PENSƒES DE LÕASIE ET OUVERTURES SCIENTIFIQUES CONTEMPORAINES.

 

RenŽ Barbier (CIRPP, 2012)

 

 

Pendant prs de quarante ans jÕai enseignŽ ˆ lÕuniversitŽ Paris 8, Sciences de lՎducation, lÕune des universitŽs les plus interculturelles de France. Il est pratiquement impossible pour un chercheur en Žducation dans cette universitŽ de nÕavoir pas ŽtŽ touchŽ, dÕune manire ou dÕune autre, par les philosophes renommŽs du dŽpartement de philosophie. Franois Chatelet, Michel Serres, Michel Foucault, Jean-Franois Lyotard, Alain Badiou, Jacques Rancire, Etienne Balibar,  etc... sans parler du court passage de Jacques Lacan, fondateur du dŽpartement de psychanalyse[1].

Mais cÕest Gilles Deleuze qui reprŽsente pour moi le penseur qui a retenu le plus mon attention. Sans doute parce que ses cours Žtaient des phŽnomnes pŽdagogiques, ˆ la fois directs et conviviaux, sans mŽpris pour la dissidence,  et en mme temps de haute tenue intellectuelle. On peut en retrouver lÕessentiel en vidŽo aujourdÕhui avec lÕaide de Claire Pernet[2].

Gilles Deleuze qui sÕest donnŽ la mort en se jetant pas la fentre de son appartement parisien ˆ soixante-dix ans, ˆ la suite dÕune maladie invalidante qui lՎtouffait, correspond au vrai philosophe occidental : lucide et responsable, sans garants mŽtasociaux pour se voiler la face, ouvert ˆ la diversitŽ de la culture. Son amour de Spinoza, avec le concept de Ē nature Č, comme son sens du Ē devenir Č dans le monde (des Ē devenirs Č faudrait-il dire), nous le rend proche de la pensŽe asiatique, chinoise en particulier. Mais Deleuze est restŽ dans les marges de la pensŽe occidentale, qui a pris son ampleur aprs Nietzsche et pour les meilleurs penseurs, aprs les aventures de la technologie moderne et de la science des hautes Žnergies. Certes Gilles Deleuze fait partie de cette gŽnŽration de philosophes qui, au moins aux USA, ont constituŽ la Ē French Theory Č[3] que dÕaucuns ont eu plaisir ˆ fustiger (par exemple le philosophe vincennois Dany-Robert Dufour dans un de ses derniers livres). Mais les concepts de Deleuze demeurent et suscitent encore le questionnement (corps sans organes, devenirs, dŽterriorisation, rhizome, plateau, agencement, plan dÕimmanence, image-temps, nomadisme, sociŽtŽ de contr™le, schizo-analyse, visagŽitŽ etc.).

 

LÕouverture nŽcessaire aux neurosciences

 

Il est pratiquement impossible aujourdÕhui de tenter une rŽflexion philosophique sur notre monde sans faire rŽfŽrence aux donnŽes les plus actuelles de la science dans tous les domaines.

DŽjˆ dans les annŽes soixante-dix de lÕautre sicle, lÕidŽe mՎtait apparue trs clairement. CÕest sans doute la raison pour laquelle je nÕai jamais pu dŽriver vers des eaux trop ŽsotŽriques ou sectaires. La dŽmarche scientifique nous arrte sur les bords de lÕinconnu et nous oblige ˆ rŽflŽchir. Le mystique, lui, plonge radicalement dans lÕab”me qui se prŽsente ˆ lui ds lors que cela lui para”t nŽcessaire pour conna”tre.

Ces vingt dernires annŽes, les progrs dans lՎtude du cerveau ont ŽtŽ bouleversants. La technologie par imagerie ˆ rŽsonance magnŽtique nuclŽaire fonctionnelle et par le PET-scan nous a permis de saisir des connexions neuronales insouponnŽes.

Nous savons aujourdÕhui que notre cerveau fonctionne selon des processus plastiques interconnectŽs susceptibles de traiter une foule dÕinformations. Au delˆ de la vision Ē localiste Č des aires du cerveau (de Broca ou de Wernicke), qui semblaient tre c‰blŽs comme des machines Žlectriques dÕune faon immuable, le cerveau toujours en mouvement fonctionne dÕune manire beaucoup plus complexe.  Nos cent milliards de neurones, nos centaines de milliards de cellules gliales et nos dix ˆ cent mille milliards de connexions synaptiques qui joignent les neurones constituent un systme vivant extraordinairement complexe dont on est encore trs loin dÕavoir explorŽ la nature. Les recherches contemporaines sÕouvrent sur des connaissances qui rŽvolutionneront notre conception de lÕHomme. DÕores et dŽjˆ par exemple, le sens mŽditatif de lՐtre humain, toujours reconnu par les sagesses de lÕhumanitŽ, nÕest plus exclu des laboratoires expŽrimentaux et des pratiques cliniques en psychiatrie.

Dans les annŽes soixante, lorsque sÕouvrait pour moi la connaissance de Krishnamurti, jÕavais ŽtŽ touchŽ par ce quÕil affirmait concernant la modification rŽelle du cerveau par la pratique de la mŽditation sans objet et de lÕĒ attention vigilante Č ˆ tout ce que lÕon vit. Le neuropsychiatre Christophe AndrŽ comme le chirurgien devenu psychothŽrapeute Thierry Janssen nous livrent leurs rŽflexions argumentŽes dans ce domaine dans des chapitres du livre collectif coordonnŽ par Patrice van Eersel, tandis que le professeur Jean-Michel Oughoulian, poursuivant les recherches de RenŽ Girard sur le dŽsir mimŽtique, nÕhŽsite pas ˆ citer plusieurs fois Krishnamurti pour illustrer son propos,[4]

 

Durant ces annŽes, un clinicien thŽoricien de la conscience et de lÕimaginaire - Stanislav Grof mÕavait fortement questionnŽ en mÕobligeant ˆ relativiser le champ thŽorique que je connaissais en sciences humaines. Ses milliers de cas cliniques, sous LSD ou sous respiration holotropique, mÕavaient fait dŽcouvrir des pans entiers dÕouverture sur dÕautres rŽalitŽs concernant le monde intŽrieur et la conscience de lՐtre humain. Dans les annŽes quatre-vingt dix, jÕai rŽdigŽ une partie de mon livre sur Ē lÕapproche transversale Č consacrŽ ˆ lÕimaginaire et ˆ lՎcoute sensible, sur la thŽorie de cet auteur, notamment ses Ē matrices pŽrinatales Č[5].

Stanislav Grof demeure cependant quasiment inconnu encore maintenant de nos chercheurs franais en sciences humaines, alors que la thŽorie freudienne, dans ses diverses tendances, a fait flors (jusquՈ une Žpoque rŽcente o elle a commencŽ ˆ tre remise en question). Mme la psychologie analytique de Carl Gustav Jung nÕa pas eu lÕaudience quÕelle mŽritait en France.

Pourtant ˆ bien lire Stanislav Grof, on est frappŽ par la pertinence de ses rŽflexions, fondŽes sur de lÕobservation de cas cliniques. Il fonde ainsi une thŽorie la psychologie transpersonnelle Č[6]. Dans le premier chapitre de ce livre consacrŽ ˆ Ē la nature de la rŽalitŽ Č, il nous offre une synthse exhaustive des recherches de pointe concernant la conscience, sans exclure les apports de la neurobiologie, de la mŽcanique quantique, de lÕanthropologie des mythes et de lÕimaginaire, des sciences religieuses et de la spiritualitŽ, notamment orientale. Il prŽcise sa faon de voir et dÕagir en clinicien dans un autre de ses livres Ē LÕesprit holotropique Č Žcrit en collaboration avec Hal Zina Bennett[7].

Avec lui et avec de nombreux thŽoriciens de la matire, du cosmos et de lÕesprit qui vont venir par la suite, le concept mme de Ē rŽalitŽ Č devient trs problŽmatique.

Stanislav Grof avoue quÕil a ŽtŽ influencŽ, notamment, par les thses du physicien David Bohm (1917-1992) et de Ē lÕordre impliŽ Č[8]. Je connaissais ce savant par mon implication dans lÕoeuvre de Krishnamurti. Ce dernier avait longuement dialoguŽ par David Bohm sur la nature du rŽel. Ė la suite de ces rencontres, David Bohm avait proposŽ un sens clinique du Ē dialogue Č qui mŽrite le dŽtour en sciences de lՎducation[9].

