etrange, le Sacré, le Divin ". Il existe un fort sentiment religieux.

 

Peut-on réellement parler de religion indienne ? Tout d'abord, il est plus juste de considérer la religion indienne comme un ensemble de religions plutôt qu'une seule et unique. " Parler de religion indienne relève de toute façon de l'abstraction occidentale, car la diversité du peuplement indien ne se reflète nulle part mieux que dans l'expression religieuse"(15). Il y a probablement autant de croyances religieuses amérindiennes qu'il y a de tribus indiennes ; pour ainsi dire une grande variété. Malgré cette diversité, des points communs les rassemblent.

En ce qui concerne les Dîné, ils entretiennent comme beaucoup de peuplades amérindiennes un lien profondément mystique avec leur " Terre-Mère ". Dans leur conception du monde, ils ne possèdent pas la terre, ils lui appartiennent. Le rôle de l'homme selon les Dîné est de la soigner, de la préserver, une façon également de respecter leurs ancêtres qui y sont enterrés. Il s'agit avant tout d'une " religion de la Nature ".

 

L'essence même de la religion navajo se situe dans la relation qu'il entretiennent entre les hommes et leur territoire sacré. D'ailleurs, leur religion ne peut seulement être pratiquée sur cette terre, celle de leur " naissance " et de leurs ancêtres. Ainsi, comme les Aborigènes d'Australie, les Dîné estiment que l'environnement est source de vie et permet la circulation des forces spirituelles.

L'individu ne trouve son équilibre qu'en se repérant à des éléments naturels proches, qui fondent l'histoire de son peuple et assurent sa protection (telles les quatre montagnes sacrées).

 

Selon la conception navajo, les lois et les rituels sont indispensables au maintien de l'harmonie de la vie. Les Navajo sont intimement liés à leur terre, " ils considèrent qu'ils font partie intégrante du monde naturel et en sont inséparables ", comme intégrés à un Tout. Le navajo " est uni à la nature et en fait partie _ il se rappelle que tout dans la nature est sacré " (16).

Il s'agit d'un concept qui possède pour eux une dimension fondamentale dans leur philosophie de vie. " L'univers des Navajo englobe toute chose, autant le bien que le mal, les forces qui régissent les interactions au sein de cet univers sont à la fois bienfaisantes et dangereuse. Ainsi, les phénomènes naturels, éclairs, tonnerre et vent, les animaux, ours, serpent, crapaud, coyote, peuvent s'avérer dangereux si un individu s'est mal comporté à leur égard "(17). Ils se sentent concernés parce qu'ils ne veulent être responsables d'aucune perturbation dans cette harmonie de vie.

 

Tout est sacré ; l'écho, l'eau, les rochers, l'air, le désert, les animaux, l'éclair, même les tornades et les formations rocheuses de Black Mesa, É " Là où le vent trace sa route, dans les vallées, là vit toute chose sur Black Mesa " (18). La notion de vie montrent qu'aux yeux des Dîné les éléments de la nature apparaissent comme " animés de vie ", de cette " essence " présente dans les animaux, les objets inanimés, les rochers, les montagnes, ... " Tous les objets extérieurs sont alors dotés d'une réalité intérieure qui les définit et leur donne un sens, une utilité " (19).

Ils sont plus précisément la manifestation d'esprits très puissants. " De nombreux témoignages se rejoignent, et on remarque que les Indiens sont très attentifs à leur environnement, non pas en tant qu'écologistes, comme le pensent certains, mais parce qu'ils ont une conception dualiste du monde (É) Ils se persuadent que, non seulement les hommes et les autres animaux, mais aussi toutes choses sont animées, et que toutes les âmes sont immortelles. En fait, les esprits vivent en permanence avec les hommes " (20).

Cette culture possède un caractère tout particulièrement " animisme " du fait qu'elle attribue un esprit, une âme aux animaux, aux phénomènes, aux objets naturels et même à la matière (rochers, Éetc).

 

Animisme, ce mot crée par Tylor s'accompagne d'une certaine ambiguïté dans les écrits anthropologiques. Comme l'indique le terme anima, il insiste sur la notion d'âme plutôt que sur l'idée d'esprit. Pourtant, il existe selon certains auteurs une distinction fondamentale entre ces deux notions. L'homme primitif transfère cette idée de l'âme à d'autres créatures qui lui ressembleraient de certaines manières et même à des objets inanimés qui attiraient son attention.

Ainsi, l'animisme se traduit comme une religion ou une croyance qui attribue une âme aux animaux, aux phénomènes et aux objets naturels. Selon la pensée de Durkheim, " l'idée de l'âme n'est pas autre chose que le principe totémique, le mana, incarné dans chaque individu " (21).

 

" Le monde du Dineh foisonne de divinités de toutes sortes. Chaque force naturelle, chaque élément du paysage, chaque plante, chaque animal, chaque phénomène terrestre ou météorologique a son propre pouvoir surnaturel, émanant de son essence, et peut-être représenté par un personnage ou par un symbole dans les peintures de sable " (22).

Il existe également de nombreux sites, endroits peuplés d'esprits aux influences bénéfiques ou néfastes, d'animaux, d'êtres sacrés, É Mais les principales caractéristiques d'une culture " animisme " sont le culte des ancêtres et surtout des forces de la nature.

Dans la culture navajo, le culte des forces de la nature occupe une place également importante dans leur vision cosmologique. Il existe dans la société navajo des rites destinés à apaiser les morts qui peuvent se montrer hostiles. " On constate une peur de la mort chez les Navajo ; autant la naissance est valorisée ; autant le mort devient presque à l'instant de sa mort, un être inquiétant et néfaste "(23).

Ils ont peur que l'esprit reste autour d'eux et que cela leur attire le malheur s'ils ne font pas toutes les nombreuses cérémonies afin de lui apporter le repos.

 

Les lieux sont chargés d'histoires imaginaires, légendes à travers lesquelles on perçoit parfois quelques fragments d'une réalité souvent très lointaine que l'on retrouve dans les noms que les Navajo leur ont donné. De nombreux lieux sont " marqués ", sacrés désignés par les Etres sacrés et non par les hommes. Ces lieux sont à la fois historiques et mythologiques.

Et malgré les querelles intertribales, ces espaces sacrés étaient respectés par les tribus autochtones comme par leurs ennemis. Des mythes font état d'histoires d'indiens ennemis qui deviennent profondément amis sur ces sites. Il en existe dans le Sud-Ouest qui ont été au centre des contacts entre Apache et Navajo.

