La Montagne
 
 

à toi, mon dahut aux yeux bleus
 
 
 
 

Entre la verdure et la Blancheur

La Montagne découpe son mystère

Immuable et changeante

Silencieuse et mélodieuse

Ô ruisseaux Orages crispés

Chants des marmottes près des pierriers
 
 

Un nuage passe

Ainsi que le désir
 
 

Le soleil rouge est un tchador sur l'horizon
 
 

Tout est bien

La vie et la mort se rejoignent

A l'infini
 
 

Soudain les sommets n'ont plus de frontière

La Montagne gagne le large

Nulle part

Aucune trace

Il faudrait un bruit de grillon

pour la faire revenir vers nous

Vers les sillons de nos mains

Elle est là quelque part

Est-ce une femme ou une cime

Est-ce le pain qui sent si bon

Une image passe et glisse sur ma mémoire

Comme un grand parapente bleu azur

La Montagne tremble dans l'invisible

Une ombre déverse sa douceur

La route se démet de sa fonction

Une pierre dévale soudain le versant

Une goutte de sang

Presque rien

Tout change pourtant

La Montagne est toujours là

Immobile face à l'Abîme
 
 

Il ne sait pas marcher sur la Montagne

Seulement l'effleurer

Elle est toujours dans l'entre deux

Un écrin pour une sihouette

Un torrent qui arrache les blessures

Le sentier zigzague vers l'autre part

Pentu mais à l'envers pour qui sait voir

Il voudrait le suivre et ne plus penser

Partir avec un rien de pluie

Dans les yeux

Une orange peut-être dans ses mots

Un cri se transforme en rire

Une caresse devient avalanche

Nous n'avons rien à dire

C'est la magie de la Montagne
 
 

La Montagne l'a appelée une nouvelle fois

Il a suffi d'un reflet de soleil

D'un coup de vent sur les branches

Elle est partie

Sait-elle ce qui la pousse ainsi

Connaîtra-t--elle la Rencontre

Qui ne se décrit pas

Il sent tant de présences autour de lui

L'air tremble cymbale du petit jour

Aucun oiseau dans le ciel détissé

Les arbres en face de lui

Sont les sentinelles du Grand Secret
 
 

Au bord de la cascade

Il contemplait le bouillonnement liquide

Et déjà il était emporté entre deux secousses

Il dévalait la roche

Il trébuchait sur les recoins

Ses amis tout là-bas savaient-ils son départ

Ils étaient si loin à plaisanter

Ils étaient si près du bord

Ici tant d' êtres l'environnaient dans les tourbillons

Tant de visages réconciliés

L'amour est le cours des choses

Dans cette eau éclatante il était l'espace même
 
 
 
 

René Barbier, Le Curtillard, Massif de Belledonne, août 1997