 

Le concept de rŽalitŽ physique sŽparable est au cĻur du dŽbat des savants du XXe sicle. Pour Albert Einstein, le monde peut tre conu comme formŽ d'entitŽs localisables dans l'espace-temps, munies de propriŽtŽs qui constituent leur rŽalitŽ physique. Ces entitŽs ne peuvent interagir que localement au sens relativiste, c'est-ˆ-dire via des interactions ne se propageant pas plus vite que la lumire. Une telle conception du monde est appelŽe rŽaliste locale, ou sŽparable. Bien que se disant lui aussi un physicien rŽaliste, Niels Bohr propose une version diffŽrente de la rŽalitŽ physique et propose un blason Yin/Yang symbolisant sa vision du monde. En refusant de considŽrer une rŽalitŽ physique indŽpendante de l'appareil de mesure, il peut rŽsister ˆ l'attaque d'Einstein, qui cependant n'admettra jamais cette rŽfutation jusquՈ la fin.

Je suis frappŽ depuis longtemps par les intuitions et les choix de vision du monde des plus grands savants de notre temps, en fonction de leur connaissance de la pensŽe de lÕAsie, aussi bien du c™tŽ de la Chine que de lÕInde.

Notamment les scientifiques qui se sont intŽressŽs tout particulirement ˆ la physique des hautes Žnergies et ˆ lÕastrophysique semblent particulirement concernŽs par ces orientations philosophiques[10].

Ainsi Erving Schršdinger, ds le XXe sicle (1887-1961), se range du c™tŽ de ceux qui pensent en termes de non-dualitŽ et de lÕapproche de lÕadva•ta vedanta de lÕInde traditionnelle. PassionnŽ par les langues et en particulier le sanskrit, Robert Oppenheimer s'intŽresse Žgalement aux philosophies indiennes. Oppenheimer parlait et lisait le sanscrit. il y trouvait un vocabulaire ancien, classique, adaptŽ aux conditions Žtranges que la matire adopte en ce qui concerne ses conceptions de la recherche. Lorsqu'il assiste ˆ l'explosion atomique aux recherches de laquelle il a participŽ, il se rappelle la citation en sanskrit du Bhagavad Gita: Ń Ē Je suis le Temps, qui en progressant, dŽtruit le monde Č.

David Bohm, qui nÕa pas hŽsitŽ ˆ sÕentretenir trs sŽrieusement, avec le sage Krishnamurti, pense en termes de tao•sme comme Fritjof Capra. LÕastrophysicien contemporain Trinh Xuan Thuan en tant que bouddhiste, ne voit pas de contradiction majeure entre sa croyance et le Ē projet anthropique Č fort de lՎvolution de lÕunivers.

Hubert Reeves ne prend pas parti, mais accepte le projet anthropique faible correspondant ˆ une trs improbable probabilitŽ de rŽussite de la cohŽrence des divers ŽlŽments de la matire dans lÕunivers pour aboutir cependant ˆ la conscience humaine. Il demeure sur des postions agnostiques.

De nombreux savants contemporains se rŽunissent avec des sages bouddhistes notamment lors des rencontres rŽgulires en Suisse, sous lՎgide du Dalai Lama, pour faire le point sur leur connaissance du monde[11]. Ce dernier nÕhŽsite pas affirmer que si les connaissances scientifiques avŽrŽes contredisaient les textes bouddhiques, ce sont ces derniers quÕil faudrait changer.

Depuis longtemps je suis questionnŽ par les donnŽes et les ouvertures de la science contemporaine concernant lՎvolution de la vie et de la matire. Comme beaucoup dÕautres jÕavais ŽtŽ touchŽ par les thses sur Ē le point OmŽga Č du Pre Teilhard de Chardin en son temps. LÕunivers nÕallait-il pas vers un Žpanouissement de la conscience humaine manifestant ainsi lՎmergence de la sphre noŽtique de la vie dans le cosmos ? Mais ma non-appartenance ˆ la croyance chrŽtienne me laissait dans le doute. Seule mon inclination poŽtique mÕentra”nait ˆ donner du crŽdit ˆ cette perspective. Ces dernires annŽes, de trop nombreux fanatiques de lՎvolution majestueuse de lÕunivers mÕont rendu plus circonspect. Je suis conscient de la dŽrive possible de lÕimaginaire Ē quantique Č quÕun chercheur contemporain a bien dŽcrit (Richard Monvoisin, universitŽ de Grenoble)[12]. Mais par contre la problŽmatique de lÕhyper-complexitŽ du processus Žvolutif me para”t de plus en plus pertinent. Tout se passe comme si le dŽveloppement de lÕunivers, depuis le commencement supposŽ (le Big Bang il y a  13 ˆ 15 milliards dÕannŽes), se dŽroulait suivant un processus qui Žlabore sans cesse des structures de plus en plus complexes et qui intgrent eu fur et ˆ mesure celles qui les prŽcdent, tout en dissolvant une multitudes dÕentre elles. A chaque fois de nouvelles facultŽs Žmergentes, imprŽvisibles, surgissent de cette structuration[13]. En mme temps, tout semble nÕaller paradoxalement que Ē vers la mort et vers le froid Č comme dit le pote Eugne Guillevic au terme du processus. Le concept de finitude devient un concept indŽpassable, largement assumŽ par la philosophie (Heidegger) et lՎcologie comme lÕa montrŽ Bernard Delobelle dans un livre rŽcent (2012). Comme lÕa dit Paul ValŽry, nous savons que nos civilisations sont mortelles. JÕajouterai aujourdÕhui non seulement nos civilisations mais toute civilisation et mme toute vie ! Plus que jamais le penseur contemporain doit faire avec lÕabsence totale de sens extŽrieur ˆ lui-mme, en dehors de toute croyance en des garants mŽtasociaux.

Il faut affirmer que cette reprŽsentation de lՎvolution de lÕunivers nÕest en rien un avatar des thses du crŽationnisme nouvelle vague sous le terme de Ē dessein intelligent Č. On sait que les thses amŽricaines du crŽaionnisme nient farouchement la thŽorie darwinienne de lՎvolution du vivant. Le crŽationnisme sÕen tient ˆ la Bible stricto sensu. LÕhomme a ŽtŽ crŽŽ par Dieu en six jours il y a dix mille ans dans sa forme actuelle, ainsi que le monde vivant. Plus de 40% des AmŽricains le croient (mais ce type de croyants ne comptabilise que 28% dÕentre eux au Kazakhstan !). LՏre du PrŽsident Bush a largement favorisŽ un christianisme protestant liŽ ˆ ce crŽationnisme.

Le crŽationnisme le plus dur sÕest rŽpandu dans le monde musulman ˆ partir de la Turquie. Un leader charismatique et riche, dans ce pays, Adnan Oktar (alias Harun Yahya), rŽussit son pari de faire conna”tre ses thses antidarwiniennes dans le monde entier. Il conna”t bien son affaire et sÕentoure de spŽcialistes de la communication sociale et des mŽdias. Il a fait distribuer un ouvrage de 800 pages trs illustrŽ dans les pays occidentaux, notamment en France dans les Žcoles.

Il ne faut pas nŽgliger ce qui se joue ˆ cet Žgard sur le plan de la lutte intestine des croyances dans le monde. LÕavenir de nos enfants est concernŽ par cette lutte dans lÕimaginaire. Les religions du Livre sont parties prenantes ˆ ce dŽbat, non sans ambivalence. Les nouvelles thses du crŽationnisme, sous le nom du Ē dessein intelligent Č commencent sŽrieusement ˆ gagner les sphres du monde scientifique, tant est grande lÕinconnu des premiers moments de lÕunivers. Les plus intelligents et sincres de ces croyants parlent de Ē projet anthropique fort Č ds lÕorigine cosmique et affirment quÕil sÕagit dÕune prise de position personnelle hors du champ de la science. Mais nombreux sont ceux qui tentent dՎtayer leurs croyances sur les dernires donnŽes de la science contemporaine au prix dÕune Žvidente rŽduction de la complexitŽ du rŽel.

1. Les ouvertures de la science contemporaine en physique

Ė bien y regarder, il me semble que plusieurs Žclairages scientifiques dÕaujourdÕhui nous conduisent ˆ nous interroger sur la vie et la conscience.

