Rapportde soutenance de la thèse de Madame Joëlle Macrez, intitulée"L'autorisation noétique. Par quels chemins parvient-on àla réalisation de soi

RenéBarbier (Université Paris 8, Directeur de la thèse).

Madame Joëlle Macreznous donne aujourd'hui à examiner une thèse intitulée"L'autorisation noétique. Par quels chemins parvient-on àla réalisation de soi". Il s'agit d'un document de 618 pages quicomprend un index nom, un index thème, une annexe, une importantebibliographie de 428 ouvrages et d'une trentaine d'articles de fond. Alimentéede nombreux schémas et de deux disquettes informatiques qui réunissent365 pages de mises à plat des 19 entretiens réaliséspour soumettre la thèse à validation empirique. Le jury estcomposé outre du directeur de thèse, de Madame ChristineJosso (Présidente, Université de Genève), De MessieursRémi Hess (université Paris 8),  Michel Fromaget (Universitéde Caen), Michel Hulin (Université Paris 4), Gérard Lurol(Institut Catholique de Paris).
A l'issue de la délibération,le jury a attribué la mention très honorable avec les félicitationsdu jury.
 
 

Mon propos, en tant qu'accompagnateurde cette recherche, n'est pas de critiquer la thèse mais d'en présenterles lignes de force signifiantes, les ressorts personnels, le contextede production de savoir et les perspectives d'avenir.
Inutile d'insister sur le travailconsidérable qui a été demandé pour venir àbout de cette thèse. Il est exceptionnel et je peux attester dusérieux extraordinaire qu'a manifesté Madame JoëlleMacrez durant toute la durée de sa recherche. Elle a systématiquementexploré d'innombrables ouvrages spécialisés dans diversdomaines et a été rechercher, à chaque fois, ceuxque je lui indiquais comme pouvant, éventuellement, la faire réfléchir.
J'ai connu Madame JoëlleMacrez, il y a quelques années, au moment de sa maîtrise ensciences de l'éducation. Elle a réussi la performance determiner sa thèse dans les trois ans impartis tout en travaillantà temps complet comme secrétaire de recherche dans un laboratoirescientifique. Madame Joëlle Macrez possède une énergiestupéfiante qui m'a souvent étonné, mais elle en connaîtégalement la face cachée, parfois déstructurante.
C'est une thèse que seveut multiréférentielle. Elle en présente donc lesavantages et les inconvénients. Les avantages consistent àune ouverture peu commune dans l'exploration de la complexité dufait spirituel considéré comme une auto-formation singulièredu sujet vers un "plus-être". De très nombreuses référencesthéoriques éclairent un objet de recherche difficile et qui,de par sa nature, glisse entre les mains. Les inconvénients tiennentévidemment à la non- exhausitivité des références,à l'impossibilité de maîtriser scientifiquement toutesles disciplines convoquées.
Les chercheurs qui s'inscriventdans le champ de la multiréférentialité, et j'en faispartie, n'ont pas un parti pris d'exhaustivité. Ils acceptent lalacune inhérente à leur mode d'investigation. Ils reconnaissentl'inachevé de toute recherche. Ils s'efforcent simplement d'êtrele plus rigoureux possible dans le regard qu'ils portent sur les êtres,choses et les situations, dans l'espoir de proposer du sens que les sujetsde l'action humaine peuvent ou non s'approprier selon leur désiret leur intelligence. Ils ont surtout un goût particulier pour explorerl'activité humaine sous l'angle du processus plus que de la structure.
Je dois dire que depuis 1988que j'ai l'honneur de faire partie de jury de thèses de doctorat,c'est peut-être la première fois que j'examine un travailde recherche aussi original, sérieux et impliqué.

