EDUCATION ET SAGESSE AFRICAINE

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Boniface Koumé N'Guessan

 

Les premières lignes du deuxième volume " Les chemins de la sagesse " d'Arnauld Desjardins commencent par la maxime suivante: " celui qui sait ne parle pas , celui qui parle ne sait. ". Ne dit-on pas la même chose chez les Bakongo mais autrement " il faut savoir se taire quand on a la parole ".

Peut -on parler de sagesse lorsque l'on n'a pas encore vécu cette expérience? Lorsque l'on n'est pas élu au rang des sages? La questoin de sagesse nous semble avant tout une éxpérience . Et comme toute expérience ,elle est en relation avec le monde exterieur, l'environnement . Mais et , surtout , une question interieure , interieure à l'être et même dans l'être.. La sagesse n'est-elle pas alors un cheminement qui conduit l'être à se decouvrir de l'interieur ,à partir de l'extérieur dans sa relation au monde et la compréhension de ce monde,pour construire un regard autrement que celui consistant à percevoir l'univers constitué d'élements antagonistes?

D'autre part, si celui qui en parle n'est pas necessairement l'être le mieux placé sur la voie de la sagesse , comme nous dit la maxime, mais celui qui éprouve le besoin d'en parler, quel sens peut -on donner à la question. dans la situation? Serions nous dans une démarche provocatrice, pour inciter les sages à nous livrer quelques élements qui vont nous aider à mieux prendre conscience de la situation , de notre situation.? Sans doute que la profondeur de la maxime nous permet de penser aussi que ce qui est donné à comprendre , ne se limite pas à " dire c'est enfreindre les règles qui regissent la connaissance et sa transmission , mais que la transmission doit se faire dans des conditions appropriées, en tenant compte de la situation dans sa globalité ". Ceci pose le problème de limite et de choix. Dire n'est pas tout dire. ; Dire en sachant choisir les mots, les verbes, le ton, l'être ou les êtres à qui on s'adresse , et qui conviennent ,dans la situation.. Cette position n'est pas une retention d'informations, un refus de dire, mais n',inscrire la connaissance que dans l'espace disponible ,susceptible d'accueillir, en sachant que demain ,d'autres espaces seront disponibles pour accueillir ce qui n'a pu l'être aujourd'hui.. Ainsi , celui qui sait ne parle pas, ne parle pas de n'importe quoi n'importe où, à n'importe qui et, n'importe comment, tout en sachant qu'il parlera au moment opportun, sans se sentir frustrer par le manque de parler , sous tendu par la peur de ne pas être au monde?.. Ne sommes nous pas là dans une relation au monde ,où notre existence est interpellée de diverses manières? Parler , c'est établir un lien entre son monde interieur et le monde extérieur . Et ce monde se livre avec les mots qui ont leurs sens et ces sens sont faits de différents élements liés à notre expèrience.et notre état.. .L'état que nous livrons, peut intervenir sur l'état de l'être qui le perçoit. N'est-ce pas de cela dont il est question lorsque la culture Bambara attire notre attention sur le fait que:

La parole est tout

Elle coupe, écorche.

Elle modèle , module.

Elle pertube, rend fou.

Elle guérit ou tue net.

Elle amplifie, abaisse selon sa charge.

Elle excite ou calme les âmes

 

Alors , si nous choissons de parler de sagesse africaine, c'est à partir des informations parcelaires que nous avons pu entrevoire et saisir à travers ce que quelques sages ou les personnes reconnues comme telles , à un moment donné de leur cheminement ont jugé utile de nous liver, et non notre propre expérience intérieure, d'être qui a déjà vécu cette expérience d'homme sage. C'est à partir de ces brides d'informations que nous avons construit notre reflexion sur la question , notre propre réalité, qui s'inscrit comme une parmi d'autres. Et, c'est de cela qu'il va être question dans notre démarche:, en tentant de proposer ce qui fait sens dans notre fort interieur, quant à la question de sagesse, dont certaines de ces informations sont transmises , tout au long de notre existence, dans notre parcours éducatif, circoncrit par les besoins de socialisation.et, surtout , d'être au monde avec les autres. De ce fait , nous envisageons d'aborder la question à partir de quatre pôles . Dans un premier temps , nous aborderons le pôle existence. Cette existence s'observe dans les cultures africaines , à partir de la conception, où le foetus est déjà considéré comme un être.. Et lorsqu'il sera dans le monde des vivants et du concret, il évoluera du stade de l'être , au stade de personne , par le processus de socialisation. Le pôle qui va faire l'objet du deuxième point sur lequel nous allons refléchir est la connaissance. La connaissance de soi, la connaissance des autres ,la connaissance des sociétes et les règles qui permettent de cohabiter et de vivre ensemble dans cette société., la connaissance de l'environnement , en bref la connaissance de l'environnement social, culturel ,et naturel. . Exister et connaitre ne suiffisent pas pour être au monde avec les autres. .Il faut, sans doute , une fois les deux premiers élements intégrés, travailler sur les différents liens , pour arriver à établir un mode d'être dans ce monde , en conciliant les élements qui composent l'univers, en ayant conscience de la diversité, pour entreprendre la voie de la complémentarité des composantes, et cela suppose un troisième pôle , qui est le pôle de la compréhension.

