Laboratoire des Sciences
de l’éducation, Université François Rabelais de Tours
Centre de Recherche sur
l’Imaginaire Social et l’Education, Université de Paris 8,
Dominique Cottereau et Dominique Bachelart
juin 2003
Écoformation : origines d'un concept (1980)
C'est en explorant la problématique de l'autoformation que Gaston PINEAU a mis à jour le néologisme « d'écoformation » dans les années 1980. L'approche des histoires de vie faisait en effet ressortir des expériences autoformatrices où l'émancipation du poids des autres s'accompagnait de la découverte et de l'établissement d'un rapport personnel aux choses : un courant d'air, un souffle respiratoire, l'eau du matin sur le visage, le pain à manger... remettent en forme Ces multiples expériences quotidiennes apparemment insignifiantes fondent cependant les rapports à soi et au monde. La prise de conscience opérée sur leur réalité établit une nouvelle unité écologique.
L’environnement forme au
moins autant qu'il est formé ou déformé. Le terme
“écoformation” veut traduire et explorer cette réciprocité,
au cœur de l'oïkos, au cœur de l'habitat. C'est en sachant comment
l’environnement met en forme que nous saurons comment former un environnement
viable et durable.
L'écoformation s'inscrit
dans le concept plus large de formation tripôlaire déjà
énoncée par Jean-Jacques Rousseau. Trois maîtres gouvernent
notre éducation, écrivait celui-ci : les autres, les choses
et notre nature personnelle ; trois modes formatifs participent donc à
notre développement tout au long de la vie, reprend Gaston Pineau
: l'hétéroformation, l'autoformation et l'écoformation.
Née dans la recherche en éducation permanente, l'écoformation se nourrit du vert paradigme écologique et environnemental. Posant la loupe sur ces traits d'union qui lient individus et environnements, elle interroge largement les relations des hommes au monde, des hommes à la nature, des hommes à leurs habitats. Nous dépendons des éléments naturels plus que ceux-ci ne dépendent de nous, et pourtant dans notre désir de les maîtriser, ils se sont éclipsés de notre champ de conscience. Le rapport dominant que nous lie à eux est un rapport d'usage. Ils existent pour nous principalement dans la mesure où ils nous sont utiles, où ils nous servent. Comment s'étonner alors de l'état actuel de l’environnement, ce grand oublié du cartésianisme, dans ses pollutions, ses dégradations, ses entropies. C'est en comprenant les forces vitales qui nous lient à l’environnement que nous apprendrons à composer avec les équilibres de la nature.
Le premier travail fut d'aller
à l'exploration de nos unités écologiques de base
: le lien organisme - élément (eau, air, terre, feu). Au-delà
d'une parenté physique, puisqu'ils nous sont biologiquement vitaux,
s'établit une parenté psychique indispensable à l'être
humain. L'oublier trop longtemps est s'aliéner et se condamner tôt
ou tard à de longues périodes de repos/récupération
au vert, au grand air, à la mer, à la montagne ou à
la campagne. Le lien à l'élément établit des
correspondances symboliques tout aussi nécessaires, il est support
de sens, générateur de vie. Gaston BACHELARD nous offrait
alors une voie royale, déjà défrichée, sur
les rapports de l'homme à la matière. Ses travaux sur l'imagination
des quatre éléments sont pour nous plus qu'une poétique
de la rêverie, ils explorent déjà la mise en forme
de ces unités écologiques de base.