Ce sont des lieux de recueillement où la puissance " cosmique " s'exerce. Les montagnes, comme tous les phénomènes naturels, possèdent un caractère sacré et tiennent également une très grande place dans cette vision cosmogonique.

Elles sont lieux de divination, de prières, de révélation, relation entre le ciel et la surface de la terre et sont habitées de façon permanente ou saisonnière par certains esprits.

 

Le sacré et la religion investi toute la vie sociale navajo. On ne peut définir avec exactitude les contours de cette religion indienne. Il s'agit d'un ensemble mythologique et symbolique.

La religion de ce peuple est une part de sa vie quotidienne. Les rituels, les mythes, la religion et les tâches de la vie quotidienne sont inséparables et ne font qu'un.

Les activités de tous les jours comprennent des règles religieuses et des cérémonies concernant l'agriculture, la semence du maïs, les chants de " Good Luck " qui protègent les familles, É etc. En prenant en considération ces nombreux exemples, la religion navajo se révèle comme la toile de fond de la vie quotidienne, une " façon de vivre sacrée ".

 

Les Navajo considèrent la vie comme un apprentissage religieux quotidien. Selon Reichard, " la religion navajo doit être considérée comme une recherche de l'harmonie, un effort pour établir un rapport entre l'homme et tous les éléments de la nature, la terre et les eaux sous la terre, le ciel et la terre au-delà du ciel et, bien sûr, la terre avec tout ce qu'elle contient et supporte " (24).

Le terme de " religion " semble donc inapproprié, il s'agit plus pour eux d'une façon de vivre. Par ailleurs, il n'y a semble t-il pas de mot dans le langage navajo que l'on pourrait traduire par " religion ".

 

 

DEFINITION DES CHANTS (VOIES) ET LEUR UTILISATION

 

Les cérémonies de guérison navajos occupent une place centrale dans la société navajo. Leur contenu mythologique est chargé d'histoires et de légendes. Ces rituels sont secrets, aucune danse, aucun chant sacrés ne doivent être normalement photographié, filmé ou enregistré.

A ne pas confondre avec les nombreuses cérémonies ouvertes au public et souvent organisées à des fins touristiques. " Aujourd'hui, les rituels sociaux et religieux qui tentent de soulager les individus de leur souffrance sociale et de leur conserver une identité toujours remise en cause connaissent un certain renouveau de ferveur " (25).

Cependant ces cérémonies sont devenues plus exactement des " représentations organisées et mises en scènes comme des spectacles " pour touristes blancs. Il est important d'en prendre conscience. Les Navajo réalisent de plus en plus de démonstrations de réalisations de peintures pour le public, comme à l'exposition de la Villette et doivent faire face à une médiatisation plus importante que jamais auparavant.

 

Les histoires sacrées de tradition orale ne doivent pas être racontées en dehors de cérémonies (notion de secret). Les medecin-men, les ont parfois enregistrées pendant des années pour le compte d'historiens ou d'anthropologues. Mais rien ne certifie qu'elles n'ont pas été erronées volontairement soit par le conteur et l'interprète amérindien ou encore mal retranscrit par l'anthropologue.

Ainsi, dans la tradition ces mythes sacrés sont limitées au contexte des cérémonies religieuses.

Cependant, la catégorie des cérémonies destinées aux touristes sont bien entendu désacralisées et sont bien loin de représenter les rites sacrés originels ; ceux-ci étant pratiqués pour leur communauté et par les Indiens eux-mêmes.

 

La légende navajo raconte que c'est le " Peuple Sacré " ou " Holy People ", les représentants du monde des Esprits qui ont enseigné ces cérémonies aux hommes-médecine. A travers la plupart des mythes dont sont issues les Voies, le héros se voit confier par les Etres Sacrés le traitement en relation avec l'histoire et les maux dont il souffre.

" A celui-ci, les dieux enseignent le " traitement " : les prières, les chants, les rites ; déroulant des peaux de bêtes qui portent des peintures, ils demandent au garçon d'en mémoriser les dessins, les couleurs (É) les peintures devront être réalisées avec des poudres de roches issues du Canyon de Chelly pour le jaune, du Grand Canyon pour le rouge, É "(26) (Voie de la grêle). Il est chargé d'en faire bénéficier les êtres humains des " Fours Corners ".

 

Les cérémonies de guérison navajo sont constituées de nombreux CHANTS traditionnels, mélopées, danses, peintures rituelles, prières sacrées, que l'on appelle les VOIES, comme la " Voie de la Bénédiction " ou encore la " Voie de la grêle ". Elles doivent être exécutées à la perfection pour être performantes.

Certaines Voies sont à jamais éteintes, mais certaines comme la " Voie de la Bénédiction " sont encore de nos jours célébrées et utilisées par des hommes-médecine dans le cadre de cérémonies sacrées et secrètes. Il s'agit d'ailleurs de " la cérémonie la plus courte (deux nuits), la moins onéreuse et la plus populaire " (27). Beaucoup de cérémonies en sont issues directement ou en découlent (rites de puberté) et plusieurs Chants possèdent des parties en commun avec cette Voie, " poutre maîtresse de la maison des chants ".

" Découlant de la Voie de la bénédiction, les autres voies sont réparties en trois groupes principaux (selon Kluckhohn et Wyman, 1938), dont le plus important est le groupe de la Voie de la Sainteté (chants ou voies les plus connus) " (voir tableau)(28).

 

Chaque Chant ou Voie possède son propre mini-panthéon et révèle un aspect de l'Histoire Originelle. Chaque Chant " est associé à un mythe particulier qui raconte son origine, ainsi que les aventures du héros ou de l'héroïne qui l'a reçu des Dieux. " Ainsi, un chant se rattache et fait essentiellement référence à son mythe originel mais ce dernier ne détermine pas pour autant exclusivement la cérémonie.

 

 

Les cérémonies navajo sont centrées sur le maintien de l'harmonie, l' " hozho " comme dans la " Voie de la Bénédiction " célébrée à l'occasion de la naissance d'un enfant, de la puberté d'une jeune fille ou de l'installation d'un nouveau hogan. Elles servent le plus souvent à guérir une personne malade physiquement ou mentalement, ou bien ayant été ensorcelée.