Le quatrième pôle qui va faire l'objet de notre reflexion traitera de la croyance

 

PÔLE EXISTENCE

 

Les cultures africaines pensent l'être comme élement d'un grand ensemble, et cet ensemble est contenu dans une grande  "  enveloppe " , que d'ordinaire ,on qualifie d'univers, forme imaginaire et non palpable., l'univers circoncrit d'autres espaces, plus proches des réalités humaines., dont la plus commune appellation est le monde. . Mais aussi ce monde ou ces mondes ne sont pas moins imaginaires, car peut -on avancer, qu'il y a autant de monde que de cultures . Les cultures africaines conçoivent le monde comme le lieu dans lequel vivent les être et les choses , choses au sens d'objets. Et , ces êtres et choses cohabitent dans un même monde ..

D'abord qui est l'être que nous sommes censés êtres, plus connus sous l'appellation de " Être humain "? Question que toutes les cultures se posent ,et à laquelle nombreuses tentent de trouver une reponse. C'est ainsi queTierno Bokar soumet comme point d'ancrage à son élève " ton devoir est de chercher , quelle est ton existence réelle? Qui es-tu? D'où viens-tu? Pourquoi as-tu été crée ? en quoi consiste ton malheur ? en quoi consiste ton bonheur? "Alors avoir la conscience d' " être  " , n'est-il pas suffisant pour comprendre l'être.? En d'autres termes , l'être peut-il être cherché en dehors de l'être? Si ce n'est partiellement , dans ses rapports aux autres êtres, differents , et aux autres  " non-êtres "., car nous semble t-il , le semblable n'est pas soi, et fini d'exiter , lorsqu'il devient soi.en tant qu'autre.. Dans tous les cas, la connaissance de soi est primordiale pour aller vers la connaissance de l'autre. La notion d'être en Afrique, notamment chez les Baoulé (Côte d'Ivoire) est composé de facteurs physiques, visibles et palpables, d'une part et, de facteurs invisibles et non palpables d'autres part. Ces derniers ne sont pas perceptibles à partir des plus communs des sens, dont chaque être est doté.. C'est seulement ceux qui possédent des facultés particulières.qui peuvent percevoir ces éléments Il s'agit pour Léopold Sedar Senghor de "l'être qui possède la faculté de percevoir le surnaturel ou le transcendant dans le naturel " En d'autres termes , cet être possedant cette faculté peut avoir accès au monde de l'invisible . Il dispose ainsi de ce qu'on appelle aussi" la double vue  ",une pour le   "  jour "    et une autre pour la  "  nuit "..

. La notion d'âme est souvent utilisée pour qualifer cette deuxième composante de l'être africain, qui, selon les groupes culturels, il est fait reférences à une deux ou plusieurs âmes. C'est de cette manière que se comprend et s'explique la mort.. La séparation des differents elements , une fois intervenue, regagnent les lieux dont ils sont issus. La composante physique restant dans le monde concret du visible. Pour nombreux peuples , notamment les Agni (Côte d'Ivoire) la symbolique de la sépulture, est de redonner à la terre mère ce qui lui appartient, et la composante non perceptible ou immaterielle(Louis Vincent Thomas) regagne le monde dit de l'invisible, avant de revenir ou pas dans d'autres circonstances., pour assurer une vie dans le monde concret, en empruntant en guise de complement, pour pouvoir " être "la composante matérielle physique.. Ainsi l'être qui arrive dans le monde concret visible , vient du monde de l'invisble.. La notion d'invisibilité pour le sage de Biandiagara , est une question de vitesse car , selon lui, " dans l'univers , tout est vibration. Seules les différences de vitesse de ces vibrations , nous empêchent de percevoir les réalités que nous appelons invisibles " . Ceci nous conduit à la reflexion suivante,  "  les choses se passeraient comme ci, une fois l'être séparé de sa composante physique, le corps matériel, il acquiert un état tel qu'il n'est plus soumis aux mêmes lois que celui ayant tous ses éléments. Il peut ainsi évoluer dans d'autres conditions que l'être ordinaire.ayant l'ensemble de ses composantes "..