Autour des quatre éléments,
constitution du GREF (1992)
L'air fut le premier élément exploré dans ses rapports aux individus et aux sociétés. Un premier groupe de travail se constitua autour de l'écriture d'un livre sur une écoformation à l'air. De l’air : comme un cri poussé dans un monde asphyxié, asphyxié dans ses modèles de formation, dans ses rapports à la nature. « Cri d'expiration ? D'aspiration ? Crise d'inspiration ? Cri cosmogonique. Le cri d'Icare plane. Si la conquête technique de l'air ne s'accompagne pas d'une conquête écologique, la chute menace, ... collective. Pas le choix, faire comme Dédale : s'inscrire à l'école de l'air, à son écoute. S'en inspirer. Apprendre à respirer, à aérer, s'aérer, habiter ciel et terre, s'aérodynamiser. Programme invisible, léger, subtil. Vital, il est déjà à l'œuvre à notre insu. Mais la survie implique de le sortir des oubliettes, d'élever l'inconscient écologique. De passer du réflexe à la réflexion. »
Se constitua ensuite un nouveau groupe, autour de Gaston PINEAU de l'université de Tours et de René BARBIER de l'université de Paris VIII, constitué d'étudiants et de chercheurs de troisième cycle dont le travail s'orientait vers la problématique de l'eau en écoformation. Pour donner de la constance et de la consistance au concept, il se nomma : GREF (novembre 1992)Groues de recherche sur l’écoformation. Nous avons alors interrogé nos rapports à l'eau, rapports personnels, puisés dans des pré-consciences, et qui expliquent plus largement notre rapport au monde. L'histoire de vie et l'écoute sensible constituaient notre méthodologie exploratoire de l'existentialité interne des sujets, nous laissant porter par la culture de chacun. Cette incursion dans le lien à l'élément nous entraînait vers ses ressorts imaginaires, symboliques et mythiques, nécessaires pour comprendre soit notre résistance à agir contre la réalité de sa pollution généralisée, soit notre engagement dans le mouvement environnementaliste.
L'eau n'a pas la même invisibilité que l'air, elle est présente tous les jours dans les préoccupations économiques, politiques et écologiques, et pourtant les discours ne sont que partiels ou superficiels. Un même silence entoure nos rapports les plus immédiats. Un même silence enferme son usage économique. L'eau sale est cachée, traitée par des technologies de plus en plus complexes qui déresponsabilisent chacun dans son quotidien. Une solution, comme pour l'air : sortons du silence et mettons-nous à l'écoute, comme Bachelard l'a fait, de « la parole de l'eau ». Elle nous redira « quelque beau mot tout rond qui roule sur des pierres » que notre imagination symbolique traduira dans la reliance éco-logique.
Depuis 2002, l'élément « terre » est au centre de notre travail : une terre ronde, demeure de l'humanité, mais aussi une terre profonde, végétale, minérale, porteuse de nos rêveries du repos et de la volonté ... abordée de manière multidisciplinaire.
Travailler avec, par et pour les praticiens de l'éducation et de la formation (1996)
On le voit, le travail du GREF, même s'il s'appuie sur des concepts aussi fondamentaux que ceux de complexité, reliance, imaginaire, symbolique, est largement engagé dans l'actualité sociale (comme le sont d'ailleurs l'autoformation, l'histoire de vie ou l'écoute sensible). La double problématique éducative et écologique doit être de l'ordre de la pratique et donc de la recherche-action . C'est pourquoi, en juin 1996, avons-nous accueilli avec intérêt des personnes extérieures à la recherche universitaire mais impliquées professionnellement dans l’éducation écologique : le Réseau Ecole et Nature. Cette association qui regroupe, sans les fédérer, 150 autres associations (dont 17 réseaux régionaux) et 350 personnes individuelles toutes engagées dans l’éducation à l’environnement, possède une culture de terrain à écouter. Depuis longtemps, mais sans le formaliser, les personnes du Réseau se laissent former par les éléments et par la nature, pratiquant l'écoformation comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Ce partenariat servira bien à « coproduire du sens avec tous ceux qui refusent d'être dépossédés de leur existence concrète, économique, sociale, culturelle et symbolique », comme l'écrit René Barbier . Produire du sens, pour l'écoformation, c'est se servir des pratiques pour travailler le concept et diffuser les résultats pour enrichir les pratiques... ceci est une nécessité sociale tout autant qu'individuelle.
Dans cet objectif, le GREF participa aux travaux de préparation des assises nationales de l'éducation à l'environnement qui se déroulèrent à Lille en 1999. Dans la région Centre, Eric BEAUDOUT anima quelques mois le collectif d'organisation des Assises régionales, au nom du GREF ; Gaston PINEAU intervint en Amphithéâtre face aux praticiens et décideurs régionaux. En 2001, le GREF, participa au second sommet international de l'Éducation Relative à l'Environnement, Planet'ERE, qui rassembla plus de 1000 personnes, venues de 42 nations différentes. Gaston Pineau représente le GREF dans le groupe sur l’éducation à l’environnement coordonné par la Ligue de l’enseignement
Parution des travaux et création d’une collection “écologie et formation”
Il aura fallu 9 années d'échanges et de travail, et un week-end au milieu d'une île bretonne pour que sourdent Les eaux écoformatrices. L'ouvrage collectif, sous la direction de René BARBIER et Gaston PINEAU , fait surgir l'eau des inconscients écologiques, personnels et sociaux. Modelé sur le triple fond imaginaire énoncé par René Barbier (l'imaginaire pulsionnel, l'imaginaire social et l'imaginaire sacral ), il nous fait plonger dans les trois affluents de l'élément : « De soi à l'eau, genèse des relations auto-écologiques » (partie 1) ; « De l'eau aux autres, formations de relations socio-écologiques » (partie 2) ; « L'eau entre nous, prémices d'une éco-anthropologie » (partie 3).