 

Selon les symptômes du malade, l'homme-médecine exécute la VOIE la plus appropriée. La cérémonie du Chant de la Main-Tremblante, le plus souvent pratiquée par des femmes-médecine qui rentrent dans une sorte de transe, sert à deviner la nature du mal et à diagnostiquer le remède à appliquer. La véritable signification de chacune des Voies et le facteur qui détermine le choix de telle ou telle pour guérir une maladie en particulier, tient aux caractéristiques des " formes intérieures ", des pouvoirs, des phénomènes naturels ou des créatures qu'on leur associe. " Les symptômes pour lesquels un chant particulier est prescrit ont un rapport plus ou moins étroit avec le mythe qu'il illustre. "(29)(30)

 

Il existerait plus de 50 Chants ou Voies, chacun(e) permet de guérir certains types de maladie. Mais selon la classification de Kluckhohn et Wyman (1938) il existe environ 26 chants complétés par de nombreuses variantes et subdivisions (voir tableau de Sandner) dont 9 probablement sont éteints et 10 seulement continuent à être exécutés régulièrement.

Considérant qu'il faut environ une bonne vingtaine d'années pour accéder au rang d'homme ou de femme-médecine, on comprend alors pourquoi il s'agit d'un apprentissage de toute une vie. La formation de Hosteen Klah dura plus de 25 ans avant qu'il ne reçoive en 1995 seulement les pleins pouvoirs et le statut d'homme-médecine. Les chants sont souvent si compliqués que la plupart des medecin-man n'en connaissent très souvent que deux ou trois par cÏur.

 

Hosteen Klah, lui connaissait plusieurs Chants ou Voies. Il semble qu'il en connaissait six, dont la Voie de la Montagne et la Voie de la petite étoile (qu'il ne pratiquait pas) ; la Voie Apache du Vent (enseignée par son oncle) ; la Voie de la Grêle, dont certaines sections recoupent la Voie de l'Eau et la Voie du Vent ; la Voie de la Bénédiction et surtout la plus réputée la Voie de la Nuit (Yeibichai).

 

De plus, il existe des règles bien précises qui contrôlent l'apprentissage des Voies. Par exemple, certaines cérémonies se déroulent uniquement l'hiver tandis que l'apprentissage des chants et des prières a lieu l'été.

En ce qui concerne Hosteen Klah, seuls les hommes-médecine du clan de sa mère, de son père et de sa grand-mère exclusivement pouvaient prétendre à son apprentissage. Mais grâce à une descendance conséquente, il a pu bénéficier de l'enseignement de nombreux oncles hommes-médecine.

 

Dans " Homme-médecine et peintre de sable navajo : Hosteen Klah " de Franc Newcomb décrit de nombreuses cérémonies de guérison auxquelles elle a pu participer avec Hosteen Klah. On y apprend que certaines cérémonies rituelles de guérison peuvent durer des jours selon la gravité du malade et la Voie utilisée, jusqu'à cinq, voir dix jours É

Tout au long de la cérémonie on récite la mémoire des Navajo et les peintures tracées sur le sable retracent les épisodes de cette histoire originelle.

 

Pendant les quatre derniers jours de la cérémonie, les Navajo réalisent les peintures de sable le matin. Elles convoquent le grand-père de tous les dieux, qu'on appelle également " Dieu qui parle ". Il vient alors la nuit guérir le malade.

 

 

DEROULEMENT D'UNE CEREMONIE

 

Une cérémonie typique dure environ cinq nuits et cinq jours :

 

En général, la cérémonie débute le soir, une fois le soleil couché. Lors de cette première nuit, le hogan cérémoniel est consacré, béni avec de la farine de maïs sacrée ainsi que le sable qui sera utilisé tout au long de la cérémonie.

Les quatre premières soirées sont destinées essentiellement à purifier le malade. Les rites de purification s'avèrent relativement brefs. On enduit le patient d'onguents et on lui fait boire des infusions de plantes sacrées.

 

Lors des quatre premiers matins ont lieu le rituel d'érection, l'absorption de puissants émétiques, la séance de sudation (bain de vapeur rituel dans la loge de sudation cérémonielle), la cérémonie d'offrande (bâtonnets de prière, bijoux, É), la séance de fumigation ... La réalisation de petits " autels de sable " accompagnent le rite émétique (séance de vomissements provoqués par des infusions) qui a lieu le premier jour. Selon le sexe du patient, la peinture comporte des couleurs différentes.

 

Le medecin-man récite de nombreuses prières pour purifier le patient et préparer l'arrivée des Esprits. Ces mélopées parfois accompagnées au tambour ou à la crécelle invoquent généralement les Esprits les uns après les autres, suivant un ordre hiérarchique précis. Ces mélopées monotones et répétitives accompagnent l'exécution des rites tout au long de la cérémonie.

 

Le quatrième et dernier matin, le malade prend à nouveau un bain rituel, parfois on lui dessine des peintures corporelles selon les symboles des Esprits présents, É Ces derniers se manifestent le cinquième jour à travers les peintures de sable. Ces dernières sont parfois réalisées selon les cérémonies pendant les quatre après-midi. Lorsque la peinture est achevée, on apporte des plumes, bâtonnets de prière, objets de pouvoir, " magiques " et on les plante autour d'elle (voir document).

Une fois la peinture achevée, le patient rentre dans le hogan. Puis, avec le chanteur, il répand de la farine de maïs ou du pollen sacré sur elle. A partir de cet instant, la peinture est sacralisée et investie du pouvoir des Esprits. Le malade se dévêt alors partiellement et se dirige vers elle pour s'asseoir face à l'est, face à l'entrée du hogan.

Placé au centre de la peinture, il ingurgite tout au long du rite des infusions d'herbe. Le " medecin-man " chante pour lui. Et au fur et à mesure, celui-ci prend le sable sur des parties du corps des personnages de la peinture et l'applique sur les parties correspondantes du corps du malade. " Les sable de couleur sont pressés sur sa chair, et la force surnaturelle des Esprits le pénètre. "(31)

De cette manière le pouvoir des dessins est transféré au malade.

 

Le malade quitte ensuite le hogan cérémoniel. La peinture est effacée avant l'aube car les Navajo considèrent que la sable est sacré et qu'il doit retourner à la terre. Les assistants de l'homme-médecine recueillent alors le sable de la peinture dans des couvertures pour aller le disperser à l'extérieur car les symboles qu'elle renferme ne doivent pas rester permanents .

