La Recherche-action existentielle

René Barbier (Université Paris 8)

Depuis plus de cinquante ans une approche spécifique en sciences sociales que l'on nomme recherche-action a émergé et a été développée dans le monde, notamment à partir des Etats-Unis d'Amérique. En 1986 lors d'un colloque à l'Institut National de Recherche Pédagogique (INRP, Paris), les chercheurs sont partis de la définition suivante : "Il s'agit de recherches dans lesquelles il y a une action délibérée de transformation de la réalité ; recherches ayant un double objectif : transformer la réalité et produire des connaissances concernant ces transformations" (Hugon et Seibel, 1988, p.13). Une conception classique de la recherche-action consiste à penser que cette méthodologie nouvelle n'est qu'un prolongement de la recherche traditionnelle en Sciences sociales.
Une autre conception, plus radicale, s'ouvre sur une révolution épistémologique dont les chercheurs du CIRET ont déjà commencé l'exploration transdisciplinaire. A l'Université Paris 8 , en Sciences de l'éducation, et dans notre groupe de rechercheCRISE, nous allons tout à fait dans le sens de cette approche transdisciplinaire.
La recherche-action n'est pas un simple avatar méthodologique de la sociologie classique. Elle exprime, au contraire, une véritable transformation de la manière de concevoir et de faire de la recherche en sciences humaines. La recherche-action débouche sur une nouvelle posture et une nouvelle inscription du chercheur dans la société, par la reconnaissance d'une compétence à la recherche de praticiens du social. Dans cette foulée la recherche-action devient existentielle et accepte de s'enquérir de la place de l'homme dans la nature et à l'action organisée pour lui donner du sens. Elle se définit alors dans son rapport à la complexité de la vie humaine prise dans sa totalité dynamique et ne se défend plus devant la relation d'inconnu que lui découvre la finitude de toute existence. La recherche-action peut s'affirmer, à ce point limite, comme transpersonnelle et dépasser, en les intégrant, les spécificités théoriques des sciences anthroposociales et les différents systèmes de sensibilités et d'intelligibilités proposés par les cultures du monde. Entrer dans une recherche-action sous cet angle nous oblige à parcourir des voies diverses de connaissance et à parler une langue scientifique dotée d'un certain polyglottisme. Pour ma part, il s'agit d'intégrer la vision du monde du philosophe Jiddu Krishnamurti dans les sciences de l'homme et de la société. L' approche multiréférentielle des événements, des situations, et des pratiques individuelles et sociales (Ardoino/Barbier, 1993) en constitue la référence majeure. La recherche-action devient alors la méthodologie la plus appropriée à la théorie de l'Approche Transversale et à l'écoute sensible en sciences humaines (Barbier, 1997).
La recherche-action existentielle.
Les recherches-actions que je mène portent, depuis des années, sur des thèmes très ancrés dans l'affectivité humaine (naissance, amour et passion, vieillesse, mort, souffrance, autoformation, vie sociale alternative, interculturalité, etc.) Il en est de la nature de la recherche-action comme de celle des arts martiaux : l'obsession de la rigueur et de la compétition disparaissent, au fil de l'expérience, au profit de leur finalité riche d'une complexité croissante du Potentiel Humain. Au delà des querelles, parfois nécessaires, sur la "scientificité" , c'est dans la pratique clinique que chaque chercheur pourra, peu à peu, approcher la nature de "sa" recherche-action. Pour ma part, la recherche-action existentielle s'exprimera plutôt comme un art de rigueur clinique développé collectivement en vue d'une adaptation relative de soi au monde (Barbier, 1996).

Un art
Plus que preuve, il s'agit ici d'épreuve comme aime à le dire Jacques Ardoino à propos de la démarche clinique (Ardoino 1977). La recherche-action existentielle (R-A.E), comme la médecine, relève de l'art tout autant, si ce n'est plus, que de la science. Je veux dire par là qu'il s'agit de mettre en oeuvre des facultés d'approche de la réalité qui se réfèrent aux domaines de l'intuition, de la création et de l'improvisation, au sens de l'ambivalence et de l'ambiguïté, au rapport à l'inconnu, à la sensibilité et à l'empathie, comme à la congruence dans le rapport à la Connaissance introuvable ou "voilée" en dernière instance comme l'est le réel (Bernard d'Espagnat). L'esprit de création est au coeur de la R-A.E sans jamais savoir ce qui va advenir en fin de compte. Pour moi, proposer une recherche-action existentielle sur une meilleure écoute des mourants et des souffrants dans un grand hôpital de la région parisienne était de l'ordre d'un pari :
- Sortir du cadre habituel du stage de formation où l'on fournit des "outils" pour visser la réalité selon la normativité dominante. Dans ce domaine, l' outil n'est pas encore inventé et son ersatz n'arrête pas de glisser entre les mains.
- Proposer une réflexion-action qui vise une transformation du rapport de soi au monde des mourants dans le contexte de la culture hospitalière.
- Toucher ce contexte par une compétence au "non-agir", qualité de ce qui s'actualise sans chercher midi à quatorze heures, simplement par l'expression individuelle et collective de ce qui a été fait et pourrait être refait, différemment.
Le rapport collectif de plus de cent pages, rédigé par les infirmières et aides-soigantes du groupe, dans un esprit à la fois réflexif et conceptuel, philosophique et poétique, manifeste un premier résultat de cet art de la recherche.

