Compte-rendu du livre

LA RECHERCHE-ACTION
de
RENE BARBIER

Collection Anthropos
1996
 

BEATRICE GABRIOT (étudiante en Sciences de l'éducation,année 1999-2000),
 
 

SOMMAIRE :

. Introduction
.. un peu d’histoire : de l’école de Chicago à la recherche-actionexistentielle
… un long chemin : questionnement épistémologique dessciences humaines par
     la recherche-action existentielle
…. Qu’est-ce qu’un être humain ? propositions pour une nouvelleapproche
…..  Les Notions-Carrefours en recherche-action
…… les Methodes en recherche-action
…….  Conclusion personnelle
 
 

INTRODUCTION
 

En 1986, au cours d’un colloque de l’Institut National de la RecherchePédagogique, des chercheurs ont donné de la recherche-actionla définition suivante :

“ Il s’agit de recherches dans lesquelles il y a une recherche délibéréede transformation de la réalité ; recherches ayant un doubleobjectif : transformer la réalité et produire des connaissancesconcernant ces transformations ”.

Deux conceptions de la recherche action sont en présence :

- l’une voit en la recherche-action une méthodologie nouvelle,simple prolongement de la recherche traditionnelle en sciences sociales.

- l’autre pressent en la recherche-action “ une révolution épistémologiquelargement encore à explorer ”.

C’est cette seconde conception qui sera développée parl’auteur de cet ouvrage. Cette conception postule :

- la nécessité d’un nouveau rapport entre le chercheuret l’objet de la recherche
- un déplacement du champ de la recherche.
 

Un nouveau rapport entre le chercheuret l’objet de la recherche.

En sciences sociales, l’objet de la recherche étant l’homme etson système de relations, le chercheur en recherche-action devratransformer “ l’objet ” en “ sujet ”, l’homme, sujet de son histoire, doitêtre l’auteur de l’étude qui le concerne au premier chef !
Cette démarche demande au chercheur une importante implicationpersonnelle, le travail d’études entre “ co-chercheurs ” réclamantreconnaissance, écoute et attention mutuelles.

Cette implication du chercheur doit s’inscrire dans un contexte démocratique:
“ la recherche-action est éminemment pédagogique et politique.Elle sert l’éducation de l’homme citoyen soucieux d’organiser l’existencecollective de la cité ” (p8). Ce que René Barbier appelleune “ nouvelle inscription du chercheur dans la société ”(p7).

un déplacement ou plutôten élargissement du champ de la recherche.

Dans une recherche-action existentielle, l’homme n’est plus un simpleobjet de connaissances étudié successivement par un certainnombre de disciplines codifiées : sociologie, psychologie, ethnologie,anthropologie…

Non seulement la recherche-action existentielle fait de l’homme le sujetde son étude, mais elle affirme que cette étude doit êtreen résonance avec la complexité de sa nature ; toute approchemonodisciplinaire est obligatoirement réductrice, cette approchedoit donc être le fruit conjugué de diverses disciplines traditionnelles,René Barbier militant pour qu’elle soit enrichie des apports dela philosophie, et surtout d’une dimension spirituelle et “ mytho-poètique”.

A la complexité de l’être humain doit correspondre uneapproche transversale, multidisciplinaire, multiréférentielle.
La compétence du chercheur doit être plurielle, l’êtrehumain devant être saisi dans toutes ses dimensions psychologiques,sociologiques, politiques, historiques, philosophiques, René Barbierfaisant pensée “ galiléenne ”, des liens reconnus ou encoreà connaître de l’homme avec le cosmos, les autres hommes etsystèmes de pensée, de ses interrogations métaphysiques,de sa conception d’homme face à sa “ finitude ”.

Le chercheur en recherche-action doit “ s’autoriser ” (selon l’acceptationd’Ardoino) à être un chercheur impliqué, avec d’autres,dans une aventure humaine “ où se jouent conflits et imprévus” d’une part, d’autre part à accepter le caractère inachevéde ses recherches.

Les sciences dites “ dures ” butent sur un certain nombre de questionset se ré-interrogent, les sciences humaines doivent faire de même: René Barbier les appelle à intégrer dans leur approchede l’homme la sensibilité.

René Barbier fait référence à un certainnombre d’auteurs et d’écoles de pensée dont la démarcheintègre progressivement des réflexions sur la dimension spirituellede l’homme, ses relations au sacré, sur l’importance de l’étudede la quotidienneté de la vie humaine, des rapports intimes qu’entretientchaque homme, chaque groupe d’homme, avec la vie, avec la mort.

La recherche-action existentielle devient alors, bien loin d’une méthode,une “ ouverture polyphonique ” (p11) à toutes les dimensions d’unêtre humain en acte.
 

Un peu d’histoire
 

DE LA PERIODE AMERICAINE D’EMERGENCE ET DE CONSOLIDATION A LA PERIODEPLUS EUROPEENNE DE RADICALISATION POLITIQUE ET EXISTENTIELLE.

Les Etats unis du milieu du XX° siècle doivent faire faceà un nombre important et grandissant de problèmes : relationssociales bouleversées par l’industrialisation massive, paupérisationd’une partie de la population, ghettoïsation, immigration et migrationsintérieures, problèmes raciaux, problèmes inhérentsà la situation de guerre, …

L’ Ecole de Chicago va inaugurer une “ voie de recherche originale etimplicationnelle ” (La recherche-action ­ p14) qui, pour tenter derésoudre un certain nombre de ces problèmes, va demanderaux sociologues de s’appuyer sur les leaders des communautés concernées(population des quartiers pauvres, membres des minorités ethniques,des groupes professionnels) aux fins d’élaborer ensemble des connaissancesqui, venant du “ terrain ”, seront retournées au “ terrain ” avecdes propositions de solutions pour des changements possibles ; cette démarchefait ainsi des sociologues et des membres des communautés des “co-chercheurs ” producteurs de connaissances nouvelles, des “ co-acteurs”dans différents domaines.

