À Jiddu Krishnamurti (1895-1986)
Il est revenu du fond des âges
Avec la mer
Avec l'arbre et l'oiseau
Il faisait fondre la lance des cris
Il savait sourire à l'ouragan
Il pouvait caresser minuit
Il n'avait pas peur des paysages
Il jouait si bleu avec l'enfant
Il avait le poing désarmé
Il proposait de nous arrêter
De voir le feu et le sarment
À l'intérieur des choses
Dans le silence des êtres
Sa parole était une déferlante
Sur la digue de nos certitudes
Son sourire était sans fond
Sa tristesse illimitée
Avec lui nous parvenions
À toucher rare la solitude
À frôler notre mort sérieuse
De seconde en seconde son regard
Devenait notre unité
Son questionnement notre ouverture
Avec lui nous étions la brûlure
Du soleil dans l'eau endormie
Avec lui nos prenions le large
Dans une abeille immobile
Il nous reste un feu de Bengale
Sa voix de haute frondaison
Jamais nous ne l'oublierons
Derrière la cavalerie des images
L'infini de notre vie s'étale
Dans un seul de ses mots
Maintenant
Nous sommes libres
Hier n'est plus notre miel
Demain n'a plus d'importance
Car nous absorbons l'avenir
Dans la présence du visage
Car nous ne buvons plus l'Océan du réel
Avec la paille d'un concept
Aujourd'hui nous abordons
L'amour dans l'entre-deux
La fin dans l'éternel
Maintenant
Nous sommes au monde
René Barbier