D'où vient l'être qui arrive dans le monde des vivants?

A cette question , les Baoule proposent la reponse suivante, relative à l'enfant qui arrive dans le monde du visible.

Pour eux , l'enfant qui arrive dans le monde du visible est lié au monde de l'invisible par trois origines possibles:

1)Le retour de l'esprit d'un ancêtre( oumyen). Dans la situation , lorsque les recherches effectuées ont prouvé le lien entre l'ancêtre et l'enfant(signes , traits de caractère, qualité physique ou psychologique etc..), dans ce cas , soit le nom de cet ancêtre lui est automatiquement attribué dès la naissance, c'est ainsi qu'on voit dans des familles,certaines fois , un père appeler son fils père ou sa fille mère,ou bien les propres frères et soeurs appeler, grand père ou grand-mère., soit des élements pour marquer ce lien.. Et cet enfant aura la même et les mêmes relations , eu égard aux autres membres de la famille qu'aurait eu cet ancêtre , au temps de son vivant.

2) L'enfant est un étranger( aoufouêh). C'est la situation dans laquelle les élements qui caracterisent l'enfant ne peuvent être attribués à telle ou telle source connue. Dans ces conditions le nom ou le prenom ,est directement tiré du calendrier composé à partir des jours de la semaine. La semaine Baoulé comprend sept jours et, pour chaque jour , il y a un prenom masculin et un prenom féminin qui lui correspondent. La table de corespondance se resume de la manière suivante:

(Tableau de récapitulation des prénoms courants

Jour de la semaine Prénom masculin Prénom féminin

Lundi Kouassi Akissi

Mardi Kouadio(Kouadjo) Adjoua

Mercredi Konan (Kon-lan) Amenan (Amlan)

Jeudi Kouakou Ahou

Vendredi Yao Aya

Samedi Koffi Affoué

Dimanche Kouamé (Koua-n' Amoin

 

3) Un don de puissances invisibles.

Le don est offert par deux principales puissances: a) dieu (nan-nan gnanmyenkpli) ou  " ( grand père grand ciel  " pour rendre compte de l'expression Baoulé, ce qui veut dire Dieu.

B) un don des genies de la terre (assyè-oussou)

D'une manière generale , c'est lorsque la femme a des difficultés de fécondation,car les problème de fécondation sont attribués en premier lieu à la femme, que la famille fait les démarches auprès du genie ou de dieu pour que celle-ci devienne féconde. Il s'agit d'un réel contrat entre la société humaine et dieu ou les genies, dont les élements sont d'une part, l'enfant et, d'autre part un sacrifice animal. Pour rester dans l'exemple des Baoulé, nous allons illustrer nos dires avec les faits suivants:

Sacrifice pour la fécondité d'une femme ( dans la langue locale têh)

" Salut du matin , génie de la terre, je te demande de venir car je vais te donner à manger et te parler.

Akpiré 'me charge de t'offrir ces oeufs en son nom afin que tu la rendes féconde. Car toi eau tu es source de la prospérité. Elle t'offre ces deux oeufs par mon intermédiaire qu'elle soit féconde, qu'elle enfante.

Lorsque tous verront qu'elle est enceinte elle viendra t'offrir un poulet.

Lorsqu'elle aura mis un enfant au monde , elle viendra t'offrir un mouton pour te dire merci. Regarde et accepte cet oeuf de sa main, regarde et accepte cet autre oeuf de sa main...

