LE ROUGE-GORGE
Dans la forêt poche retournée
Les clairières sont chiffonnées
Les sentiers mélangent leurs traces
Les animaux cassent leurs voix
Nous sommes au coeur même du déluge
Tous les deux main dans la main
Un arbre mort s'accouple blême
Avec un autre qui bourgeonne
Nous sommes perdus dans les feuillages
Le soleil se fait plus rare
La seule route est dans nos yeux
La beauté perd son fourrage
Tout à coup l'Oiseau est là
Un rouge-gorge dégainé
Par une clarté sans visage
Il dépose sa transparence
Il fait sa ronde autour de nous
Il nous contemple de profil
Nous le suivons comme un fil rouge
Qui nous enroule dans son espace
Ce point d'orgue dans la verdure
Déchiquetée par l'ouragan
M'émerveille pour un instant
Nous prenons feu sans la brûlure
Nous sommes vivants
René Barbier
Bois de Vincennes, le 2 avril 2000