Du 7 octobre au 5 novembre 1999
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Dans le cadre de l'accord triennal de coopération
universitaire entre l'UFR de Sciences de l'éducation de l'Université
Paris 8 et l'Université Normale de Pékin,
nous avons effectué, comme le prévoyait la convention, la
première
mission à l'Université Normale de Pékin,
du 7 octobre au 5 novembre 1999. Cette convention avait été
négociée au
cours de la mission que les Professeurs Barbier et Coulon
avaient effectuée à Pékin en octobre 1998 (cf. rapport
de
mission du 9 novembre 1998). La coordination et le suivi
de cet accord sont assurés par M. Bernard Fernandez,
Docteur en sciences de l'éducation, résidant
à Shanghai.
Un résumé de nos communications et discours
sera prochainement disponible sur le site créé dans le cadre
de
l'accord de coopération.
1) Descriptif de notre mission.
Notre calendrier a été le suivant :
PÉKIN
- 10 octobre : conférence de A. Coulon à
l'Université Normale de Pékin : "L'enseignement supérieur
en France : état
actuel et perspectives" : présentation de l'enseignement
supérieur en France (universités, grandes écoles,
formations
technologiques courtes) ; historique, la réforme
"3-5-8" (40 personnes ont assisté à la conférence).
- 11 octobre : visite au palais d'été de Pékin.
- 12 octobre : conférence de D. Dufour à
l'université Normale de la Capitale : "Modernité, post-modernité,
et
éducation" (100 personnes environ).
La modernité et les échanges internationaux
à partir de la fin du 15e siècle, mutations récentes
dans la modernité :
passage à la post-modernité, conséquences
diverses (positives et négatives) de cette mutation sur l'éducation.
La conférence a été suivie d'une
rencontre avec les responsables de l'institut, qui ont fait part de leur
demande
d'entrer dans l'accord de coopération existant
avec l'Université Normale de Pékin. Cet élargissement
nous semble
assez facile à réaliser dans la mesure
où ces deux universités sont très liées dans
leurs publics comme dans leurs
enseignements. Toutefois &endash; et cette remarque
vaut pour toutes les demandes de ce type qui nous ont été
formulées (cf. infra) &endash; nous avons
indiqué qu'une coopération universitaire active ne pouvait
être envisagée
sans l'accord et l'appui du service culturel de l'Ambassade
de France à Pékin.
- Du 13 au 15 octobre : participation au colloque international sur "L'enseignement privé en Chine et le 21e siècle".
Nous étions les seuls européens invités
à ce colloque. La délégation américaine, en
revanche, comprenait une
vingtaine de membres. La tonalité générale
des interventions a mis l'accent sur la nécessité de promouvoir
un
enseignement privé en Chine qui allège
l'investissement de l'État. Dans cette perspective, l'éducation
devient un
produit comme un autre dans le commerce mondial. Nous
n'avons pas entendu de remarques critiques sur cette
option, ni du côté des intervenants américains,
ni du côté de leurs interlocuteurs chinois, ce qui tendrait
à montrer
que l'éducation n'est plus une valeur fondamentale
de la vie en société. Nous avons posé cette question
lors de
rencontres avec nos collègues chinois qui, en
privé, semblent à la fois attirés et conscients des
risques que fait courir
le modèle américain de mercantilisation
de l'éducation. Cette tendance à la privatisation de l'éducation
fait d'autre
part courir le risque d'une diminution des taux de scolarisation
en raison des coûts d'accès à l'enseignement que
devront supporter les familles.
- 16 octobre : dans le cadre du colloque, visite à la Grande Muraille.
- 19 octobre : conférence de A. Coulon sur "La
formation des enseignants en France", à l'Université Normale
de la
Capitale.
Nous avons examiné la formation des enseignants
des niveaux primaire, secondaire, et supérieur, d'abord dans une
perspective historique (les différentes réformes
depuis une vingtaine d'années), puis contemporaine (IUFM, CIES,
formation continue des enseignants), enfin d'une manière
analytique, en mettant en évidence les principaux
problèmes que pose la formation des enseignants
(professionnalisation, coûts, recherche pédagogique).
