Comment respirer dans l'ombre épaisse sans s'évanouir
Comment descendre dans l'espace sans faire de bruit
Nous ne sortirons pas vivants du rouge vif
Nous ne saurons jamais où la vie prend naissance
Revenir vers le creux des mains
Vers la Terre amirale
Dégonder les souvenirs toujours trop immobiles
Nous voudrions crocheter le vent du large
Partir avec des fleurs dans nos espadrilles
Nous souhaitons tous changer le creux des vagues
Disposer de la lumière qui bascule l'inexistence
Nous avons fait du feu avec la mort
Nous sommes devenus pareils aux isoloirs
Qui peut croire que l'amour nous vrille encore un peu
Qui s'asseoit à la table du désir sans fermer les yeux
Tu m'aimes - me dis-tu - et sans portes closes
Je te crois parce que tu es jeune comme le sourire
Je t'invente un univers de flamants roses
Jusqu'où iras-tu avec tes mains de porcelaine
La nuit déjà tombe comme de la fonte en folie
La lumière devient plus froide
La maison n'a plus de toit
L'enfant a perdu son visage
Je ne sais pourquoi nous sommes encore au monde
Une faille remue dans nos entrailles
Est-ce l'Azur qu attend son heure
Est-ce le Rien qui s'arrondit
Tout le monde s'embourbe dans la mousse du bruit
Toi et moi nous restons là
Immobiles et sages
A contempler la panique de l'univers
René Barbier