Pour marquer la fin du rituel, qui dure le plus souvent cinq jours et cinq nuits, on fait sentir au malade de l'encens (rite de fumigation) afin de chasser de son esprit la peur de retomber malade. Pendant la dernière nuit d'une cérémonie, les mélopées sont chantées pratiquement sans interruption jusqu'à l'aube.

Puis, pour finir, un dernier chant et une ultime prière clôturent la cérémonie.

 

Cérémonie de la Voie de la Nuit

 

La Voie de la Nuit ou " Yeibichai " est un chant de neuf jours. L'ouvrage de Washington Matthews (1902) intitulé " The Night Chant " (Yeibichai) est aujourd'hui encore considéré comme le rapport le plus exact jamais publié sur une cérémonie navajo. Sandner utilise exclusivement cette référence qu'il juge comme " la source la plus fiable et la plus complète (É) des rites de la Voie de la Nuit ".(32)

 

Ainsi, les quatre premiers jours : purification et évocation

 

Rites de purification : Le premier jour une petite peinture de sable est réalisée. Elle représente les quatre montagnes sacrées. Le hogan cérémoniel est béni avec de la farine de maïs sacrée ; le malade prend un bain de vapeur rituel (loge de sudation cérémonielle). Puis les assistants du medecin man massent le malade avec leurs baguettes de prière.

Pendant ses rites de purification, les assistants du medecin man incarnent des divinités et se transforment en " instruments des dieux ". Ils ne cessent de hurler et gesticuler pour libérer le patient de sa maladie. Ce rituel est propre à la Voie de la Nuit.

Rites d'évocation : fabrication de bâtonnets de prière (kethawns) objets sacrés. Pendant toute la durée de ces étapes, des mélopées sont chantées et ponctuent les rites. Ces bâtonnets sont des offrandes destinées aux dieux.

Le soir de la quatrième nuit, les hommes veillent les divinités qui doivent partager un repas traditionnel navajo.

Les masques sont béni par le patient avec du pollen. Des mélopées sont chantées jusqu'à l'aube. Le medecin man appelle les dieux à venir en secouant les masques rituels. A la suite de cette étape, de nombreuses forces bénéfiques ont été évoquées et vont favoriser sa guérison.

 

Quatre jours suivant : identification et transformation

 

Bain de rituel, offrande de bâtonnets de prière, rite dans la loge de sudation, séance de fumigation, prière du medecin man. Une peinture de sable appelée " L'Image-de-l'endroit-qui-Tremble " est réalisée.

 

Neuvième et dernière nuit : récapitulation et libération du patient (à finir)

 

 

HOMME-MEDECINE, " hataali ", CHAMAN, CHANTEUR, ARTISTE ?

 

Le terme originaire de Sibérie Centrale, " chaman " se révèle souvent utilisé à tort ou à travers. Il semble alors plus juste de parler selon les tribus amérindiennes de " confréries religieuses ", de " medecin-men " ou de " chamans ". De nombreux parallèles on été observés par les anthropologues entre les chamans de Sibérie et un personnage spécifique des peuplades amérindiennes. Ainsi, on a parfois à outrance utilisé ce qualificatif sans doute réducteur et généralisant, à l'origine attribué à ces chamans sibériens, pour définir sans distinction ce personnage plus ou moins équivalent que le retrouve dans les tribus du continent amérindien.

Il existe des différences entre un " medecin-man " et un " chaman ". Ces divergences restent tout de même relativement superficielles étant donné leur origine chamanique commune qui se révèle être la trame de la nature de la religion amérindienne.

Le chaman est désigné dans une société traditionnelle comme celui qui a le pouvoir de communiquer avec les esprits et l'autre monde. Il peut soigner l'âme mais aussi le corps d'où son nom de " medecin-man ". Ce terme est d'ailleurs plus utilisé que " chaman ".

Mais comme je le précisai ci-dessus, selon les tribus amérindienne, ce personnage se définit différemment et ne possède pas les mêmes rôles, pouvoirs, obligations. En ce qui concerne, la nation des Navajo, les intéressés eux même se définissent le plus souvent comme des " chanteurs de la Voie " ou " medecin-man " car ce terme correspond sans doute mieux à la notion de sacré et de secret qu'il véhicule.

Il permet de rester dans une certaine superficialité et généralité qui l'entoure de mystère. On ne peut pas percevoir dans ce qualificatif la spécificité du ou de la " medecin-man " comme il est précisé en langue indienne. Washington Matthews désigne lui-même dans ces écrits l'homme-médecine navajo sous le terme de " shaman ".

Le " chaman " nous ramène très loin dans le temps, à l'époque du néolithique et des dessins dans les grottes. On a encore trop souvent ce stéréotype du " chamanisme " à travers l'image du vieux sorcier indien. Ainsi, il est indispensable de distinguer dans le chamanisme plusieurs stades. Il y a tout d'abord le chamanisme primordial, celui des origines, puis le chamanisme familial (au sein de sa famille : le clan) et beaucoup plus tard, on parlera de chamanisme professionnel et spécialiste dans tel ou tel art de guérir. Il n'y a aucune hiérarchie dans la voie chamanique.

Cet individu, " chaman " ou encore " medecin-man " peut se définir tel un élu. Comme les traditions orales l'indiquent, il est souvent désigné par des entités spirituelles, esprits tutélaires ou divinités mythologiques. Très tôt, il peut montrer des symptômes qui seront pris en considération auprès d'autres " chamans ". Il reçoit des pouvoirs qui vont lui permettre de protéger son groupe, les siens et apporter prospérité.

Il est donc chargé d'une tâche importante qui lui confère une position privilégiée dans son groupe social. Certes, il a un côté marginal et non " ordinaire " mais n'est pas pour autant en marge de sa société. Il représente à lui même le concept de la dualité si présent dans la vie amérindienne.

Le " chaman " inspire à la fois le merveilleux et une crainte profonde. Ces pouvoirs lui assurent le respect de son groupe et la crainte de ses ennemis.

Comme Mircea ELIADE l'écrit, la spécificité du chaman est de voyager selon les différents états de conscience dans les niveaux de ces mondes, le nadir, la surface, le ciel. Il communique avec les entités et les esprits tutélaires des animaux qui correspondent à sa culture sociale.

Cette perception du monde, très différente se révèle à travers un état de conscience altérée.

Ce sont les sociétés animistes qui procèdent au chamanisme. Le Chamanisme n'est pas une religion mais plutôt une méthode. Alors que l'Animisme en tant que croyance fusionnelle entre chamanisme et animisme, est une religion.