Dans le même moment paraissait la réécriture de la thèse de Dominique Cottereau sous le titre Formation entre terre et mer : alternance écoformatrice . A l'image des flux et des reflux qui, deux fois par jour, réinventent la plage, l'ouvrage nous balance entre explorations conceptuelles au cœur des entre-deux (entre-deux de l'estran, entre-deux systémique, entre-deux éco-logique, entre-deux de l'imaginaire), et illustrations d'écoformations enfantines maritimes. L'alternance écoformatrice est une proposition pédagogique qui voudrait que l'éducation à l'environnement ne se contente pas des méthodes rationnelles d'explication de l'environnement dans l'apprentissage, mais laisse aussi une large place aux approches sensibles et imaginaires qui permettent « d'habiter le monde en poète », comme l'écrivait Hölderlin.
Avec ces deux ouvrages
, l'occasion était
belle de créer une collection qui se spécialiserait dans
cette approche formative de l'écologie. Cette collection, créée
chez L'Harmattan éditeur et nommée « écologie
et formation », « veut explorer les relations formatrices
entre les personnes, les sociétés et l'environnement : formation
de soi et/ou d'une société dans son rapport aux matières,
aux éléments, aux milieux naturels et urbains et réciproquement
formation de l'environnement par ses occupants. La survie écologique
implique ces écoformations et leurs prises de conscience pour inventer
une nouvelle identité terrienne, transformant nos rapports d'usage
en rapports du sage pour un développement durable. Ces ouvrages
s'adressent à toute personne intéressée par
les liens entre formation et environnement : animateurs, enseignants, formateurs,
éducateurs à l'environnement, praticiens et chercheurs».
L’ouvrage : « Transhumance et éco-savoirs » (2003),
parution de la thèse d'Anne Moneyron soutenue à Tours en
2001 .
Impulsé par toutes
ces explorations écoformatrices, le GREF établit une premiere
collaboration avec l'IFREE
, au cours de cette même
année 2001, pour élaborer un numéro de la revue Education
permanente : Pour une écoformation, former à et par l'environnement
. L'éducation à l'environnement est encore largement circonscrit
au monde de l'éducation enfantine. Le champ de la formation des
adultes se contente bien souvent d'approches techniciennes de l'environnement.
Et il n'existait pas d'ouvrage rassemblant ces pratiques et leurs réflexions.
« Ce numéro présente le paysage théorique contrasté
que soulève l'émergence de pratiques diversifiées
d'éducation et de formation à l'environnement, dans les champs
éducatifs formels, mais aussi dans les dynamiques professionnelles
tentant d'articuler écologie et économie. Il explore également
ce qui peut être vu comme le lieu commun de ces pratiques : la formation
de l'éco, c'est-à-dire d'une relation formative interdépendante
entre organisme et environnement. La formation de cet éco est à
la portée de chacun et à la grandeur du monde ». Rassemblant
des auteurs de tous horizons de pensée et de pratique, l'ouvrage
pose une balise majeure dans l'histoire de la formation écologique.
Développement de la formation
Parallèlement à
ce travail de recherche et d'éditions, se créaient des espaces
d'enseignement universitaire de l'écoformation.
En 1996, l'université
de Paris 8 instaure une unité de valeur en licence et maîtrise
de sciences de l'éducation sous le titre « écoformation
et eau », reconduite en 1997 ; initie un module de 3 jours,
dans le cadre du DUFA (Diplôme Universitaire de Formation d'Adultes)
sous le titre « Ecologie et formation : la problématique de
l'écoformation » ; et en 2002 crée une unité
de valeur « Education, symbolique et écoformation »
en licence de sciences de l'éducation.