Ce sera la périodes des “ Chicago Area Projects ” qui font participerles gens du quartier à la réalisation du programme d’aidesociale les concernant.
Une des déviations du système sera que la formation qualifiantedonnée aux leaders concernés en fera des “ social workers” de plus en plus détachés de leur communauté d’origine.

L’Ecole de Chicago inventera les “ life stories ”, histoires de viequi s’opposeront, en particulier en Europe, au règne des enquêtesstatistiques et questionnaires divers marquant la sociologie de type durkheimien.Les histoires de vie, privilégiant le qualitatif sur la quantitatif,essayant de saisir au vif la vraie vie des gens, participeront àchanger le visage de la sociologie.

Si l’Ecole de Chicago est emblématique des débuts de la“ recherche-action ” aux Etats-Unis, elle sera relayée par les universitésde New -York et de Philadelphie, par des sociologues comme Oscar Lewiset évidemment Kurt Lewin.

Kurt Lewin va développer l’Action-Research à partir dela même volonté de résoudre un certain nombre de problèmesde la société américaine : antisémitisme, rythmede travail dans les usines, pénurie alimentaire durant la secondeguerre mondiale ; ses recherches-actions s’appuient sur les mêmeméthodes que celles de l’Ecole de Chicago : “ prendre appui surl’action des groupes et la nécessité de faire participerles gens à leur propre changement d’attitude ou de comportementdans un système interactif ”(p16).

Kurt Lewin dans un même temps définit et marque les limitesde la recherche-action : “ quand nous parlons de recherches, nous sous-entendons “ Action-Research ”c’est-à-dire une action à un niveau réalistetoujours suivie par une réflexion autocritique objective et uneévaluation des résultats. Puisque notre but est d’apprendrevite, nous n’aurons jamais peur de faire face à nos insuffisances.Nous ne voulons pas d’action sans recherches, ni de recherches sans action.” (cité par Marrow ­1972 ­ p16).

Lewin meurt en 1947, la recherche-action continue d’évoluer,on dénombre bientôt quatre types de recherche- action : lepôle “ action ” prend progressivement le pas sur le pôle “recherche ”

(peux-t-on dire qu’il y a là une spécificité américaine,telle que Geneviève Paicheler tente de la définir dans “l’invention de la psychologie moderne ” publiée en 1992 chez l’Harmattan: G. Paicheler explique que la vision de l’homme aux Etats unis de la premièremoitié du XX° siècle est essentiellement liéeà une vision de la société, sociétéaméricaine en marche : sans complexe vis à vis de la philosophie­contrairement à l’Europe- la psychologie et ses applicationssont impliquées dans l’idéologie dominante, et “ l’utilité” serait un maître-mot de l’Université américaine.Peux-t-on soutenir qu’il en va de même pour la sociologie ?)

Jacques Ardoino ­en 1989- remet en perspectives l’évolutionde la recherche-action ; il distingue quatre tendances :

- une perspective axiologique : travaille sur les dysfonctionnementsociaux ­ privilégie les formes de gestion démocratiques(à rapprocher des la “ recherche-action en participation ?)
- une perspective praxéologique : aide à l’actionet à la décision (à rapprocher de la “ recherche-actionde diagnostic ?)
- une perspective méthodologique : se rapproche davantagedu pôle recherche (à rapprocher de la “ recherche-action expérimentale” et de la “ recherche-action empirique ”)
- une perspective épistémologique : amorcéeavec Kurt Lewin, cette perspective ouvre la voie aux recherches-actionsradicales et politiques de la seconde phase du développement desrecherches-actions, par un élargissement du champ de la rechercheet par une ébauche de bouleversement de l’approche scientifiquede cette recherche : approche “ galiléenne ”, globale et en interaction.

Cette tendance radicale s’accentue à partir des annéessoixante : au Canada, en Angleterre, en France.
Cette radicalisation se définit comme un “ changement qui résulted’une transformation de l’attitude philosophique du chercheur concernéà l’égard de son propre rapport au monde ” (p18).
Pour René Barbier, cette transformation radicale de la recherche-actiondoit amener celle-ci vers une forme “ transpersonnelle, éminemmentpersonnelle et communautaire, réunissant les trois pôles intégrésde l’être humain (corps, âme et esprit, l’imaginaire pulsionnel,l’imaginaire social, l’imaginaire sacral) dans les prochaines dizainesd’années. ” (p18).

Cette option en recherche-action ne doit pas être prise àla légère, met en garde R. Barbier, car les risques institutionnelset personnels sont loin d’être négligeables : sauf àse servir de la recherche action comme d’un nouveau gadget méthodologique,il faut considérer que d’une part, la “ Cité Savante ” n’apas encore intégré la recherche-action, d’autre part, quecelle-ci est une aventure humaine dont, comme d’autres aventures humaines,on ne saurait sortir indemne
 

La recherche-action ré-interrogeles sciences humaines : la nouvelle recherche-action et son questionnementépistémologique : un long chemin.

Déjà, en 1955, Fred H. Blum écrivait : “ la recherche-actionest la révolte contre la séparation ‘’des faits’’ et des‘’valeurs’’ qui donne sa saveur particulière à la notiond’objectivité dans les sciences sociales. C’est une protestationcontre la séparation de la ‘’pensée’’ et de ‘’l’action’’… c’est une tentative désespérée de transcender lastérile spécialisation des sciences sociales avec sa répudiationimplicite de la responsabilité humaine pour les événementssociaux ” (Dubost, 1987, cit p 23)

En quoi la recherche-action questionne-t-elleles sciences humaines ?