JÕen distinguerai quatre, entre autres : en astrophysique, avec la composition problŽmatique de la matire et son Žvolution en terme de Ē projet anthropique Č, en neurophysiologie du cerveau, avec les questions des facultŽs dÕaltruisme, de mŽditation et dՎtats modifiŽs de conscience,

LÕastrophysique et ses questionnements

Les astronomes contemporains sont autant  concernŽs par lÕinfiniment grand que par lÕinfiniment petit. Il y a une Ē reliance Č fondamentale entre les constituants ultimes de la matire et lՎvolution des gigantesques amas galactiques qui peuplent le cosmos. Nous savons que nous sommes faits Ē dÕune poussire dՎtoiles Č comme lՎcrit Hubert Reeves. En notre corps circulent des ŽlŽments constituŽs dans la fournaise des premiers ‰ges de lÕunivers.

Selon quel schŽma peut-on penser cette Žvolution ?

La revue Sciences et avenir du mois dÕaožt 2012 nous fournit un graphe intŽressant.


Si, dans les premiers moments de la crŽation de lÕunivers, notre physique est incapable de nous fournir des donnŽes pertinentes, au bout de trs peu de temps les premiers quarks apparaissent. Puis peu ˆ peu jusquՈ lՐtre humain, en passant par les plantes et les Žtoiles, nous verrons lÕapparition de la vie et de la conscience. Tout se joue suivant une Ē rŽgulation Č inimaginable maintenant une cohŽrence de lÕensemble Žvolutif. Tout se passe de plus en plus vite au fur et ˆ mesure que nous nous rapprochons de notre temps. Nous constatons lÕinsignifiance de lÕhistoire humaine dans cette Žvolution cosmique comme Carl Sagan, un vulgarisateur, lÕa suggŽrŽ dans une pertinente synthse o  les 15 milliards dÕannŽes-lumire de lÕunivers sont comprimŽes dans une seule annŽe.[14]

Les chercheurs dans ce domaine reconnaissent tous le caractre extraordinaire et improbable de cette cohŽrence dՎlŽments foisonnants. Si un seul de ces ŽlŽments avait fait dŽfaut, nÕavait pas ŽtŽ rŽgulŽ suivant le schŽma Žvolutif conduisant, en fin de compte, ˆ la vie, rien nÕaurait pu se rŽaliser. La dŽmonstration en a ŽtŽ faite par simulation sur ordinateur ˆ partir de crŽation informatique dÕ Ē univers-jouets Č..

Les chercheurs proposent ainsi le Ē projet anthropique Č faible : tout sÕest passŽ comme si une cohŽrence dÕensemble avait jouŽ sans que nous puissions en savoir la raison. DÕautres chercheurs avancent lÕhypothse dÕun Ē projet anthropique Č fort. Tout sÕest passŽ comme si la cohŽrence Žvolutive dÕensemble avait ŽtŽ programmŽe ds le dŽpart. Ė partir de cette dernire hypothse, toutes les fantaisies sont permises pour nous rassurer sur notre avenir radieux en tant quÕhumains. NÕy aurait-il pas un Ē dieu Č quelque part pour nous conduire vers un avenir paradisiaque ? Les frres Bogdanoff, deux jumeaux physiciens mŽdiatiques, nÕhŽsitent ˆ tisser un imaginaire scientifico-mystique ˆ ce sujet dans leur livre Ē la pensŽe de Dieu Č (Grasset, 2012). Mais dÕautres chercheurs, plus sŽrieux semble-t-il mais fŽrus dÕenvolŽe lyriques Žgalement, comme le vulgarisateur Jean Staune dans un de ces derniers ouvrages[15] participent ˆ cette envolŽe. Pour lui une question essentielle se pose ˆ l'humanitŽ : sommes-nous le rŽsultat accidentel d'un processus aveugle ?
Une immense rŽvolution conceptuelle a eu lieu au XXe sicle, comparable ˆ celle induite par Copernic et GalilŽe, mais le grand public n'en a pas encore pris connaissance.
La physique nous montre que les fondements des objets matŽriels ne sont pas des objets matŽriels et ne sont mme pas situŽs dans le temps et l'espace.
L'astrophysique met en lumire le fait que notre univers est rŽglŽ de faon trs prŽcise, sinon la complexitŽ et la vie n'auraient pu se dŽvelopper.
Certaines expŽriences de neurologie incitent ˆ penser que notre conscience n'est pas une simple production de l'activitŽ de nos neurones et que nous possŽdons un libre arbitre limitŽ mais rŽel.
La biologie rŽvle que nos nombreuses contraintes s'exercent sur l'Žvolution de la vie, qui contribuent ˆ la canaliser et ˆ rŽduire le r™le du hasard.
Matire Ē dŽmatŽrialisŽe Č, Žvolution Ē dirigŽe Č, univers Ē rŽglŽ Č, homme Ē non neuronal Č, tout cela amne ˆ se poser la question du spirituel... mais d'une faon compltement nouvelle. Le grand physicien Bernard dÕEspagnat nÕhŽsitait pas de lui Žcrire : ‚a y est ! JÕai lu votre livre de A ˆ Z ! Ne pouvant mÕen dŽtacher, jÕy ai consacrŽ deux jours pleins, avec, tout le temps, le sentiment dÕun authentique enrichissement intellectuel et mme, finalement, spirituel ! CÕest le livre qui mÕaurait enthousiasmŽ ˆ 18 ans, quand jÕignorais tout et aspirais ˆ la comprŽhension universelle, et qui, sincrement, me sŽduit tout autant, maintenant que je suis, disons, un peu plus ‰gŽ et plus aguerri...

Votre livre [...] prŽsente, sur les faits et les thŽories constituant lÕessentiel de la science pure dÕaujourdÕhui, une abondance dÕinformations prŽcises et rationnellement liŽes qui va en faire une sorte de GPS ou de systme Galileo : je veux dire un outil bien utile ˆ qui veut, ˆ partir de lÕapparent fouillis que constitue le bagage scientifique actuel, se construire une vision ordonnŽe des choses....

[...] Il peut vraiment sortir une gŽnŽration du trou ; ouvrir une fentre vers une forme dÕespŽrance en phase avec notre Žpoque.

Il faut reconna”tre que Jean Staune sait sÕentourer de savants irrŽprochables, notamment dans un rŽcent ouvrage sur les nouveaux enjeux de la science contemporaine[16]. Ce livre nous Žclaire, ˆ partir de scientifiques dÕhorizons divers, des sciences Ē dures Č ˆ lՎconomie, dont plusieurs Prix Nobel, sur les bouleversements actuels du champ scientifique et sur les interpellations quÕil implique pour notre comprŽhension et notre philosophie de la vie.. Comme le fait remarquer dans la conclusion de lÕouvrage, mon collgue Jean-Franois Lambert, un chercheur en psychologie expŽrimentale de lÕuniversitŽ Paris 8, si la science sÕappuie sur des Ē faits Č, elle ne peut exclure leur interprŽtation inŽluctable. Jean-Franois Lambert y analyse, en particulier, lÕ Ē affaire Sokal Č, du nom de ce scientifique amŽricain qui ridiculisa, par un canular hautement sophistiquŽ,  une revue intellectuelle faisant autoritŽ aux USA dans les annŽes quatre-vingt dix. (pages 335 et ss). LÕesprit scientiste de Sokal et Bricmont (un coauteur dans le mme esprit) demeure trop draconien et rŽducteur pour vŽritablement limiter les dŽrives imaginaires issues de la science. JÕai toujours pensŽ que savoir expŽrimentalement, gr‰ce ˆ Lavoisier, quÕune molŽcule dÕeau est composŽe dÕoxygne et dÕhydrogne, nÕest quÕun aspect du savoir nŽcessaire pour comprendre lÕimportance de lÕeau dans la conscience et lÕimagination humaines. Certes dÕautres savants biologistes, physiologistes, pourront montrer lÕimportance de ces ŽlŽments dans lՎquilibre ŽnergŽtique du vivant, il faudra, malgrŽ tout, y ajouter encore les recherches de Bachelard sur lÕimaginaire de lÕeau et de sa place dans la poŽsie ou encore celles du docteur Imoto sur les cristaux et celles sur Ē la mŽmoire de lÕeau Č, mme soumises ˆ critiques, pour avancer, un peu, vers la complexitŽ de ce fait.