De rigueur clinique
Certains expérimentalistes ont trop souvent tendance à ne voir la rigueur scientifique que là où des mesures chiffrées apparaissent. Tout clinicien sait bien que la rigueur est nécessaire à son activité.
Rigueur du cadre symbolique dans lequel l'expression de l'imaginaire et le dépliage de l'implication vont pouvoir s'opérer.
Rigueur de l'évaluation permanente de l'action aux objectifs intermédiaires que se donne le groupe impliqué pour avancer vers son but.
Rigueur des champs conceptuels et théoriques dont on articule les frontières sans méconnaître leurs zones floues, leurs incertitudes.
Rigueur de l'implication dialectique du chercheur, de ce lien entre la complexité et l'implication que Jean-Louis Le Grand, un enseignant-chercheur de notre centre de recherche, nomme l' "implexité". Le chercheur est à la fois présent de tout son être émotionnel, sensitif, axiologique, dans la recherche-action et présent de tout son être dubitatif, méthodique, critique, médiateur en tant que chercheur professionnel.
Rigueur pour maintenir coûte que coûte la triple écoute-action (scientifique, philosophique et mythopoétique) qui dépasse la simple multiréférentialité habituelle en sciences humaines, que je nomme "multiréférentialité restreinte", fondée sur l'apport des disciplines reconnues comme légitimes par la cité savante. Ouvrir cette multiréférentialité "restreinte" sur une "multiréférentialité générale" englobante, où le questionnement philosophique (quid du monde, du je, de la communication, du socius dans la situation en fonction des cultures en présence ?) s'actualise dans les zones d'incertitude et d'indécidabilité, à la lumière de notre propre expérience humaine et des sagesses lumineuses et ancestrales de l'humanité. Le questionnement poétique y demeure toujours en alerte car "c'est en poète que l'homme habite sur cette terre" (Hölderlin). La poésie, comme le souligne Edgar Morin, est parole de l'Arkhe-Esprit "libérée à la fois du mythe et de la raison, tout en portant en elle leur union" .
Développé collectivement
Pas de recherche-action sans participation collective. Il faut entendre ici le mot "participation" dans son sens le plus fort épistémologiquement : on ne peut rien connaître de ce qui nous intéresse (le monde affectif) sans que nous soyons partie prenante, "actants" dans la recherche, sans que nous soyons vraiment concernés personnellement par l'expérience dans l'intégralité de notre vie émotionnelle, sensorielle, imaginative, rationnelle. C'est la reconnaissance d'autrui comme sujet de désir, de stratégie, d'intentionnalité, de possibilité solidaire. Dans la recherche-action existentielle, il s'agit de donner un statut épistémologique et heuristique dans le groupe pour et par le groupe impliqué, à l'émotion comme conduite intermédiaire entre, ce que Max Pagès, nomme la "trace" (physiologique) et le "sens" (fantasmatique). La catégorie du "sensible" correspond à son axe central de compréhension. Le développement collectif suppose nécessairement que rien n'est prévu, assuré, d'avance, excepté l'acception rogérienne d'une croyance (toujours soumise au doute méthodique) en une croissance de l'être humain, tant sur le plan individuel que groupal. Ce point introduit la R-A.E. à l'assomption de la négociation et du conflit considéré comme plus créateur que destructeur, à la nécessité d'une reconnaissance à la fois de la médiation et du défi dans l'animation de la recherche. La dimension collective renvoie à la présence active d'un groupe impliqué considéré comme "chercheur collectif" de la recherche, même si cela ne va pas sans épineuses questions méthodologiques (Michel Bataille, 1981).