Un module de quatre jours
est initié en 2002 dans le cursus des animateurs scientifique à
l’IUT carrières sociales de Tours.
A l'université de
Rennes 2 Haute-Bretagne, un semestre du cours de Paul Taylor « Education
non formelle des adultes » est consacré à l'écoformation
au printemps 2003, dans l'année de licence de Sciences de l'éducation.
De même il est proposé, en 2002 et 2003, aux étudiants
de DEA une journée dans le module « les rapports de l'éducation
à son environnement ».
Le département de
Sciences de l'éducation de Tours conduit sur 2001-2003, avec l'Université
nouvelle de Lisbonne, un mestrado : « Formation et développement
durable » au Brésil. Cette formation rassemble une vingtaine
de formateurs du Brésil. Elle alterne entre des sessions denses
de quinze jours itinérantes à travers le Brésil et
des phases de production de savoir organisées autour d’un projet
de recherche singulier.
La construction des nouveaux
diplômes, liée à la mise en place de l’organisation
LMD, Licence, Master, Doctorat, nous parait propice à la réflexion
sur les formations qualifiantes et diplômantes sur l’éducation
relative à l’environnement. Des demandes de formations validantes
sont émergentes à l’Université dans ce domaine.
La Recherche comme processus
de formation
Depuis sa formalisation, le GREF constitue le support au développement de travaux de recherche individuelle (DUEPS, DEA, Doctorat) dans les deux universités de Tours et Paris 8 : Nicole Lescouey (1993), Marie-Claire Rinault-Denoyel (1995), Pascal Galvani (1995), Dominique Cottereau (1995), Odile Descamp (1998), Dominique Bachelart (1999), Anne Moneyron ( 2001), Eric Beaudout (2002), Vera Lessa Catalao (2002) ; et en cours d'écriture : Francis Lesourd, Philippe Nicolas, Francis Le Garrec, Christophe Andreux, Aldéric Le Pan...
Nos recherches, nos engagements
dans des formations-actions reflètent une orientation pour une formation
écologique alternante entre savoirs, expériences, connaissance
qui implique le chercheur/formateur dans la compréhension de son
propre rapport à la matière, aux éléments,
aux problèmes écologiques vitaux. Des positionnements épistémologiques
sont communs avec l’équipe de Lucie Sauvé sur la recherche
comme processus de formation de praticiens réflexifs et sur les
perspectives ouvertes par les recherches-actions impliquant d’autres membres
de la communauté. La recherche est une posture privilégiée
au cœur du processus de formation lui-même.
La méthode des histoires
de vie en formation (Pineau), « l’approche transversale » développée
par René Barbier, les démarches de « recherche-action-formation
» praxiques, interdisciplinaires et collaboratives, mettent en tension
les modèles pragmatiques et herméneutiques et permettent
d’aborder la pensée du complexe et les polarités individuelle/sociale/matérielle.
Dans ses travaux, le GREF a privilégié jusqu’à présent une perspective ontologique plutôt que des recherches-évaluatives centrées sur des programmes pédagogiques ou sur le développement de curriculum de formation et de stratégies pédagogiques. Notre orientation dans le GREF a poursuivi une visée herméneutique de compréhension de ce qui fait sens dans nos existences dans le lien anthropologique de chaque sujet avec son environnement. Le concept “d’anthropoformation” marque ainsi, de manière émergente, cette visée première de formation globale de la personne et d’émancipation sociale, individuelle et collective dans la reliance avec nos environnements .
Les champs de recherches reflètent les intérêts de connaissance de chaque membre du groupe. Des milieux différents sont concernés : l’école, hors de l’école, la montagne, la pleine nature, l’eau artificialisée, les activités agricoles…
Nos approches sont parfois
perçues à contre-courant des tendances lourdes de nos sociétés.
L’écoformation renvoie à une conception holiste de l’éducation/formation
questionnant les processus éducatifs qui font sortir l’enfant de
l’Ecole comme lieu des savoirs disciplinaires. Cette approche met en cause
la vision instrumentale de la formation comme arraisonnement techniciste
à la logique économique.
Les dimensions des corporéités,
de la subjectivité au travail, du rapport sensible à la matière
et de l’imaginaire à l’œuvre sont explorées, par exemple,
dans les métiers d’artisanat et les pratiques d’artisanat d’art,
dans les métiers de la nature et dans l’écopédagogie.