La résurrection de la chair et de l'esprit est un thème omniprésent dans les Mythes des origines amérindiens. En effet, de nombreux mythes racontent l'histoire d'un personnage, Coyote, Corbeau ou encore Lièvre selon les tribus, qui se disloque puis se reconstitue. Ce phénomène de retour du monde des morts est l'élément principal de l'initiation du chaman. Ce voyage dans l'Autre Monde dont le chaman réussi à revenir l'affirme en lui donnant des pouvoirs chamaniques. Beaucoup plus tard, on va parler de recherche pour devenir homme médecine ou chaman, telle la " Quête de visions " à la base de la religion des Plaines.

Mais ce phénomène de résurrection constitue également la preuve d'un reste des racines profondes du chamanisme sur le monde amérindien. Le chamanisme a évolué et a du sans cesse s'adapter tout comme ses peuples à une faune, flore, É différentes. Il est mouvement et immobilité à la fois.

Cette dualité est le facteur qui permet d'appréhender, de comprendre les groupes humains et leurs migrations. Les peuples amérindiens possèdent dans leur héritage sacré, dans leur mémoire, la trace du chamanisme qui les a influencé de part et d'autre et qui continue à vivre à travers toutes les religions amérindiennes. En effet, elles convergent toutes vers des concepts que l'ont peut attribuer au chamanisme primordial (respect de la Terre Mère, relation humains nature, ...) On observe une concordance dans tous les chamanismes amérindiens mais des spécificités se détachent entre les ethnies.

 

Le chaman possède de nombreux pouvoirs et a intégré tous les règnes animaux. Les hommes-médecine ou chamans sont souvent présentés au masculin. C'est une erreur de penser que l'art du sacré soit strictement réservé aux hommes. Il existe en effet de nombreuses femmes indiennes, " femmes-médecine " qui jouent le même rôle au sein de la communauté amérindienne.

Cette idée reçue est sans doute la conséquence d'une mauvaise interprétation de la part des premiers observateurs, jésuites, militaires qui sollicitèrent uniquement l'homme-médecine. Ils ont déformé le rôle de la femme amérindienne en le dévalorisant selon leur propre vision européenne.

 

Ainsi, le terme générique d' " homme-médecine " inclut également les femmes ménopausées. Dans la réserve navajo, il y a semble t-il autant de femmes-médecine que d'hommes-médecine. Mais chacun utilisent des Voies différentes et doit se limiter aux Voies de son sexe. En effet, il existe des Voies féminines et d'autres masculines. Par exemple, une anthropologue femme aura toute les peines a rencontrer un homme médecine et a obtenir de lui des informations.

Pour la simple raison que les formes de secret contenus dans les Voies ne se transmettent seulement qu'à des individus du même sexe que la Voie en question. Ainsi, il lui serait plus judicieux d'aller vers une femme-médecine qui pourra lui parler des " secrets " féminins.

Les cérémonies des Voies féminines ou masculines ne sont ni mineures ni supérieures. Il s'agit simplement de cycles différents. Les femmes-médecine sont en général spécialistes dans l'art divinatoire de la " Main tremblante " ou dans l'herboristerie. Mais elles ne peuvent devenir femme-médecine et rentrer dans cette dimension sacrée qu'après la ménopause.

Il existe différents " hataali ", " medecin-men " que l'on peut répertorier dans plusieurs catégories. Comme nous l'avons vu, les indiens préfèrent utiliser ce terme pour la notion de secret et de sacré qu'il renferme qui leur permet de laisser flotter un certain flou. Il cache l'aspect spécifique de l'homme-médecine.

Ainsi, il y a des hommes-médecine spécialistes des éléments minéraux, d'autres des plantes médicinales, ou encore des rêves. Souvent un personnage intermédiaire apparaît comme le " clown sacré ". On trouve le voyant guérisseur (qui a des visions tel Geronimo) et enfin l' " homme-femme ", l'être inverti, l'hermaphrodite, le travesti, le troisième genre (termes occidentaux qui sont peut-être loin de correspondre à sa réelle définition).

Il est difficile de comprendre le chamanisme et l'homme-médecine et cette dualité entre le masculin et le féminin dans des termes occidentaux ; tout particulièrement le statut des êtres du troisième genre.

Par exemple, au cours d'un accident la tribu apache qui a en charge l'éducation découvre que Hosteen Klah, qui deviendra un grand homme médecine navajo est un être " hermaphrodite " selon la traduction (contestable) utilisée dans l'ouvrage de Franc Newcomb (p.129). Cette découverte le place dans une catégorie évidemment très spéciale de son peuple.

Les Navajo croient en effet, que cette " anomalie " est une marque divine, un honneur fait par les dieux. L'être " hermaphrodite " qu'il serait plus juste d'appeler l'" élu des dieux " ou encore " nàdleeh " combine les deux attributs, féminin et masculin. Ces êtres possèderaient des capacités mentales inhabituelles. Ils sont comme la personnification de cet état d'" hozho ", d'équilibre, de complémentarité.

Plus précisément, il appartient au troisième genre (homme, femme et troisième genre). Un individu appartenant au troisième genre a la possibilité d'évoluer et de passer d'un genre à l'autre. Il connaît les secrets féminins et masculins et peut de cette façon communiquer avec les hommes comme avec les femmes puisqu'il est lui même les deux à la fois.

C'est sans doute cette spécificité qui a permis à Hosteen Klah d'échanger avec une femme blanche occidentale et de surmonter autant d'obstacle à cette association entre cet homme médecine navajo et Frank Newcomb.

" Holy man " rassemble toutes les connaissances, qu'elles soient végétales, animales, minérales, É Il s'agit d'un " Saint homme ". En ce qui concerne les Navajo, il peut avoir le pouvoir des pierres, des rêves, Émais il s'agit plus d'une transmission des savoirs que d'une recherche de pouvoirs ou de visions.

A la différence des Indiens des Plaines, chez les Apache et chez les Navajo, l'homme-médecine est toujours lié aux chants. Pour ces derniers, il s'agit avant tout d'un apprentissage extrêmement lent, alors que pour d'autres tribus on devient homme médecine soit par recherche, élection ou héritage.

Le chanteur navajo est le maître et le gardien de ces forces symboliques.