En vue de l'adaptation relative de soi au monde
Par cette formule j'indique que l'objet final de la recherche-action existentielle demeure un changement de l'attitude du sujet (individu ou groupe) en rapport à la réalité qui s'impose en dernière instance (principe de réalité). Il ne s'agit pas pour autant d'attendre un changement miraculeux ou de rester dans une attitude de passivité. En vérité, dans l'action même en faveur du changement social et personnel, une lucide appréciation du principe de réalité demeure constante sans s'engouffrer dans la position frileuse de tous ceux qui nous rabâchent un "il ne faut pas rêver !". L'objet de la R-A.E à l'hôpital sur la formation à l'écoute des mourants consiste en un changement possible du système vécu de représentations, de sensations, de sentiments, de pensées, de valeurs de chaque participante à l'égard de l'approche thérapeutique des mourants (son "existentialité interne"), et si possible d'une transformation relative et corrélative de la culture et de l'institution hospitalière à cet égard. Mais il ne s'agit pas d'un changement décrété d'en haut, de la part d' "autorités" officielles. Le changement est rendu nécessaire, quoique difficile, aux yeux mêmes des participantes du groupe de recherche-action. Pour elles il y a problème à résoudre. Le résultat se traduit toujours par autre chose que de l'attendu. Une adéquation relative entre les désirs, les intérêts, les valeurs de chacune et la réalité du monde qui oppose son inertie gigantesque. Ce rapport à l'institution pesante et imposante, à première vue inébranlable, est source de frustration, mais également de maturation vers un optimisme tragique toujours en filigrane dans ce type de recherche (cf. "l'évangile de la perdition" de Morin dans son ouvrage "Terre-patrie"). Ce qui apparaît assez clairement aux participantes du groupe de R-A.E à l'hôpital c'est que l'institution ne changera pas beaucoup et qu'il faudra du temps, mais chacune d'elles peut déjà réellement et quotidiennement, dans de simples détails de vie, changer son comportement en fonction de sa nouvelle vision du monde. Pour l'ensemble de l'hôpital, apparemment rien ne bouge, mais pour le nouveau malade en proie à l'angoisse de la mort, l'attitude "neuve" (au sens oriental du terme de "esprit zen, esprit neuf" de Shunryu Suzuki, point/Seuil) de l'infirmière à son égard est une révolution complète, modifiant son ultime rapport aux autres et au symbolique puisque, alors, il peut prendre la parole sur sa propre mort dans l'espace d'une présence humaine attentive qui ne comble pas le vide d'une absence et du non-dit par la fuite, la pirouette, ou la "langue de bois" du système hospitalier.

La recherche-action existentielle (R-A.E) est sans doute très portée à favoriser l'imaginaire créateur, l'affectivité, l'écoute des minorités en situation problématique, la complexité humaine reconnue, le temps de la maturation et l'instant de la découverte. Elle n'est pas liée à une discipline particulière en sciences anthroposociales. Ses préférences vont probablement vers la psychosociologie clinique, l'anthropologie et l'analyse institutionnelle. Mais, de fait, elle s'ouvre aussi sur autre chose que la science : l'art, la poésie, la philosophie, les dimensions spirituelles et multiculturelles de la vie. Une recherche sur l'écoute des mourants lui fera étudier en référence aussi bien l'anthropologie de la mort de Louis-Vincent Thomas ou d'Edgar Morin, La mort "Sara" de Robert Jaulin, Le Livre des morts tibétains ou égyptiens, l'anthropologie de la médecine de François Laplantine, Vivre avec la mort et les mourants de Élisabeth Kübler-Ross, la mort dans la vie de Freud de Max Schur, La mort de Vladimir Jankélevitch ou les principes d'une esthétique de la mort de Michel Guiomar sans oublier la lecture assidue des poètes qui tous ont plus ou moins parlé de la mort. Ne s'inscrivant dans aucune discipline scientifique, elle est peu académique et risque d'effrayer, à juste titre, les jeunes étudiants. J'imagine un laboratoire de recherche-action existentielle qui comprendrait parmi ses membres : une ethnologue, un psychologue clinicien, une biologiste, une sociologue, un moine zen, un poète et un peintre, un géographe et une historienne, un philosophe des religions... tous animés par une compréhension de cette écologie humaine déjà proposée naguère par l'École de Chicago et qui s'ouvre désormais à une écologie de l'esprit (G. Bateson). La recherche-action existentielle est peut-être la plus à même d'aborder les situations-limites de l'existence individuelle et collective. La mort, la naissance, la passion, la maladie, la vieillesse, la solitude, l'étrangeté, la création...sont des champs d'investigation qu'elle appréhende avec délicatesse et compréhension.

Les notions-carrefours en recherche-action existentielle
Il semble opportun de présenter quelques notions clés susceptibles d'être utilisées dans la perspective d'une nouvelle recherche-action à la fois existentielle et intégrale.
J'emploie le terme de "notions-carrefours" de préférence à celui de concept d'une part parce que au sein de chacune d'entre elles, plusieurs concepts peuvent être dégagés en fonction de la singularité de la situation de travail. D'autre part, l'idée de notion me paraît plus appropriée pour la recherche-action qui n'est pas une nouvelle discipline en sciences sociales mais une manière philosophique d'exister et de faire de la recherche interdisciplinaire pour un chercheur impliqué.
Les notions-carrefours peuvent être conçues comme des moyens praxéologiques pour comprendre ce qui unit recherche et action dans notre problématique.
Nous ne décrirons ici que quelques unes de ces notions issus de notre ouvrage sur la recherche-action de 1996.