Nos travaux réintroduisent l’importance de nos rapports sensibles
et de nos couplages vitaux avec une « nature créaturelle »,
à un moment de mutation sociétale marquée par l’éclatement
des temps sociaux et l’entrée dans une économie immatérielle.
Nous pensons que les ruptures
provoquées par les rapports de prédation et les effets contre-productifs
de la “techno-nature” ouvrent une phase nouvelle dans les rapports entre
humains, société et environnement matériel. Elles
invitent à construire une épistémologie et des méthodologies
à la hauteur du défi.
Les travaux actuels se situent,
pour certains, dans une perspective interactionnelle ou pour d’autres dans
une perspective transactionnelle, dans l’approche théorique de la
relation humain/environnement. Selon la perspective transactionnelle la
compréhension d’un système individu-environnement est caractérisé
par une réciprocité et un échange continu dont les
éléments ne peuvent être définis séparément.
L’approche anthropocentrée est repérable dans les travaux
menés.
L’inventaire des méthodologies
utilisées reste à faire ; ainsi que l’analyse des référentiels
théoriques privilégiés. Les méthodologies sont
éclectiques combinant : récit de vie, cartes mentales, récit
de pratiques parcours sensoriels et évaluatifs, observations participantes,
productions d’œuvres, entretiens semi directifs, dans lesquelles le sujet
interrogé est souvent dans la posture de co-interpétation.
Le chercheur, le praticien
chercheur est engagé à travers sa recherche au sein
du groupe, dans un travail de désimplication / conscientisation
à partir de son propre parcours. Le GREF porte un projet affirmé
de ne pas dissocier rationalité et imaginaire, pensée réflexive
et pensée immergée ou comme le disait Popper la pensée
des horloges et la pensée des nuages.
La référence
à la transdisciplinarité est présente dans les travaux
de quelques membres. « L’éco-psycho-sociologie » que
G. Pineau appelle de ses vœux (Pineau G., 2003) ne pourra se suffire des
approches disciplinaires classiques des sciences humaines et sociales.
La “multiréférentialité” de compréhension,
et d’interprétation est revendiquée dans la plupart des travaux.
Les travaux de recherche s’inscrivent dans des dynamiques complexes
inscrites dans des temporalités souvent longues.
L’apprentissage de « l’éco » prend du temps, comme l’exploration des rapports formateurs individu-environnement. Il nécessite plusieurs niveaux d’exploration, du niveau sensori-moteur jusqu’à la mise à jour de nos héritages, refoulements et réenchantement culturels, pour servir d’horizon et d’anthropologie existentielle, face aux défis terrestres qui se globalisent.
Des démarches en réseau et une ouverture interculturelle
Face aux défis d’une formation écologique alternante entre savoirs, expérience et co-naissance, l’apport de dynamiques interculturelles obligent à repenser les modèles d’ingénierie de la formation d’adulte centrés sur les problématiques occidentales.
Pascal Galvani, membre du GREF professeur en psychosociologie, à l'université du Québec à Rimouski a ouvert un cours intitulé « laboratoire d'écologie humaine ». Il développe dans un cursus universitaire de deuxième cycle qui intègre des expériences d’échange interculturel avec les amérindiens. Son livre 1997, Quête de sens et formation, Anthropologie du blason et de l'autoformation, Paris, L'Harmattan et de nombreux articles contribuent à cette ouverture interculturelle en profondeur.
- Un protocole d’accord avec l’IRD, Institut de recherche pour le développement, vient d’être engagé autour de l’approche anthropologique des savoirs, savoirs-faire et des pratiques quotidiennes des humains à l’échelle locale et des modes de gestion viable du vivant permettant de jeter des ponts entre des savoirs particuliers et les orientations à grande échelle. Le rapprochement avec l’IDR, s’est fait à partir du livre de D. Bachelart, Berger transhumant en formation : pour une tradition d’avenir, Paris, éditions L'Harmattan. Ces travaux portent sur la formation de bergers transhumants abordée dans le champ de l’anthropologie du travail en lien avec les enjeux d’écodéveloppement de la montagne.
- Des projets de recherche-formation
en Amérique Latine sont en cours de négociation dans la suite
du Mestrado « Formation et développement durable ».