Trinh Xuan Thuan suit la pente imaginaire du Ē principe anthropique fort Č tout en reconnaissant quÕil sÕagit dÕun postulat pour lui en liaison avec sa croyance bouddhique et en restant trs prudent ˆ lՎgard du Ē dessein de Dieu Č le Principe Anthropique  formulŽ en 1974 par lÕastrophysicien anglais Brandon Carter. Selon lui, Ē lÕunivers se trouve avoir, trs exactement, les propriŽtŽs requises pour engendrer un tre capable de conscience et dÕintelligence Č, reprŽsentation qui a fait les dŽlices des crŽationnistes, versus modernistes.

Par contre Hubert Reeves, un autre astrophysicien canadien, demeure plus rŽservŽ, et se cantonne dans le Ē projet anthropique faible Č. cÕest du moins les conseils quÕil donne ˆ sa petite fille[17].

Reconnaissons que Ē le projet anthropique fort Č nous oblige ˆ rŽflŽchir et peut-tre ˆ philosopher un peu plus et ˆ dialoguer entre croyants et non-croyants en l'existence d'un Dieu (cf. les sŽries vidŽos suivantes http://www.youtube.com/watch?v=P3cJDGJrxvQ&feature=related - http://www.youtube.com/watch?v=mCMMLq7edlM&feature=relmfu - http://www.youtube.com/watch?v=aBBSQXuhzR4&feature=relmfu - http://www.youtube.com/watch?v=JzEdYIvWl7Q&feature=related). Trinh Xuan Thuan nous rappelle, dans une mŽtaphore Žclairante, que lÕunivers sÕest rŽgulŽ de telle sorte que la probabilitŽ quÕil en soit ainsi Žtait quasiment impossible ˆ tre pensŽe[18]. Tout sÕest passŽ comme si une flche avait ŽtŽ tirŽe vers une cible de un cm2 ˆ 15 milliards dÕannŽes-lumire, sans que lÕarcher ne sache o elle se trouvait et que, nŽanmoins, elle atteigne le coeur de la cible ! Avouons quÕil y a lˆ un mystre qui nous Žblouit. De mme que nous questionne aussi le fait que notre cerveau contient cent milliards de neurones comme notre univers visible contient lui aussi cent milliards de galaxies !

Quid de la nature de la matire ?

Ce que nous nommons Ē matire Č aujourdÕhui et qui nÕest Žgalement rien dÕautre que de lՎnergie suivant la cŽlbre formule dÕEinstein (E=MC2) se dilue dans des formules mathŽmatiques. Les  dernires interprŽtations parlent de composantes ˆ la fois liquide et solide pour les particules ŽlŽmentaires ˆ lÕintŽrieur du noyau de lÕatome. Le noyau atomique est fait de nuclŽons Š neutrons et protons Š maintenus ensemble par lÕinteraction forte. Le noyau dÕhydrogne ne possde quÕun proton tandis que celui du plus lourd des ŽlŽments naturels, lÕuranium, renferme 92 protons et 148 neutrons. CÕest le plus lourd qui appara”t comme une goutte de liquide alors que le plus lŽger serait plut™t  comme un minuscule agrŽgat rigide (selon Azar Khalatbari, Sciences et Avenir, aožt 2012,)

 Mais il reste des zones dÕombre inquiŽtantes : par exemple le fait que plus de 95% de la masse de lÕunivers nous soit inconnu et composŽ de Ē matire noire ou sombre Č et dÕĒ Žnergie noire ou sombre Č[19].

En vŽritŽ nous ne savons pas de quoi nous sommes faits, en dernire instance. La dernire dŽcouverte en juillet 2012 (si lÕexpŽrience est prouvŽe plus sžrement encore dans les mois et annŽes ˆ venir), celle de lÕapparition du boson de Higgs dont lÕexistence est presque reconnue aujourdÕhui par les chercheurs du CERN au vu des donnŽes collectŽes en 2011 par le LHC,  le gigantesque accŽlŽrateur de particules, enfoui sous la frontire franco-suisse et qui semble prometteuse de nouvelles connaissances concernant la matire noire[20]. Elle expliquerait pourquoi certaines particules ŽlŽmentaires sont dŽnuŽes de masse ds les premiers moments de lÕunivers. Mais nous en sommes encore quÕaux expectatives et aux premires constatations qui demandent confirmations.

Ce qui me para”t plus surprenant, cÕest la facultŽ dÕimagination Ē pertinente Č des chercheurs, comme justement Higgs et ses collgues ou la cŽlbre expŽrience paradoxale de pensŽe dite EPR (Einstein, Podolski, Rosen) visant ˆ rŽfuter lÕinterprŽtation dite de Copenhague de la MŽcanique quantique[21],  qui inventent des interprŽtations thŽoriques dont certaines au fil des annŽes, trouvent la possibilitŽ dՐtre expŽrimentŽes et prouvŽes (ou falsifiŽes), laissant ainsi appara”tre, peu ˆ peu, lÕesquisse dÕune connaissance du rŽel. Le monde deviendrait-il Ē pensable Č dans une dŽmarche asymptotique de lÕesprit humain ? Y-aurait-il, suivant en cela le Ē projet anthropique fort Č ds lÕorigine la finalitŽ tŽlŽonomique conduisant ˆ une conscience humaine capable de Ē penser le monde Č ? Cette perspective est trop belle pour tre vraie et satisfait si bien notre dŽsir imaginaire de savoir le fond des choses... On sait que la pensŽe rŽactionnaire des antidarwiniens du Ē crŽationisme Č international joue avec cette perspective, sous lÕangle du Ē dessein de Dieu Č originaire de lՎvolution, jusquՈ des rŽcents ouvrages, comme celui des frres Bogdanov ou comme ce roman dÕespionnage par ailleurs bien documentŽs,  Ē la formule de Dieu Č de JosŽ Rodrigues dos Santos, grand journaliste et professeur ˆ lÕuniversitŽ de Lisbonne, dans le domaine des sciences physiques, publiŽ ˆ 2 millions dÕexemplaires.

 

2. LÕouverture dans le domaine des neurosciences

Si les recherches concernant lÕinfiniment grand et lÕinfiniment petit nous conduisent ˆ des interrogations fondamentales sur la matire et lՎnergie, celles qui touchent la complexitŽ de la vie et du cerveau ne sont pas moins surprenantes.

Je distinguerai trois : les recherches sur lÕaltruisme et lÕempathie, celles sur la mŽditation et celles sur les Žtats modifiŽs de conscience.

Les recherches sur lÕaltruisme et lÕempathie

Le mot altruisme appara”t pour la premire fois en 1854 dans le "CatŽchisme positiviste" d'Auguste Comte c'est-ˆ-dire pendant la phase dite "religieuse" du positivisme. Il dŽsigne une attitude d'attachement, de bontŽ, voire de vŽnŽration envers autrui, qui rŽsulte d'un sentiment d'amour instinctif ou rŽflŽchi pour l'autre.

Le mot est pris dans les filets de la religion, notamment des religions du Livre. Christianisme, Juda•sme, Islam donneront des Žclairages diffŽrents ˆ partir dÕune mme source biblique. Le Pre franciscain Maximilien Kolbe donnera, ˆ travers son martyr dans le camp de concentration dÕAuschwitz, en 1941, un exemple christique Žclairant du sens de lÕaltruisme[22].

Mais ce qui mÕintŽresse particulirement aujourdÕhui, cÕest lÕapport des neurosciences ˆ la comprŽhension de ce sentiment dÕaltruisme.

Les recherches en neurosciences sur lÕaltruisme nous Žclairent sur lÕambivalence de ce sentiment. Il est ˆ la fois potentiellement don de soi et prŽdateur dÕautrui. Essayons de comprendre.

Au dŽbut des annŽes 1990 lՎquipe du neurobiologiste Giacomo Rizzolatti dŽcouvre un fait Žtonnant sur les mŽcanismes cŽrŽbraux qui commandent les mouvements dÕun singe macaque chez qui les chercheurs avaient implantŽ des Žlectrodes dans ses neurones. Ils constatent que quelques uns de ses neurones moteurs avaient le mme fonctionnement quand il mangeait et quand il regardait quelquÕun (par exemple un tre humain) accomplir la mme action. Rizzolatti les nomme des Ē neurones miroirs Č[23]. La comprŽhension des gestes dÕautrui est spontanŽe et ne passe pas par le langage. Elle est liŽe ˆ lÕorganisation neuronale du cerveau. LÕempathie comme capacitŽ de ressentir la mme Žmotion quÕautrui en le regardant semblait ainsi tre le jeu de ces neurones miroirs.