L'écoute sensible
On ne s'étonnera donc pas de voir apparaître maintenant la notion d'écoute sensible. Elle me semble indispensable dans la nouvelle recherche-action. J'ai déjà parlé d'un retour du "sensible" dans les sciences humaines (Barbier , Pratiques de formation/Analyses, 1993, 1994). D'autres chercheurs en sciences sociales s'y réfèrent de plus en plus (Luc Boltanski, Jacques Cosnier, Michel Lobrot, Max Pagès, Pierre Sansot etc.). On sent de mieux en mieux transparaître chez Pierre Bourdieu cet appel au sensible dans ses derniers ouvrages. Les philosophes contemporains ne l'ignorent pas (M. Buber, A. Comte-Sponville, M. Henry, E. Lévinas, G. Steiner, etc.)
Mais qu'appelle-t-on l'écoute sensible ?
Il s'agit d'un "écouter/voir" qui emprunte très largement à l'approche rogérienne en sciences humaines, mais en l'infléchissant du côté de l'attitude méditative au sens oriental du terme. L'écoute sensible s'appuie sur l'empathie. Le chercheur doit savoir sentir l'univers affectif, imaginaire et cognitif de l'autre pour comprendre de l'intérieur des attitudes et les comportements, le système d'idées, de valeurs, de symboles et de mythes (ou l' "existentialité interne" dans mon langage).
L'écoute sensible reconnaît l'acceptation inconditionnelle d'autrui. Il ne juge pas, il ne mesure pas, il ne compare pas. Il comprend sans pour autant adhérer aux opinions ou s'identifier à l'autre, ce qui est énoncé ou pratiqué.
L'écoute sensible affirme la congruence du chercheur. Celui-ci communique ses émotions, son imaginaire, ses interrogations, ses ressentis. Il est "présent" c'est à dire consistant. Il peut ne plus accepter de travailler avec un groupe si certaines conditions heurtent son noyau central de valeurs, sa philosophie de la vie.
L'écoute sensible va vers une démarche "négative" au sens de la via negativa de la théologie négative de Maître Eckhart et des philosophes orientaux ou occidentaux de la non-dualité comme Shankara et nos contemporains l'Hindou Nissargadatta ou le Français Jean Klein.
Pour parler de l'écoute, il nous faut donc employer une sorte de dialectique négative. Ce que l'écoute n'est pas, pour pouvoir profiler, en creux, ce qu'elle pourrait devenir dans l'acte même de vivre. La multiréférentialité est liée à cette assomption d'un "vide créateur" dans la complexité de l'objet. Elle est une sorte de questionnement permanent à propos de ce vide. La pratique humaine et sociale est perçue d'emblée comme porteuse d'une multitude de références que personne, pas même le sujet, ne pourra épuiser dans l'analyse.

Le chercheur collectif et son écriture
J'ai proposé cette notion dans les années soixante-dix dans la foulée du groupe-sujet de Félix Guattari, opposé au groupe-objet ou assujetti, en examinant ce que j'ai nommé les sept principes de base de la recherche-action institutionnelle (Barbier, 1977, p. 119-120).
Le chercheur collectif est un groupe-sujet de recherche constitué par des chercheurs professionnels (venant d'organismes de recherche ou d'universités) et des membres à part entière, mais particulièrement impliqués, de la population concernée par l'enquête participative. Dans l'optique de la nouvelle recherche-action ce chercheur collectif peut n'être constitué que de praticiens. Peut-être risque-t-il alors de manquer quelques questionnements-clés qui ne peuvent venir que d'un tiers ?
Le chercheur collectif représente une entité qui ne saurait être réduite à la somme de ses membres. Michel Bataille examinant ses dimensions soutient qu'il faut "disjoindre le sujet individuel d'un sujet transindividuel qui n'est ni praticien, ni chercheur mais qui introduit des changements au plan de la production des connaissances et au plan des pratiques" (Bataille, 1981, p.33). Il est doté d'une stratégie, d'une histoire et d'une affectivité singulières. Florence Giust-Desprairies a finement analysé ce qu'elle nomme l' "imaginaire collectif" d'un tel groupe. Par cet imaginaire collectif se constitue une cohésion illusoire du groupe qui médiatise et mobilise les divers phantasmes individuels (appelés par une structure de sollicitation de l'organisation considérée) et l'imaginaire social du moment concernant l'objet de connaissance. Nous avons vu, avec elle, lors de la co-direction d'une recherche-action dans un cadre franco-allemand, que ce type d'analyse pouvait très bien s'articuler à une attitude de recherche existentielle (Giust-Desprairies, Müller, 1997). Le chercheur collectif est un groupe-relais indispensable pour une recherche-action. Il doit faire l'objet d'une grande prudence au niveau de sa constitution. Il s'agit de repérer dans la population soumise à l'enquête les personnes mobilisées, les leaders d'opinion, suffisamment intéressés par une action liée à la réflexion. L'essentiel de l'élaboration de la recherche-action se passera en son sein, non sans conflit. Il faut veiller à ne pas se retrouver avec des personnalités trop idéologiques et fermées à l'analyse critique de leur propre existentialité.
Source d'informations de première main et multiplicateur, accélérateur ou diffuseur du changement, le chercheur collectif est l'organe par excellence de la coformation des chercheurs professionnels et des chercheurs praticiens. Il naît peu à peu de la confiance et de la convivialité de ses participants. Il implique un sens aigu de la médiation et de la patience, un art de l'écoute, de la part des chercheurs professionnels. C'est au coeur du chercheur collectif que se pensent toutes les stratégies d'intervention. Sa fonction d'animation pédagogique en liaison intrinsèque avec la recherche-action, au sens de Charles Delorme, est primordiale (Delorme, 1982).