Sa tâche est donc de guérir physiquement le patient mais également de restaurer et maintenir une relation symbolique solide entre leur environnement social, culturel et naturel. (p.45 Sandner)

L'homme-médecine navajo est le détenteur de la mémoire du monde et de l'histoire mythologique. Il est tel un outil qui permet de dialoguer entre le monde spirituel et le monde ordinaire. Il doit apprendre parfaitement les Voies, les mélopées qui accompagnent les cérémonies religieuses, l'utilisation d'artefacts, l'appréhension des différents règnes, É Il est à la fois conteur, chanteur, artiste et homme-médecine. Un problème qui se pose aujourd'hui de manière conséquente est la question de la relève.

Nombre de jeunes amérindiens aujourd'hui plongés dans le monde moderne américain ne sont pas enclins à poursuivre cette voie. Etre homme-médecine, c'est prendre de très grandes responsabilités par rapport à sa communauté. De plus cela demande un investissement énorme qui peut se comparer à des années d'études.

L'homme-médecine transmet son savoir à un apprenti ; mais il s'agit plus de transmettre que d'enseigner. Lorsqu'il donne il fait don de soi. Il ne doit donc pas y avoir un tarif exigé. En général, lorsqu'on partage des rituels dans des clans, on remercie avec des produits alimentaires ou des cadeaux. Malgré cela, l'argent circule sur la réserve, mais il fonctionne plus comme un don que comme un tarif.

 

Pendant la cérémonie de guérison, la relation qui s'établit entre l'homme-médecine et la malade est de nature très intime.

 

 

 

C- DE LA FORME AU MYSTERE É SYMBOLISME COSMOGONIQUE

 

 

L'imbrication de la vie quotidienne navajo et de sa mythologie est surprenante. De même qu'à travers les peintures de sable ce symbolisme et ces relations avec la mythologie qui imprègnent toute la conception navajo resurgit. Ces multiples interactions de concepts rendent plus difficile l'exercice de

Dans l'Art navajo, le symbolisme pictural est très présent. La plupart de ces peintures caractérisées par une profonde symétrie possèdent un sens caché propre à leur culture, une signification allant bien au-delà de leur sens littéral.

" Les Indiens vivent dans un monde de symboles. Ceux-ci s'étendent à tous les aspects de leur vie. Le symbolisme pictural n'en représente qu'une partie. Ils voient des symboles dans les couleurs, dans les objets, dans les mythes, dans les actes, É ".(33) Le champs des symboles est très étendu.

 

Les peintures de sable navajos renvoient à un symbolisme fort compliqué que je vais m'efforcer de rendre le plus fidèle possible en m'appuyant sur les écrits et les recherches qui ont été faites dans ce domaine. Beaucoup de contradictions existent, mais il me semble nécessaire d'essayer de comprendre ces peintures à travers le symbolisme qui les caractérise.

Stevens, artiste réputé, rédigeait au dos de ses peintures des explications détaillées en vue d'expliquer la culture navajo aux profanes. Selon lui " on ne pouvait les apprécier vraiment qu'en ayant accès à ce symbolisme ; faire comprendre, c'était perpétuer la tradition navajo " (34).

 

 

(indépendants, indissociables)

( voir espace géographique mythologique)

Il s'agit de prendre conscience de ce que le mythe de l'Emergence représente dans la vie du peuple Dineh. " Sans la manifestation rituelle appropriée, en fait, certaines tâches quotidiennes ne pourraient être accomplies " (35). Cette omniprésence du mythe et de ses acteurs dans la vie de tous les jours est significative de la relation très spirituelle qui se dégage de la croyance navajo.

Zolbrod va jusqu'à comparer les acteurs du Mythe à des personnages de feuilletons pour montrer combien ils peuvent être proches du " Peuple de le Surface ", les Navajo et présents dans leur vie. " J'ai entendu des Navajos parler de Asdzaa nadleehé la Femme Changeante ou de Naayé'neizghani le Tueur de Monstres de la même manière que certains de mes voisins discutent entre eux des personnages de leurs feuilletons télévisés " (36).

" Dans leur réserve, les Navajos montrent volontiers les lieux où se sont déroulés certains épisodes de l'histoire de la création." (surtout les enfants)(37)

Il existe une véritable interaction entre l'environnement, la nature, la géographie du territoire navajo et le Mythe Originel et ses acteurs. La présence mythologique et cet univers poétique s'impose à travers la nature, les phénomènes naturels, É qui trouvent souvent une explication dans des récits appartenant au Mythe de la création.

Ainsi, des coulées de lave noire signifient pour les navajos initiés le " sang séché du grand géant " (p.225 Sandner)

On comprend à travers cet exemple, le caractère sacré et symbolique des lieux du Mythe fondateur, tels que les montagnes, monts, .. etc

" Ainsi, en plus de sa valeur esthétique propre, rarement reconnue par des étrangers, l'histoire de la création navajo a des implications sociales et religieuses actuelles qu'il est encore difficile de comprendre de l'extérieur."(38)

 

Chaque Voie fait intervenir différents personnages mythiques ou héros de l'Histoire Originelle. La " Voie de la Nuit " met en scène des dieux spécifiques appelés " Yeis ", qui sont incarnés pendant la dernière cérémonie nocturne par des danseurs portant des masques. La " Voie de la Grêle ", dont le héros est le Garçon-Pluie fait quant à elle appel au Peuple Tonnerre ; alors que la " Voie de la Grande Etoile " raconte l'histoire du Peuple Etoile É

 

Les éléments symboliques présents dans les peintures de sable correspondent à la Voie à laquelle elle appartient. Par exemple, les motifs principaux des peintures de sable appartenant à la Voie du Projectile sont principalement des flèches, des serpents, des éclairs, É etc. Tout comme les peintures de sable de la cérémonie du Vent représentent le soleil, la lune, les quatre vents, le cactus, les flèches de l'éclair, les nuages et beaucoup d'autres symboles soumis à l'influence du vent.

(Une croix rouge au centre ou à la périphérie d'une peinture indique la présence d'un feu).

 

*symbole, relation du signifiant au signifié

--- interprétation des peintures de sable d'un point de vue sémantique

 

- Symbolisme des couleurs et de leur emplacement

Il existe dans le code de représentation de ces peintures traditionnelles, quatre couleurs sacrées qui représentent les quatre points cardinaux mais aussi des animaux, des forces naturelles et d'autres mythes. Le symbolisme des couleurs varie, mais en règle général :

Le Blanc symbolise l'Est, l'ours, le serpent, les vents, É

Le Bleu symbolise le Sud, la turquoise, É

Le Jaune symbolise l'Ouest, la nacre, le crépuscule, É

Le Noir symbolise le Nord, le jade, les ténèbres, É Le symbolisme des couleurs varie, mais en général, le blanc est l'Est, le jaune le Sud, le bleu l'Ouest, le noir le Nord.

