COULEURS FORTES
René Barbier
Le noir n'est pas celui
Que l'on disait
C'est plus
Ni couleur ni espace
Mais un bruit
On y pénètre
comme une balle
On fait partie du bruit
dans l'amalgame
Où ça bout
Où ça éclate
Pour ne pas devenir
Une chose molle un crachat
Il faut crier plus fort
Alors le noir
c'est plus
*****
La turbulence du rouge
Nous délabre à l'extrême
Elle vient fouetter à tout propos
Notre mélancolie
Elle s'offre aux foules comme un drapeau
Nous sommes cernés
Pour sa victoire elle a ses troupes
Qui pèsent dans des miroirs à rendre fou
Nous sommes cernés
Le rouge sort de nous sans la métamorphose
On ne l'arrête pas un jour il nous aura
Nous sommes cernés
*****
Le blanc, c'est l'envers
Mais aussi le reflet
Les fantômes passent (moi je les vois)
Chargés de pluies miraculeuses
Ce sont des prêtres morts
Comme les autres ils se glissent dans la couleur conciliante
Dans le blanc tout se dissipe mêmes les crampes
Qui venaient de l'espoir Jamais un oeil n'est demeuré.
Pas de vent, pas de soleil
l'air y est doux Un seul éclat le blanc
Pas de bruit pas de silence
Il n'y a rien
*****
Dans le jaune où l'on foisonne
Règnent des bruits plus forts que tout
Ils nous enferment Sans regret
Nous les aimons
C'est qu'aux murailles la nuit
Nous assiège
*****
Derrière le bruit le silence en friche
Se devine au visage des statues
Nous rappelle l'intensité
Partir il le faudrait
S'enfoncer dans les couleurs
Au centre même de leurs fourrures
Il y fait froid sous l'apparence
Et plus qu'ailleurs
On y est seul
Pourra-t-on se supporter
Trépané par le silence
*****
Où se trouve la couleur
Au silence apaisant
On a gratté dans l'arc-en-ciel
Seules nos mains sont usées
On a frayé de terrifiants passages
Que l'on ignore sauf la peur fourchue
Or le temps presse
Nous sommes cernés
Où gît la résidence
Pour le repos simplifié
La couleur qui nous hante
La couleur impossible
*****
En vain l'on poursuit le vif
Où le bruit est mangé comme un frelon
Ce vert qui retient avec ardeur
Teinte à bâtir des cités fraîches
On y respire On s'y donne
C'est un chemin où l'ombre aussi
Nous porte ailleurs
Peut-être là où nous voulions