Beaucoup ne voient en la reche-action qu’une nouvelle méthodologie,qui ne remet en cause en rien “ l’ordre dominant de la scientificité”. De nombreuses recherches-actions sont des actes dûment codifiésde recherche dans lesquels l’objet de la recherche reste bien un objet,assujetti, sans jamais devenir sujet, co-acteur, co-chercheur, ce qui estdemandé depuis l’Ecole de Chicago ; exemple : les recherches conduitespar Michelle Lessard-Hebert en milieu éducatif.)

René Barbier fait un “ tour d’horizon ” des différentstypes de recherche -action actuelles :

- les recherches-actions d’inspiration lewinienne ou post- lewinienne: oeuvrant sur un terrain réel, impliquant les acteurs de ce mêmeterrain, le chercheur à l’initiative de la recherche est confrontéà un problème concret dans lequel il doit s’impliquer pouravancer.

- la consultation-recherche d’inspiration analytique ou socio-analytique: le chercheur agit comme thérapeute, à la demande desacteurs. Le changement attendu est d’ordre socio-thérapeutique.

- L’action-recherche : destinée à favoriser desrecherches en vue de changements volontaires décidés parle chercheur ; ces changements ont été au préalableformulés par le groupe des acteurs au terme d’une recherche menéssur eux-mêmes ; il y a recherche et co-action.

- l’expérimentation sociale, que R. Barbier appelle “expérientialités sociales ” : formes de
recherches en actes, “ expériences de vie qui engagent l’êtreet son devenir ” (Levy ­ 1985 cit p27), elles mettent à l’épreuvedes idées ou des utopies, les soumettent à la réflexionet à l’analyse.
R. Barbier reprend à son compte l’analyse qu’en tire Levy etqu’il trouve pertinente pour la définition de la recherche-action:
- l’implication des sujets (chercheurs et acteurs)
- le fait que le rapport au savoir est davantage lié àla démarche qu’au résultat
- la conception des processus de changement vus comme liens entre leprocessus d’élaboration théorique et l’élaborationde nouvelles pratiques collectives.

Dans la recherche-action, le nœud du problèmese situe dans la question du changement.

C’est sous cet angle que R. Barbier va ensuite étudier
- les rapports entre la psychologie expérimentale et le changementsocial
- les rapports entre la nouvelle recherche-action et la sociologiepositiviste.

En ce qui concerne la psychologie expérimentale, R. Barbier constateque celle-ci
- ne porte son attention qu’à des faits isolés non coordonnésà d’autres dimensions
- que les dispositifs expérimentaux sont, faits, conduites,pratiques, créés de toute pièce : les protocoles sontrestrictifs dans leur mise en place et donc induisent des interprétationsrestrictives des phénomènes qu’ils génèrent.
- Que le changement n’est pas le but de la psychologie expérimentaleet que celle-ci en porte la trace sémantique.

R. Barbier affirme que les êtres humains sont en permanente transformation: “ un état de non-changement n’est pas de l’ordre du vivant. Touteproblématique scientifique qui, dès lors qu’elle ne le prendpas en compte, ne peut étudier le vivant dans sa complexité.Le changement, c’est-à-dire le vivant, implique l’existence de conflitsouverts entre des instances internes et externes au sein des individuset des groupes ” (p31). Il rappelle qu’André Lévy, dès1973, avait définit le changement comme “ l’émergence etla prise en compte d’éléments de significations véritablementnouveau par un individu ou par un groupe. Quelque chose, quelque sens quiest radicalement nouveau et qui non seulement émerge dans l’expériencedu sujet, mais qui est également pris en compte par lui et transformeses perspectives, ses façons d’être et de penser, ses relations,sa structure. ”

Si la psychologie expérimentale ne peut qu’échouer devantcette prise en compte globale d’un sujet, le psychosociologue semble plusproche de la recherche-action. Celui-ci “ se refuse à disjoindrel’individuel et le social sur le plan comme sur le plan théoriqueet, …il accepte d’avènement du non-sens dans le cours de son action,le psychosociologue est amené à postuler des liens étroitsentre la recherche et l’action, le chercheur et l’acteur, la théorieet la pratique, le singulier et le général ”.(p31-32)

En ce qui concerne la critique de la sociologiepositiviste, R. Barbier lui reproche sa tendance à rester enferméedans une logique cartésienne.
.
Au Canada, en Suisse, En Belgique, des chercheurs demandent un réexamendes conceptions et méthodes et traditionnelles en recherche sociologique; ils demandent à celle-ci  de tenir compte du milieu qu’elleétudie, de valider les résultats en fonction du service renduà la communauté impliquée dans la recherche, de nepas faire uniquement référence à la communautéscientifique quant à cette validation.
Dans un même temps, Susman et Evered comparent les sciences positiveset la recherche-action ; en au moins dix points de comparaison, ils opposentles premières à la seconde, posant les bases théoriquesd’une recherche-action amorce d’une discipline nouvelle en sciences humaines.

Nelly Stromquist, en 1986, oppose la recherche-action à la sociologieclassique, en une analyse en 4 points :
- hypothèses relatives à la science, à la connaissanceet au changement : la recherche-action doit servir d’instrument de changementsocial.
- Processus de recherche : la formulation des problèmes doitnaître d’un groupe précis dans un contexte en crise et noncrée par le chercheur  ­ la collecte des données: les questions doivent être celles de la communauté touteentière et non d’un échantillon représentatif. ­l’évaluation et l’analyse des données doivent êtrefaites jour après jour avec la communauté, leur interprétationest le produit d’une discussion de groupe, ce qui implique un langage accessibleà tous et la nécessité du feed-back.
- Méthodologie : la recherche-action utilise les instrumentscourants de la recherche en sciences sociales, mais la dynamique socialecréé par la recherche même exige qu’elle en adopteou en invente de nouveaux.
- Le rôle du sociologue : il devient un médiateur du processusde recherche ; il est l’animateur du groupe et propose des pistes en termesde discussion et d’action ; il est parfois appelé à jouerun rôle d’interface avec les dirigeants ou décideurs potentiels.Son rôle devient plus politique.