Akpiré qui est venue jusqu'ici chercher un enfant , Dieu grand (gnamienkpli),Eau N'zi, en particulier , donnez lui un espoir. Que nos faces ne se couvrent pas de honte. Je sacrifie le poulet sans hésiter. Il n'appartient qu'à toi de juger celui qui pense du mal de moi. Eau N'zi , regarde et accepte de manger ce poulet de bon coeur "

De telles pratiques se repèrent dans de nombreuses regions d'Afrique. C'est ainsi que chez les Diola(Casamance ), il y a la prière pour avoir des enfants et se concretise de la manière suivante:

" La femme qui avorte ou celle qui désire fortement mettre au monde, exécute tout d'abord l'enes kabukor ( cherche à avoir des enfants). Elle va trouver le prêtre du boekiin(génie) choisi et lui tient ces propos: Moi , ma mère m'a enfantée. Je voudrais aussi avoir des enfants. Mais je ne puis en avoir. Il faut que tu fasses un sacrifice afin que je sache pourquoi je n'ai pas d'enfants. Si c'est quelqu'un qui me les tue ou m'empêche de les concevoir, que le boekiin le contraigne à avouer publiquement son forfait et qu'il meure ensuite dans la honte. Si c'est moi qui tue mes propres enfants et vient te supplier hypocritement, que le boekiin me fasse avouer publiquement et je meure "

Dès lors , cette famille devient redevable à ce génie ou à dieu, dans un cas ou dans l'autre de nos deux exemples. Il faut par conséquent respecter , voire honorer le contrat. Autrement cela risque d'affecter l'état de santé de l'enfant , si la promesse n'est respectée. L'enfant qui naîtra , portera le nom du Génie.

La dation du nom

Quelques temps après la naissance de l'enfant , une cérémonie va permettre de nommer publiquement l'enfant, ou de confirmer celui-ci, une fois que la famille a acquis la garantie que l'enfant veut rester dans le monde des vivants . Cette céremonie intervient après un temps de maternité, temps variable en fonction des groupes , mais generalement trois à quatre semaines pour la majeure partie.. Chez les Dogons (Mali) trois semaines pour un garçon , et quatre semaines pour une fille. Les baoulé quatre semaines , sans distinction de sexe.. Chez les mossi du Burkina Faso, ce n'est qu'au terme de la deuxième année que l'enfant sera nommé, car encore indéci, il vit à cheval sur les deux mondes

Comme nous l'avons souligné pour ce qui concerne la dation de nom chez les Baoulé quand l'enfant est un don de Dieu,du genie ou quand il est issu d'un étranger, d'autres règles sont employées en dehors de ces trois facteurs. Par exemple l'évenement qui survient au moment de la naissance va rentrer en ligne de compte dans le nom qui est donné à l'enfant.. Dans la conception africaine du monde , repetons le , tout est lié, il n'y a donc pas de hasard ,. Ainsi une éclipse qui a lieu en même qu'un enfant qui naît aura une influence durant toute la vie , sur l'âme de cet enfant . Raison pour laquelle il faut l'integrer pour l'adopter.

Quel que soit le système utilisé, les noms qui vont être donnés,en général représentent  "  la synthèse des traits de caractère, " voire la personnalité. Le Dogon par exemple a quatre noms du moins, l'être dogon est tributaire de quatre noms.

Un nom qui fait reference à son appartenance maternelle

Un autre qui fait reference à son appartenance paternelle

Un troisième nom donné lors de son initiation

Un quatrième émanera du groupe pair, qui est le groupe de jeu, celui-ci est un surnom

Le yoruba ( Nigeria) possè trois Noms (L.V.Thomas 1993).

Le premier nom ou prenom fait reference aux circonstances dans lesquelles l'enfant est né. Le deuxième rend compte de l'état des affaires de la famille. Quant ua troisième, celui qui parait le plus important est  "  le nom attributs " et exprime l'identité ainsi que le type de comportement que le groupe attend de lui. (L.V.Thomas 1993

Chez les wolof et les Serer( Sénégal) , on va interroger le monde des ancêtres pour savoir quel est celui qui revient , afin de lui donner le nom.