LÕempathie consiste ˆ projeter dans lÕobjet regardŽ des Žmotions et des sensations qui lui donnent du sens. DŽjˆ en Allemagne au XVIIIe sicle en esthŽtique, Theodor Lipps avait propos le terme de Ē EinfŸhlung Č pour une capacitŽ de saisir de lÕintŽrieur un sentiment de relation Žmotionnelle ˆ autrui, dÕentrer en quelque sorte dans son intimitŽ. Le mot sera traduit par Ē empathy Č par les auteurs anglais et amŽricains. Le terme fera partie du vocabulaire esthŽtique comme relation singulire ˆ lÕoeuvre artistique en fonction de vŽcus corporels que lÕartiste et son public sont censŽs partager.

LÕethologue Frans de Waal constate que certains mammifres comme des singes supŽrieurs refusent de sÕalimenter quand leur geste de prendre de la nourriture provoque la punition dÕun congŽnre. Il en tire la conclusion que lÕempathie plonge ses racines dans un processus Žvolutif trs ancien liŽ ˆ la sŽlection naturelle[24].

Jean-Marie Pelt nous prŽcise que le sens de la solidaritŽ est liŽ au vivant. Chez les plantes et les animaux on trouve dŽjˆ des comportements qui entrent dans cette catŽgorie[25].

Mais il faut distinguer deux types dÕempathie : lÕempathie cognitive et lÕempathie Žmotionnelle. La premire permet de comprendre par la pensŽe ce que ressent autrui. La seconde nous fait entrer en retentissement Žmotionnel ˆ son Žgard. Le psychanalyste Serge Tisseron nous rappelle cette ambivalence de lÕempathie en parlant de Ē lÕempathie du prŽdateur Č[26] ˆ propos du film Inglourious Basterds de Quentin Tarantino dans lequel un officiel nazi rend visite ˆ un paysan qui cache des juifs. En se Ē mettant ˆ la place Č de ceux-ci, lÕofficier va dŽcouvrir leur cachette et les mitrailler. Chez ce nazi, cÕest lÕempathie Ē cognitif Č qui envahissait tout le champ de conscience. Mais lorsque des enfants prennent la dŽfense dÕautres enfants maltraitŽs ˆ lՎcole, cÕest plut™t une forme de rŽaction Žmotionnelle ŽprouvŽe ˆ lՎgard dÕautrui.

LÕempathie proprement dite rŽunit trois conditions selon S.Tisseron.

Il faut dÕabord Žprouver une Žmotion proche de celle dÕautrui.

Il doit exister une relation causale ˆ lՎgard de ce que lÕautre ressent qui nous fait lui ressembler instantanŽment.

Enfin lÕobservateur soit pouvoir rapporter consciemment sa douleur ou son plaisir ˆ celle ou celui quÕil observe sinon il ne sÕagit que Ē dÕune contagion Žmotionnelle Č.

Cette capacitŽ dÕempathie se manifeste ds les premiers ‰ges de lÕenfant et tisse une rŽciprocitŽ de la subjectivitŽ qui sÕaffirme vers 4 ans par le Ē souci de lÕautre Č. Deux interprŽtations sont proposŽes ˆ cet Žgard.

Dans la premire (thŽorie de lÕesprit) je me fais une reprŽsentation de ce que lÕautre ressent par une construction cognitive. Dans la seconde (thŽorie de la simulation) si je me mets ˆ la place de lÕautre, je me dis quÕalors je ressentirais tel effet.

LÕempathie destructrice du prŽdateur qui sÕexprime dans le comportement du nazisme semble rŽservŽe pour F. de Waal ˆ de psychopathes. Certes, cela nous rassurerait. Mais en fait il se peut quÕelle se dŽveloppe ˆ partir dÕune tendance ˆ la domination, ˆ lÕemprise dÕautrui, qui inhibe la rŽsonance Žmotionnelle naturelle de lՐtre humain, par le jeu dÕune raison morbide fortifiŽe par lÕidŽologie dans laquelle autrui est traitŽ en objet[27].

NŽanmoins un auteur Jacque Lecomte, a synthŽtisŽ des centaines de recherches, notamment nord-amŽricaines, sur le bien-fondŽ des thses de lÕaltruisme et du don de soi, ˆ partir de cas cliniques et dՎtudes statistiques[28]. Son ouvrage est Žclairant et compense trs largement les thses pessimistes sur la nature humaine. Il montre de nombreux cas de solidaritŽ collective, notamment lors des sŽismes comme ˆ la Nouvelle OrlŽans lors de lÕouragan Katrina. Il met en lumire que mme chez les bourreaux, le fait de tuer nÕest pas si simple, ds lors que lÕauteur se confronte ˆ la rŽalitŽ expŽrientielle du crime. Cet ouvrage redonne un peu dÕespoir pour notre monde ˆ venir si lՎducation ne reste plus cantonnŽe dans la sphre dÕune raison facilement mortifre mais sÕouvre aux fondements des sagesses de lÕhumanitŽ.

 

Les recherches sur la mŽditation

 

Les ouvrages sur la mŽditation sont innombrables ds lors que nous nous ouvrons aux recherches spirituelles. Mais lÕintŽrt des chercheurs scientifiques est plus rŽcent.

Depuis la fin des annŽes quatre-vingt dix des recherches sont menŽes sur lÕactivitŽ cŽrŽbrale en relation avec la mŽditation, quÕelle soit avec objet (prire dirigŽe vers une figure par exemple)  ou sans objet (comme dans la mŽditation zen vipassana).

On sait depuis longtemps Š ds lors que nous nous intŽressons aux sagesses de lÕhumanitŽ dans leurs variantes internationales Š que la mŽditation a toujours eu un effet positif dans le devenir existentiel de la personne humaine. Mais depuis le dŽbut du XXIe sicle de nombreuses recherches expŽrimentales en neurophysiologie dŽmontrent lÕintŽrt de la mŽditation pour lՐtre humain. La mŽditation nÕest pas la cogitation. Elle en est plut™t le Ē l‰cher-prise Č. Au sens occidental et philosophique, la mŽditation reste encore du domaine de la pensŽe et des concepts. Il sÕagit dÕune concentration Žlucidante sur un objet de pensŽe.

En Asie, tout au contraire, la mŽditation consiste ˆ se dŽsenclaver de la pensŽe et ˆ laisser passer les idŽes, les pensŽes, les images qui arrivent en flux ininterrompus dans la conscience comme des nuages dans le ciel, sans sÕy accrocher, sans les suivre et les prolonger. Simplement les regarder sans jugement comme dans la sagesse orientale. Jiddu Krishnamurti Žtait un ma”tre en la matire ds sa plus tendre enfance. Toute sa vie il a cherchŽ ˆ faire comprendre lÕimportance de ce mode dՐtre ˆ ses interlocuteurs.

Des chercheurs occidentaux rŽcemment ont proposŽ des techniques de mŽditation en vue de guŽrison trs proches des sagesses dÕAsie comme Jon Kabat-Zinn[29]. Un scientifique neuropsychologue David Servan-Schreiber (1961-2011) en fit un axe de ses recherches pour lutter contre son cancer du cerveau[30] qui, en fin de compte, eu raison de sa santŽ[31].

La mŽditation peut se produire par une intense concentration sur une image ou une reprŽsentation mentale comme dans la prire chrŽtienne et tre animŽe par la foi.

Mais dans les deux cas le cerveau produit des ondes spŽcifiques dÕun tout autre type que celles en Žtat dՎveil ou de sommeil[32]. Ds lors on peut parler de Ē mŽditation la•que Č sans faire rŽfŽrence, a priori, ˆ une tradition spirituelle, mais simplement ˆ un besoin naturel ˆ reconna”tre chez lՐtre humain[33]. Ainsi le philosophe AndrŽ Comte-Sponville consacre une quinzaine de minutes par jour ˆ ce type de comportement.

Personnellement je passe souvent une heure trs t™t chaque matin dans un lieu tranquille ˆ cette pratique. Dans notre cas il sÕagit seulement dÕun bien-tre et non dÕune recherche assidue dans ce processus de vie intŽrieure comme le pratiquent par exemple les moines zen. Il est vrai que la pensŽe philosophique, comme productrice de concepts, nÕest  gure appropriŽe ˆ valoriser la mŽditation. Il me souvient du dialogue un peu conflictuel que jÕavais eu avec Cornelius Castoriadis ˆ ce propos lors dÕune entretien[34].

