Pour ma mère


 
 
 

Entre le soir et le petit matin

l'Abîme imperceptible

Mère  maman  attention

trop tard

La main tendue touche à présent

la soie d'une ombre

Elle est passée derrière le bruit

sans faire d'histoire

L'univers s'est brisé en mille éclats de verre

Pour elle un oiseau a chanté rouge

Pour elle les murs ont laissé filtrer le soleil d'hiver

Je la vois maintenant descendre en douceur

vers un pays de transparence

vers mon père, ma soeur et son fils lianes accueillantes

Une fête grandiose l'attend sur les hauteurs

Une tendresse infinie la retient

J'entends d'ici les chansons de mon enfance

Les tangos et les valses et la voix d'Edith Piaf

Mère, maman, laisse-toi prendre le large

Va vers la neige qui blanchit les contours

Il y aura toujours quelqu'un du côté de ton coeur

Tu seras toujours là dans le doux mot d'amour

 

 
 

René Barbier
 

(Paru dans Poésie Terrestre  n°13, Nogent-sur-Marne, mai 1999)