Univers

(Art brut, Clinique de Laborde)
 

Roulement presque nu à l'intérieur de soi.
Petite bête de lumière.
Tempête de seconde en seconde.

                                                            Univers,

D'abord une étendue d'eau et de nuitée.

Écho venu d'un coquillage
qui ne dira jamais son nom.

Profondeur du printemps.
Silence de l'hiver.

                                                           Univers,

Un jour je m'habillai de toi-même
derrière l'Homme noir démantelé.

Beauté en chaque région.
Bonté en toute chose.

Immensité de la quiétude posée là
sur un seul point.

Vieillesse et Jeunesse à jamais réunies
sous la vague.

                                                            Univers,

Presque une bulle d'air à la surface
de l'Ailleurs.

Changements et chaos, mouvances et stabilités
dérisoires.

Tout est Rien.

Les siècles passent comme des éponges.

Le feu se nourrit de l'eau.
La terre n'est qu'une branche de l'air.

                                                                  Univers,

Inutile de te parler.
Tu es la porte derrière chaque mot,
l'imperceptible frontière, le vol d'un papillon.

Univers
dans une poignée de mains
quand vient la longue douleur de ne plus rien savoir.

Quand le dernier  être aimé a disparu dans tes sillons.

Quand la solitude arrache le bleu des images.

Univers impensé et pourtant perçu
comme une trappe dans le futur.

A mi-chemin de toute trace.
Derrière le bruit.
Au coeur de l'élan.

Univers
pareil à l'enfant qui danse
au son d'un pipeau.

Univers,
Confiance
dans ce qui nous arrive.

Je suis toi à même le jour.
Tant d'ombres font des pirouettes
dans l'espace d'une vision.

Je pars à l'aventure avec en guise d'oranges
le mot amour et l'Invisible.
 
 

René Barbier (juin 1988)