À la suite de cette conférence, à
laquelle assistaient environ 80 personnes, a eu lieu un débat sur
les recherches en
éducation, principalement avec les enseignants
de l'Institut.
- 21 octobre : conférence de D. Dufour à
l'Institut des Langues Étrangères (attaché à
l'Université Normale de la
Capitale) sur "Post-modernité et philosophie de
l'éducation" (80 personnes).
Outre les aspects déjà abordés au
cours de la première conférence de D. Dufour, ont été
développées puis débattues
les perspectives sur la nouvelle condition subjective
dans la modernité et les nouveaux problèmes de formation
du
sujet auxquelles l'école doit désormais
répondre : violence, toxicomanie, phénomènes de sectes,
etc.
- 20 octobre : rencontre et discussions à l'Université
de Beida avec le directeur du département de français et
son
adjoint, puis avec les responsables des relations internationales
de l'université.
- Rencontre avec le vice-président et ses collaborateurs
de l'Académie des sciences de l'éducation de la municipalité
de Pékin. Nos interlocuteurs ont insisté,
d'une part sur le rôle primordial de l'éducation dans le développement
de la
Chine, d'autre part sur l'importance des moyens mis en
Ïuvre à Pékin pour accueillir 800 000 écoliers,
420 000
collégiens, 500 000 lycéens, 200 000 étudiants
en 1er et 2e cycle (+ autant d'adultes en formation), 36 000 étudiants
de 3e cycle, et 10 000 étudiants étrangers.
Les étudiants, qui représentent, à Pékin, 35
% d'une classe d'âge, se
répartissent dans les 63 établissements
d'enseignement supérieur de la capitale.
1 - demande de documentation sur l'éducation à Paris ;
2 - souhaitent envoyer, à leur frais, une mission d'étude à l'Université Paris 8 ;
3 &endash; veulent établir des liens avec nous
et souhaiteraient nous accueillir à Pékin, en particulier
pour
collaborer dans le domaine de la recherche.
- 22 octobre : conférence de A. Coulon sur "La
formation des enseignants en France", à l'Université Normale
de
Pékin (idem 19 octobre).
- rencontre avec M. Wang Xiaohui, directeur au Ministère
de l'Éducation, Centre national de la recherche pour le
développement de l'éducation. Ce dernier
désire coopérer avec nous dans le domaine de l'enseignement
supérieur en
particulier : recherches, systèmes, recherches
de complémentarité entre enseignement public et enseignement
privé.
Connaissant bien le système français puisqu'il
a soutenu une thèse à l'Université Louis Pasteur de
Strasbourg sous la
direction de Louis Legrand, il a l'intention de publier
prochainement un ouvrage en chinois sur le système français
d'éducation.
Au total, ce sont cinq institutions avec lesquelles nous
avons eu des contacts sérieux et constructifs et qui sont
demandeurs de coopération à divers niveaux.
- 24 octobre : départ en train pour Chongqing (arrivée
le 25)
CHONGQING
Participation au colloque de l'Association chinoise d'éducation
comparée qui s'est tenu du 26 au 29 octobre à
l'Université Normale du Sud-Ouest, sur le thème
: "La formation d'individus créatifs à l'aube du 21e siècle".
Il faut
noter que nous étions les seuls étrangers
invités par les autorités chinoises. Environ 200 personnes
ont assisté à
l'ensemble du colloque, environ 1000 personnes à
son ouverture.
- Allocution d'ouverture de A. Coulon : les trois grands
principes de l'éducation en France : obligation scolaire,
gratuité, laïcité.
- Communication de A. Coulon sur les Centres d'initiation à l'enseignement supérieur en France (CIES)
- Communication de D. Dufour sur certains facteurs qui
empêchent la formation d'individus créatifs, (d'une
éducation fondée sur la répétition
et la mémorisation à un enseignement fondé sur la
pensée critique, le rôle du
maître dans l'accès à cette pensée
critique).
- Communication de A. Coulon : "Le modèle français des grandes écoles et la formation d'individus créatifs".