Chez les groupes Akan , le nom est surtout basé sur le jour de naissance , en lien avec l'environnement immédiat mais aussi avec l'environnement lointain

La plupart des evenements importants intervenant le jour de la naissance d'un enfant participent à la personnalité de celui-ci ,par conséquent sont pris en compte dans le nom qui lui est attribué.. L'existence d'un être comprend en ce sens , trois grandes phases: 1) la naissance ou état primordial de la vie dans la société concrète. L'enfant est au stade de l'être.et, cela dès la conception, avant l'intégration effective à la vie d'adulte socialisé.. Ensuite , il parvient au stade de la personne , au sein de son groupe après avoir intégré valeurs , modes de vie,, somme toute , la culture du groupe pour être membre de ce groupe. Il acquièrt alors le statut de personne, reconnu socialement avec des devoirs et des responsabilités à assumer,. responsable d'un groupe le cas échéant, au même titre que les autres membres , quel que soit l'espace qui lui est attribué ou qu'il s'attribue .La dernière étape mais provisoire ,tout comme les autres, est la phase où , ayant rempli son contrat de la vie, la personne cède sa place à une autre vie pour une autre existence. La mort apparait tout simplement comme une suite logique de la vie et le prolongement de l'existence . Ainsi, pour l'Africain il n'y a pas de naissance sans vie , ni de vie sans mort et de mort sans naissance.. Ce sont là que des parties d'un ensemble dont l'une ne peut pas exister sans l'autre.

 

PÔLE CONNAISSANCE

 

La connaissance s'oriente dans deux grands axes, fondamentalement.

Un axe centré sur l'extetieur, l'exterieur à soi, connaissance d'autrui, fondant ses exigences sur la connaissance de l'autre, en partant de l'intérrogation , qui est l'aurtre? L' autre que je ne suis pas , mais qui est, être comme moi je le suis et, il en va de même pour tous ceux qui m'environnent de près ou de loin. La question de l'autre ne se pose pas pour différencier afin d'avaluer, mais se pose dans la dialectique, identité, identification ,differenciation pour tendre vers une complémentarité.dans les relations..

Le point d'ancrage de la connaissance est le savoir , dont il faut distinguer de celle-ci. Le savoir est la conscience que nous pouvons avoir sur l'homme, l'environnement, la nature , les choses.. Une conscience sur ce qui les constitue et les manifestations dont ils font l'objet. Le savoir reprensente alors la connaissance élementaire qu'on peut recevoir des autres . Le savoir est la premire étape de la connaissance. La deuxième étape est la mise en relation entre ce svoir ou cannaissance exterieure et, ce que lêtre a de profond en lui, qui permet de construire la conscience interieure..

Fondamentalement, le pôle connaissance se traduit par la " diade " qui orchestre la conception africaine du monde .de sorte que, tout est dans tout et, en chaque chose , il y a son contraire, qui n'est pas pour autant un antagonisme une opposition. L'electricité nous donne toute la grandeur de cette réalité en metteant en évidence la notion de pôlarité. Ainsi pour la pensée africaine , il y a en toute chose la presence de cette double dimension : exterieur:/interieur, monde du visible/monde de l'invisible,vie/mort, etc..dont l'un ne va pas sans l'autre . Donc la connaissance n'est pas seulemnt la connaissance du monde extétieur , du concret, du palpable , du visible, mais aussi la connaissance du monde interieur, l'interieur de l'être , le monde de l'invisible. Ceci est traduit de la manière suivante par les cultures africaines , plus précisement par les Malinké , Bambara du Mali:

" connaître l'eau vaut mieux que connaître le cheval, mais se connaître soi-même vaut mieux que tout cela. Connaître soi-même est une grande chose: c'est le commencement de la personnalité , tout le monde ne se connaît pas soi-même et tout le monde n'est pas une personne "

premier niveau de traduction:

" Savoir nager vaut mieux

que savoir monter à cheval,

mais se connaître soi-même vaut

mieux que tout cela.

Se connaître soi-même est une grande chose( une chose primordiale)

c'est le commencement de la " personnalité "

(car) tout le monde ne se connaît pas soi-même; et tout le monde n'est pas une personne (par conséquent) "

Deuxième niveau de traduction

"  Tout le monde n'a pas la ressource de posseder une monture et il nous arrive au cours de notre vie d'avoir des rivières ou des fleuves à traverser pour poursuivre notre route. Mais vivant en tête à tête avec elle-même, toute personne se doit de se connaître afin de devenir une vraie personne, une personne consciente de ses devoirs et de ses actes. "

Cette connaissance de soi permet à l'homme d'être à sa place en considérant ses différentes ressources et capacités... Ainsi "Au plus profond de chaque âme reside la connaissance, souvent endormie et comme recouverte de voïles, de " qui " elle est et, " d'où elle vient ". C'est cette intelligence profonde, cet instinct spirituel, qui va lui permettre de distinguer la vérité de l'erreur et d'engager , puis de progresser dans la voie du retour "( A.H.B 193)..