Cette conception d’une nouvelle recherche, politiquement impliquée,faisant appel à des méthodes innovantes, agent du changementsocial, renforce l’idée que la recherche-action est bien une voienouvelle, en sciences sociales, en sciences humaines.

R. Barbier souligne, que si les anglo-saxons semblent s’être appropriésla paternité de cette nouvelle pensée, lui-même, dansles années 70, introduisait la notion de praxis dans sa recherche-actioninstitutionnelle ;  il l’articulait avec les notions d’habitus, detransversalité, d’analyseur :
“ dans un paragraphe consacré à l’implication historico-existentielledu chercheur, j’associais la praxis, définie comme un processusde transformation du monde par l’homme engagé… ”(p39).
- la recherche-action devient ainsi une science de la praxis
- elle est “ émancipatoire ” à l’égard des champsdisciplinaires consacrés par la Cité savante et ses “ diktatsbureaucratiques ”.

René Barbier reprend à son compteles sept aspects qui caractérisent la “ recherche participante ”:
- le problème naît dans la communauté qui le définit,l’analyse et le résout.
- Le but ultime de la recherche est la transformation de la réalitésociale dont les bénéficiaires sont les membres de la communauté
- La recherche exige la participation effective de la communauté
- Le processus de la recherche peut avoir un effet de prise de consciencechez les participants de leurs propres ressources
- La recherche participante se veut plus scientifique que la rechercheclassique : la participation de la communauté augmente la finessepossible de l’analyse et garantit l’authenticité de la réalitésociale
- La recherche implique des groupes de personnes éloignésdu pouvoir : pauvres, marginaux…
- Le chercheur s’engage.

René Barbier considère comme pertinentes ces dimensionsde la nouvelle recherche-action mais regrette qu' “ elle laisse de côtédes dimensions du devenir de l’être humain que je considèrecomme fondamentales bien que peu explorées. En tenir compte nousouvre sur la recherche-action existentielle, personnelle et communautaire,voire transpersonnelle lorsque la recherche se fait plus intérieuretout en demeurant collective… la question reste donc posée : maisqu’est-ce qu’un être humain ? ” (p41).
 
 

LA RECHERCHE ­ ACTION EXISTENTIELLE , INTEGRALE,PERSONNELLE ET COMMUNAUTAIRE.

Qu’est-ce qu’un être humain ?
 R. Barbier invite la recherche-action radicalisée, enrichied’une dimension philosophique, à se saisir du questionnement.
Il pense que la recherche-action existentielle (RAE), sous des appellationsdiverses, va se développer dans les années à venir,sous la pression de l’importance des problèmes fondamentaux quicommencent à se poser à nos contemporains : les progrèsde la biologie, de la génétique, les interrogations nombreusesmontant des malades et les mourants vers le corps médical et lasociété, les problématiques généréespar le SIDA, ont bouleversé la relation à la Vie, àla Mort, de toute une génération ; cette générationse tourne vers les chercheurs ­ toutes disciplines confondues- avecune exigence nouvelle : le droit à la parole, le droit de regardet de critique, de participation à la recherche ; les membres decette génération ne veulent plus être considéréscomme des rats de laboratoire ;

(peut-être la recherche-action existentielle voit-elle se jouerlà une grande partie de sa légitimation : celle-ci ne viendraitpas de l’approbation de la cité savante, mais de la reconnaissancede son utilité sociale, politique, humaine par ceux qui sont lesplus concernés par cette légitimation : les êtres humains‘’lambdas’’ eux-mêmes, êtres souffrants, en quête desens, voulant participer et à la recherche du sens et à larecherche de solutions à leurs problèmes.)

R  Barbier explique mener ses recherches vers des thèmesancrés dans l’affectivité humaine : naissance, amour et passion,vieillesse, mort, souffrances, vie sociale alternative, interculturalité…
Au fil de l’expérience apparaît l’extrême richesseet l’extrême complexité du Potentiel Humain. La recherchey atteint les limites d’une scientificité “ admise ” (répondantau cadrage exigé par la cité savante) pour débouchersur des terrains où chaque chercheur aura à affiner sa démarchepropre.
R. Barbier parle de “ l’approche transversale ” de l’être humainet donne à la RAE une définition (p46) : “un art de rigueur clinique développé collectivement en vued’une adaptation relative de soi au monde ”

  un art : “mettre enœuvre des facultés d’approche de la réalité qui seréfèrent aux domaines     de l’intuition,de la création et de l’improvisation, au sens de l’ambivalence etde l’ambiguïté, au rapport à l’inconnu, à lasensibilité, à l’empathie… ”
La RAE est une création dans laquelle on ne sait pas ce qu’ilva en advenir en fin de compte.

- de rigueur clinique :
. rigueur des champs conceptuels et théoriques : en connaîtreles frontières et les zones de mé-
  connaissances, de flou, d’incertitudes.
. rigueur du cadre symbolique dans lequel va se situer la RAE
. rigueur de l’évaluation permanente en regards des objectifsdu groupe impliqué.
. rigueur de l’implication du chercheur

La rigueur doit aller de pair avec une approche multiréférentiellegénérale, englobant d’autres aspects que ceux des champslégitimés : questionnement philosophique, poétique,ouverture sur “ les sagesses lumineuses et ancestrales de l’humanité” (p48).

- développé collectivement :le chercheur, totalement impliqué dans l’intégralitéde sa vie émotionnelle, sensorielle, imaginative, rationnelle, faitpartie du monde et sa recherche ne saurait se mener sans ce monde. Le chercheuragit dans le groupe et est agit par le groupe (chercheur collectif). Larecherche est médiation et défi : ces deux aspects ne peuventconcerner qu’une seule personne !