- Communication de B. Fernandez sur "L'éducation
et la mondialisation : la question fondamentale de
l'apprentissage de modes de pensée différents".
Le thème du colloque et les débats très
ouverts qui ont eu lieu témoignent de la volonté des collègues
chinois des
Sciences de l'éducation de sortir de tout modèle
autoritaire d'éducation valant pour tous, et le souhait de mettre
l'accent sur l'individualisation de la formation.
SHANGHAI (du 31 oct. au 5 nov.)
Contacts avec l'université de Shanghai
Rencontre avec Monsieur le Consul de France à Shanghai.
2) Réflexions sur notre mission.
À travers tous ces contacts, il apparaît
que les demandes des responsables des institutions d'éducation,
qui se
limitaient l'an dernier à la seule Université
Normale de Beijing, se sont nettement diversifiées, et manifestées
de
façon très ouverte cette année.
C'est assurément une forte demande d'éducation
qui nous a été faite par les institutions d'éducation
de Pékin et
d'ailleurs. M. Blaize, Conseiller culturel et scientifique
près l'Ambassade de France, lors d'une réunion de bilan de
notre séjour à Pékin, après
que nous avons fait le récit de nos contacts et des demandes de
coopération exprimées par
nos interlocuteurs chinois, nous a confirmé que
nous avons désormais des contacts avec les grandes institutions
de
recherche en éducation de la capitale.
Cette demande est diverse et nouvelle. Les autorités
chinoises se sont rendu compte que l'éducation constituait la
priorité et le point clé du fort développement
en cours, et qu'il leur fallait ouvrir leurs institutions aux savoir-faire
étrangers. Il leur faut savoir construire des
systèmes d'éducation à tous les niveaux, dans tous
les domaines, en
utilisant toutes les ressources disponibles. Il leur
faut savoir les mettre en place, les évaluer, choisir les options
qui
s'accordent aux profondes traditions de pensée
de la civilisation chinoise, et assurer la formation des maîtres
et de
l'encadrement de ces appareils éducatifs. Le point
nouveau est que les autorités semblent progressivement sortir
d'une pensée par slogan et semblent vouloir disposer
des éléments garantissant l'exercice d'une pensée
critique. Cette
ouverture est importante. Elle ne s'adresse évidemment
pas qu'à la France. Mais il est important de souligner que les
Chinois semblent disposés à ne pas "mettre
tous leurs Ïufs dans le même panier", américains en l'occurrence.
Nous avons donc une carte importante à jouer. Il
nous semble décisif de comprendre que les Chinois ne nous
demandent pas seulement de mettre en place certaines
formations ponctuelles, techniques, assujetties à l'existence de
projets industriels par exemple, mais qu'ils nous demandent
aussi de les aider à accéder à la pensée critique
qui se
déploie dans tous les domaines de la réflexion
en sciences sociales et humaines appliquées à l'éducation
: sociologie,
psychologie, philosophie, économie, planificationÉ
Chaque fois qu'un projet local d'éducation peut être mis en
place, il faut bien sûr le soutenir, mais on ne
saurait restreindre notre intervention à ces actions. Par exemple,
le
directeur de l'Université Normale de la Capitale
nous a instamment demandé de faire un exposé sur les fondements
de la philosophie de l'éducation en Occident (chez
Platon en particulier), de façon à ce que s'entame dans son
institut
une réflexion comparative sur les fondements philosophiques
européens et chinois.
L'erreur serait de négliger ce type de demande
globale pour répondre seulement d'une façon locale et techniciste
que
d'autres, américains par exemple, disposant d'autres
moyens, seraient évidemment plus à même d'assurer.
Il nous
semble donc qu'il faut pouvoir monter une coopération
universitaire en éducation qui corresponde à la demande que
nous avons vu émaner des collègues chinois.
Cette coopération doit pouvoir s'inscrire dans le long terme, tant
il est
vrai que les processus d'éducation ne peuvent
se développer et, encore plus, s'évaluer, que dans la durée.
Paris, le 6 novembre 1999
Alain Coulon et Dany Dufour