Les neurologues dŽcouvrent la mŽditation

En 2005 un chercheur en neuropsychologie de lÕuniversitŽ de MontrŽal, Mario Beauregard, ˆ suivi quinze soeurs carmŽlites dans son laboratoire alors quÕelles entraient dans un Žtat de contemplation. Les religieuses sont passŽes par diffŽrents Žtats quÕelles ont dŽcrits. Leur cerveau a ŽtŽ stimulŽ par cet Žtat dans une zone situŽe  dans le lobe temporal que dÕaucuns ont nommŽ Ē le module de Dieu Č dŽjˆ identifiŽ chez les Žpileptiques rapportant une expŽrience mystique lors dÕune crise. Les sensations de fŽlicitŽ, dÕamour inconditionnel, sÕaccompagnaient dÕune activitŽ certaine de rŽgions cŽrŽbrales du systme limbique associŽes aux Žmotions. Une sensation dՐtre absorbŽ dans quelque chose de plus grand que la personne Žtait corrŽlŽe ˆ une activation du cortex prŽfrontal mŽdian normalement associŽe ˆ la conscience de soi. Pendant la phase de haute intensitŽ mystique qui faisait perdre conscience du corps, on a notŽ des changements dans le cortex pariŽtal associŽ au schŽma corporel. Des ondes dites Ē thta Č sont apparues nettement plus lentes dans lÕelectroencŽphalogramme. Elles furent Žgalement observŽes dans les mŽditations de moines bouddhistes zen., mais aussi des ondes delta dÕune frŽquence plus basse habituellement observŽe dans le someil profond et le coma[35].

LÕouvrage de Andrew Newberg, Eugene dÕAquili et Vince Rause, chercheurs en neurosciences de lÕuniversitŽ de Pennsyvanie, vient confirmŽ ce fait cŽrŽbral[36]. Pour les auteurs, les recherches confirment le fait que notre cerveau est biologiquement programmŽ pour expŽrimenter des Žtats de transcendance ˆ partir dÕexpŽriences cliniques auprs de mŽditants bouddhistes et de nonnes franciscaines. Le vŽcu, notamment, de la non-sŽparabilitŽ entre Ē moi Č et le monde est relatŽ. LÕenqute menŽe est de grande envergure et pluridisciplinaire sans dŽlaisser la fonction des mythes et des rituels. Les auteurs sont pionniers dans lՎlaboration dÕune nouvelle discipline, la neurothŽologie, qui Žtudie la religion du point de vue de la biologie.

On sÕaperoit, en fin de compte, que Ē le cerveau du Bouddha Č concerne tout le monde dans la mŽditation comme le remarque Rick Hanson dans un plaidoyer pour une activitŽ cŽrŽbrale de Ē pleine conscience Č[37].

 

Les Žtats modifiŽs de conscience

 

Les recherches dans ce domaine sont Žgalement rŽcentes et nous apportent de plus en plus de preuves quÕun autre regard sur la conscience est nŽcessaire. DŽjˆ mon collgue Georges Lapassade, fin connaisseur en ethnomŽthodologie de ces Žtats, nous avait mis la puce ˆ lÕoreille ˆ lÕuniversitŽ Paris 8 ˆ la fin des annŽes quatre-vingt dix[38].

Mais, tout dernirement, en juillet 2012, en participant ˆ une rencontre pluridisciplinaire sur Ē la conscience Č ˆ Font-Romeu, jÕai pu dŽcouvrir que cette exploration Žtait fort poussŽe ˆ lÕheure actuelle.

On peut sÕapercevoir que bien des dimensions de lÕesprit vŽcues dans ces Žtats modifiŽs de conscience, ont ŽtŽ dŽjˆ explorŽes par beaucoup de sages et de mystiques de lÕhumanitŽ.

Depuis longtemps dans lÕhistoire de lÕhumanitŽ, les Žtats modifiŽs de conscience ont ŽtŽ rŽpertoriŽs sans tre nŽcessairement classifiŽs sous une terminologie scientifique.

Au cimetire du Pre-Lachaise, lÕune des tombes les plus fleuries est celle de fondateur du spiritisme Alan Kardec, toujours quotidiennement visitŽe par des adeptes contemporains ˆ travers les monde. Les chamanes sibŽriens ou amŽrindiens sÕexpriment souvent dans un Žtat modifiŽ de conscience, non sans exprimer parfois la transversalitŽ de lÕHistoire, comme le montre Jean Rouch dans son film ethnographique Ē les ma”tres-fous Č africains. Les extases de ThŽrse dÕAvila ou de  Jean de la Croix comme celles de ThŽrse de Lisieux ou encore la Ē sortie hors du corps Č de Jeanne GuesnŽ, grand-mre tranquille[39], ou lÕabsence dÕabsorption de toute nourriture (inŽdie) exceptŽ lÕhostie consacrŽe, pendant des dizaines dÕannŽes, chez la mystique chrŽtienne Marthe Robin (1902-1981) au XXe sicle relvent du mme registre.

Il faut dire que ces dŽrives de comportement restaient classŽes dans le domaine de la religion. Les chercheurs Ē sŽrieux Č en sciences dures nÕy prtaient gure attention, conditionnŽs quÕils Žtaient par le paradigme scientifique matŽrialiste dominant.

Les choses ont commencŽ ˆ changer au dŽbut du XXIe sicle avec lÕabondance de cas cliniques dans les recherches des Žtats proches de la mort (NDE) et des Žtats comateux. Il fallait bien tenir compte des faits paradoxaux de la vie psychique, attestŽs par des tŽmoignages croisŽs.

CÕest ce que nous offre deux chercheurs de lÕinstitut Nosis de Genve, Sylvie DŽthiollaz (docteur en biologie molŽculaire) et Claude Charles Fourrier (psychothŽrapeute) dans leur ouvrage trs fouillŽ sur Ē les Žtats modifiŽs de conscience Č[40].

Il faut dÕabord prŽciser que les Žtats modifiŽs de conscience sont de multiples formes telles quÕelles sont dŽcrites par les personnes touchŽes.

Ils peuvent tre  liŽs au rŽveil de  kundalini et autres manifestations ŽnergŽtiques ; des sorties hors du corps ou out-of-body experiences ; des experiences de mort Žmminente ou near-death experiences ; des experiences ˆ consonnance chamanique (entendeurs de voix Č et phŽnomnes de Ē clairaudience Č ; des apparitions et visions ; des experiences de relativitŽ Ē temporelle Č ou Ē matŽrielle Č (cf Dethiollaz et Fourrier, 2011, pages 25 ˆ 171).

Certes un certain nombre de cas peuvent tre le fait de personnalitŽs perturbŽes, mais les chercheurs ont tenu compte de cette possibilitŽ pour faire leur recherche, notamment pour leur Žtude sur les NDE. Ils en arrivent ˆ la conclusion dÕune Žnigme de la conscience. Face aux limites de la science, cet ouvrage sŽrieux sÕouvre avant tout sur un questionnement concernant le vŽcu psychologique profond de lՐtre humain. Il nous permet de demeurer prudents ˆ lՎgard dÕexplications absolues en termes matŽrialistes ou spiritualistes. Pour ma part il me fait pencher pour dÕautres recherches encore plus vastes et plus soutenues, scientifiquement parlant, sur ces phŽnomnes de conscience altŽrŽe. Aprs tout, le fonctionnement des milliards de neurones et des centaines de milliards de connexions synaptiques de la personne humaine restent encore un continent largement inconnu de la connaissance, au mme titre que celle des milliards de galaxies visibles et de la nature de la matire ou de lՎnergie Ē noires ou sombres Č.

Comment conclure provisoirement ?