L'écriture collective
Dans la recherche classique, le chercheur est toujours chargé de la rédaction finale du rapport d'enquête. Même dans les récits de vie, c'est souvent lui qui s'en charge, en remettant en forme les propos de son informateur. Il donne ainsi l'unité de style et de ton au rapport. La recherche-action à dominante existentielle et intégrale ne peut accepter cette méthode. Il y va de la crédibilité de la recherche-action que l'écriture soit collective. Les écrits sont proposés à la lecture et à la discusssion de tous. Cela ne veut pas dire que tous les textes doivent être écrits collectivement, mais l'ensemble du rapport doit comporter des parties écrites par le nombre le plus large possible des membres du chercheur collectif. Le chercheur professionnel accepte d'emblée les inconvénients du système : le rapport ne se présentera pas sous un jour très académique. On y trouvera des parties plus personnelles, parfois naïves, à côté d'éléments descriptifs ou théoriques. La dimension iconographique pourra être très présente. Dessins et poèmes sont susceptibles de trouver leur place dans le rapport. Cela peut heurter l'habitus universitaire du chercheur professionnel qui aura tendance à penser que ce n'est pas sérieux , que cela paraît trop ludique et guère démonstratif à l'égard de ses collègues. Il se tromperait alors très fortement et devrait plutôt changer d'orientation de recherche. C'est justement dans ce style de rapport que l'on trouve le mieux la nature essentielle de la recherche-action impliquée. Simplement c'est au chercheur que revient la tâche d'équilibrer les parties de telle sorte que la dimension plus théorique ne soit pas écrasée par celle plus affective, imaginative et personnelle. Rien n'empêche le chercheur professionnel, à un autre moment et pour un autre public académique, d'écrire un article plus "scientifique". dans une revue spécialisée, en essayant quand même de faire comprendre ce qu'il a voulu faire et qui dépasse les cadres de la cité savante. Sur le plan technique les capacités d'invention , d'improvisation et de rigueur du chercheur sont sollicitées afin de permettre à chacun de s'autoriser à écrire (A. Morin, 1992, vol 2, p. 141 ss).

La méthode en recherche-action
La méthode est indissociable des paragraphes précédents, en particulier de celui sur les notions-carrefours. L'esprit même de la recherche-action consiste en une approche spiralée qui les utilisent toutes. Elle signifie que toute avancée en recherche-action implique un effet récursif en fonction d'une réflexion permanente sur l'action. Mais inversement, tout segment d'action engendre ipso facto une poussée de l'esprit de recherche. Pas de recherche sans action, pas d'action sans recherche, comme disait Lewin. L'approche spiralée suppose également que, même si nous ne nous baignons jamais deux fois dans le même fleuve, suivant la formule héraclitéenne, il nous arrive de regarder deux fois le même objet sous des angles différents. C'est l'esprit même de la multiréférentialité. Comme le savent tous les sages, personne n'aura jamais fini de contempler un seul sourire d'enfant. D'ailleurs est-ce le même sourire d'un instant à l'autre ? Ainsi dans l'action le chercheur passe et repasse son regard sur l' "objet", c'est à dire sur ce qui va vers la fin d'un processus accomplissant une action de changement permanent. Sans cesse son objet lui échappe emporté par le flux de la vie. Sans cesse il le réexamine en s'impliquant sans vouloir le retenir. Le chercheur en recherche-action est l'aiguilleur des processus. Ils les acheminent à bon port en les repérant et, parfois, en les modélisant.
C'est en fonction de ce qui précède que l'on peut parler de méthode, loin de la "raison séparée" décrite par Michel Maffesoli et de la "pestilence méthodologique" dénoncée, en son temps, par Max Weber.
Pour Edgar Morin la "méthodologie" présente un caractère programmatique, nomothétique. Peu différenciée, elle ne tient pas compte des singularités et veut résoudre d'avance les difficultés en constituant des échantillons représentatifs, en posant clairement des hypothèses. La méthode est plus une aide à la stratégie. "La Méthode, elle - écrit Morin- peut modifier sa démarche en fonction des informations reçues ou des aléas. Elle relève de la paradigmatologie, c'est à dire des principes qui vont gouverner l'esprit lorsqu'il va aborder un problème de connaissance" (Morin, Sociétés, 1993, p. 335). c'est dans cette acception que je parlerai de "méthode" articulée à des techniques spécifiques (observation impliquée et techniques du journal).
Il me semble que trois thématiques centrales sont à examiner lorsqu'on parle de la méthode de la recherche-action :
· Le repérage du problème et la contractualisation.
· La planification et la réalisation spirale.
· La théorisation, l'évaluation et la publication des résultats.