- en vue de l’adaptation relative se soi aumonde : la RAE est une aventure humaine dont le chercheur collectifdoit sortir changé ; chacun des membres du chercheur collectif auraalors changé son point de vue sur sa relation au problèmeposé : lorsque le problème posé au chercheur est d’ordreexistentiel, alors s’opère nécessairement  une “ redistribution” de sa relation au monde.

La recherche action existentielle  doit être transdisciplinaire: psychosociologie clinique, anthropologie, analyse institutionnelle, constituentle socle de l’approche ; mais on ne peut en rester là : cette approches’ouvre vers l’art, la poésie, la philosophie, les dimensions spirituelles,multiculturelles de la vie.
Cette RAE “est peut-être plus à même d’aborder lessituations limites de l’existence individuelle et collective ” (mort, naissance…)

Ce type de recherche-action se situe, parmi d’autres recherches-actions,du côté de la plus forte implication du chercheur.

René Barbier distingue quatre différentes recherchesactions :

- la recherche- action à dominante psychosociale
- la recherche-action à dominante expérimentale
- la recherche-action à dominante existentielle
- la recherche-action à dominante transpersonnelle : le transpersonnelest décrit comme un niveau d’être qui dépasse l’egoou le moi individuel ; il s’agit d’atteindre des niveaux de conscience“ non ordinaire ” et peu de chercheurs s’y risquent, excepté quelques-unsuns en sociologie religieuse.
Les références sont celles du Soi jungien, le Surconscientou l’Ultrahumain de Teilhard de Chardin, le Surhumain de Sri Aurobindo,la nature de Bouddha. Elles débouchent sur le concept du “ nouvelâge ” actuellement méprisé car méconnu.
 

Plus loin que la recherche ­action existentielle,la recherche-action intégrale.

René Barbier nous mène à la réflexion d’AndréMorin sur ce qu’il nomme “ la recherche-action intégrale ” (RA-I).
André Morin la définit ainsi : “ la recherche-actionintégrale vise un changement par la transformation réciproquede l’action et du discours, c’est-à-dire d’une action individuelleen une pratique collective efficace et incitatrice, et d’un discours spontanéen dialogue éclairé, voire engagé. ” (1992- vol 2­p21 cit p53).

La RA-I est une dialectique entre les faits objectifs et les faits subjectifs,une “ interaction entre action et réflexion ” (p55). Le chercheurest complètement impliqué, le “ contrat ” passé avecle groupe respecte les valeurs et idéologies de celui-ci, définitun langage commun de référence, négocie le point d’approfondissementdes connaissances pratiques  mutuelles.
“ la participation du chercheur est un engagement personnel ouvertsur l’activité humaine visant à l’autonomie et dégagéedes rapporte de dépendance, où le dialogue prime dans lesrelations de coopération et de collaboration ” (p 55).
La RA-I engage, dans le changement à venir, les valeurs desparticipants. Le discours, dans la RA-I, permets aux êtres humainsd’être auteurs de leur histoire. (“ dire, c’est faire ” p56).

La RA-I, pour Morin, doit donner lieu à un rapport final faisantl’objet d’une longue analyse ; la forme,  le style littérairede ce rapport sont étudiés en fonction du niveau d’implicationde ce type de recherche.
 
 

LES NOTIONS-CARREFOURS EN RECHERCHE-ACTION

La complexité :
“ pas de recherche-action sans une juste appréciation de lacomplexité du réel ” (p66).
Si la “ simplicité ” met de l’ordre dans l’Univers, elle nerend pas compte de la totalité de l’être humain : dynamique,biologique, psychologique, sociale, culturelle, cosmique.

La complexité rend compte de travaux scientifiques qui soutiennentqu’un ordre organisationnel peut naître à partir d’un processusproduisant le désordre. Les notions d’ordre et de désordretraversent toutes les disciplines scientifiques : physique, mathématiques,biologie, sciences humaines et provoquent chez beaucoup de chercheurs desréflexions métaphysiques.

La complexité rend compte de d’un être humain, d’un monde,chez qui, où, règne l’incertitude, l’aléa, le non-sens,la contradiction. Mais elle ne vise pas à rendre le réelcohérent, au mépris de la vie en acte.

“ celui qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite niégard ni patience ” RENE CHAR.

Le chercheur en recherche-action doit donc prendre en compte cette complexité: R. Barbier insiste sur l’apport de l’Ecole de Chicago quant àce qu’elle a nommé “ l’écologie humaine ”.

L’écoute sensible :
Il s’agit d’un “ écouter-voir ” qui s’appuie sur l’empathie.
“ le chercheur doit savoir sentir l’univers affectif, imaginaire etcognitif de l’autre pour comprendre de l’intérieur des attitudes,des comportements, le système d’idées, de valeurs, de symboleset de mythes ” (p66).
l’écoute sensible reconnaît l’acceptation inconditionnellede l’autre. Le chercheur ne juge pas, il essaie se comprendre, sans pourautant chercher à adhérer aux opinions émises ou às’identifier à l’autre. IL est présent, “ consistant ”, dansla recherche. Il peut ne plus accepter de travailler avec un groupe sicertaines conditions heurtent son “ noyau central de valeurs ”.

A l’image du Dieu de Maître Eckhart, pour qui Dieu n’est Dieu(entre autre) que lorsqu’il y a création (créatures), l’écoutesensible ne saurait exister indépendamment de l’acte de vie qu’elleinduit. Etudier ce qui est, reste, lorsque l’écoute sensible del’homme n’existe pas permet de suggérer ce que peut ou pourraitêtre cette écoute.

L’écoute sensible reconnaît “  la personne  dansson être : dans sa qualité d’homme complexe doté d’uneliberté et d’une imagination créatrice ”, avant mêmede la situer dans l’environnement social, familial, professionnel, quipeuvent l’avoir figée dans des représentations, des perceptions,des actions données.

L’écoute sensible un travail sur soi-même : se mettre àl’écoute sensible d’autrui suppose qu’on ne projette pas sur luises propres angoisses et ses propres désirs.