Tout comme " les indiens tewas assignent une couleur à chacun des points cardinaux. Le Nord est symbolisé par le bleu, l'ouest par le jaune, le Sud par le rouge, l'Est par le blanc. Le Zénith (au-dessus) est représenté par les couleurs de l'arc-en &endash;ciel, et le Nadir (au-dessous) par le noir. "(39)

 

Tony Hillerman (écrivain de séries polards navajos) explique dans une interview à la radio (40) pourquoi l'absence de vert, élément qui fait défaut dans le paysage navajo où toutes les autres couleurs sont pourtant présentes, ne nuit pas à l'harmonie et " témoigne également d'une beauté ". Nous avons en tant qu'occidentaux, une vision du monde et des chose qui associe le vert à la beauté dans un paysage parce que cela représente la richesse, la végétation, É

Les Navajo, quant à eux, voient également la beauté en l'absence du vert, " ils la voient dans les grands espaces-temps ", à travers les gris, les noirs, les rouges, É Une caractéristique que l'on ne peut s'empêcher de remarquer dans ces peintures de sable navajo, qui en effet ne comportent aucun pigment vert pour les traditionnelles.

Cette analogie des couleurs du paysage avec celles des peintures thérapeutiques ne fait qu'attirer notre attention sur les pigments utilisés pour ces dessins. Il est évident que les Navajo n'utilisent pas de vert car il n'existe pas vraiment de pigment de cette coloration à leur disposition dans leur territoire désertique.

Ainsi, le vert n'existant pas dans la palette navajo, le maïs et les plantes sont représentées bleus.

La gamme colorée traditionnelle des Navajo se compose de jaunes, rouges et brun provenant du grès, le blanc du gypse, le bleu de la turquoise ; le noir de l'ardoise et du charbon ; le beige clair des sables de rivière pour le fond des peintures.

 

Feest le confirme lorsqu'il écrit que " les teintes douces, qui confèrent aux peintures sèches navajo leur caractère si particulier, sont sans doute davantage le fait de moyens limités que de choix esthétiques. En effet, à chaque fois que les ritualistes navajo auront accès à une gamme complète de couleurs (par exemple, dans le cas de reproductions au pastel) ils useront largement de tons vifs, peut-être pour mieux souligner la symbolique des couleurs. En général, celles-ci sont associées, à travers certaines règles aux quatre points cardinaux. Les différences, tant au niveau de la couleur que du détail des compositions, sont le reflet non seulement de variations individuelles et régionales (si on en juge par le peu qu'on sait) , mais d'autres facteurs tels que la saison de l'année à laquelle la peinture a été réalisée " (41) .

 

- Analyse de 1 ou 2 peintures de sable

" Parfois, l'Esprit de l'arc-en-ciel (une bande multicolore en forme de fer à cheval) entoure la peinture en signe de protection. Ses pieds sont une extrémité, et la tête et les bras à l'autre. L'Est est ouvert et confié à la garde de l'Ours, ou de la Mouche, par exemple " (42).

" Un trait de style qui revient souvent est la représentation rectiligne et toute en longueur d'esprits (yei) vus de face mais dont les jambes sont montrées de profil. Ceux-ci, de même que les représentations parfois un peu plus curvilignes de plantes et d'animaux, sont très stylisés et statiques .

" Toutes ces compositions sont cernées par un cadre ou " gardien " (en général semblable à un arc en ciel) dont l'ouverture vers l'est sera plus tard transférée conventionnellement vers le haut dans les copies faites par les Blancs ou par les " medecine men " indiens " (43).

 

- Composition (rythme)

Les tailles de ces peintures sont très variables avec une largueur transversale allant de 0,3 à 7 mètres. Leur forme peut être ronde, carrée ou oblongue. " On distingue trois types principaux de compositions :

1. compositions linéaires formées de figures disposées sur une ou deux rangées

2. arrangements rayonnants, orientés vers les points cardinaux et organisés autour d'un cercle

3. celles où un motif central occupe l'essentiel de l'espace pictural " (44). (voir exemples)

Une catégorie de peintures de sable représente un lieu, une " terre ", ayant la forme d'un grand rectangle, d'un ovale ou d'un losange. Ces principales compositions répondent à un schème identique (cercle, mandala).

Si une composition n'est pas rayonnante, on aura malgré tout une composition dont la trame reste ordonnée par la symétrie. Ainsi, la structure interne d'une peinture est toujours rattachée à la notion de centre dont dépend tout le dessin. Elle détermine toute l'harmonie et l'équilibre de la peinture et par conséquent son efficacité. En effet, l'un des premiers gestes du medecin man après avoir béni le sable qui sera utilisé dans la journée et avant d'entreprendre le dessin des éléments mythiques constituant la peinture, est de tracer le centre de celle-ci. " Puis quelqu'un lui remit une longue corde qui fut tendue en travers de la surface égalisée, d'abord d'est en ouest, ensuite du nord au sud, afin que ses empreintes croisées marquent le centre " (Klah) (45).

- Thème du centre, du cercle, du " mandala " navajo

L'image de ce cercle que les Indiens rappelle la Roue de Médecine, base de leur cosmologie. Roue comme cercle de vie. " Ces peintures rayonnent à partir d'un centre à la façon d'un mandala, à quoi Jung les compara " (46). Sandner va jusqu'à parler de " mandalas navajos ".

- Thème du rythme, symétrie, symbolique des nombres (4, 5,É)

Le nombre quatre symbolise la totalité et l'accomplissement pour les Navajo. " Quatre est le nombre clé de la mythologie navajo " (Sandner p.234)

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Première grande peinture Yeibichai " Peinture au Sable du Bois Tourbillonnant " (l'une des plus connue parmi les centaines d'Ïuvres réalisées par Klah à l'occasion de ses cérémonies navajos.