  Et le metier à tisser est là pour nous le rappeler. Le mouvement de la navette exprime le mouvement du monde :

" quelqu'un sait quelque chose

que quelqu'un d'autre ne sait pas

quelqu'un d'autre sait(dit la navette)

l'un est devant l'autre,

l'autre est devant le premier

le premier est derrière l'autre (marquent les pas);

que l'un monte

que l'autre descende

que l'un descende

que l'autre monte (répètent tour à tour les élementsde la lice).

entente! Entente!

Entendons nous!

Rien ne vaut l'entente(cadence du peigne)

Ainsi s'édifie le monde .

Ainsi finit le monde " (crie inlassablement la poulie)

" C'est ce chant de vie qui fait vibrer l'ensemble du metier à tisser, de même qu'il anime l'humanité "

La connaissance s'acquiert par don de l'autre , à travers les relations, mais aussi par l'effort de soi. . Le don de l'autre se caratérise par la démarche volontaire de transmettre le savoir sur quelque chose.à quelqu'un Il sera alors question d'enseignement , lorsque cela est organisé à quel que niveau que ce soit. . Cet enseignement prend en considération , les facettes multiples qui composent l'être humain, en mettant en relation trois temporalités qui sont , le passé avec l'histoire, le present avec la vie et le futur avec le devenir de l'être.. C'es à partir de là que l'enseignement de " l'histoire de l'homme prend en considération :

1) une dimension mythologique(le mythe apparaît comme un effort d'explication de la création du monde). Il s'agit " des grands mythes de la création de l'homme et son apparition sur terre, avec la signification de la place qu'il occupe au sein de l'univers, le rôle qu'il doit jouer et sa relation aux forces de vie qui l'entourent et qui l'habitent ".

2) Elle comprend d'autre part, " l'histoire des grands ancêtres , les contes éducatifs, initiatiques ou symboliques et, enfin l'histoire tout court, avec les grandes traditions royales , les chroniques historiques, etc. "...(A.H.B) Il s'avère donc que malgré l'interdependance des facteurs de la vie ,la tendance généralisante de l'enseignement et de l'éducation , une distinction est faite entre ce qui est du domaine du mythe, ce qui appartient au domaine ancestral et en dernier lieu , l'histoire et la vie en cours. . L'oralité est l'outil essentiel par lequel se transmet la tradition et " dans les civilisations orales , la parole engage l'homme , la parole est homme. D'où le respect profond des récits traditionnels légués par le passé. " La parole est alors un fruit dont l'écorce s'appelle " bavardage " la chair  " éloquence "et le noyau " bon sens " "(A.H.B), qu'il faut savourer à bon escient. L'éducation africaine propose une relation particulière entre l'enseignant ou le " moniteur ou guide "(Tierno Bokar) et l'éleve. D'abord le besoin d'apprendre suppose le désir d'être confronté à d'autres réalités que l'être en a l'habitude. La démarche consiste alors de se rendre disponible pour pourvoir entendre ce qui est dit.. En quelque sorte , mettre au placard momentanement, l'expérience antérieure, pour être present par rapport à l'expérience en cours, afin d'avoir la presence de son être dans le temps present. Cette expérience est faite en tenant compte du dégré de maturité de la personne qui apprend , par rapport au dégré d'expérience. Tout n'est pas transmis à n'importe qui et à n'importe comment. Chacun potentiellemnt est censé recevoir tout, mais pas au mêmes moments. L'enseignement reçu des autres n'est pas une fin en soi, il represente le stade de l'initiation et, " l'initiation donne à l'être , la clef pour ouvrir la porte du jardin, mais c'est à l'être qu'il appartient de faire un effort pour cultiver ce jardin ". . et ce, pour tendre vers la connaissance

 

 

LE PÔLE COMPREHENSION

 

La compréhension est avant tout, une compréhension d'abord de l'être , de son être ensuite, du monde qui environne l'être, à partir des connaissnces reçues, et du sens que celui-ci donne qui permettent  d'être au monde et de " suivre sans conflit le chemin éveillé par la conscience "