Le repérage du problème et la contractualisation
En général, une recherche-action n'est pas suscitée par un chercheur. Ce dernier l'accueille plutôt. Un groupe se trouve aux prises avec une série de difficultés résultant de la vie quotidienne (habitudes alimentaires des nourrissons, absentéisme ou conflit dans les entreprises, ségrégation et racisme dans une communauté, échec scolaire, analphabétisme, pollution, délinquance juvénile, urbanisation marginale, ou tout simplement insatisfaction par rapport au genre de vie habituel, etc.). Les membres de ce groupe, le plus souvent ceux qui sont plus conscientisés, tentent de pallier le manque par des réalisations effectives. Mais celles-ci n'arrivent pas à satisfaire suffisamment la communauté. C'est alors qu'on fait appel à une aide extérieure (des chercheurs professionnels en recherche-action) souvent parce qu'au moins un membre du groupe a déjà eu des relations avec les chercheurs.
Le premier point consiste à revenir sur ce que les membres du groupe appellent "le problème" ou la "situation". Il s'agit de le contextualiser en se posant les questions habituelles : quoi, qui, avec qui, où, quand, comment, pour quoi ? Dans son célèbre Manuel des sciences sociales, Madeleine Grawitz souligne, sous cet angle, l'importance de la recherche qu'elle appelle "active" et qu'elle relie à l'intervention psychosociologique (1993, p.732-773).
La dimension de l'espace/temps est essentielle. Toute recherche-action est singulière et se définit par une situation précise qui concerne un lieu, des gens, un temps, des pratiques et des valeurs sociales, et l'espérance d'un changement possible. Derrière toute recherche-action nous trouvons une sociologie de l'espérance (Henri Desroche) qui s'oppose à toute pensée cynique ou fataliste. Comme le poète de René Char, en recherche-action "à chaque effondrement des preuves, le chercheur répond par une salve d'avenir". On procède à l'analyse de la demande en étant à l'écoute de ce qui se dit sans chercher d'emblée à interpréter et encore moins à juger. Mais le chercheur n'oublie pas de s'entretenir avec les catégories minoritaires ou marginalisées, sources d'informations souvent éclairantes sur les difficultés en cours. "Où sont passés les exclus ?", ceux qui ne parlent jamais, doit être le refrain de son intervention. La sociologie d'intervention a largement travaillé la question de l'analyse de la demande (Hess, 1981, 35-55 ; Touraine, 1978, 2ème partie). La notion même d'intervention fait l'objet de discussions (Dubost, 1987, 151-182), mais tous les auteurs, en particulier les psychosociologues, insistent sur le caractère démocratique de l'approche et la nécessité de passer par un contrat explicite et déontologiquement irréprochable.
La contractualisation écrite va, en effet, servir de plate-forme au groupe d'action. Le contrat précise les fonctions de chacun, le système de réciprocités, les finalités de l'action, les enjeux financiers, la temporalité, les frontières physiques et symboliques donc les zones de transgression et le code éthique de la recherche. Dès qu'il s'agit d'utiliser la méthode d'histoire de vie, le contrat devient indispensable et on peut s'étonner de l'utilisation irréfléchie de cette méthode en formation d'adultes comme en ethnographie de l'école à l'heure actuelle : "La tâche consiste à maintenir le fragile équilibre entre ouverture et libre expression d'une part, contrôle et structure de l'autre" (Peter Woods, 1990, p. 81). Il s'agit bien d'un "contrat ouvert" comme le propose André Morin (1992, vol.2, 34-50) c'est à dire qu'il "doit être ouvert dans toutes ses dimensions, autant dans la problématique, l'analyse des besoins, la définition des problèmes, les questionnements, que dans la méthodologie incluant la construction des instruments de cueillette de données et la révision de l'information concernant les significations des actions "(p.34). Dans un contrat ouvert , le client devient actif, participant et allié au chercheur professionnel. Il ne se démet pas de sa fonction d'évaluation et de contrôle.
C'est dans cet esprit que se constitue ce que j'ai nommé le chercheur collectif à partir des membres les plus impliqués dans la volonté de résoudre du problème. Il peut aller de quelques uns à quelques dizaines de membres suivant l'objet de la recherche et l'importance de la communauté. Mais il doit demeurer un groupe-relais par rapport au groupe-cible, c'est à dire à toutes les personnes directement concernées par la question à résoudre. Sa fonction est d'articuler la recherche et l'action dans un va et vient entre l'élaboration intellectuelle et le travail de terrain avec les acteurs. Les chercheurs professionnels en font partie avec leurs spécificités savantes. C'est à partir de ce chercheur collectif que se définit vraiment le contrat de recherche. On peut dire que la recherche-action ne commence que lorsque la contractualisation et le chercheur collectif ont été institués.