Thierry Janssen affirme quÕun professeur de Qi-gong lui a dit un jour Ē La pensŽe chinoise est peut-tre plus ˆ mme de comprendre le fonctionnement cŽrŽbral que la pensŽe occidentale, parce quÕelle est non linŽaire, multidimensionnelle et ne fait pas forcŽment intervenir des liens de causalitŽ immŽdiate Č  Depuis la trentaine dÕannŽes que je Ē voyage Č .dans cette pensŽe, je ne suis pas loin de croire ˆ la pertinence de cette affirmation.
Elle entre en synergie, en effet, avec plusieurs consŽquences de lÕapproche scientifique par les neurosciences dont jÕai parlŽ prŽcŽdemment.
- Elle ne sÕintŽresse pas ˆ la question de la crŽation (le dŽbut) ou de la fin du monde , mais avant tout du processus en cours. La science contemporaine occidentale semble demeurer obsŽdeŽ par le commencement et la finitude des choses. CÕest la raison pour laquelle les ouvrages des astrophysiciens font flors ˆ lÕheure actuelle. Mais personne ne peut dire ce qui sÕest passŽ ˆ lÕinstant t du commencement et si mme commencement il y a eu car notre conception de la physique est inapte ˆ  atteindre ce seuil primordial. De mme, aucun savant ne peut dire ce que sera la fin de lÕunivers (ni mme ce quÕest rŽellement lÕunivers) : sera-ce un Žtalement infini dans le froid et lÕinerte aux confins de lÕespace-temps ou, au contraire, un Ē Big Crunch Č, un retour vers un point focal dÕune densitŽ incommensurable et dÕune fournaise sans pareille ?
- Elle pose la question de la vertu dÕhumanitŽ (le Ē ren Č) comme une reliaison essentielle constitutive de lÕexistence du vivant et non dÕun Ē tre Č, une substance isolable, dÕun Ē sujet Č qui pourrait surplomber la nature et la ma”triser ˆ son profit. On sait que cette attitude est trs liŽe ˆ la pensŽe hŽbra•que, islamique et judŽo-chrŽtienne avec lÕidŽe dÕun CrŽateur absolu omnipotent du monde qui aurait pris la forme humaine, mais divine, dans la christianisme, installant ainsi la notion de Ē personne Č. La science dÕaujourdÕhui, par la reconnaissance de la complexitŽ croissante de ce qui est et advient, ne peut retenir lÕhypothse divine Ē en tant que science Č, sans nier pour autant la possibilitŽ de la croyance,  malgrŽ les fanatiques du crŽationnisme ou mme de ĒlÕ Ē intelligent design Č. Le principe de non-sŽparabilitŽ acceptŽ par la physique quantique nÕa pas trouvŽ encore dÕexplication en fonction de notre faon occidentale de percevoir le monde mais para”t pouvoir tre trs bien acceptŽ par la pensŽe chinoise.
- La notion dÕempathie a ŽtŽ Š de fait Š reconnue par le disciple de Confucius, Mencius ds le IV”-IIIe sicles Av.J.C. dans son exemple cŽlbre de lÕenfant qui tombe dans un puits et que nÕimporte qui sÕempresse alors de sauver. Ce qui nÕempche pas son contemporain Xunzi de dÕargumenter en sens contraire dans une pensŽe rŽaliste tournŽe vers lÕaction.
- les ouvertures sur les facultŽs cŽrŽbrales encore largement ˆ dŽfricher (Žtat modifiŽs de conscience), et la mŽditation sans objet, sont largement acceptŽes dans la pensŽe chinoise. Notamment le tao•sme et le bouddhisme chan les ont intŽgrŽes depuis toujours.
- Les thses actuelles du Ē cerveau social Č par lesquelles il est dit quÕun cerveau ne se dŽveloppe pas sans le contact direct avec un autre cerveau (neurones-miroirs et en rŽseau) semblent en accord avec la tradition chinoise qui, ˆ c™tŽ du tao•sme, a toujours fait une place de choix au confucianisme trs axŽ sur lÕhomme social ritualisŽ.

 



[1] Charles SouliŽ, Le destin dÕune institution dÕavant-garde : histoire du dŽpartement de philosophie de Paris VIII, Revue Histoire de lՎducation, N”77, janvier 1998, page web http://www2.univ-paris8.fr/sociologie/fichiers/soulie1998a.html vue le 9 aožt 2012

[2] Gilles Deleuze (avec Claire Pernet), LÕabecŽdaire de Gilles Deleuze, 3 cdrom, Editions Montparnasse, 2004

[3] Franois Cusset, French theory. Foucault, Derrida, Deleuze et Cie, et les mutations de la vie intellectuelle aux Etats-Unis, Paris, La DŽcouverte, (2005, 2003), 373 pages

[4] Boris Cyeulnik, Pierre Bustany, Jean-Michel Oughourlian, Christophe AndrŽ, Thierry Janssen, Patrice Van Eersel, Votre cerveau nÕa pas fini de vous Žtonner, Paris, ClŽs, Albin Michel, 2012, 228 pages. Cet ouvrage de trs bonne vulgarisation Žcrit par dՎminents spŽcialistes, est lÕun des plus clairs que jÕai eu lÕoccasion de lire dans ma recherche actuelle sur les neurosciences du cerveau.

[5] RenŽ Barbier, lÕApproche Transversale, lՎcoute sensible en sciences humaines, Paris, Anthropos, 1997, 357 pages

[6] Stanislav Grof, Psychologie transpersonnelle, Paris, Editions du Rocher, (1990, 1996), 314 pages.

[7] Stanislav Grof  (avec Hal Zina Bennett), LÕesprit holotropique, Paris, Editions du Rocher, 1996, 310 pages.

[8] David Bohm, La PlŽnitude de l'univers, Le Rocher, 1987

[9] David Bohm, Donald Factor, Peter Garrett, Le dialogue selon David Bohm, page web http://www.krishnamurti-france.org/Le-dialogue-selon-David-Bohm vue le 9 aožt 2012

[10] Voir la vidŽo Ē quinze minutes pour comprendre (ou presque) la mŽcanique quantique Č de Jean-Michel Raimond, professeur de physique ˆ lÕuniversitŽ Paris 6 http://www.liberation.fr/sciences/06012019-jean-michel-raimond-15-minutes-pour-tout-comprendre-ou-presque-a-la-mecanique-quantique (page vue le 20 aout 2012)

[11] Esprit et Vie Č de 1987 ˆ 2000, mŽmoire de DEA,

http://atheisme.free.fr/Contributions/Science_bouddhisme.htm, page web vue le 13-03-10. Voir Žgalement Mind

and Life Institute, wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Mind_and_Life_Institute , page web vue le 13-03-10 et

les publications : Mind and Life I (1987) : Passerelles, entretiens avec desscientifiques sur la nature de l'esprit, Albin Michel 1995, Poche : Albin Michel 2000, Mindand Life II (1989) : Le Pouvoir de l'esprit, Entretiens avec des scientifiques, Dala• LamaXIV, Editions Fayard, 09/2000 ou Pocket n”12583 Mind and Life III (1990) : Quandl'esprit dialogue avec le corps, Daniel Goleman, Editeur Guy TrŽdaniel 11/1998Esprit-Science. Dialogue Orient-Occident, Žd. IV (1992) : Dormir, rver, mourir, explorer laconscience avec le Dala• Lama, Francisco Varela, Claude B.Levinson, Claire Lumire,1993, 2e ed, 1999. Mind and Life Nil Žditions 1998.

Mind and Life VIII (2000) :Surmonter les Žmotions destructrices, Un dialogue scientifique avec le Dala• Lama

, Dala•Lama, Daniel Goleman, Editeur Robert Laffont, 10/2003 ou Pocket n”12331

[12] Richard Monvoisin, Quantoc : lÕart dÕaccommoder le mot Ē quantique Č ˆ toutes les sauces, page web http://www.knowtex.com/nav/quantoc-l-art-d-accommoder-le-mot-quantique-a-toutes-les-sauces_24839, vue le 3 aožt 2012.