Analyse

" Klah prit ensuite du sable noir et forma sur ce centre un petit lac qu'il borda de blanc pour représenter l'écume, de jaune pour le pollen, de bleu pour la pluie d'été et de rouge pour le soleil. Après cela, il rejoignit sa place et les cinq peintres continuèrent le dessin : quatre rondins de bois noirs tournés vers les quatre directions, et les quatre plantes sacrées _ le maïs, le haricot, la courge et le tabac_ aux quadrants ; à l'est, Hastje-altai, le maître ; à l'ouest, Hastje-hogan, le dieu de la reproduction ; au nord et au sud, les Bighones-kidi, les ramasseurs, les porteurs et les gardiens de graines. Un arc-en-ciel fut dessiné de manière à protéger trois côté, l'est restant ouvert sans aucun symbole de défense ". (Newcomb, p.155-156)

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*Univers mythologique des peintures de sable (acteurs, pers, insectes, mondes souterrains, ...(pour comprendre les p. de s. il faut connaître le Mythe de l'Emergence ; ex : à travers une ou deux Voies importantes avec illustrations)

Bibliographie

 

1)" Hosteen Klah, homme médecine et peintre sur sable navajo" NEWCOMB, éd. Le Mail, Aix-En-Provence, 1992, p. 155

 

2)" Rituels de guérison chez les Navajo " SANDNER, éd. Du Rocher, Collection Nuage Rouge, 1996, p.88

3)" Terre Sacrée " BRAMLY S., éd. Albin Michel, Espaces libres, 1992, Paris, p.255

4)Hogan : Mot se rapportant au glossaire

5)" West of the thirties ", " L'Ouest des années trente " HALL E. T., éd. Française Du Seuil, mai 1997, p.143

6)" La voie de la beauté " catalogue de l'exposition à la Villette Crossman et Barou, p.69

7)" West of the thirties ", " L'Ouest des années trente " HALL E. T., éd. Française Du Seuil, mai 1997, p.143

8)" Terre Sacrée " BRAMLY S., éd. Albin Michel, Espaces libres, p.256

9)" Les Indiens d'Amérique " Philippe JACQUIN, p.12

10)" Hosteen Klah, homme médecine et peintre sur sable navajo" NEWCOMB, éd. Le Mail, Aix-En-Provence, 1992, p.42

11)" La Religion des Primitifs à travers les théories des anthropologues " Evans-Pritchard, éd. Payot, 1971, p.8

12)" Les Indiens d'Amérique " JACQUIN Philippe, éd. Flammarion, collection Dominos, 1996 ; p.65

13)" La Religion des Primitifs " Evans-Pritchard, éd. Payot, 1971, p.206

14)" La Religion des Primitifs " Evans-Pritchard, éd. Payot, 1971, p.47

15)" Les Indiens d'Amérique du Nord " FOHLEN C., presses universitaires de France, p.118

16)" West of the thirties ", " L'Ouest des années trente " HALL E. T., éd. Française Du Seuil, mai 1997, p.143

17)" Les Navajo " , éd. Du Rocher, J-P. BERTRAND, La Voie de la Beauté, collection Sagesse Indienne, p.36

18)Nitassinan n°44, p.21

19)" Le livre des Indiens Navajos ; Diné Bahané " ZOLBROD P. G. éd. Du Rocher Monaco, Nuage Rouge, 1992, p.445

20)" Les Indiens d'Amérique " JACQUIN Philippe, éd. Flammarion, collection Dominos, 1996 ; p.40

21)" La Religion des Primitifs " Evans-Pritchard, éd. Payot, 1971, p.73

22)" Rituels de guérison chez les Navajo " SANDNER, éd. Du Rocher, Collection Nuage Rouge, 1996, p.95

23)Emission radiophonique sur France Culture : " Dinehtah, la terre mystique du peuple Navajo ", reportage en Arizona et au Nouveau-Mexique de M.H PRAÏSSE le 24/02/96

24)Gladys Reichard 1939, p.14

25)" Les Indiens d'Amérique " JACQUIN, Philippe, éd. Flammarion, Collection Dominos, 1996, p.111

26)" La Voie de la Beauté " catalogue exposition, p.50

27)" Rituels de guérison chez les Navajos " SANDNER, éd. Du Rocher, collection Nuage Rouge, 1996, p.69

28)" Rituels de guérison chez les Navajos " SANDNER, éd. Du Rocher, collection Nuage Rouge, 1996, p.69

29)" Rituels de guérison chez les Navajos " SANDNER, éd. Du Rocher, collection Nuage Rouge, 1996, p.70

30)" Navajo classification of their Songs Ceremonials ", in Memoirs of American Anthropological Association 50, 1938

31)" Terre Sacrée " BRAMLY S., éd. Albin Michel, Espaces libres, 1992, Paris, p.257

32)" Rituels de guérison chez les Navajos " SANDNER, éd. Du Rocher, collection Nuage Rouge, 1996, p.98

33)" Guide des tribus indiennes d'Amérique " Arnold MARQUIS, éd. Du Rocher, p.35

34)" La Voie de la Beauté " catalogue exposition, p.64

35)" Le livre des Indiens Navajos ; Diné Bahané " ZOLBROD, éd. Du Rocher Monaco, Collection Nuage Rouge, 1992, p.429

36)" Le livre des Indiens Navajos ; Diné Bahané " ZOLBROD, éd. Du Rocher Monaco, Collection Nuage Rouge, 1992, p.33

37)" Le livre des Indiens Navajos ; Diné Bahané " ZOLBROD, éd. Du Rocher Monaco, Collection Nuage Rouge, 1992, p.33

38)" Le livre des Indiens Navajos ; Diné Bahané " ZOLBROD, éd. Du Rocher Monaco, Collection Nuage Rouge, 1992, p.34

39)" Guide des tribus indiennes d'Amérique " Arnold MARQUIS, éd. Du Rocher, p.35

40)Emission sur France Culture : " Dinetha, la terre mystique du peuple navajo " reportage en Arizona et au Nouveau-Mexique de M-H PRAÏSE le 24/02/96

41)" L'Art des Indiens d'Amérique du Nord" FEEST C., éd. Thames & Hudson Ltd, Paris, 1994, p.104

42)" Terre Sacrée " BRAMLY S., éd. Albin Michel, Espaces libres, p.255

43)" L'Art des Indiens d'Amérique du Nord" FEEST C., éd. Thames & Hudson Ltd, Paris, 1994, p.104

44)" L'Art des Indiens d'Amérique du Nord" FEEST C., éd. Thames & Hudson Ltd, Paris, 1994, p.103

45)" Hosteen Klah, homme médecine et peintre sur sable navajo" NEWCOMB, éd. Le Mail, Aix-En-Provence, 1992, p. 155

46)" Terre Sacrée " BRAMLY S., éd. Albin Michel, Espaces libres, 1992, Paris, p.255