L’écoute sensible et multiréférentielle n’est pasfixée par l’interprétation des faits : un “ écouter/voire” fondé sur l’empathie, essayant de reconnaître la réalitéde la personne au-delà de son système de représentationset d’actions imposés par son environnement, se laissant surprendrepar l’inconnu et n’imposant pas de modèle de référence,l’écoute sensible est plus un art qu’une science ” (p 68).
Jacques Ardoino emploie l’expression “ prêter du sens ” qui supposede la part du chercheur de pouvoir mettre à la disposition de lapersonne son capital de connaissances et de réflexion, si elle ledésire. De toute façon, la personne “ retraduira ” en fonctiondu contexte ce qui lui est proposé et elle seule possèdeles clefs du décryptage de cette retraduction.
(d’où le retour à la nécessité d’un travailsur soi-même et de la modestie du chercheur ?)

l’importance donnée à chacun des cinq sens dans l’écoutesensible :
“ une personne n’existe que par la mise en acte d’un corps, d’une imagination,d’une raison, d’une affectivité en interaction permanente ” (p 69).Entrer dans une relation à la totalité de l’autre impliqueque l’on n’écarte aucune approche, les cinq sens en font partie.

L’écoute sensible et multiréférentielle est avanttout une présence méditative :
La méditation que R. Barbier “ défend ” en écoutesensible est une méditation “ sans objet ”, telle que Jiddu Krishnamurtiou K.G. Durkheim la pratiquait et dont il dit qu’ils “ étaient deshommes d’une si fine sensibilité à l’égard d’autruicomme à l’égard du monde ” (p70).
R. Barbier cite également C.G.. Jung pour aller plus loin dansla faculté de voir mythiquement le monde.

La méditation est un état “ d’hypervigilance, de suprêmeattention, le contraire d’un état de conscience dispersé”. “ l’écoute, dans ce cas, est d’une finesse sans pareille. L’écouteest toujours une écoute-action spontanée. Elle agit sansmême y penser. ” (p 70).

R. Barbier critique “ l’ingénierie sociale ” qui propose sansgrande réflexion à des personnes en situation “ infrahumaine” des projets qui seront voués à l’échec, tant ilscorrespondent peu à l’attente de ces personnes. L’implication réciproquede la personne-sujet et du chercheur est constituée par “ le systèmedes valeurs ultimes (celles qui rattachent à la vie) mises en jeupar un sujet en interaction dans sa relation au monde, et sans lequel ilne saurait y avoir de communication ” (p 72). Cette connunication relèvedu “ secret et de l’intime ”

Le chercheur  collectif et son écriture:

Le chercheur collectif : le chercheur collectif est un groupe-sujetde recherche constitué par des chercheurs professionnels et de membresà part entière (mais particulièrement impliqués)de la population concernée par l’enquête participante.(p73).
L’apport d’autres chercheurs affine la définition :
- “ c’est un sujet transindividuel qui… introduit des changements auplan de la production de la connaissance et au plan pratique.(M. Bataille­1981. P33. cit p 73).
- Un tel groupe possède un imaginaire collectif qui constituela cohésion (illusoire) du groupe et un imaginaire social du momentconcernant l’objet de la connaissance (Giust ­ Desprairies.1989).

Le chercheur collectif doit être constitué avec une grandeprudence quant à ses membres ; (trop idéologiques et fermésà l’analyse critique de leur existentialité, ils seraientun frein à la recherche).
Le chercheur collectif  est
- source d’information
- agent du changement
- organe de co- formation
- centre d’élaboration des stratégies d’intervention
- animateur pédagogique

l’écriture collective :
“ il y va de la crédibilité de la recherche-action quel’écriture soit collective ” (p74).
Même si le rapport final n’a rien d’académique, ceci estdans la nature de la recherche-action. Le chercheur peut essayer àce que telle dimension n’écrase pas telle autre (le théoriquepar rapport à l’affectif ou au témoignage de vie par exemple).
Mais rien n’empêche  le chercheur de publier, indépendamment,un article expliquant démarches et résultat à l’intentionde la cité savante.

Le changement

La recherche-action a toujours en vue un changement :Kurt Lewin déjàdécrivait le processus de ce changement : (unfreezing ­ moving­ freezing).
Alain  Touraine met en garde contre la tentation à une“ vague idéologie du changement ” : celui-ci ne doit pas êtreune adaptation à un environnement changeant, ce qui reviendraità une morale du statu quo.
André Levy voit dans l’acte de décision , acte de parole,un moment crucial, expression subjective et engagement public.
La recherche-action existentielle ne “ peut faire autrement que deremuer la vase du social ” (p75).

La stratégie au service du changement : “ la stratégierenvoie au projet visé : c’est-à dire à la questiondu sens et à son imaginaire radical et créateur ” (p77).

Lucien Goldmann affirme que, dans une société, il fauttoujours penser au groupe qui possède le plus bas niveau potentiel,avant de rêver à la révolution finale.

La stratégie est un réservoir potentiel d’hypothèsesconcernant la production de savoirs émergeant de l’action.
Les chercheurs stratèges n’éviteront jamais l’erreur,car à la volonté, consciente ou inconsciente, de rationalité,“ s’oppose toujours l’exigence de la totalité en acte ” (p77)

Négociation et évaluation

Dans la recherche-action, la négociation est permanente, carle conflit y est permanent ! : conflit créateur nécessaireà la vie. Ce conflit-négociation ne peut se vivre que dansun univers d’évaluation discussions sur les valeurs et le sens.
Pour R. Barbier, la véritable évaluation est toujours“ pratico-poetique ”, acceptant le flou, l’incertain, l’ambivalence, l’équivocité,notions inhérentes au sens dynamique de la vie.
Le chercheur évaluant l’action est “ plus un chef d’orchestreinterprétant la symphonie du quotidien que le préposéau métronome ”.(p78).