C'est unerecherche originale

Madame Joëlle Macrez nousoffre une recherche, à ma connaissance exceptionnelle, en sciencesde l'éducation. Je n'ai encore jamais vu une recherche portant surun sujet aussi "délicat", pour ne pas dire plus, dans notre discipline.J'en ai pris la responsabilité, en tant que directeur de recherche,car j'aime poser des questions à toute mise en ordre épistémologique: ce que je ressens à l'heure actuelle dans les sciences humaines,derrière les controverses concernant le savoir et la pédagogie.Pour ma part, le risque est minime et j'en ai l'habitude, mais pour lejeune chercheur qui s'aventure dans ce domaine, le risque est majeur, tantsur le plan académique que sur le plan personnel.
Un chercheur en sciences del'éducation peut-il se permettre de prendre comme objet de recherchele processus de vie intérieure du sujet connaissant, et notammentce processus qui le conduit vers une plus haute réalisation de soi-mêmeet qu'on doit bien nommer spirituel, même si ce mot est une petitebombe dans l'univers du sens codé en sciences humaines.
Pour me faire comprendre, ilfaut revenir sur ce qu'écrivait Julien Gracq dans "En lisant, enécrivant…: " Presque tous les penseurs, tous les poètes d'Occidentprivilégient les idées, les images qui évoquent l'éveil,c'est à dire la sécession de l'esprit d'avec le monde, etnégligent non moins systématiquement celles qui ont traità (…) l'endormissement, la réunification. Encore s'agit-ildans cet éveil presque toujours d'un état déjàéveillé plutôt que d'un passage. Combien peu d'attentionest accordée dans la science comme dans la littérature occidentale,aux états réellement naissants et expirants de la conscience."(Oeuvres complètes, La Pléiade, vol 2, p.621). Certes, ily a eu Montaigne, et Proust en littérature, Freud et surtout Jungou Mircea Eliade en Sciences humaines, pour ne citer que quelques uns,pour explorer ces états de passage d'un niveau de réalitéà un autre. Mais, cela n'a jamais vraiment intrigué les chercheursen éducation. C'est pourtant un domaine de recherche d'une trèsgrande importance dans la vie humaine lorsqu'on nous dit sans cesse quele sujet est en autoformation jusqu'à la fin de son existence. Quoide plus important, en effet, que de se sentir devenir vraiment "un êtrehumain" comme l'écrit Krishnamurti, c'est à dire un êtrepleinement inscrit dans la vie dont on aperçoit la complexitéla plus ouverte sur des régions de connaissance insoupçonnées.
Faut-il reconnaître pourcela, une sorte d'appel au fond de nous-mêmes, vers un plus-être,que Raimon Panikkar nomme, dans son éloge du simple,(Albin Michel,1995), l'archétype du moine, l'état monacal,  en chacun d'entre nous, et chez les plus incroyants eux- mêmes ?Faut-il parler avec Mircea Eliade d'un sens sacré au sein mêmede la structure de la conscience humaine ? Faut-il bousculer et faire basculertous les dogmes religieux et constater un détachement, une "findu religieux" comme le pense Marcel Gauchet ? Faut-il reconnaîtreune véritable métamorphose du religieux chez les jeunes,en direction d'une religiosité diffuse, multiforme et extrêmementpersonnalisée, comme l'affirment les sociologues des religions aujourd'hui(Danièle Hervieu-Léger, Françoise Champion, MartineCohen) ? Faut-il  passer par l'instant éternel dont nous entretientMichel Maffesoli, au plus proche d'une raison sensible ?
Pourquoi tant de résistanceà la recherche dans ce domaine en sciences de l'éducation? Sans doute, par l'historicité même de ce type de sciencesqui a inscrit la laïcité au cœur de sa structuration, dansune lutte sans merci et nécessaire avec les croyants les plus dogmatiques.Mais, aujourd'hui où l'on parle volontiers de "spiritualitélaïque", il serait tant de remettre les pendules à l'heure.
Madame Joëlle Macrez oseposer la question de la nature du spirituel en éducation. Elle débouchenécessairement sur la méditation dont on sait que son épreuveest la grande inconnue des intellectuels occidentaux. Je me souviens dudialogue difficile avec Castoriadis lorsque je lui ai posé la questionde la méditation dans une vie accomplie. A relire ce dialogue, publiédans le derniers tomes de ses Carrefours du Labyrinthe, on s'aperçoitdu malentendu fondamental qui a été entretenu à cemoment. Pour le philosophe-psychanalyste, l'état de conscience duméditant est nécessairement un état peu ou prou reliéà l'état fusionnel de l'infans, comme Freud le martelaitd'ailleurs à Romain Rolland qui lui parlait du "sentiment océanique"des grands sages de l'Inde. Sur l'a priori de cette base, aucun dialoguene peut aller bien loin. Ceux qui connaissent la méditation saventqu'il ne s'agit pas de cela, mais d'une véritable métanoïade la conscience. Madame Joëlle Macrez tente de nous faire partagerce processus de changement intérieur. Elle relève que celane va pas de soi et qu'il y a de la souffrance et du risque à laclé. Mais, en même temps, elle montre qu'une éducationradicale doit s'approprier ce domaine de connaissance selon une approchela plus ouverte possible, sans exclure la rigueur intellectuelle.