La planification et la réalisation spirale
Nous pouvons systématiser un processus de recherche-action à dominante existentielle par le schéma (page suivante) :


 
 

Nous pouvons conclure que les trois moments de la construction de l'objet chez Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron et Jean-Claude Chamborédon dans Le métier de sociologue (objet conquis, construit et constaté) sont traduits en objet approché, coconstruit et effectué.
Chaque phase en vérité modifie l'ensemble du système interactif de la recherche-action. La dialectique du chercheur professionnel et des chercheurs praticiens au sein du chercheur collectif, puis celle du chercheur collectif avec l'ensemble du groupe-cible, animent sans cesse le mouvement de la recherche-action. Pendant toute la planification, la temporalité est reconnue avec son cortège de conflits et de médiations liés à l'action.
L'objet devient de plus en plus "coconstruit" au fur et à mesure que l'analyse se fait plus soutenue par l'ensemble du chercheur collectif et que les hypothèses d'action et d'élucidation sont produites et discutées dans le chercheur collectif et qu'elles sont mises à l'épreuve auprès des membres du groupe-cible. Deux temps président à cette élaboration :
- Le premier met au point un diagnostic en cernant la logique interne des conduites du sujet en situation problématique. L'élaboration s'appuie principalement sur une écoute sensible du vécu. L'interprétation/reformulation est plutôt rogérienne à ce niveau. Son effet de sens est validé par les membres du groupe et d'abord par les praticiens du "chercheur collectif".
- Le second est référentiel, fait appel à des références en sciences humaines et sociales et travaille sur des points-clés du blocage de la situation. L'élaboration est donc d'emblée plus en extériorité pour le groupe-cible comme pour les praticiens du chercheur collectif. Le danger est grand pour les chercheurs professionnels de prendre un pouvoir savant malvenu dans une telle recherche. Plus que jamais la constitution d'un langage commun est indispensable à ce niveau de la recherche.

L'effet de coformation
Il faut insister ici sur un point central de la recherche-action : l'effet de coformation dans le chercheur collectif entre les praticiens-chercheurs (du terrain) et les chercheurs professionnels. Les premiers questionnent sans cesse les seconds sur la pertinence de la dimension théorique dans la situation concrète considérée. Ils apportent des cas minoritaires, des pratiques parfois marginales, qui surprennent l'ordre du raisonnement théorique toujours plus ou moins globalisant. Les chercheurs professionnels de leur côté font découvrir aux praticiens la relativité culturelle de conduites, d'idées ou de valeurs qu'ils croyaient absolues parce que "vécues". Ils en montrent les dimensions politiques implicites et les effets manipulatoires. Ils en relèvent les aveuglements sur les ressorts profonds de l'action et sur le bien fondé de la finalité.
Plus que jamais la capacité à savoir faire des médiations est nécessaire pour les uns et les autres. Mais en aucun cas ils ne doivent oublier leur capacité au défi, à la "philosophie du non" comme dit Gaston Bachelard sans laquelle la recherche perdrait toute sa vigueur critique et s'endormirait dans un consensus mou qui n'apporte rien du point de vue de la connaissance.
Une attitude respectueuse consiste à rester dans la logique de l'échange symbolique du donner/recevoir/rendre au sens de Marcel Mauss, reprise par Jean Baudrillard dans L'échange symbolique et la mort. Pas de don sans un accueil et un contre-don. Le chercheur professionnel arrive dans un milieu étranger à son habitus (Bourdieu). Il ne va pas immédiatement "donner" son savoir mais accueillir celui des autres avec qui il prétend vouloir travailler. Il devrait pouvoir être patient et respectueux de l'espace mental et socioaffectif d'autrui comme le célèbre disciple Hui-neng du maître Ch'an Hung-jen, en Chine, à la fin du VII ème siècle a su attendre, quoique déjà "éveillé", en réalisant des besognes serviles dans la cuisine du temple avant de composer le poème qui allait le faire reconnaître comme le plus sage d'entre tous les moines par son maître vieillissant.

C'est pendant cette phase de planification qu'en termes d'action des objectifs partiels sont proposés, réalisés et contrôlés d'une part, évalués de l'autre. Contrôlés par rapport à un échéancier précis échelonnant la recherche sur un axe temporel et spatial. Evalués par rapport au projet-visée qui donne du sens à l'ensemble de la recherche. A chaque fois contrôle et évaluation ne sont pas le fait des seuls chercheurs professionnels mais demandent la participation et la réflexion de tous. Plus que jamais une recherche-action vise à l'émergence de capacités à la fois de solidarité et de responsabilité.