Du processus

R. Barbier oppose processus à procédure ; le premier estouvert au changement, inscrit dans la durée et l’espace, la secondecontrôle, réglementairement et arbitrairement, et entravela dynamique du changement.

Le changement dans les structures, au terme du processus, peut êtrepartiel ou total, entrainant alors une mutation de l’ensemble du systèmedans lequel s’inscrivent les structures.

Les processus et leur logique : ils sont extrêmement diversifiés,paradoxaux et multidisciplinaires. R. Barbier en cite plus d’une dizaine,inspirés par autant de chercheurs et de philosophes .(p80-81).

De l’autorisation

L’autorisation est l’émergence de la capacité àdevenir son propre auteur, selon Jacques Ardoino.
R. Barbier élargit cette notion à “ l’autorisation noëtique” : devenir “ le propre auteur de son développement spirituel ausens large ” (p81).
La recherche-action devrait déboucher sur un surcroîtde sagesse pour chaque participant.
 
R. Barbier cite R Robin analysant le mythe de “ Jonathan le Goëland” de Richard Bach :

“ Devenir auteur de soi-même pour s’approprier son existence parla capacité à se faire confiance, à s’aimer et àaimer, dans la congruence de sa personne globale (sexuelle, affective,sociale et spirituelle). L’être capable d’affronter le réel,la violence symbolique et physique, les déterminismes sociaux etfamiliaux, indépendant mais relié,  autonome et lucide,l’ouverture et l’intelligence de soi-même et des situations. C’estimproviser sa vie de moments en moments et dans la permanence de ses valeursfondamentales. ”

(lorsqu’on a lu le livre cité ­ Jonathan le Goéland­ on ne peut que mesurer pourquoi, comme le suggère RenéChar, beaucoup d’êtres humains préfèrent “ ne rientroubler ” : le risque est grand à “ s’autoriser ”…)
 

LA METHODE EN RECHERCHE-ACTION

Le chercheur en recherche-action est “ l’aiguilleur des processus ”.
Par les “ Notions-Carrefours ” a été abordé laméthode en recherche-action. S’il faut parler de méthode,il faut parler de l’esprit en recherche-action : celle-ci est une approchespiralée qui peut utiliser toutes les méthodes. Chaque objetpeut être utilisé sous différents angles, c’est lamultiréférentialité !

R. Barbier dégage quatre thématiques centrales au sujetdes méthodes :
- le repérage du problème et la contractualisation.
- La planification et la réalisation en spirale
- Les techniques de la RA-E
- La théorisation, l’évaluation et la publication desrésultats.
 

Le repérage des problèmes etla contractualisation
En général, la demande vient d’un groupe aux prises avecun problème donné ; le chercheur revient alors sur le problèmeénoncé et le contextualise ; il analyse la demande sans oublierde s’entretenir avec les catégories minoritaires. “ mais oùsont passés les exclus ? ”

La contractualisation écrite va préciser les fonctionsde chacun, le système de réciprocité, la finalitéde l’action, les enjeux financiers, la temporalité, les frontièresphysiques et symboliques, les zones de transgressions, le code éthiquede la recherche.

Le “ chercheur collectif ” peut alors se constituer ; celui-ci est ungroupe-relai par rapport au groupe-cible.

    La planification et réalisationen spirale
Le chercheur collectif avance dans l’analyse du problème, produitdes hypothèses d’action et élucidation qui sont discutéeset mises à l’épreuve auprès du groupe-cible.

Deux temps :
- le diagnostic : son sens est validé par le chercheur collectif
- le “ référentiel ” : fait appel à des référencesen sciences humaines et sociales. Le danger est alors une “ prise de pouvoirsavant ” par les chercheurs professionnels, d’où la nécessitéde s’accorder sur un langage commun accessible à tous ! ceci estindispensable à ce niveau de a recherche.

Les  techniques de la recherche-action
Toutes les techniques en sciences sociales peuvent être utilisées,à condition qu’elles soient comprises par tous (pas de prise depouvoir savant). Le chercheur doit donc proposer des techniques de recherchequi correspondent aux possibilités imaginaires du chercheur collectifet veiller à la pertinence des dispositifs d’enquête.

R. Barbier insiste sur la notion de confiance à installer quipourra alors “ prêter du sens ” aux données recueillies. Ilcite deux techniques spécifiques à la RA ­ E-I :

l ’observation participante à dominante existentielle(OPE) : l’observateur doit se déclarer ouvertement comme teldès le départ de l’enquête : c’est une question deconfiance.
L’OPE est avant tout une rencontre sociale : être acceptépar le groupe ou la communauté ­ employer des techniques derecherche du banal et du quotidien ­ l’implication quasi-totale duchercheur dans ce type de recherche ne peut se faire qu’avec des chercheurs“ au clair ” avec eux-mêmes, connaissant leurs limites, et ayantsi possible réglé deux problèmes : l’argent (qui paiel’étude ?) et leur statut dans le groupe.

le journal d’itinérance   “ instrumentd’investigation sur soi-même en rapport au groupe ”.
- itinérance et non trajectoire : le journal d’itinéranceemprunte à la fois au journal intime, à l’autobiographie,au carnet de route de l’ethnologue, au journal institutionnel ;
- Le journal d’itinérance rend compte de l’approche transversaledes individus et du chercheur lui-même, y compris dans les voies“ non scientifiques ” de cette transversalité : inquiétudemétaphysique, ouverture mystique.

Le journal d’itinérance  se compose en trois phases :

1- un journal “ brouillon ”
2- un journal “ élaboré ” : à partir du journal-brouillon,on écrit pour un lecteur potentiel imaginé : élaborationde ce que l’on veut lui dire
3- le journal “ commenté ” : donné à lire ou exposé,le journal suscite réactions et commentaires, d’après lesquelsle chercheur va “ recomposer ”, après réflexion, un autrejournal élaboré…

Un journal d’itinérance peut se socialiser : être celuid’un groupe ou d’un sous-groupe ; il se veut alors le “ journal d’intelligencedu groupe vers la réalisation de son objectif ” (p102).
 