Ecoformation/écodéveloppement
Les actions pragmatiques menées par les uns ou par les autres, tout comme les engagements socio-politiques impliquant l’action sont assez peu manifestes dans nos travaux. Cela ne signifie pas que nous ne soyions pas dans une pluralité d’engagements et dans des pratiques plurielles. L’implication dans des réseaux de praticiens, dans le secteur associatif ou dans des projets de développement local nous confronte à des défis et des niveaux d’interventions plus directement « envahis » par le concept de développement durable. La diffusion de ce concept a été adopté d’abord au niveau international pour résoudre des questions environnementales globales. Il se situe à une polarité extrême des démarches d’écoformation expérientielles qui privilégient le pôle subjectif du couplage avec l’environnement. La notion de développement durable n’est pas sans nous poser problème. La plupart du temps, elle est adoptée sans approche critique du lien de continuité entre le développement technique-économique et le développement humain. Elle est utilisée trop fréquemment pour renforcer le sociocentrisme occidental plutôt que pour repenser un avenir plus égalitaire.
En début de ce texte, il est affirmé : C'est en sachant comment l’environnement met en forme que nous saurons comment former un environnement viable et durable. Cette assertion rend compte des présomptions qui ont porté la constitution du groupe.
L’écoformation est-elle une voie pour améliorer la gestion des comportements écologiques ? Aucune recherche n’a été menée sur le fait que l’exploration de son écoformation créerait les conditions favorables à l’adoption de comportements en faveur de l’environnement. A l’inverse, on peut postuler qu’il est indispensable de connaître la population et sa relation à son milieu, espace de vie… avant de mettre en place une intervention en faveur de l’environnent. On peut faire également l’hypothèse que l’individu est susceptible de s’engager dans des comportements écologiques seulement s’il s’approprie et s’identifie positivement à son milieu de vie. L’attachement au lieu peut être appréhendé comme une relation affective, l’espace approprié comme sentiments de sécurité et contribution à l’identité du sujet. Mais l’investissement affectif du lieu et attitudes pro-environnementales se traduisent-ils par des comportements écologiques conséquents ? Nous observons que l’individu vit fréquemment un « dilemme social » entre le comportement qui lui est bénéfique personnellement et un comportement qui lui est moins avantageux mais qui va dans le sens de l’intérêt collectif. L’individu est dans un « piège social » qui le met devant le choix entre un bénéfice immédiat et un comportement bénéfique pour les générations futures. Les choix comportementaux sont des problèmes touchant l’ensemble de la collectivité, les gens ne se sentent pas nécessairement responsables à titre personnel de problèmes dont ils n’ont l’impression de maîtriser ni les tenants ni les aboutissants. Ces choix sont en lien avec les valeurs, les mythes de la nature auxquels les individus adhèrent. Ils sont également soutenus ou non par des actions d’opportunités comportementales aisément disponibles, et guidés par des choix stratégiques collectifs portés clairement au nom de l’intérêt collectif. Cette complexité des niveau entrelacés nous obligent à penser une “écologie de l’action” dans laquelle l’écoformation peut prendre place.
En projet : Ecoformation terrestre et développement durable
Une recherche interdisciplinaire, internationale, intergénérationnelle est actuellement en projet pour contribuer à ce mouvement naissant d’une “écopédagogie planétarisante” s’inscrit dans la démarche de confrontation engagée dans la dynamique de définition du livre “habiter la terre” dans un réseau transatlantique France/portugal/québec/brésil. Ce projet de recherche-formation en cours de définition s’élabore autour des liens créés en réseau et de lieux ressources privilégiés pour explorer sur le terrain notre écoformation terrestre, dans un cycle de sessions itinérantes.
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Paris, éditions L'Harmattan, collection Écologie et formation
2003, LESSA CATALAO Vera,
L'eau comme métaphore éco-pédagogique : une recherche-action
auprès d'une école rurale au Brésil, Université
de Paris 8, à paraître chez L'Harmattan
Adresses
Gaston PINEAU, Laboratoire
des Sciences de l’éducation, Université François Rabelais,
116 Bd Béranger, 37040 Tours Cedex, pineau@univ-tours.fr
René BARBIER, CRISE
(Centre de Recherche sur l’Imaginaire Social et l’Education), Université
de Paris 8, 2 rue de la liberté, 93526 ST Denis, barbier@planete.net
Site : http://www.barbier-rd.nom.fr/GREF.html