Théorisation, évaluation et publication
Dans une recherche-action la théorie découle de l'évaluation permanente de l'action. On trouve le processus de recherche en spirale suivant :
Situation problématique; planification et action n°1 ; évaluation et théorisation ; rétroaction sur le problème ; planification et action n°2 ; évaluation et théorisation ; rétroaction sur le problème ; planification et action n°3, évaluation et théorisation ; rétroaction sur le problème ; planification et action n°3 et ainsi de suite.
A chaque phase de la recherche, l'évaluation et la réflexion - avant l'action et après l'action - vont de pair. La discussion à ce sujet est une des caractéristique du chercheur collectif. L'évaluation s'opère par la mise à l'épreuve des effets de l'action au sein du groupe-cible. Ce dernier réagit, accepte, rejette ou nuance les interprétations proposées par le chercheur collectif. Toute nouvelle action tient compte de cette évaluation du groupe-cible. Par les praticiens locaux qu'il comporte, le chercheur collectif peut d'emblée limiter les interprétations extravagantes ou sauvages, et suggérer des actions plus pertinentes.
Peut-on parler de théorisation finale dans une recherche-action ? C'est la théorisation qui aboutit à l'issue de la recherche à une modélisation des processus collectifs conduisant à la réalisation des objectifs de l'action, c'est à dire à la résolution du problème initial. Certes, cette théorisation est toujours locale et donc il faut rester prudent sur toute tentative de généralisation. Néanmoins il est dans la compétence des chercheurs professionnels d'essayer de généraliser les modélisations en comparant plusieurs situations de recherche entre elles. Une généralisation aboutissant à un modèle d'action est-elle possible ? Dans l'optique d'une recherche-action existentielle c'est peu probable étant donné la caractéristique d'espace/temps et l'incarnation qui est la sienne. Mais l'affaire vaut la peine d'être tentée. Quel qu'en soit le résultat, nous devrons rester très circonspects sur son caractère d'universalisation.
Une recherche-action est terminée lorsque le problème initial est résolu, si tant est qu'il puisse l'être réellement. Seules les personnes concernées peuvent l'affirmer en fin de compte. Les chercheurs professionnels peuvent décider qu'il en est ainsi pour des raisons de temps, d'argent ou autre (implication) mais seuls les membres du groupe-cible ont le dernier mot. L'évaluation sommative d'une recherche-action, effectuée par le chercheur collectif, tente de comprendre ce qui est de l'ordre du changement réel dans les attitudes, les comportements des personnes et des groupes, ou dans la situation problématique. Ce changement est-il permanent, exhaustif et transférable éventuellement ? Doit-on en publier les résultats ? Qui en profite en dernier lieu ?
La publication du rapport final est-elle nécessaire ? Dans certaines recherches-actions du type "expérientalité sociale" la question n'est pas toujours présente. Mais les chercheurs professionnels ont souvent intérêt à publier puisque leur carrière universitaire en dépend ("publier ou périr" comme on dit outre-Atlantique).
Certains groupes marginaux ont également intérêt à publier ce discours d'accompagnement des pratiques innovatrices. Mais accepteront-ils la publication des failles de leurs système ?
La publication me semble nécessaire dans une recherche-action car elle pose des problèmes essentiels.
Qui a intérêt à publier la recherche ? Qui en dernière instance la met en forme et pourquoi ? Où et chez quel éditeur la publie-t-on et pour quelles raisons ? Qui obtient un exemplaire du rapport final ? Que fait-on des textes rejetés et quelle négociation a eu lieu à ce propos ? Quel est le droit de veto sur la publication ? Les participants peuvent-ils interdire une publication de l'analyse de leurs pratiques, même rendues anonymes, par le chercheur professionnel ?
Un commanditaire qui finance la recherche peut-il "enterrer" le rapport final pour des raisons politiques, institutionnelles ou sociales ? Quels sont les droits des membres du chercheur collectif à cet égard ?
Sous quelle forme va-t-on diffuser les résultats de la recherche ? Il y a les formes instituées acceptables pour la cité savante mais qui n'intéressent pas la plupart des gens concernés par le problème. Peut-on diffuser différemment les résultats de la recherche au prix parfois d'une simplication nécessaire à la vulgarisation ? Qui en décide ? Pour quelles raisons ?
Une recherche-action plus qu'aucune autre recherche pose plus de questions qu'elle n'en résout. Elle dérange presque tout le temps les pouvoirs établis. N'est-ce pas la raison pour laquelle la recherche-action est productrice d'une connaissance ordinaire (Michel Maffesoli) qui dévoile sans cesse l'intelligence du social ?

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