    Théorisation-évaluation-publication

Les chercheurs doivent essayer de modéliser et de généraliserles modélisations des processus ayant trait à la réalisationdes objectifs au cours de leurs RA-E. Mais la prudence doit êtrede mise quant à la théorisation de ces tentatives de modélisation: la RA-E ne peut se fixer une fois pour toutes en une pensée etune méthode.

L’évaluation doit être effectuée par le chercheurcollectif, mais le groupe-cible doit avoir le dernier mot : à quidonc profite le changement intervenu ou à intervenir ?

La publication est de l’intérêt pour les chercheurs professionnels(carrières universitaires). La question est : quel est l’intérêtde la publication pour le chercheur collectif, pour le groupe-cible, éventuellementle commanditaire de la recherche.
La recherche-action  bousculant souvent l’ordre établi,elle exprime une intelligence des groupes à qui souvent on la dénie.
(la publication n’ est-elle pas affirmer cette “ découverte” ?)

CONCLUSION PERSONNELLE

De L’Action-Resarch à la recherche-action transpersonnelle etintégrale, René Barbier nous emmène sur un “ longchemin ” qu’il n’est pas aisé de parcourir en si peu de mois quedure une  “ unité d’enseignement ” de licence.
 

De l’Action-Research de l’école de Chicago, puisant dans le pragmatismeaméricain matière à propositions de voies nouvelles(révolutionnaires ?) dans le domaine des sciences sociales, prônantla participation active des populations aux changements qui les concernent,à l’action-recherche transpersonnelle s’inspirant de penséesaussi diverses que Teilhard de Chardin, J. Krishnamurti ou Sri Aurobindo,opérant ainsi une synthèse entre une certaine penséeoccidentale et une philosophie et sagesses orientales, René Barbierdemande aux sciences humaines et sociales de s’ouvrir à une approchenouvelle, “ sensible ” de l’homme dans son environnement, affirmant queles plus déshérités en apparence, “ infrahumains ”,recèlent un potentiel de connaissances, de savoirs, de pratiquessociales, dont l’ensemble de la société se prive actuellementen leur déniant cette capacité.

Le type de “ recherche-action-existentielle ” préconiséepar René Barbier, réclame, à bien le lire, un typede chercheur nouveau : démocrate (en profondeur… ), désirant.s’impliquer totalement (intitutionnellement et personnellement), désireuxde “ remuer la vase du social ” !, s’inspirant de travaux et de réflexionsphilosophiques poussées, on peut se demander qui se risquera dansl’aventure proposée : il est possible de se trouver en présencede personnes réunissant un certain nombre de ces qualités: ni l’Université, ni le monde associatif, ni le monde politiqueou syndical n’en manque, nous en connaissons tous ; mais réunirtoutes ces qualités, toutes ces compétences professionnelleset humaines en même temps est toutefois assez rare.

L’aventure est tentante, mais paradoxalement assez réductrice(réaliste ?) : si René Barbier demande au “ stratègeen blouse blanche… d’accepter de se salir les mains dans la sueur des hommes” (ce que font années après années bien des militantspolitiques, syndicaux ou associatifs), c’est, selon Lucien Goldmann, citépar René Barbier, pour y découvrir la “ conscience possible”. Mais “ cette conscience possible ”, ces militants l’ont la plupart dutemps découverte : ils s’y heurtent quotidiennement, ils savent“ qu’il faut toujours penser au groupe qui possède le plus bas potentiel(où sont les exclus ?) avant de rêver à la révolutionfinale ”. Ils l’ont appris, par leur expérience sociale fort riche,et par une douloureuse confrontation à l’Histoire. Ces personness’expriment rarement à cœur ouvert à ce propos.

Quelle Université acceptera de former des chercheurs àcette école là ?
Quels professeurs accepteront de “ jouer ” ce jeu (qui n’en est pasun, tant les enjeux sont importants) ?

Peut-on tenter de faire vivre cette “ voie nouvelle ” en sciences humainesdans le cadre de l’Université, dont René Barbier dénoncedans son ouvrage le caractère piégeant et restrictif de la“ scientificité ” officielle (dénonciation dont on peut considérerqu’il est peut-être un exemple à contrario ?).

Il me semble que bon nombre d’acteurs sociaux (au sens large du terme: citoyens impliqués) seraient intéressés par la recherche-action-existentielle: militants, luttant au grand vent de la vie, se débattant dansl’ombre des idéologies moribondes, aux prises avec leurs espoirssouvent déçus, mais vivant avec, chevillé au corps,leur espoir en l’Homme et son potentiel dont ils pressentent les immensesrichesses, peut-être recevraient-ils de façon positive lespropositions de l’Université : resta à trouver un terrainde rencontre: ces hommes et ces femmes n’ont pas de carrière universitaireà bâtir, ils n’ont pas peur des caciques, eux qui affrontentquotidiennement bien d’autres dangers.

La formation permanente, l’éducation populaire, me semblent pouvoirêtre des terrains de rencontres possibles ! mais semble-t-il, l’heuren’est plus propice à ces démarches pourtant riches de promesses.

Vouloir comprendre les hommes au plus riche d’eux-mêmes, dansle vif de leur vie, et non les classer dans de stériles statistiques,s’en donner les moyens, en Pensées et en Méthodes, leur endonner à eux-mêmes les moyens, vaste est le défi !Si quelques intellectuels et universitaires le lancent, reste aux citoyensimpliqués à le découvrir et à le relever :pour voir ! !

“ Une porte était à ouvrir…
   J’ai ouvert cette porte, puis je me suis retrouvéedevant cent autres fermées… ”
   (comme dit le poète argentin Antonio Porchia : “ Voix ”).