MANI CHRIST D'ORIENT BOUDDHA D'OCCIDENT

Editions du Septénaire ,666 pages, 2002

Par François Favre

Tout ce qui concerne le Maître spirituel Mani(3ème siècle) a été impitoyablement détruit: ses écrits et ses disciples ont tous fini sur le bûcher.Le peu qui nous est parvenu suffit cependant à nous donner une idéede la profondeur de son enseignement, qui gagnerait à êtremieux connu.

Lorsqu’on parle aujourd’hui de manichéisme,on songe rarement à cet homme exceptionnel, à ce Messagerde la Lumière que fut Mani (216-276). Sept siècles aprèsle Bouddha, deux siècles après le Christ, quatre sièclesavant Mahomet, le sage iranien se présentait déjàcomme le réunificateur de l’Orient et de l’Occident, le «Paracletde la Vérité» ou le «Sceau des Prophètes».Peintre visionnaire et philosophe, poète, musicien et médecin,Mani transmit une vision du monde et de la vie si puissante qu’elle serépandit, de manière totalement pacifique, de l’Afrique àla Chine, des Balkans à la péninsule arabique. Bien éloignéedes jugements excessifs que l’on porte à tort sur elle, sa doctrinetolérante et humaniste visait à concilier les grandes religionsde son temps (les chinois le nommeront «Bouddha de lumière»et les égyptiens «l’apôtre de Jésus») età diriger les chercheurs de vérité vers la découvertede la Lumière intérieure. Mani enseignait aux chrétiensl’aspect profond, ésotérique, du christianisme universel,dévoilait aux mages d’Iran le véritable sens du message deZoroastre, expliquait aux bouddhistes le chemin de la libération.L’«Eglise de Justice» qu’il avait fondée pour transmettreles mystères de l’Homme Parfait, illumina des millions d’âmespendant plus de mille ans.

Une telle clarté et une telle puissance suscitèrentévidemment l’adversité, la jalousie, la haine, et ce furentles religieux et les hommes de pouvoir qui, ne comprenant pas ses parolesd’éveil, tentèrent de détruire la pensée lumineusede Mani. «De sa religion de beauté, de sa subtile religiondu clair-obscur, nous n’avons gardé, écrira le romancierAmin Maalouf, que ces mots «manichéen, manichéisme»,devenus dans nos bouches des insultes.» (N’oublions pas que milleaprès, l’accusation de «manichéisme» conduirales cathares au bûcher.) Par quelle étrange ruse de l’Histoirece nom sublime est-il devenu le symbole de la divagation intellectuelleet morale ?

Une tradition arabe rapporte que «lorsqu’on brûlales livres de Mani et de ses disciples, du feu jaillirent des pierres précieuseset s’écoula de l’or liquide». Car les mots, comme les êtres,ont aussi une histoire et recèlent des trésors de significationsqu’une analyse minutieuse peut révéler. Un nom est une «signature».Celui de Mani renferme indéniablement les plus grands secrets, ceuxqui ont trait aux mystères de l’Esprit et de l’homme intérieur.Cette appellation sacrée désigne en premier, comme l’attestentles disciples du sage iranien, «Celui qui offre la manne, le painde vie». Selon d’autres auteurs, l’origine de son nom remonteraitau mot syriaque mana, «vase» ou «vêtement»,ou au sanscrit mani, qui signifie «pierre, perle précieuse,gemme» (pensons ici au mantram Om mani padme Om, dont le sens est: «Salut à toi, ô joyau [caché] dans le lotus»).Ces trois figures, le vase, la perle et le vêtement, se rattachentdirectement au mystère du Graal dont la présence est attestéedans toutes les traditions religieuses, de la Chine à l’Europe,en passant par l’Inde, l’Egypte et le Moyen Orient. Calice, pierre, gemmeou livre, sous quelque forme qu’on le décrive, le Graal n’a jamaiscessé d’être le symbole de l’union de l’âme humaineavec l’Esprit, but ultime de ceux qui recherchent la Vérité.Symbole, certes, mais dont la vraie signification se rattache étrangementà la physiologie même de l’homme intérieur, de l’Hommede lumière. Car le Vase sacré qui donne accès au Royaume,au Nirvana, à la Terre Originelle, c’est en nous-même, qu’ilse trouve : le pied de la coupe repose dans l’orifice cardiaque et lespoumons, la tige du calice est dressée dans le cou (trachéeartère et larynx), et le haut de la coupe est formé par leglobe de la tête. Il s’agit ici d’un fait spirituel irréfutable,relatif à la régénération du systèmetête-coeur, base de la réalisation de l’Homme nouveau. Mentionnonsque le chakra-couronne (ou chakra coronal), relié à la glandepinéale qui joue un grand rôle dans tous les processus spirituels,a aussi la forme d’une coupe du Graal.
 

Le mot sanscrit manas évoque encore le mental,la pensée, l’esprit et dans la mythologie indienne, Manu veut dire«premier homme» ou homme originel. En syriaque, on parle encorede Mani Hayya, «Mani le Vivant». Cette formule, utiliséedans le passé pour Orphée et attribuée à Jésusdans l’Evangile de Thomas, signifie : «celui qui vit vraiment, quiest ressuscité».
 

Ces quelques indications à peine voiléesnous permettent de comprendre que chaque image, chaque mot employédans l’enseignement et la vie du prophète iranien doivent êtrepris avant tout comme témoignage de la vie de l’âme, et interprétésde manière intériorisée. Ainsi, dans un psaume manichéen,Mani est-il décrit comme «le vent du Nord» qui indiquele chemin à ceux qui cherchent : « Un vent du Nord, qui soufflesur nous, tel est Mani. Levons l’ancre avec lui et entreprenons ensemblele voyage vers le pays de la Lumière. « Le manichéen,conduit par le souffle de l’Esprit, peut donc partir en voyage pour chercherla perle précieuse de l’âme. Il lui est alors possible derenaître et de recouvrer le vrai pouvoir de penser qui rétablitle lien entre l’Homme céleste (la monade, le microcosme) et l’hommeterrestre (la personnalité, le corps).
 

C’est pourquoi Mani n’est pas seulement un personnagehistorique dont les historiens modernes tentent difficilement de reconstituerla biographie, mais c’est aussi le symbole de l’Esprit éternel,consolateur et guérisseur, qui conduit les âmes vers le cheminde la libération ; il est une incarnation du Christ Universel, descendudans le monde sous la forme des Envoyés de la Lumière etqui se manifeste en nous, comme Esprit vivant. Il est de tous les temps,il est l’Alpha et l’Oméga, «le premier et le dernier».
 

Formulons l’espoir que l’évocation de l’enseignementqui prit forme en cet être exceptionnel que fut Mani, dont le seulnom évoque les plus hauts mystères, ceux de la Connaissancesacrée, incite de nombreux chercheurs de vérité àpartir en quête de la Pierre des Sages, du vase sacré, dont« la vraie demeure est la terra incognita de l’âme «,dans le cœur de l’homme. Notre livre leur est dédié. Il veutmettre en lumière les différents aspects spirituels, philosophiques,ésotériques, alchimiques et civilisateurs de l’œuvre de Manile Vivant, tout au moins ce que, après tant de siècles d’oublion peut encore en deviner…