La tradition africaine nous invite à commprendre à travers l'éducation et l'enseignement qu'elle propose que " la vie est unité ". Elle est unité parce que tout est lié , interdépendant et interagissant (A.H.B) .Cette unité tire son fondement dans trois notions fondamentales. Il s'agit: des notions

1)d' équilibre, équilibre entre les éléments , entre monde animal végétal et minéral. Le créateur , en l'occurence Dieu a chargé la personne humaine de cette mission La notion de Dieu pose un ensemble de problèmes à l'être humain.. Notamment qui est Dieu? Existe t-il réellement et, sous quelle forme? A quel endroit? Une fois deplus Tierno Bokar , le sage de Biandiagara intervient et tient les propos suivants à ce sujet:  " Dieu est l'embarras des intelligences humaines parce que d'une part , si tu affirmes son existence, tu ne peux pour autant la prouver ni matériellement , ni mathématiquement; d'autre part , si tu nies son existence, alors tu nies ta propre existence qui n'est qu'un effet de la sienne. Or , tu existes. Et si l'on ne peut prouver Dieu matériellement , il faut se souvenir que la non visibilité , la non palpabilité et la non sensibilité d'une chose ne sont pas pour autant des preuves absolues de sa non existence.

Enfin Dieu est l'embarras des intelligences parce que tout ce que tu reçois dans ta pensées et matérialisé dans ta parole comme étant Dieu cesse , par là même, d'être Dieu pour n'être plus que ta propre manière de le concevoir. Il échappe à toute définition. "( op-cit page 157).

Mais " avant de travailler pour l'équilibre du monde , bon, nous semble t-il , de travailler dans un premier temps pour l'équilibre de son être. . N'est-il pas nécéssaire de faire le menage devant sa propre maison  avaant celle des aurtes? , " comme nous le rappelle le vieux dit-on, ainsi avant de veiller à l'équilibre de l'univers, il faut être en équilibre soi même:

2) d'échange. En ce sens , la vie est relation. Relation à soi, relation aux autres semblables et différents, relation au monde.

3) d'interdépendance. , les êtres quelles que soient la forme et la nature qu'ils ont , quel que soit le lieu où ils sont, c'est dans la complémentarité que le monde doit être conçu et être habité

Ces différents éléments se concrétisent dans l'organisation de la société par la communauté. La communaute est basée sur la solidarité La notion de communauté est fondamentalement centrée sur une structure de liens, liens de sang lien par organisation sociale, définis dans le temps et l'espace ,. autour de la famille. La famille dans le sens africain comprend quelques générations et non la famille nucléaire, limitée à père et mère , au demeurant grand parents et cousins. Il s'agit du village du groupe.etc.. Et au centre de tout cela se trouve d'abord l'être humain , ensuite la personne La notion de personne comme nous l'avons déjà soulignée s'oppose à la notion d'individu ,dans le sens où l'individu se pense seul, et évolue en minimisant les liens avec les autres. Alors que la personne tout en se reconnaissant être au monde , elle se sent reliée de multiple façons et prend en considération cela., comme fondement de son existence.

 

 

LE PÔLE CROYANCE

 

D'entree de jeu nous pouvons dire que la croyance fait partie de l'être relié , qui se definit comme élement d'un ensemble parmi les êtres au monde. La notion de croyance ne se limite pas en la croyance à un dieu , mais simplement en quelque chose et, quelle qu'elle soit Il en va ainsi que " Croire que sa race, ou sa religion , est seule détentrice de la vérité est une erreur. Cela ne saurait être En effet , la foi est d'une nature comparable à celle de l'air. Comme l'air, elle est indipensable à la vie humaine et l'on ne saurait trouver un seul homme qui ne croit véritablement et sincèrement en rien. La nature humaine est telle qu'elle ne peut pas ne pas croire en quelque chose. Dieu ou diable, force ou fortune chance ou malchance  " ( AHB 149) Mais la vraie croyance ne peut être qu'une question de découverte à partir de cette voie intérieure qui peut conduire l'être au-delà du sensible ordinaire , et au-delà de l'éphémère qui impose une ligne de conduite en déça de sa propre conviction., une fois que la porte est ouverte . La croyance imposée de l'exteieur de l'être, ne peut être, qu'un masque qui couvre mille et une chose et fonctionne comme un écran qui l'empêche d'acceder à la vraie croyance qui ne peut se dévoiler que de l'interieur., s'il n'y a pas de depassement, et, rencontre par soi . La foi est comme un puits et,  " le puits qui ne reçoit ses eaux que du dehors reçoit en même temps mille choses que le courant entraîne. Il se trouve exposé à toutes les ordures et à un danger plus grave encore: se trouver à sec à peine y a-t-on puisé. En revanche , le puits dont l'oeil est en lui-même n'a pas besoin des pluies pour se remplir. Ses eaux filtrées par les interstices de la terre restent abondantes, pures et fraîches, même au moment des plus grandes chaleurs. Il en est ainsi de ceux dont la foi en Dieu dépend des apports extérieurs et de ceux qui tirent leur foi de leur propre méditation et de leur conviction intime. Les premiers sont sujets à variation et leur foi n'est pas exempte de doute. Les seconds demeurent immuables. Ils sont dans la pleine lumière, la pleine lune de leur foi, laquelle ne connaît jamais l'obscurité.  " ( A.H.B132)