C'est unerecherche rigoureuse

Madame Joëlle Macrez estexigeante. On peut discuter sa théorie et ses références.On ne peut pas discuter la façon dont elle a procédépour tenter de mettre au jour un aspect de cette "autorisation noétique"dans la vie humaine. Encore faut-il se garder de ne pas voir son travailpar le petit bout de la lorgnette du spécialiste, de l'érudit.On doit pouvoir évaluer l'ensemble de la thèse, dans sa logiqueinterne, et non seulement par un de ses micro-aspects, nécessairementinachevés dans une perspective multiréférentielle.La démarche opère en deux temps. Premièrement unedémarche inductive, en termes d'histoire de vie mais à partirde biographies de trois grands écrivains de la vie intérieure: Jung, Krishnamurti et Aurobindo Ghose. Puis une démarche hypothético-déductiveavec confrontation empirique à partir de 19 entretiens approfondisde deux à trois heures représentant 365 pages. Le premiertype d'investigation n'est pas sans rappeler la récente recherchesur le processus créateur, par le psychologue américain HowardGardner, qui a analysé dans "les formes de la créativité"(2001), sept biographies de personnages célèbres dans ledomaine des sciences, de la spiritualité, de l'art et de la littérature. Quant aux entretiens, l'analyse qui en a été faite est remarquableet j' en ai rarement vu de pareillement menée, sur le plan phénoménologique,dans toute ma carrière d'universitaire. Les thématiques sontfouillées et les recoupements lumineux. La progression vers unedéfinition de plus en plus élaborée de l'autorisationnoétique se fait sous nos yeux, d'une manière tout àfait éclairante.

C'est unerecherche impliquée

C'est parce qu'elle est rigoureuseque la recherche de Madame Joëlle Macrez est impliquée. D'aucunpourrait s'offusquer de cette implication. Mais comment la refuser surun tel sujet ? Je dirai même que seule la reconnaissance et l'analysede sa propre implication peut permettre de poser de bonnes questions etreconnaître les limites de sa propre recherche. Car une personnequi aurait vraiment atteint le niveau noétique n'aurait guèrede goût à préparer une thèse sur le sujet. L'étatnoétique est donc une finalité impossible à comprendrepour le chercheur. Mais le processus qui va vers un état de non-consciencede ce type, sans être cependant de l'inconscience, peut êtrerepéré et dépend dans son investigation, du niveaude conscience déjà acquis par le chercheur dans ce domaine.Dans une telle recherche, l'implication est une condition nécessaireet suffisante, un impératif catégorique, toujours soumiseà l'épreuve du doute. La sociologie du point de vue de Siriusou la psychologie encadrée par une théorie rigide a prioride l'inconscient, ne diront jamais que des banalités ronflantesqui peuvent satisfaire les commissions parlementaires sur les sectes maiscertainement pas les personnes réelles engagées dans leurvie intérieure, dans une remise en cause bouleversante mais éclairantede leur rapport au monde.

Que nousoffre, en fin de compte, Madame Joëlle Macrez à l'issue desa thèse ?

- Un premier regard compréhensifet réfléchi sur un processus radical de la vie intérieurede la personne humaine
- Une interrogation sur le sensmême de l'éducation pour notre temps
- Une brèche dans undomaine de connaissance indispensable à creuser en ces temps d'incertitudeet de confusion axiologiques.

