Détruire le rien
 
 
 
 
 
 

Partir vers le nord de la mémoire

Changer de cap détruire le rien derrière soi

Jusqu'où aller sans se faire prendre aux mots

Que dire sans brusquer l'univers

Nous irons jusqu'à l'amour

en jouant aux osselets

ici et maintenant

derrière la peur imperceptible
 
 

Vie

abeille et forteresse

Lumière tombée dans l' oubliette

Chemin de crête vers la fraîcheur

Vie

une écorce sur la mer

ligne brisée mais rapaillée

Vie

lanterne rouge

le sang est ton éclair

la brûlure ton évidence

Ne t' arrête pas

même la pierre

cherche ton nid

Demain est sans pourquoi

Hier est sans avenir

Écris-toi sur le vent et sur la pluie

Parfume le sens de la dernière salve

Il y a toujours un oiseau d'infini dans tes mains sales

Il y a toujours un Niagara dans une seule de tes larmes

Valse de surprise en surprise

et laisse la neige se fondre dans l'eau rageuse
 
 

Oui la vie flotte

sur le tranchant d'un couteau

Tu ne sais plus sourire aux notes de musique

L'oiseau charge sa tempête

Le chat reprend la pose

Nous dormons

Nous mourons sans faire de bruit

Pourquoi partir encore une fois vers l'autre montagne

où tout s'espace

L' avion c'est ta lumière

Un nuage passe comme une carpe dans la rivière du monde

Je suis lavé de tous mes cris

à côté de moi une jeune fille joue à la marelle

sur son ordinateur

Il fait presque froid

Demain le feu sera plus violet que le mystère d'aimer

Ô beauté ô bonté

Près de Berlin où nous volons

je me sens unis à l'autre et si petit dans ma vie d'homme
 
 

Comme c'est étrange la vie

toujours unique

malgré la fuite

Pluvieuse

de la lumière

dans la toute dernière

seconde

Jamais je n'ai pu retrouver

l' étoile du berger

même lorsque la vie bétail

n' avait que le poids des années

comme éclaircie

Qui ne voit plus rien à hauteur d' homme

ne lancera pas de flammes

dans la musique

Je ne sais plus mentir aux arbres verts
 
 
 
 

L'eau retournée à sa Source

ne reflète plus le visage incertain

Immobile et vibratile

le silence y fait son nid

Rien ne distingue l'éclaircie

de l'instant

La main passe sur le monde

Voilier de l'éphémère

L'amour frisson ride la haine

Nous partons vers le large

sans savoir l'horizon
 
 
 
 

Derrière le bruit du Monde

Rien ne change en vérité

L' amour anime la mort

La Vie large de complicités

bouillonne

Un homme discute et meurt

Nous ne saurons jamais

d'où vient ce parfum d'orchidée
 
 
 
 

Même la mort porte des ailes la nuit

Les pierres sont les crochets du bruit

L' amitié use le soleil

La main se transforme en carte postale

La lumière lisse la soie du petit jour

Nous revenons entourés de nos mémoires

Nous marchons à l'envers

Bientôt la peur ridera nos regards

Nous vivrons

comme des billes d'acier

roulant

vers la fournaise
 
 
 
 

René Barbier