En guise de conclusion , qui ne peut être que de façon provisoire , tout comme la notion d'impermanence chez Bouddha, le provisoire devient la permanence de la règle, nous pouvons dire que les quatres pôles proposés dans notre démarche , paraissent comme points indispensables à prendre en compte pour interroger la question d'éducation et sagesse. Tout être éclairé passe d'abord par une interrogation sur son existence: d'où vient-il, d'où va t-il, pourquoi existe t-il? Etc.. Ensuite , à travers l'éducation et l'enseignement reçus, soit il va avoir accès au jardin en ayant su ouvrir la porte à partir de la clé qui lui aura été donnée., soit il ne saura pas se saisir de cette clef pour ouvrir la porte du jardin.. Et, seul celui qui a vecu cette expérience est en mesure de transmettre. Seul l'écaliré, l'illuminé , peut éclairé le chemin de celui qui est égaré dans l'obscurité. Le sage n'est-il pas cet éclairé? Le sage n'est -il pas celui qui est culturellement ,socialement , spirituellement libéré de toute contrainte et concilié avec lui-même et, de ce fait avec l'univers tout entier? Celui , peut-on dire, accompli. Accompli dans sa culture mais aussi au-délà de sa culture. Ne serait-il pas celui qui a su s'ouvrir au monde, non en transposant sa culture , mais bien celui qui s'ouvre au monde avec sa culture, tout en faisant place en lui aux autres cultures, aux autres manières de regarder le monde et d'interpreter ce monde, sans pour autant qu'il se sente en danger? Le sage n'est-il pas celui qui a compris que l'univers est fait d'éléments différents , mais que les différents élements s'emboîtent les uns dans les autres pour être au monde et faire ainsi Un ? Le sage n'est -il pas celui qui a une compréhension du monde , basée sur le principe de la complémentarité des diversités pour en faire un monde , un inivers où chacun est?

Tel est le fondement , nous semble t-il , d'une compréhension d'être au monde , transmise à travers les actes éducatifs dans le quotidien de la vie , de l'adulte au jeune..Mais ne peut être sur la voie de la comprehension que celui qui est ,et non celui qui doit être. Aussi, que le monde, comme un bouquet de fleurs , est fait d'éléments différents Comme l'a bien souligné pour nous , Arnaud Desjardins   " la différence n'est pas la séparation. S'il y a deux, deux sont différents, toujours. Mais ils sont les manifestations de la même et unique réalité. L'acceptation de la différence est la voie vers l'unité. En donnant à mon prochain le droit d'être lui-même, je me libère de mon esclavage à son égard, je me donne à moi aussi le droit d'être moi-même. " , Car devenir soi est l'unique voie pour acceder à la vraie connaissance et de surcroit à l'existence. . Le " vieux   " africain dans le timbre doux de sa voix , propose ne propose t-il pas , à travers les différents propos qu'il tient entrecoupé de long silence pour pemettre à celui qui l'écoute ,d'entendre la profondeur des eaux qui ruissellent à travers forêts et savanes, pierres et sable, les messages qu'elles diffusent , dont il s'en fait échos., pour expliquer et faire de leur connaice son monde , du monde , de sa vie , de la vie , car pour être raisonnable, le sage ne peut que parler de son monde.pour nous parler du monde.