Un premierregard compréhensif et réfléchi sur un processus radicalde la vie intérieure

A partir de sa propre vie maiségalement des trois philosophes étudiés et des 19entretiens, Madame Joëlle Macrez ouvre le débat sur le cheminementvers un point d'être où se réalise une véritableunité de la personne humaine, sans fusion et sans confusion. S'ilexiste une auto-éducation de la personne, n'est-ce pas pour se sentirvivre dans un état de moins en moins déstructuré etdéstructurant ? S'il faut passer par la souffrance, comme le suggèreMadame Joëlle Macrez, n'est-ce pas pour aller au-delà de lasouffrance et refuser son enfermement mortifère ?
Dans certaines écolesorientales (école Chan de la Chine du Sud), on pense que l'éveilest instantané et ne nécessite pas un apprentissage institutionnalisé.Mais la plupart des écoles de méditation parlent plutôtde processus et de paliers dans le cheminement intérieur, avec laprésence attentive d'un maître spirituel digne de confiance.Madame Joëlle Macrez ne tranche pas sur cette question qu'elle laisseouverte. Elle se contente de mettre en garde des risques encourus lorsquele méditant est seul en face des figures grimaçantes de sesfantasmes. Elle examine les degrés de ce processus en convoquantles ressources des sciences humaines et de l'histoire des religions. Acceptonsle fait qu'elle demeure beaucoup plus dans les sphères des religionset spiritualités orientales qu'occidentales. Mais, en fin de compte,la typologie de l'homme noétique qu'elle dégage ne reflète-t-ellepas une figure de proue de tout être pleinement vivant et éveillé,quelle que soit la spiritualité concernée ? Que nous dit,en effet, Madame Joëlle Macrez, page 402 ?
L'homme noétique estune personne qui possède :
- la paix avec soi-mêmeet le monde,
- une joie constante et sansobjet,
- une grande capacitécréatrice,
- une acceptation totale dece qui est,
- une grande qualitéd'écoute, d'intuition,
- une absence complètede ressentiment,
- une complète autonomie,
- une grande rigueur et de fermeté,
- le sens des responsabilités,
- la conscience d'êtrerelié au monde, aux hommes et le besoin de transmettre ce dont ila fait l'expérience,
- une compréhension dusens de la vie et du monde.
La tradition nous dit que lorsquedeux êtres de ce type se rencontrent, ils n'ont pas besoin de separler, un seul regard croisé suffit pour les informer de leur connaissanceréciproque.
Madame Joëlle Macrez nousmontre, dans le détail des entretiens et de la vie des trois philosophes,les sauts qualitatifs qui s'opèrent pendant le processus spirituel.Les rapports à la souffrance, à la famille, à l'éducationet à la religion, à soi-même, à la solitude,sont remis en question et restructurés, selon un cheminement faità la fois de renoncement et d'acceptation.
Sans doute ce processus est-ilplus marqué par les tenants de la spiritualité de l'Inde,en particulier du bouddhisme né dans cette région du monde,même si celui-ci s'exprime depuis longtemps ailleurs. On peut, eneffet, se demander si ce cheminement, notamment l'insistance sur la souffrance,est aussi remarquable dans la voie de sagesse de l'homme de bien dans laChine traditionnelle où le rapport au corps est d'une autre natureet beaucoup plus intégré dans une approche non-duelle dela réalité ? On peut se poser la même question dansla spiritualité de la Grèce, en particulier des grands stoïquesgrecs ?
Quoi qu'il en soit, Madame JoëlleMacrez nous conduit à une définition finale issue de sa recherche,je cite : "L'autorisation noétique est un cheminement de connaissancede soi, un voyage intérieur (et/ou extérieur) durant lequelun processus interne et continu de transformation de Soi démarrelorsque l'individu s'ouvre (suite à un flash existentiel, une prisede conscience de son ignorance et de sa souffrance, ou à un questionnementsur le sens de la vie) à un profond désir de changement etse confronte à l'inconnu, rencontre des archétypes ou symbolesnumineux qui le touchent, l'ébranlent et lui dévoilent leréel derrière la réalité, l'esprit derrièrela psyché, le monde ontologique derrière le monde des apparences,le monde de l'intelligence derrière le monde de la signification.
Ce cheminement nous ouvrantà la rencontre, à l'altérité, au métissage,au changement et donc à la mort, est une auto-éducation permettantà la personne de s'ouvrir, de dépasser les limites de saconscience personnelle pour accéder à une conscience plushaute appelée conscience noétique ou conscience universelleou cosmique, conduisant à l'expérience de l'amour, de lacompassion, de l'humilité, de la responsabilité et au sentimentde reliance au monde et à l'autre" (p.577)