[13] Sur la complexitŽ, outre lÕoeuvre dÕEdgar Morin (les six tomes de Ē La MŽthode Č au Seuil de 1977 ˆ 2004) et le texte synthŽtique de J.Corts dans Synergies Monde n” 4 - 2008 pp. 43-58

Jacques Corts), voir le n”, Ē la complexitŽ Č. La science du XXIe sicle Č, SpŽcial Pour la science, dŽcembre 2003, 160 p. et, surtout, lÕouvrage de Michel Bitbol, De lÕinterieur du monde, Paris Flammarion, 2010, 719 pages

[14] Trinh Xuan Thuan, Entretiens avec un astrophysicien, par Jacques Vauthier, Champs sciences, Flammarion, 1995, 150 p., page 87-88

[15] Jean Staune, Notre existence a-t-elle un sens, prŽface de Trinh Xuan Thuan, Paris, Presse de la Renaissance, 2007

[16] Jean Staune (s/dir), La science, lÕhomme et le monde. Les nouveaux enjeux, Paris, Presses de la Renaissance, 2008, 359 pages. Et Ē notre existence a-t-elle un sens ? Č Une enqute scientifique et philosophique, prŽface de Trinh Xuan Thuan, Paris, Presses de la Renaissance, 2007, 537 pages

[17] Hubert Reeves, lÕunivers expliquŽ ˆ mes petits enfants, Paris, Seuil, 2011, voir sa bibliographie http://www.hubertreeves.info/biblio.html page web vue le 8-08-2012, Žcoutez aussi son entretien sur sa vie et son oeuvre http://bibnum2.banq.qc.ca/bna/conferences/mp3/BAnQ_Balado_Hubert_Reeves2.mp3

[18] Trinh Xuan Thuan, Entretiens avec un astrophysicien, par Jacques Vauthier, Champs sciences, Flammarion, 1995, 150 p., page 96

[19] Žcoutez la remarquable confŽrence donnŽe ˆ l'IAP le 5 avril 2011, par Nathalie Palanque-Delabrouille, astrophysicienne au CEA (Saclay).http://www.cerimes.fr/le-catalogue/energie-noire-et-matiere-noire.html

[20] Voir Sciences et avenir ( N”786, juillet 2012) : http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/actualites/20120726.OBS8262/sciences-et-avenir-786-il-est-sorti.html

[21] Cette expŽrience de pensŽe (1935) devait prouver lÕ impossibilitŽ pour un signal de dŽpasser la vitesse de la lumire (causalitŽ relativiste); que la mŽcanique quantique est complte et dŽcrit entirement la rŽalitŽ (pas de variable cachŽe locale) ; enfin que les deux particules ŽloignŽes forment deux entitŽs pouvant tre considŽrŽes indŽpendamment l'une de l'autre, chacune Žtant localisŽe dans l'espace-temps (localitŽ). Malheureusement, plusieurs dizaines dÕannŽes plus tard, Alain Aspect rŽussit en 1981 et 1982  au laboratoire dÕoptique dÕOrsay ˆ mettre au point une expŽrimentation technique qui rŽfuta la thse Ē rŽaliste Č dÕEinstein. Ce qui est admis par tous les physiciens aujourdÕhui est le principe de Ē non-sŽparabilitŽ Č des ŽlŽments de la matire (principe dÕintrication quantique).

[22] En juillet 1941, un homme dispara”t dans le bloc 14, o se trouve le pre Kolbe. Aussit™t, les nazis sŽlectionnent dix hommes de la mme baraque et les condamnent ˆ mourir de faim et de soif, afin de dŽcourager les tentatives d'Žvasion. Kolbe se porte volontaire pour remplacer Franciszek Gajowniczek, pre de famille. Les nazis consentent ˆ la substitution ; les dix prisonniers sont enfermŽs dans un bunker souterrain du camp ˆ peine ŽclairŽ par des ouvertures Žtroites. Bien que la faim et la soif poussent les condamnŽs ˆ la folie de s'entretuer aprs quelques jours seulement, le prtre Maximilien rŽussit ˆ faire rŽgner le calme et la piŽtŽ entre ses compagnons de cette tragŽdie au moyen de prires et d'oraisons. Aprs deux semaines de famine1, seul le pre Kolbe qui a soutenu et vu mourir tous ses compagnons, est encore miraculeusement en vie. La place venant ˆ manquer, il est exŽcutŽ d'une injection de phŽnol dans le bras. Son corps est bržlŽ dans un four crŽmatoire le 15 aožt (fte de l'Assomption de la Vierge Marie). Franciszek Gajowniczek qui survit ˆ la captivitŽ assistera ˆ la canonisation de son sauveteur en 1982. Il dŽcde en 1995.(source wikipedia) Ė noter que lÕEncyclopedia Universalis nÕa aucun article sur Maximilien Kolbe !

[23] Giocomo Rizzolatti, et C.Sinigaglia, Les Neurones miroirs, Paris, Odile Jacob, 2007

[24] Frans de Waal, LÕåge de lÕempathie. Leons de la nature pour une sociŽtŽ solidaire, Paris, Les Liens qui librent, 2010

[25] Jean-Marie Pelt, avec la collaboration de Franck Srteffan, La solidaritŽ ches les plantes, les animaus, les humains, Paris, Fayard, 2004, 196 pages

[26] Serge Tisseron, LÕempathie au coeur du jeu social, Paris, Albin Michel, 2010, p.17 ss.

[27] Le dŽsir de destruction dÕautre trouve aussi ses limites chez le prŽdateur. LÕexemple des soldats anglais qui voulient empŽcher Gandhi de rŽcolter le sel nŽcessaire aux plus pauvres est lˆ pour nous convaincre.Le 5 avril 1930 au bord de la mer ˆ Dandi Gandhi et des dizaines de milliers de personnes commencent leur rŽcolte.Pour intimider le peuple la police le charge ˆ coups de lathis ferrŽs. Ė Peschavar, les forces de lÕordre ouvrent le feu ˆ bout portant sur la foule paisible. Les manifestants du premier rang tombent sans un mot. Aussit™t un second rang se prŽsente la poitrine dŽcouverte. Les soldats alors refusent de tirer. Ē Sur une plage ˆ Dandi/un peu de sel il a pris/devant tous les photographes/et le monde entier sÕarrache/sa photographie. ČFranois Mingot-Tauran, Impertinences, Chansons ˆ lire, Chansons ˆ dire, Walladja, 2008, page.143-144

[28] Jacques Lecomte, La bontŽ humaine. Altruisme, empathie, gŽnŽrositŽ, Paris, Odile Jacob,  2012, 398 pages

[29] Jon Kabat-Zinn, MŽditer. 108 leons de pleine conscience, Paris Les Arnes, 2010, 158 pages et Au coeur de la tourmente,la peine conscience, De Boaeck, 2009

[30] David Servan-Schreiber, GuŽrir, ƒditions Robert Laffont, 2003, Pocket 2005 Guerir.org

[31] David Servan-Schreiber (avec Ursula Gauthier), On peut se dire en revoir plusieurs fois, Paris, Editions Robert Laffont, 2011.

[32] 5 types dÕondes de frŽquence diffŽrente animent nos neurones : alpha Žtat de dŽtente, de relaxation lŽgre), bta (concentration, Žtat dÕactivitŽ volontaire intentionnel), delta (sommeil profond), thta (mŽditation expŽrimentŽe), gamma ˆ trs hautes frŽquences pour les crŽatifs en pleine production et les mŽditants de trs haut niveau.

[33] Nouvelles clŽs, N”78 spŽcial ŽtŽ 2012, La mŽditaiton la•que, pages 38-53

[34] reproduit dans Cornelius Castoriadis, Carrefours du labyrinthe, Figures du pensable,  Žd. du Seuil., 2009, 364 pages, http://www.barbier-rd.nom.fr/EntretienCastoriadis.html

[35] Les dossiers de La Recherche, La conscience, exploration au centre du cerveau, N”30, fŽvrier 2008, p.86. et Mario Beauregard et Denyse OÕLeary, Du cerveau ˆ Dieu. Plaidoyer dÕune neuroscieniifique pour lÕexistence de lՉme, Paris Guy TrŽdaniel, 2008, 437 pages

[36] Andrew Newberg, Eugene dÕAquili, Vince Rause, Pourquoi Ē Dieu Č ne dispara”tra pas, Quand la science explique la religion, ƒditions Sully, 2003 (2001 ed. amŽricaine), , 317 pages

[37] Rick Hanson avec le Dr Richard Mendius, Le cerveau du Bouddha, Bonheur, amour et sagesse au temps des neurosciences, prŽface de Christophe AndrŽ, Paris, Les Arnes, 2011, 297 pages

[38] Georges Lapassade, Les Žtats modifiŽs de conscience, Paris, PUF, 1987, 126 pages. Sur cet auteur voir la page web de RenŽ Barbier http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/article.php3?id_article=1049

[39] Jeanne GuesnŽ, La conscience dՐtre ici et maintenant, Jai lu, 2009, 285 pages

[40] Sylvie DŽthiollaz et Claude Charles Fourrier, Etats modifiŽs de conscience. NDE, OBE et autres expŽriences aux frontires de lÕesprit, Lausanne, Favre, 2011, 358 pages.