Une interrogationsur le sens même de l'éducation pour notre temps

C'est vers une interrogationsur le sens même de l'éducation pour notre temps que nousmène Madame Joëlle Macrez.
Si les deux sens du mot éducationveulent dire quelques chose : à la fois "nourrir", "prendre soinde" et "conduire hors de", nous sommes tôt ou tard confrontésaux résultats d'une éducation actuelle sans réellefinalité et profondeur, autres que celles reconnues par la sociétémarchande. Madame Joëlle Macrez nous interpelle sur la finalitéde l'éducation radicale : que signifie éduquer et êtreéducateur ? Peut-on devenir éducateur sans avoir, un tantsoit peu, l'intuition d'une conscience noétique de la vie ? Sanselle, comment définir la dimension éthique inhérenteà toute éducation réussie ? Et la fameuse citoyennetédont l'école devrait être le fer de lance, qu'est-elle vraimentsans cette conscience éthique ? La pensée chinoise, en conjuguantConfucianisme et Taoïsme, a inscrit dans la culture extrême-orientaleun sens éthique, une "vertu d'humanité" (ren), dans touteaction efficace, sans s'attarder sur l'existence ou non d'un dieu créateur.Le philosophe chinois Liang Shuming (1893-1988) a-t-il raison, comme iltente de nous en persuader dans son livre ancien mais récemmentpublié en français "Les cultures d'Orient et d'Occident etleurs philosophies" (PUF, 2000) ? Sommes-nous à l'aube d'une civilisationplanétaire pour laquelle la philosophie pertinente sera plus cellede la Chine que celle de l'Europe ou de l'Inde ?

Une brèchedans un domaine de connaissance indispensable à creuser en ces tempsd'incertitude et de confusion axiologiques.

Il s'agit bien de réfléchiret d'ouvrir une brèche sur un domaine de connaissance indispensableà creuser en ces temps d'incertitude et de confusion axiologiques.
Cette brèche est cellede la transdisciplinarité qui prolonge la multiréférentialité.La reconnaissance des sciences humaines, sociales et autres, dans leurinterférences questionnantes, mais également des compréhensionsdu réel venant d'autres régions de connaissance laisséesencore en friche ou sous la domination de charlatans évidents. Quandverra-t-on, dans les laboratoires en sciences de l'éducation, deschercheurs reconnus institutionnellement pour leur capacité àcomprendre le fait humain sans exclure la vie intérieure et le questionnementsur "l'état monacal" ? J'imagine la possibilité de dialogueravec des scientifiques des sciences de la matière, de la neurobiologieet des sciences de l'homme, avec des moines chartreux ou bouddhistes, deschamans amérindiens, des sages africains,
sur le fait de vivre tous ensembleselon un ordre humain non destructeur de la vie future et de la nature.Mais, dans notre époque où la seule imagination acceptablesemble être celle des jeux vidéo, des images télévisuelleset sur le Net, comment redécouvrir un imaginaire qui ne soit plusporteur de mort ou de "la montée de l'insignifiance" pour parlercomme Castoriadis ? comment s'ouvrir à un imaginaire comme terrainde médiation et d'interférence entre le rationnel et le non-rationnelcomme le propose Madame Joëlle Macrez ?
Edgar Morin, dans un texte dejanvier 2002, écrit - je cite - "les Etats-Unis et plus largementl'Occident oscillent entre deux voies celle de la folie, à termecatastrophique et celle de la sagesse, difficile et aléatoire. Lasagesse dit qu'il faut non une politique impériale mais une politiquede civilisation pour la société monde. La voie de la Folieest celle de la croisade, de la diabolisation, du manichéisme aveugle(car il y a du mal dans le bien mais aussi du bien dans le mal) et, développantl'hystérie de guerre, elle est la voie des massacres de part etd'autre. (…) La voie de la Sagesse comporte la prise de conscience capitalede l'inter solidarité humaine et de la communauté de destinplanétaire, nous sommes tous enfants et citoyens de la Terre; (…)Une réforme de pensée inséparable d'une réformede l'esprit, elle même inséparable d'une réforme denotre être individuel, nous demande (tout en sauvegardant nos racines),de comprendre autrui, de nous déségocentrer, désethnocentrer"(Bulletin du CIRET, n°16, février 2002, p.83)
Au delà de la performancede travail proprement scientifique, la thèse présentéeaujourd'hui nous oblige à penser notre vie dans un horizon digned'un grand Flamboyant, cet arbre que l'on ne rencontre pas sans un tremblementde l'être et une mémoire indéracinable.

Saint-Denis, le 25 mars 2002